Wednesday, September 21, 1994

Livre de chair après livre de chair


Le 9 décembre 1992, Mme Françoise Simon, présidente d’une section de la XIe chambre de la cour d’appel de Paris, nous condamnait Le Choc du Mois et moi-même à une peine de 374.000 F (soit 187.000 F pour chacun). Il s’agissait d’amendes et de dommages-intérêts à des associations principalement juives. L’argent que possédait Le Choc du Mois aux NMPP était saisi, soit 257.000 F. Je versais la moitié de la somme, soit 128.500 F, à M. Penciolelli, responsable financier du Choc du Mois. M. Penciolelli a toujours refusé de m’adresser un quitus et des remerciements.


J’ai dû, pour ce procès, payer mon avocat (en première instance et en appel) ainsi que mon avoué. Le 19 septembre 1994, le Trésor me réclamait 30.688 F au titre de l’amende (fixée à 30.000 F). Entre-temps, le 18 mars 1993, Mme Violette Hannoun, présidente elle aussi d’une section de la XIe chambre de la cour d’appel de Paris, me condamnait à un surplus de 44.000 F pour avoir demandé un échelonnement du paiement de ces 30.000 F (4.000 F pour chacune des onze associations qui, s’opposant à cet échelonnement, n’avaient délégué qu’un seul et même avocat).


Libération à la curée


Le 24 mai 1994, Mme Violette Hannoun, toujours elle, me condamnait à verser 20.000 F à Libération pour avoir demandé à ce journal de publier un texte en droit de réponse qu’à son avis je n’avais pas le droit de demander. L’huissier Benabu, de Vichy, vient de m’envoyer, en conséquence, des commandements aux fins de saisie-vente d’un total de 45.914,42 F (6.251,10 + 31.240. 10 + 8.423,22). Je sais de source sûre qu’il s’apprêtait à opérer une descente à mon domicile avec le commissaire de police et un serrurier. Le 19 septembre, j’ai versé 5.000 F + 1.500 F = 6.500 F en espèces à cet huissier.


21 septembre 1994

Tuesday, August 30, 1994

Pas de chambre à gaz nazie à l’Holocaust Memorial Museum de Washington !

J’ai visité, à Washington, l’Holocaust Memorial Museum le 30 août 1994.

A la fin de ma visite, j’ai inscrit, sur le registre des visiteurs, les mots suivants :

« I have visited this Museum on August 30, 1994. I have not found any answer to my challenge: Show me or draw me a Nazi gas chamber ! WHY ? [1] »

J’ai signé ce texte.

Puis j’ai rendu visite à Michael Berenbaum, responsable scientifique de ce musée. En présence de quatre témoins (deux de son côté et deux du mien) il m’a répondu :

The decision had been made not to give any physical representation of the Nazi gas chambers [2].

Imaginons le Vatican décidant de ne donner plus aucune représentation physique de « la croix de la crucifixion de Jésus-Christ »!

A l’origine, le musée devait contenir deux très minces commencements de description qui figurent à la p. 138 du livre-guide (The World Must Know) publié le jour même de la cérémonie d’inauguration: une porte métallique avec son entourage de briques et une photographie représentant un mur de « chambre à gaz » avec des taches bleues dues au gaz cyanhydrique. Mais, à l’époque, j’ai fait immédiatement savoir à la presse que cette porte et cette « chambre à gaz » appartenaient, selon Pressac lui-même, à une chambre à gaz de désinfestation de Majdanek. – M. Berenbaum n’a pas même essayé de défendre la maquette « artistique » et absurde de M. Stobierski. Les SS ne pouvaient certainement pas déverser de Zyklon B par des « trous à cet effet » dans le toit du Krema-II.

N’importe quel touriste peut constater que de tels trous n’ont jamais existé.
No holes, No « Holocaust » !
(Pas de trous, pas d’« Holocauste » !)

30 août 1994
_____________
[1] « J'ai visité ce musée le 30 août 1994. Je n'ai trouvé aucune réponse à mon défi: montrez-moi ou dessinez-moi une chambre à gaz nazie ! POURQUOI »
[2] « La décision avait été prise de ne donner aucune représentation physique des chambres à gaz nazies. »

Friday, July 8, 1994

Condamnation d'un libraire


A Bordeaux, Jean-Luc Lundi, libraire de trente-neuf ans, père de dix enfants, a été dénoncé au parquet pour avoir détenu, dans ses rayonnages, les Annales d’histoire révisionniste et la Revue d’histoire révisionniste (quatorze volumes).


Le président Louis Montamat (né le 11 novembre 1939 à Tarbes) le condamne, le 6 juillet 1994, à un an d’emprisonnement dont six mois ferme, à vingt mille francs d’amende et, probablement, à d’autres peines financières encore. Le condamné annonce son intention de faire appel. La Montagne ne souffle pas mot de l’affaire.


Ce même 8 juillet, j’apprends que, le 6 juillet, la police s’est présentée au domicile de Pierre Guillaume aux fins de perquisition, une fois de plus. P. Guillaume est convoqué le 11 août (n-ième convocation).


Alain Guionnet est sorti de prison.


Pour ma part, j’apprends que le procès, que j’ai perdu, contre Libération va me coûter environ cinquante mille francs. Libération avait imprimé que nous avions été condamnés Le Choc du Mois et moi-même à 30.000 F + 30.000 F d’amende en tout et pour tout. J’avais alors adressé au journal une lettre en "droit de réponse" où j’avais rappelé que la condamnation s’élevait, au total, non pas à soixante mille mais à trois cent soixante-quatorze mille francs; j’avais ajouté que nous étions en attente de deux autres procès pour la même interview de moi dans Le Choc du Mois et que cela faisait, au total, trois procès pour un même écrit.


8 juillet 1994

Wednesday, May 25, 1994

Une nouvelle fois, Jean-Claude Pressac révise à la baisse le nombre des morts d'Auschwitz


Dans Les Crématoires d’Auschwitz, La Machinerie du meurtre de masse, le pharmacien Jean-Claude Pressac évaluait le nombre des morts d’Auschwitz à 775.000, chiffre arrondi à 800.000 [1].


Dans ma Réponse à Jean-Claude Pressac sur le problème des chambres à gaz, j’écrivais:


Je sais, mais ne puis ici dévoiler ma source, que Pressac envisage, le moment venu, d’abaisser le total des morts d’Auschwitz à 700.000 si les esprits lui semblent préparés à accepter cette nouvelle baisse. En 1989, il évaluait le nombre des seuls gazés à un chiffre compris entre “un million et un million et demi” [2].


Or, voici qu’aujourd’hui, dans la toute récente traduction en allemand de son livre de 1993, il évalue le nombre des morts d’Auschwitz aux chiffres – arrondis – de 630.000 à 710.000 ; parmi ces morts, il faudrait compter de 470.000 à 550.000 juifs gazés [3]. J.-C. Pressac qualifie d’«émotionnel» le chiffre de morts à Auschwitz retenu par les juges du procès de Nuremberg (1945-1946). Rappelons qu’en France il est défendu de contester ce même chiffre de quatre millions de morts à Auschwitz sous peine de prison et d’amendes, sanctions prévues par la loi Fabius-Gayssot sur «la liberté de la presse» (sic) ; cette loi est parue au Journal officiel de la République française, le 14 juillet 1990, sous la signature de François Mitterrand. Jugée insuffisante par les organisations juives, elle sera renforcée à la fin de 1994 par une loi Pasqua-Gaubert (Goldenberg) qui a déjà reçu l’aval de Pierre Méhaignerie, ministre de la Justice.


Rappelons aussi qu’à la fin de Nuit et Brouillard, film d’Alain Resnais datant de 1955 et constamment projeté dans toutes les écoles de France depuis près de quarante ans, le chiffre des morts d’Auschwitz est censé s’élever à neuf millions : « Neuf millions de morts hantent ce paysage» !


25 mai 1994



Notes


[1] J.-C. Pressac, Les Crématoires d’Auschwitz. La Machinerie du meurtre de masse, Paris, CNRS, 1993, p. 148.


[2] R. Faurisson, Réponse à Jean-Claude Pressac sur le problème des chambres à gaz, Paris, Diffusion RHR, 1994, note 4 au bas des pages 13-14, citant J.-C. Pressac, Auschwitz, Technique and Operation of the gas chambers, New York, The Beate Klarsfeld Foundation, 1989, p. 553.


[3] J.-C. Pressac, Die Krematorien von Auschwitz. Die Technik des Massenmordes, Munich et Zurich, Piper 1994, p. 202.


Monday, April 25, 1994

Procès Touvier : Me Trémolet de Villers, la Shoah et Baldur von Schirach


Le 20 avril 1994, en France, un homme âgé de soixante-dix-neuf ans, qu’on venait de soigner pour un cancer, a été condamné à la réclusion à perpétuité. Il a été condamné cinquante ans après l’action qui lui était reprochée, et cela sur le fondement d’une loi rétroactive. En un demi-siècle, cette loi qui punit les «crimes contre l’humanité» a successivement reçu cinq définitions différentes. Les avocats de l’accusé ont accepté de plaider pour leur client, Paul Touvier, sans pouvoir obtenir que le tribunal veuille bien préciser auparavant quelle était la définition retenue pour le procès, ou si, par hasard, une sixième définition ne serait pas, pour la circonstance, créée sur mesure.


Même le journaliste juif Laurent Greilsamer, dont les comptes rendus suaient la haine à l’égard de l’ancien milicien, a dû écrire au terme du procès Touvier :


Pour la première fois [en France], un justiciable ayant fait l’objet d’une grâce présidentielle (en 1971) et d’un non-lieu général (en 1992) se voit, au terme de son procès [en 1994], signifier la réclusion à vie [1].


Sur l’ensemble de ce procès et sur le système de défense adopté par les deux avocats de P. Touvier, je me réserve de publier éventuellement mes observations dans quelques mois. Mais il est un point sur lequel je souhaite, d’ores et déjà, formuler une remarque. Il concerne ce que le principal avocat, Me Jacques Trémolet de Villers, a dit au sujet de la Shoah et à propos de l’Allemand Baldur von Schirach. S’il faut en croire la presse, Me Trémolet de Villers a présenté la Shoah (c’est-à-dire l’extermination physique et systématique des juifs d’Europe) comme un fait avéré. Il aurait lancé : «[Paul Touvier] est-il complice de la Shoah ? Non ! [2] » Comme exemple de cette Shoah, il aurait évoqué l’extermination de cinquante mille juifs de Vienne :


Von Schirach, le Gauleiter de Vienne, responsable de l’extermination de cinquante mille juifs, a été condamné à vingt ans de prison [3].


En réalité, le tribunal de Nuremberg a condamné Baldur von Schirach, Gauleiter (c’est-à-dire préfet de district) de Vienne, à vingt ans de prison pour avoir sciemment participé, sans l’avoir provoquée, à la déportation (et non à l’extermination) de soixante mille juifs de Vienne.


L’erreur, grave, commise par l’avocat se comprend. Elle prouve, s’il en était besoin, que les tribunaux devraient s’abstenir de juger l’histoire. Ni les juges, ni les jurés, ni le ministère public, ni les avocats de l’une ou l’autre partie, n’ont la compétence, le temps ni les moyens de faire œuvre d’historiens. Me Trémolet de Villers n’avait pas disséqué l’interrogatoire de B. von Schirach à Nuremberg ni le bref passage du jugement de condamnation et il n’avait fait appel pour l’éclairer sur ce point à l’aide d’aucun historien spécialiste du procès de Nuremberg et des procès du même genre.


Il suffit, en un premier temps, de lire avec attention l’équivalent d’une seule page du jugement de Nuremberg pour se rendre compte de l’erreur commise par l’avocat de Touvier [4].


En un second temps, on se reportera à la page des débats où l’avocat général américain, qui cherchait à impliquer B. von Schirach dans une entreprise d’extermination des juifs de Vienne, fut soudain obligé de battre en retraite [5].


Les juges de Nuremberg mentionnent à deux reprises le chiffre de «cinquante mille» mais ce n’est pas à propos des juifs déportés de Vienne. Le chiffre qu’ils retiennent pour ces juifs-là est de soixante mille (chiffre deux fois cité). Ils rappellent qu’à la fin de 1940 Adolf Hitler, excipant de la crise du logement à Vienne (en temps de guerre, rappelons-le), a fait déporter, presque tout au long des années 1941 et 1942, soixante mille juifs de Vienne vers le Gouvernement Général de Pologne (où il envisageait, ajouterons-nous, la création d’une vaste zone juive dans la région de Lublin). Tous les historiens qui défendent la théorie de la Shoah s’accordent à reconnaître qu’à l’époque où Hitler prit cette décision, il ne songeait pas à exterminer les juifs. Quant au rôle que joua personnellement B. von Schirach dans cette affaire, les juges de Nuremberg le résument en trois phrases :


Le Tribunal estime que Schirach, bien que n’ayant pas provoqué la déportation des juifs de Vienne, a participé à cette déportation après être devenu Gauleiter de cette ville. Il savait que ce que les juifs pouvaient espérer de plus favorable, c’était de vivre une existence misérable dans les ghettos de l’Est. Son service recevait des rapports sur l’extermination des juifs [6].


Dans la première phrase, les juges parlent de déportation et non d’extermination ; pour eux, l’accusé n’a pas provoqué cette déportation mais il y a participé.


Dans la deuxième phrase, les juges concèdent implicitement que l’accusé était de bonne foi lorsque tout au long du procès il avait, à l’instar de tous les autres accusés, déclaré n’avoir jamais rien su d’une extermination des juifs.


La troisième phrase est intéressante. Les juges qui venaient d’admettre implicitement l’ignorance de B. von Schirach ne pouvaient plus l’accuser de savoir. Aussi, pour contourner la difficulté et pour faire tout de même apparaître le mot d’«extermination», ont-ils, à défaut de déclarer : «Il recevait des rapports sur l’extermination des juifs », prononcé : « Son service recevait des rapports sur l’extermination des juifs». Or, ces rapports accusateurs ne furent ni lus devant le tribunal ni présentés à B. von Schirach, pas même par extraits. L’avocat général T. J. Dodd, qui comptait utiliser cette arme contre l’accusé, renonça de lui-même à toute lecture. Il faut dire que B. von Schirach venait de démontrer à l’avance, en quelques mots précis et percutants, qu’il ne pouvait pas avoir eu connaissance de tels rapports [7].


Il est regrettable que Me Trémolet de Villers, aux mérites éclatants duquel il sied par ailleurs de rendre hommage, ait été conduit, pour les besoins de la cause de P. Touvier tels qu’il les estimait, à condamner une nouvelle fois B. von Schirach encore plus sévèrement que ne l’avaient fait les juges de Nuremberg en 1946. Sur les quatre chefs d’accusation possibles, ces juges n’avaient retenu à l’endroit de l’accusé qu’un seul chef d’accusation : celui de «crimes contre l’humanité». Un seul «crime contre l’humanité» était, a leurs yeux, établi : celui d’avoir participé, sur ordre, à la déportation des juifs de Vienne vers la Pologne.


Me Trémolet de Villers a manifestement voulu montrer que son client, responsable de la mort de sept juifs, ne pouvait être comparé à un Allemand responsable de cinquante (ou soixante) mille morts juives, mais il est dommage qu’il ait pour cela pris ses aises avec la vérité d’un texte : celui du jugement de Nuremberg qui, par lui-même, était déjà passablement entaché de parti pris et d’erreur.


Et puis, en posant la Shoah comme un fait avéré et en présentant B. von Schirach comme un assassin patenté, n’a-t-il pas renforcé les juges et les jurés dans la conviction que Touvier s’était, à son échelle, fait le complice d’un régime qui aurait tué les juifs de manière systématique et par millions ?


En toute circonstance, mieux vaut être exact.


N. B. « Avocat et nazi, c’est incompatible !» aurait lancé Me Trémolet de Villers. En réalité, on peut être avocat et avoir, bien sûr sans les manifester, des convictions national-socialistes tout comme on peut, à la façon de Me Joë Nordmann, être avocat et stalinien ou communiste ; on se rappelle le comportement de ce dernier dans le procès Kravchenko.


25 avril 1994


Notes


[1] L. Greilsamer, « La Leçon Touvier », Le Monde, 21 avril 1994, p. 1.


[2] Id., p. 14.


[3] Ibid.


[4] TMI, I, p. 342-343.


[5] TMI, XIV, p. 542.


[6] TMI, I, p. 342-343.


[7] TMI., XIV, p. 541-542.

Thursday, April 14, 1994

Lettre à Me Patrick Quentin


Maître,


Vos plaidoiries – vous avez pu le constater – ont le don de me réjouir. Elles sont creuses et vous jouez merveilleusement faux. On sent le petit bonhomme inintelligent et paresseux. Au lieu de travailler, vous jouez de la corde sensible. C’est facile pour peu qu’on manque de sensibilité vraie.


Le honteux procès intenté à Paul Touvier vous a permis, une fois de plus, de mettre votre absence de talent au service du trust des martyrs.


S’il faut en croire le journal La Montagne d’aujourd’hui, vous avez évoqué votre femme (juive), votre belle-mère et votre bébé. Cette étonnante belle-mère, une miraculée d’Auschwitz, aurait «pendant quelques semaines, à Auschwitz, été chargée de déshabiller les enfants qui allaient à la chambre à gaz»; ensuite « pendant un an » [après votre mariage et la naissance de votre bébé], elle aurait été «incapable de prendre votre bébé dans ses bras».


Vous voilà nanti d’une belle-mère qui, nolens, volens, a participé à un crime contre l’humanité. Mais peut-être ignorait-elle sur le moment la portée de son acte ? L’avez-vous dit ? Et le journaliste aurait-il omis de dire que vous l’aviez dit ? En ce cas, où, quand et comment la merveilleuse belle-mère a-t-elle appris qu’elle avait participé à un tel crime ? Quelle preuve en a-t-elle eu ? Lui intentera-t-on un procès pour établir si elle savait ou si elle ne savait pas ? Va-t-on nous expliquer pourquoi, au bout de «quelques semaines», les Allemands extrayaient d’Auschwitz une femme qui en savait ou pouvait en savoir le plus lourd secret ?


J’espère vous rencontrer à l’un de mes prochains procès. Je ne vous épargnerai ni mes questions ni quelques succulentes révélations sur l’imposture, titubante, de la magique chambre à gaz.


PS. Mes compliments à votre confrère Freitag qui semble ignorer que même le général Lucius Clay a dénoncé le mythe des abat-jour en peau humaine : peau de chèvre à l’analyse !


14 avril 1994

Monday, April 11, 1994

Les juifs bruns ont collaboré avec l’Allemagne de Hitler


Les «juifs bruns», c’est-à-dire les juifs de la collaboration avec l’Allemagne nationale-socialiste, ceux des Conseils juifs à travers toute l’Europe occupée («l’internationale juive de la collaboration»), n’auraient évidemment pas donné leur accord aux déportations s’ils avaient su que celles-ci aboutissaient à l’assassinat de leurs coreligionnaires dans des abattoirs chimiques. En France, l’Union générale des Israélites de France (UGIF) avait collaboré à la rafle du Vel’ d’hiv’. En 1947, au procès de Xavier Vallat, Mllle Libers rappelait dans quelles circonstances elle avait été engagée comme assistante par l’UGIF le 16 juillet 1942 :


Je suis venue me présenter à l’UGIF parce que, journaliste n’ayant plus d’emploi pendant la guerre, j’ai pensé qu’étant assistante sociale à l’UGIF je pourrais secourir quelques misères humaines. — Je m’y suis présentée en mai 1942. Il me fut répondu qu’en ce moment, il n’y avait pas de travail. J’attendis, et c’est le 15 juillet 1942 au soir que je reçus un pneumatique me priant de me présenter à l’UGIF le 16 juillet au matin. Le 16 juillet au matin, je me rendis à 9 heures à l’UGIF et me trouvais là devant d’autres personnes qui venaient solliciter du travail à l’UGIF. Nous assistions, à ce moment, à une véritable mise en scène, c’est-à-dire qu’on nous faisait préparer des étiquettes avec une petite ficelle, qui devaient certainement servir à être accrochées à quelque chose ou quelque part. — Le 16 juillet, dans la nuit, eurent lieu les rafles monstres de femmes et d’enfants juifs. Nous comprîmes, le 17 au matin, qu’on nous avait fait préparer ce travail parce qu’on savait déjà dès le 15 que les rafles auraient lieu [1].


La même Mlle Libers ajoute que l’UGIF pourvoyait ses assistantes sociales d’ordres de mission signés des autorités SS pour aller chercher des enfants juifs et les amener au centre Lamarck d’où ils étaient ensuite conduits à Drancy [2]. On sait que, de Drancy, certains étaient ensuite envoyés à Auschwitz.


Le camp de Drancy était, sous la surveillance des autorités allemandes et françaises, largement autogéré par les juifs [3].


Pour juger de la politique de l’État français vis-à-vis des juifs, il importe grandement d’écouter aussi la voix et les arguments de l’accusé. Le livre susmentionné sur le procès de Xavier Vallat est, à ce point de vue, d’une importance primordiale. X. Vallat replace dans la perspective historique la loi portant statut des juifs. Il rappelle qu’avant et après cette loi il a existé en France des lois contre certaines catégories de Français. Avant cette loi, à l’occasion de la séparation de l’Église et de l’État, quatre-vingt-dix mille citoyens et citoyennes français se sont vu interdire les droits de posséder, d’ester, de s’associer, d’enseigner, d’exercer des professions publiques ; leurs biens ont été confisqués et n’ont pas, comme ceux des juifs, été confiés à la Caisse des dépôts et consignations. Après cette loi, on a également pu voir cent mille citoyens et citoyennes français transformés en «morts vivants» grâce à l’ordonnance du 26 décembre 1944 créant l’indignité nationale [4].


Le produit de la vente d’un bien juif était versé, au nom du juif propriétaire, à la Caisse des dépôts et consignations où il portait intérêt ; un dixième était prélevé pour les juifs pauvres, c’est-à-dire essentiellement pour l’UGIF [5]. L’Alliance israélite était subventionnée par le maréchal Pétain et quand, à la suite d’attentats contre leurs troupes, les Allemands infligèrent aux juifs une amende d’un milliard de francs, ces derniers se tournèrent vers le maréchal Pétain pour implorer son aide. Celui-ci leur obtint un prêt d’un milliard garanti par le Syndicat des banques [6] (soit dit en passant était-ce là le comportement d’un État coupable d’antisémitisme à la manière des nationaux-socialistes ?). L’UGIF pouvait ainsi s’abstenir de taxer les juifs et de recourir à son propre argent; en fin de compte, elle ne versa aux Allemands que le quart du prêt et conserva par devers elle le reste de l’argent [7].


Après la Libération, l’affaire de la collaboration de l’UGIF avec les Allemands sera étouffée et le procès public évité. Un jury d’honneur se réunira sous la présidence de Léon Meiss, président du CRIF. Il acquittera les accusés en première instance et en appel. Les pièces du procès n’ont jamais été publiées. Personne ne sait ce que sont devenus les sept cent cinquante mille francs que s’est appropriés l’UGIF: le CRIF se les est-il, à son tour, appropriés [8] ?


Le Consistoire central des Israélites de France, fondé en 1808, quitta Paris pour Lyon en 1940 [9]. Il refusa d’abord toute représentation au sein de l’UGIF et voulut sauvegarder son indépendance et la maîtrise de ses propres fonds. Il conserva des liens privilégiés avec l’Aumônerie générale israélite et le grand rabbinat. Son président, Jacques Helbronner, entretint des rapports suivis avec le maréchal Pétain qu’il rencontra à vingt-sept reprises en un an et en qui il voyait le «père de la patrie» [10]. Il fut arrêté par les Allemands le 19 octobre 1943 pour des raisons obscures; il fut déporté et ne revint pas de déportation. Son successeur fut Léon Meiss (1896-1966) qui fonda le CRIF en 1944. Le Consistoire multiplia, bien sûr, interventions et protestations en faveur des juifs mais tint jusqu’au bout à observer une attitude légaliste qui, à bien des Français non juifs, devait valoir, pour «collaboration avec l’ennemi», l’exécution sommaire, la fusillade ou la prison. On lui attribue parfois une protestation datée du 25 août 1942 mais ce texte, que publie S. Klarsfeld dans son Mémorial de la déportation des juifs de France (d’après des documents du Centre de documentation juive contemporaine de Paris), est hautement suspect; il ne porte, en particulier, ni en-tête, ni signature; il s’agit d’un texte dactylographié anonyme et manifestement incomplet.


Les archives du Consistoire central sont actuellement soustraites à la communication pour la période postérieure à 1937. Il faudrait, semble-t-il, attendre l’an 2037 pour les voir ouvrir aux chercheurs. Elles ont été déposées aux archives des Hauts-de-Seine (à Nanterre) avec, peut-être, une copie à l’Université hébraïque de Jérusalem. Maurice Moch, archiviste du Consistoire central, aurait écrit un ouvrage sur le Consistoire central pendant les années 1939-1944 mais ce texte, truffé de documents, nous dit-on, n’a pu encore voir le jour [11].


En France comme dans tous les autres pays occupés, y compris la Pologne et la Lituanie, il s’est trouvé de nombreux juifs pour collaborer avec l’Allemagne. A la différence des autres collaborateurs, ils ont quasiment tous été dispensés de rendre des comptes à la justice de leur pays [12]. Les organisations juives en place à la Libération les ont aidés à se soustraire à cette justice. Encore aujourd’hui, elles exigent le châtiment de tous ceux qui se seraient rendus coupables d’un « crime contre l’humanité » (déportation en particulier) sauf s’il s’agit de juifs. Pourquoi ?


11 avril 1994




[Voir aussi « A propos de l’arrêt Touvier. L’affaire des "juifs bruns"», RHR n° 6, mai 1992, p. 69-82, et Ecrits révisionnistes (1974-1998), vol. III, p. 1421-1433.]


Notes


[1] Le Procès de Xavier Vallat, Paris, Editions du Conquistador, 1948, p. 366-367. Mlle Libers témoignait à charge.


[2] Id, p. 368-369.


[3] M. Rajsfus, Drancy. Un camp de concentration très ordinaire 1941-1944, Levallois-Perret, Manya, 1991.


[4] Le Procès de Xavier Vallat,, p. 90-91.


[5] Id, p. 96, 125, 257.


[6] Id., p. 131-132.


[7] P. Boukara, «French Jewish Leadership during the Holocaust», compte rendu du livre de Richard Cohen The Burden of Conscience (Bloomington, Indiana University press, 1987) in Patterns of Prejudice, périodique de l'Institute of Jewish Affairs, Londres, 1988, p. 50.


[8] Dans d'autres pays européens, les anciens responsables des Conseils juifs qui avaient collaboré avec l'Allemagne allaient bénéficier de la même indulgence (voy. Raul Hilberg, Perpetrators, Victims, Bystanders, New York, Harper Collins, 1992, p. 112-117).


[9] Ce paragraphe est repris de « A propos de l’arrêt Touvier. L’affaire des “juifs bruns” », Ecrits révisionnistes (1974-1998), vol. III, p. 1421-1433.


[10] J. Helbronner approuvait en novembre 1940 certaines mesures prises par l'État français contre les étrangers et parlait de «normal antisémitisme» (D. Peschanski, « Les statuts des juifs du 3 octobre 1940 et du 2 juin 1941 », Le Monde juif, janvier-mars 1991, p. 19).


[11] Voy. Le Monde juif, octobre-décembre 1987, p. 200.


[12] Pour une notable exception en France, voyez le cas de Joseph Joinovici.