Wednesday, April 28, 1993

Le ghetto de Varsovie en avril-mai 1943 : Insurrection ou opération de police ?


Chaque année, aux environs du 19 avril, les médias commémorent ce qu’ils appellent « la révolte », « le soulèvement » ou « l’insurrection » du ghetto de Varsovie. Dans les récits des journalistes, l’affaire tend à prendre des proportions de plus en plus épiques et symboliques.

« Il n’y a jamais eu d’insurrection » [1]. Cette réplique, vieille de cinq ans, est de Marek Edelman, qui fut l’un des principaux responsables des groupes armés juifs du ghetto. M. Edelman ajoutait : « Nous n’avons pas même choisi le jour ; les Allemands l’ont imposé en pénétrant dans le ghetto pour chercher les derniers juifs. » Il précisait que le nombre des juifs qui combattirent les armes à la main ne dépassa jamais le chiffre de deux cent vingt.

Il n’y eut pas d’insurrection de tout un peuple pour obtenir sa liberté ou se défendre contre la déportation ; il n’y eut que la réaction d’une poignée de jeunes juifs qui, voyant les troupes allemandes pénétrer dans leur sanctuaire, essayèrent d’abord de s’y opposer, puis tentèrent de fuir le troisième jour et, enfin, encerclés, se défendirent les armes à la main. En vingt jours d’escarmouches, les Allemands et leurs auxiliaires allaient perdre quinze hommes [2]. Le tout s’apparenta à une opération de police en pleine guerre plutôt qu’à une véritable insurrection comme celle qu’allaient déclencher en août 1944, à Varsovie, les résistants polonais de l’Armée de l’Intérieur sous la direction du général « Bor » Komorowski. Or, c’est à peine si les médias commémorent cette héroïque insurrection polonaise, que les Soviétiques laissèrent les Allemands écraser tout à loisir. Les résistants polonais d’août 1944 se battirent avec un tel courage que les troupes allemandes leur rendirent les honneurs militaires.

Il n’est pas sans intérêt de savoir pour quel motif, en avril 1943, les Allemands avaient pris la décision de lancer une opération de police au sein du ghetto de Varsovie.

Les juifs regroupés dans ce « ghetto » ou ce «quartier juif» constituaient une population d’environ trente-six mille personnes officiellement enregistrées auxquelles s’ajoutaient, selon toute probabilité, plus de vingt mille clandestins. Le ghetto était en quelque sorte une ville dans la ville, administrée par un Judenrat ou Conseil juif et une police juive qui collaboraient avec les autorités d’occupation, y compris contre les « terroristes » juifs. Des abris anti-aériens avaient été édifiés sur instruction des Allemands à la suite d’un premier bombardement de Varsovie par l’aviation soviétique en 1942 ; pour ce faire, les Allemands avaient fourni aux juifs le ciment et les matériaux nécessaires. Ce sont ces abris anti-aériens que la légende allait transformer en « blockhaus » et en « bunkers » comparables, pour un peu, aux casemates de la Ligne Maginot.

Des ateliers et des usines fonctionnaient et des ouvriers juifs y travaillaient pour le compte des Allemands dont ils étaient les fournisseurs. Un commerce intense s’exerçait à l’intérieur du ghetto. De petits groupes armés, ne représentant pas plus de deux cent vingt personnes, dont le programme comportait l’usage de « la terreur et du sabotage », se livraient à des exactions contre la police juive, contre les Conseils juifs et contre les gardes d’usines et d’ateliers [3]. Ces « terroristes » tiraient profit de l’activité industrielle et commerciale du ghetto, rackettaient les commerçants ou les habitants, exerçaient sur eux menaces et chantages, allant, par exemple, jusqu’à les emprisonner dans leurs maisons pour en obtenir les sommes d’argent exigées ; ils réussissaient même à acheter des armes aux soldats qui, à Varsovie comme souvent à l’arrière du front, constituaient une troupe disparate, mal entraînée, peu motivée ; il leur arrivait aussi de commettre des attentats contre des militaires allemands ou des « collaborateurs » juifs.

L’insécurité grandissait. Pour cette raison, la population polonaise dans son ensemble était de plus en plus hostile à l’existence de ce ghetto et les Allemands, de leur côté, craignaient que celui-ci ne devînt une menace pour le nœud ferroviaire que représentait la ville de Varsovie dans leur économie de guerre et dans le transport des troupes en direction du front russe.

Himmler prit alors la décision de transférer la population juive ainsi que les ateliers et usines vers la zone de Lublin (dans le sud de la Pologne) et de raser le ghetto pour y construire un parc sur son emplacement. Dans un premier temps, les Allemands cherchèrent à inciter les juifs à accepter ce transfert. Mais les «terroristes» ne l’entendaient pas de cette oreille car un tel déplacement signifiait pour eux la perte à la fois de leurs ressources financières et de leur liberté de mouvement. Ils mirent donc toute leur énergie à s’y opposer, jusqu’au 19 avril 1943 où, sur l’ordre de Himmler, fut lancée une opération de police afin d’évacuer de force les derniers juifs.

Ce jour-là, les troupes du colonel von Sammern-Frankenegg, responsable de l’opération, pénétrèrent dans le ghetto, appuyées par un seul char – d’ailleurs capturé pendant la campagne de France – et par deux voitures blindées. Les « terroristes » ou francs-tireurs opposèrent une première résistance assez vive, qui fit douze blessés (six Allemands et six supplétifs, dits « Askaris »). Himmler, toujours soucieux d’éviter les pertes en hommes, s’en indigna et, le soir même, releva Sammern-Frankenegg de son commandement pour le remplacer par le général Jürgen Stroop. Ce dernier, chargé de mener à son tour l’opération de police avec lenteur pour plus de sécurité, l’effectua de la manière suivante : chaque matin, les troupes pénétraient dans le ghetto, vidaient les immeubles de leurs habitants et utilisaient des fumigènes (et non des gaz toxiques !) pour extraire des abris anti-aériens les juifs qui s’y cachaient ; on détruisait ensuite les immeubles au fur et à mesure de leur évacuation. Chaque soir, les troupes se retiraient et bouclaient le ghetto pour la nuit afin que personne ne s’en échappât.

Pour parvenir à une évacuation totale, l’opération dura vingt jours. Dès le troisième jour, les groupes armés juifs avaient tenté de fuir mais avaient été enfermés dans la nasse. Contrairement à ce qui a été dit, le commandement allemand ne fit pas appel à l’aviation pour détruire le ghetto et l’opération ne comporta aucun bombardement aérien.

Le chiffre des morts juives n’est pas connu, le chiffre de 56.065 généralement produit étant celui des juifs arrêtés pour être dirigés vers le camp de transit de Treblinka et, de là, vers Lublin [4]. Le chiffre des morts allemandes – répétons-le – fut de quinze. Un policier polonais fut tué le 19 mai, soit onze jours après la dernière escarmouche.

On ne mettra en doute ni le courage des juifs résistants du ghetto ni le caractère tragique de toute l’affaire, avec une population civile prise elle-même dans un combat entre quelques formations disparates de l’armée allemande et de petits groupes de francs-tireurs dispersés dans la population. Mais, contrairement à une certaine propagande grandissante, toute cette affaire fut loin de constituer une révolte « apocalyptique », comme on l’a qualifiée récemment [5], surtout si l’on songe aux dizaines de milliers de morts, civils et militaires, qui survinrent pendant ces vingt jours, sur tous les champs de bataille de la planète et dans les villes européennes soumises aux bombardements de l’aviation anglo-américaine. [6]


[Texte daté du 28 avril 1993, Nouvelle Vision, n° 30, septembre-novembre 1993, p. 8-13.]


Notes

[1] Libération, 18 avril 1988, p. 27.

[2] Document de Nuremberg PS-1061, « Rapport du 16 mai 1943 intitulé : “Il n’y a plus de quartier juif à Varsovie” [Es gibt keinen jüdischen Wohnbezirk in Warschau mehr !] », TMI, XXVI, p. 628-694, suivies d’un choix de dix-huit photographies sur cinquante-quatre. En 1979, un ouvrage fut publié, aux États-Unis, qui se présentait comme une reproduction en fac-similé du rapport et des communiqués du général Stroop en allemand avec une traduction en anglais : The Stroop Report: The Jewish quarter of Warsaw is no more ! (New York, Pantheon Books, non paginé). Le ghetto de Varsovie était « ouvert » malgré le mur d’enceinte ; en ce sens, il méritait sans doute plus la dénomination de « quartier juif » que de ghetto. Les escarmouches proprement dites durèrent du 19 avril au 8 mai 1943, soit pendant vingt jours.

[3] Sur ces points comme sur bien d’autres on consultera notamment : Yisrael Gutman, The Jews of Warsaw 1939-1943. Ghetto, Underground, Revolt, et Il y a 50 ans : le soulèvement du ghetto de Varsovie. Dans ce dernier ouvrage figure la réédition d’un article d’ Adam Rutkowski, publié en 1969 sous le titre : « Quelques documents sur la révolte du ghetto de Varsovie» (p. 160-169). A la page 162 se trouvent les « directives générales pour le combat de l’Organisation Juive de Combat ». Étaient prévues des « actions de terreur contre la police juive, le Judenrat, le Werkschutz [service de protection des usines et des ateliers] ». Il y était précisé : « L’état-major élabore le plan central d’action – sabotage et terreur – dirigé contre l’ennemi ».

Dans l’ouvrage d’Y. Gutman, on trouvera des précisions sur les méthodes employées par cette organisation ; ces méthodes ne différaient guère de celles d’une mafia (p. 344-349). Les Allemands savaient qu’ils avaient affaire à forte partie. Ils cherchaient à convaincre les juifs de se laisser transporter vers la zone de Lublin avec les ateliers fonctionnant pour la machine de guerre allemande. En mars 1943, une curieuse « bataille d’affiches » se produisait entre l’Organisation Juive de Combat (OJC) et Walter C. Többens, chargé de l’évacuation des juifs. Des affiches de l’OJC appelaient à refuser le transfert vers ce qu’ils appelaient des camps de la mort. Les Allemands laissèrent ces affiches en place et se contentèrent d’apposer à leurs côtés des affiches signées « Walter C. Többens » où les affirmations de l’OJC étaient réfutées point par point. Y. Gutman écrit : « Többens disait la vérité au sujet des transports ; ils n’étaient pas dirigés vers des camps de la mort et c’est un fait qu’il existait [dans la région de Lublin] des bâtiments pour intégrer les usines. Mais à l’époque la résistance et la suspicion des juifs étaient si fortes que même les tactiques les plus ingénieuses ne pouvaient en venir à bout » (p. 334-335). C’est après avoir constaté l’échec des méthodes de persuasion que les Allemands décidèrent leur opération de police.

[4] « Quand on eut fait sortir les gens du ghetto, au nombre de cinquante ou soixante mille, ils furent conduits à la gare. La Police de sûreté [Sicherheitspolizei] était seule responsable d’eux et devait assurer leur transport vers Lublin » (Déclaration sous serment de Jürgen Stroop lue le 12 avril 1946 par un procureur américain du Tribunal de Nuremberg, TMI, XI, p. 365).

[5] « La terrible, exemplaire et apocalyptique révolte des habitants du ghetto de Varsovie est à la fois un acte de désespoir et d’héroïsme » (D. Desthomas, La Montagne, 17 avril 1993, p. 12).

[6] La presse du monde entier s’emploie à magnifier « l’insurrection du ghetto de Varsovie». Au Brésil, une publication révisionniste s’est récemment livrée à une comparaison entre, d’une part, les exagérations et les inventions de la presse brésilienne sur le sujet et, d’autre part, la réalité des faits (S. E. Castan, « Documento, A Verdadeira Historia do Levante do Gueto de Varsovia », Boletim-EP (Esclarecimento ao Pais) primeiro informativa revisionista do Brasil, juin 1993, p. 7-14. Adresse : Revisao Editora Ltda, Caixa Postal 10466, Porto Alegre, RS, Brésil).


The Warsaw Ghetto in April-May 1943 – uprising or police operation?

SS general Jürgen Stroop (centre) commanding the 1943 police operation in the Warsaw ghetto.


Each year, around April 19, the media commemorate what they call the Warsaw ghetto “revolt”, “uprising” or “insurrection.” In journalists’ accounts the affair tends to take on increasingly epic and symbolic proportions. 

“There was never any insurrection” [1]. This rejoinder, now five years old, is by Marek Edelman, who was one of the main leaders of the ghetto’s armed Jewish groups. He added: “We didn’t even choose the day; the Germans imposed it by entering the ghetto to search for the last Jews”. He specified that the number of Jews who took up arms and fought never exceeded 220. 

There was no insurrection of an entire community to gain its freedom or to resist deportation; there was merely the reaction of a handful of young Jews who, seeing the German troops penetrate their sanctuary, tried first to oppose them then, on the third day, attempted to flee and, finally, once surrounded, defended themselves with their weapons. In twenty days of skirmishes the Germans and their auxiliaries would lose fifteen men [2]The entire matter was more a police operation in the midst of a war rather than a true insurrection like that launched in August 1944 in Warsaw by the Polish resistance fighters of the Home Army under General “Bor” Komorowski. However, the media scarcely, if at all, mark that heroic Polish insurrection, which the Soviets allowed the Germans to crush at their leisure. The men of the resistance fought with such courage that, after their surrender, the German troops accorded them military honours.

It is not without interest to know why the Germans decided to begin a police operation inside the Warsaw ghetto in April 1943.

The Jews grouped in that “ghetto” or “Jewish quarter” made up an officially registered population of 36,000 along with, in all probability, more than 20,000 clandestine residents. The ghetto was, in a sense, a city within the city, administered by a Jewish Council (Judenrat) and a Jewish police force, both of which collaborated with the occupation authorities, including against the Jewish “terrorists”. Following the first Soviet aerial bombardment of Warsaw in 1942, air-raid shelters had been built on German orders, the Germans supplying the Jews with the cement and other materials needed for such structures in their quarter. It is those shelters which legend has transformed into “blockhouses” and “bunkers” comparable to the casemates of the Maginot Line. 

Workshops and factories with Jewish personnel operated there, supplying the Germans. Intense trade activities went on within the ghetto. Small armed groups, numbering no more than 220 persons, whose programme comprised the use of “terror and sabotage”, carried out exactions on the Jewish police, Jewish Council and workshop and factory guards [3]. These “terrorists” also profited from the ghetto’s industry and trade, racketeering against merchants and other residents with threats and blackmail, going so far as to sequester them in their homes to obtain ransom money; they even managed to buy weapons from soldiers who, in Warsaw as often in places removed from the front, constituted a disparate, ill-trained, poorly motivated corps. They also succeeded in committing murderous attacks against German servicemen or Jewish collaborators.

There was growing insecurity. For this reason the Polish population as a whole was more and more hostile to the ghettoexistence, and the Germans, for their part, feared lest it become a threat to the city’s important role as a rail hub in the German war economy and for the transport of troops towards the Russian front.

Himmler then took the decision to transfer the Jewish population, with the workshops and factories, to the Lublin region (in the south of Poland) and to raze the ghetto and create a park in its place. At first the Germans tried to get the Jews to agree to this transfer. But the “terrorists” were not interested, for relocation would mean the simultaneous loss of their financial resources and freedom of movement. They therefore put all their energy into opposing it, until April 19, 1943 when, on Himmler’s order, a police operation was begun to evacuate the remaining Jews by force.

On that day the troops of colonel Ferdinand von Sammern-Frankenegg, head of the operation, entered the ghetto, supported by a lone tank – captured during the French campaign – and two armoured cars. Initially the “terrorists” or snipers offered rather stiff resistance, wounding 12 men (six Germans and six back-up soldiers, known as “Askaris”). Himmler, ever keen to avoid casualties, was indignant and that same evening relieved von Sammern-Frankenegg of his command, replacing him with general Jürgen Stroop. Stroop, instructed to carry out the operation slowly in order to ensure greater safety, did so in the following manner: each morning the troops would enter the ghetto, clear buildings of their occupants and use smoke bombs (and not poison gas!) to drive out the Jews hiding in air-raid shelters; once evacuated, the buildings were destroyed. Each evening the troops withdrew and sealed the ghetto for the night so that no-one could escape.


Jewish police of the Warsaw ghetto pass in review. 


The operation to effect full evacuation lasted 20 days. From the third day groups of armed Jews began trying to escape only to find themselves trapped. Contrary to certain accounts, the German command did not call on the Luftwaffe to destroy the ghetto and the operation involved no aerial bombardment.

The number of Jewish dead is unknown, the oft-cited figure of 56,065 being, in fact, that of the Jews apprehended and taken to the transit camp at Treblinka and from there to Lublin [4]. The number of German deaths – let us repeat – was 15. A Polish policeman was killed on May 19, i.e. 11 days after the last skirmish.

Neither the courage of the Jewish fighters in the ghetto nor the tragic nature of the whole affair – with a civilian population itself caught in the midst of combat between a few disparate German army units and small scattered groups of snipers – is to be called into question. But, contrary to a certain growing propaganda, the entire matter was far from amounting to an “apocalyptic” revolt, as it has recently been termed [5], especially if the tens of thousands of deaths, civilian and military, that occurred during those same 20 days on all the battlefields of the planet and in the European cities subjected to Anglo-American bombardment are borne in mind [6].


________________________

Notes

[1] Libération, April 18, 1988, p. 27.

[2] Nuremberg document PS-1061 dated May 16, 1943: “Report: ‘The Warsaw ghetto is no more’ [Es gibt keinen jüdischen Wohnbezirk in Warschau mehr!]’”, International Military Tribunal (IMT), Vol. XXVI, p. 628–693, followed by a selection of 18 photographs (from 52 overall). In 1979 a book presented as a facsimile reproduction of that report and of general Stroop’s communiqués, in German with English translation, was published in the United States: The Stroop report: The Jewish quarter of Warsaw is no more! (New York, Pantheon Books, un-numbered pages). The Warsaw ghetto was “open” despite the perimeter wall; thus it would doubtless deserve the designation “Jewish quarter” rather than ghetto. The actual skirmishes lasted from April 19 to May 8, 1943, i.e. for 20 days.

[3] On these points and on a good many others see Yisrael Gutman, The Jews of Warsaw, 1939–1943: Ghetto, Underground, Revolt, and, in French, Il y a 50 ans: le soulèvement du ghetto de Varsovie (“Fifty Years Ago: The Warsaw Ghetto Uprising”). The latter includes the reprint of an article by Adam Rutkowski published in 1969 under the title “Quelques documents sur la révolte du ghetto de Varsovie” (“Some documents on the Warsaw ghetto revolt”), p. 160–169. On page 162 appear the “general directives for combat of the Jewish Combat Organisation” (JCO), calling for “actions of terror against the Jewish police, the Judenrat, the Werkschutz [protection service for factories and workshops]” and specifying “The military staff prepares the central plan of action – sabotage and terror – directed against the enemy”. 

Y. Gutman’s book describes the methods employed by this organisation, which seem hardly different from those of a mafia (p. 344-349). The Germans knew they faced a determined opponent. They sought to persuade the Jews to let themselves be transported to the Lublin area together with the workshops operating for the German war machine. In March 1943 a curious “battle of wall posters” took place between the JCO and Walter C. Többens, the man in charge of evacuating the Jews. JCO posters appeared calling for the rejection of transfer to what they termed death camps. The Germans left these posters in place, going no further than to put up beside them posters signed “Walter C. Többens” in which the JCO’s claims were refuted point by point. Y. Gutman writes: "Többens told the truth about these transports; they weren’t to death camps, and it is a fact that there were buildings for integrating the factories [in the Lublin region]. But at the time the resistance and the suspicions of the Jews were so strong that even the most ingenious tactics weren’t able to overcome them" (p. 334-335). It was after having noted the failure of their methods of persuasion that the Germans decided on a police operation.

[4] “After the people had been taken out of the Ghetto — they numbered between 50,000 and 60,000 — they were brought to the railway station. The Security Police [Sicherheits-polizei] had complete supervision of these people and were in charge of the transport of these people to Lublin” (affidavit of Jürgen Stroop read on April 12, 1946 by an American prosecutor of the Nuremberg Tribunal, IMT, XI, p. 355.

[5] “The terrible, exemplary, and apocalyptic revolt of the inhabitants of the Warsaw ghetto is at once an act of despair and of heroism” (D. Desthomas, La Montagne, April 17, 1993, p. 12).

[6] The media of the whole world strive to magnify “the Warsaw ghetto uprising”. In Brazil a revisionist periodical has recently made a comparison between the press’s exaggerations and inventions on the subject and the actual facts (S. E. Castan, “Documento: A Verdadeira História do Levante do Gueto de Varsóvia”, Boletim-EP (Esclarcimento ao Pais), June 1993, p. 7–14. Address: Revisao Editora Ltda, Caixa Postal 10466, Porto Alegre, RS, Brazil.


Monday, April 19, 1993

Lettre à M. le Directeur de "La Montagne"

Concerne : On en parle — «Ceux du ghetto de Varsovie» (17 avril 1993, p. 12)



Monsieur,


Votre présentation de ce qu’on a pris l’habitude d’appeler «la révolte du ghetto de Varsovie» pèche malheureusement par un assez grand nombre d’erreurs graves en ce qui concerne les faits et, par voie de conséquence, suscite de votre part des commentaires inappropriés.


Cette révolte n’a pas été celle des «habitants» mais de petits groupes armés dont le total, d’après Marek Edelmann lui-même, a été d’environ deux cent vingt personnes (sur une population d’environ trente-six mille juifs officiellement enregistrés et d’environ vingt mille clandestins).


Le «réseau de blockhaus» était essentiellement des abris anti-aériens. Les Allemands avaient ordonné la construction de ces abris et délivré les quantités de ciment et de matériaux nécessaires. Beaucoup de juifs étaient employés par les Allemands dans les usines et les ateliers du ghetto.


Vous dites que, le 19 avril 1943, les Allemands ont avancé «en rangs serrés avec leurs chars et leurs voitures blindées». En fait, il n’y a eu qu’un seul char, d’ailleurs français, capturé pendant la campagne de France, et deux voitures blindées.


Vous dites que, ce jour-là, «pas un seul Allemand n’en sortit vivant». En fait, il n’y a eu aucun mort mais douze blessés (six Allemands et six supplétifs, dits « Askaris »).


Vous dites : «Le commandement allemand fait appel aux avions qui bombardent le ghetto.» En fait, il n’y a eu aucun bombardement aérien.


Vous dites: « Le général Stroop fait ses comptes : 56.065 juifs sont morts.» En fait, ce chiffre est celui des arrestations (erfasst).


Le chiffre des morts juives n’est pas connu. Celui des morts allemandes a été de seize. L’affaire a duré vingt jours. Stroop l’a menée avec lenteur parce que Himmler avait été indigné des pertes du premier jour (douze blessés) dues à l’inconscience du prédécesseur de Stroop, Sammern-Frankenegg (d’ailleurs immédiatement relevé de son commandement). Dès le troisième jour, les groupes armés juifs avaient tenté de fuir mais avaient été enfermés dans la nasse.


On ne mettra en doute ni leur héroïsme ni le caractère tragique de toute l’affaire, avec une population civile prise elle-même dans un combat entre quelques formations disparates de l’armée allemande et de petits groupes de francs-tireurs dispersés dans la population. N’en déplaise à Stroop (que ses collègues allaient par la suite mépriser pour le tapage mené autour de ce qui leur apparaissait comme essentiellement une opération de police) et n’en déplaise à certains propagandistes à la Goebbels ou à la Himmler, toute cette affaire fut bien loin de constituer une révolte «apocalyptique», comme vous dites, surtout si on la met en rapport avec les dizaines de milliers de morts pendant ces vingt jours sur les champs de bataille ou dans les villes bombardées.


Il n’y a eu ni «révolte du ghetto de Varsovie » ni «insurrection du ghetto de Varsovie». Ces appellations de caractère épique ne correspondent pas aux faits. Pour citer à nouveau M. Edelmann, «il n’y a jamais eu d’insurrection». Ce sont les Allemands qui ont pris l’initiative de cette opération de police. Depuis plusieurs mois, ils avaient décidé et commencé le transfert des usines et des ateliers ainsi que des juifs et de leurs familles vers la zone de Lublin. Les deux principales organisations juives armées dont le programme comportait l’usage «de la terreur et du sabotage» contre la police juive, les Conseils juifs et les gardes d’usines et d’ateliers ne l’entendaient pas de cette oreille. Avec le transfert de la population, elles étaient condamnées à la disparition.


En août 1944, l’armée [polonaise, NdÉ] de l’Intérieur (AK) de «Bor» Komorowski a, elle, déclenché une insurrection contre les Allemands.


Je souhaite que La Montagne en général et M. Daniel Desthomas en particulier se renseignent mieux sur les faits rapportés et n’en fournissent que des commentaires appropriés.


P.S. Je suis, bien sûr, à votre disposition pour vous indiquer mes sources, qui sont à la portée de tous.


19 avril 1993