Tuesday, June 29, 1993

Primo Levi sur Auschwitz


Son vrai témoignage en 1947 –
Son faux témoignage en 1976


Né à Turin en 1919, Primo Levi, qui a été interné à Auschwitz (plus exactement, à Auschwitz-Monowitz) de février 1944 à janvier 1945, est mort (accident ou suicide ?) à Turin en 1987. Ingénieur chimiste et écrivain, il est notamment connu pour avoir écrit Se questo è un uomo. Composé de décembre 1945 à janvier 1947, ce récit a été publié en 1947 par un obscur éditeur et réédité en 1958 par Einaudi. En 1961, la version française du récit a été éditée sous le titre de J'étais un homme, aux éditions Buchet-Chastel, dans une traduction de Michèle Causse. En 1987, une autre version française était publiée sous le titre de Si c'est un homme, aux éditions Julliard, dans une traduction de Martine Schruoffeneger ; s'y ajoutait un appendice rédigé en 1976, soit quelque trente ans après la composition du récit. C'est à cette dernière édition de 1987 que je me reporterai ici.

La différence est criante, et même choquante, entre, d'un côté, les quelque cent quatre-vingts pages du récit originel, composé juste après la guerre, et, d'un autre côté, les quelque vingt-cinq pages de l'appendice rédigé trente ans plus tard, pour, nous confie l'auteur, « l'édition scolaire de Si c'est un homme, afin de répondre aux questions qui me sont continuellement posées par les lycéens» ; l'auteur ajoute : «Mais comme ces questions coïncident dans une large mesure avec celles que me posent les lecteurs adultes, il m'a paru opportun d'inclure dans cette nouvelle édition le texte intégral de mes réponses.» Comme on va le constater, sur un même sujet Primo Levi a dit vrai en 1947 et a menti en 1976.

Son vrai témoignage en 1947

Le récit originel est poignant. Peu d'anciens internés d'Auschwitz et de ses sous-camps sont parvenus, comme P. Levi, à évoquer la déchéance physique et morale, les souffrances quotidiennes dues à la faim, à la soif, à l'épuisement physique, à la promiscuité, à la maladie, aux épidémies (de typhus, de dysenterie, de scarlatine), aux mauvais traitements des capos, que ceux-ci fussent des prisonniers de droit commun, des internés politiques, des internés résistants ou des juifs. Encore P. Levi a-t-il eu «la chance», comme il le dit dans la première phrase de sa préface, de n'être déporté à Auschwitz qu'en février 1944, c'est-à-dire à une époque où les conditions de vie s'étaient améliorées par rapport à l'année 1942 où le camp avait été ravagé par de graves épidémies de typhus. Son sort n'en sera pas moins détestable jusqu'au moment – tardif – où il sera employé comme chimiste. Les derniers jours seront à nouveau redoutables, surtout après le départ des Allemands, le 18 janvier 1945, et en attendant l'arrivée des Soviétiques, le 27 janvier. On sait que, le 18 janvier, les Allemands ont évacué le camp, emmenant avec eux vers l'intérieur de l'Allemagne tous les prisonniers valides (pour éviter que les Soviétiques ne les enrôlent dans l'armée ou dans l'industrie) ; ils ont également évacué, parmi les malades ou les bouches inutiles, tous les volontaires, y compris les juifs, qui préféraient partir avec les Allemands plutôt que d'attendre les Soviétiques ; tel fut le cas d'Élie Wiesel et de son père, ainsi que le rapporte l'intéressé dans La Nuit.

Après l'évacuation des Allemands, les prisonniers sont laissés à eux-mêmes ; le camp est touché par des obus ou des bombes soviétiques ; des baraques sont en flammes ; il n'y a plus ni eau ni électricité (les Soviétiques ont détruit la centrale électrique). L'auteur rapporte :

Une saleté indescriptible avait envahi toutes les parties du camp. Les latrines, que naturellement personne ne se souciait plus d'entretenir, étaient toutes bouchées, et les malades de dysenterie (plus d'une centaine) avaient souillé tous les coins [de l'hôpital-infirmerie], rempli tous les seaux, tous les bidons qui servaient pour la soupe, toutes les gamelles. On ne pouvait faire un pas sans regarder où on mettait les pieds ; il était impossible de se déplacer dans le noir. En dépit du froid qui était toujours intense, nous pensions avec horreur à ce qui arriverait en cas de dégel : les infections se propageraient sans recours possible, la puanteur deviendrait insupportable, et, la neige une fois fondue, nous resterions définitivement privés d'eau [1].


Les chambres à gaz dans le récit originel

Dans le récit originel, composé juste après la guerre, les chambres à gaz ou le gaz sont très rarement mentionnés ; toute précision sur l'emplacement de ces chambres, sur leur structure, sur leur fonctionnement, sur la nature du gaz employé et sur le rendement est absente ; pour commencer, à l'exception d'une seule occurrence, l'expression « chambre à gaz » n'apparaît qu'au singulier. Aucun interné, apparemment, n'a vu ni cette chambre à gaz, ni le Sonderkommando ; en effet, l'auteur écrit : « la fameuse chambre à gaz dont tout le monde parle [2] » , ou, sur le mode de l'interrogation : « C'est donc vrai ce qu'on raconte : les sélections, les gaz, le crématoire ? [3] » ou encore : « On parle du Sonderkommando [4]. » Il s'agit donc d'une rumeur, au demeurant très vague, dont on ignore si elle prend sa source dans une réalité quelconque.

Dans ce récit de 1947, j'ai relevé, en quelque cent quatre-vingt pages, huit occurrences de « chambre(s) à gaz » et de « gaz » (les mots importants sont en italique) :

— Ceux que le hasard faisait descendre du bon côté entraient dans le camp ; les autres finissaient à la chambre à gaz [5].

— Pour être soigné au K. B. [Krankenbau : hôpital-infirmerie], en effet, il faut être enclin à guérir, la propension contraire conduisant directement du K.B. à la chambre à gaz [6].

— Quand bien même aujourd'hui serait mon dernier jour, et cette chambre, la fameuse chambre à gaz dont tout le monde parle, que pourrais-je y faire [7] ?

— C'est donc vrai ce qu'on raconte : les sélections, les gaz, le crématoire [8] ?

— Tous les musulmans [internés atteints de cachexie] qui finissent à la chambre à gaz [...] [9].

— [La cloche sonne indiquant qu'il faut rester dans les baraques :] cela se produit quand il y a sélection pour que personne ne puisse y échapper, et quand les sélectionnés partent à la chambre à gaz pour que personne ne les voie partir [10].

— Beppo le Grec [...] qui partira après-demain à la chambre à gaz, qui le sait [...] [11].

On parle de Sonderkommando, le Kommando spécial préposé aux chambres à gaz et aux fours crématoires, qui est lui-même périodiquement exterminé et tenu rigoureusement isolé du reste du camp [12].

Son faux témoignage en 1976

Dans l'appendice, rédigé environ trente ans après la guerre, les chambres à gaz ou le gaz sont, proportionnellement au texte, très souvent mentionnés ; des détails (il est vrai, plutôt vagues) sont donnés, qui concernent l'emplacement des chambres à gaz, leur structure, leur fonctionnement, la nature du gaz employé et le rendement ; dans toutes les occurrences, l'expression de « chambres à gaz » n'apparaît qu'au pluriel. Sauf en une occurrence [13], ces « chambres à gaz » sont présentées comme une réalité et non plus comme une rumeur ou un on-dit.

Dans cet appendice de vingt-cinq pages (environ trente pages si la typographie en était la même que pour le récit), j'ai relevé onze occurrences de « chambres à gaz » et de « gaz » (les mots importants sont en italique) :

— L'extermination méthodique et industrialisée de millions d'êtres humains, les chambres à gaz, les fours crématoires, l'exploitation abjecte des cadavres, tout cela devait rester caché et le resta effectivement pendant toute la durée de la guerre, sauf pour un nombre restreint d'individus [14]. »

— Au lieu d’« extermination » on écrivait « solution définitive », au lieu de « déportation » « transfert », au lieu de « mort par gaz »« traitement spécial » et ainsi de suite [15].

— Ces longues heures (et parfois ces longs jours) d'attente qui précédaient leur entrée dans les chambres à gaz [16].

Les chambres à gaz étaient en effet camouflées en salles de douches, avec tuyauteries, robinets, vestiaires, portemanteaux, bancs, etc [17].

— Il suffit de rappeler que les chambres à gaz d'Auschwitz furent testées sur un groupe de trois cents prisonniers de guerre russes [18].

— Birkenau, qui alla jusqu'à contenir soixante mille prisonniers, dont quarante mille femmes, et où étaient installés les fours crématoires et les chambres à gaz [19].

— Vous remarquerez, par exemple, que je n'ai pas cité les chiffres du massacre d'Auschwitz, pas plus que je n'ai décrit le mécanisme des chambres à gaz et des fours crématoires ; cela parce que ce sont des données que je ne connaissais pas quand j'étais au Lager [camp de Monowitz], et que je n'ai possédées que par la suite, en même temps que tout le monde [20].

— A partir de 1941 environ, les Lager [camps] allemands deviennent de gigantesques machines de mort : les chambres à gaz et les fours crématoires avaient été délibérément conçus pour détruire des vies et des corps humains par millions : l'horrible record en revient à Auschwitz, avec vingt-quatre mille morts en une seule journée au mois d'août 1944 [21].

— [Ce massacre] n'épargnait même pas les enfants, qui furent tués par milliers dans les chambres à gaz, cas unique parmi toutes les atrocités de l'histoire de l'humanité [22].

— Le moyen même qui fut choisi (après de minutieux essais) pour opérer le massacre était hautement symbolique. On devait employer, et on employa, le gaz toxique déjà utilisé pour la désinfection des cales de bateaux et des locaux envahis par les punaises ou les poux [23].

— Les convois de victimes à envoyer aux chambres à gaz ou à évacuer des Lager [camps] proches du front avaient la priorité sur les trains militaires [24].

Différences entre le vrai et le faux témoignage

Un simple calcul arithmétique montre combien « les chambres à gaz » et les mentions de « gaz » ont proliféré entre le récit de 1947 et l'appendice de 1976. Supposons que le pluriel « chambres à gaz » implique l'existence de deux chambres à gaz. On obtient ainsi, pour un texte de cent quatre-vingts pages, neuf occurrences du mot « gaz », soit une mention pour vingt pages, tandis que, pour un texte de quelque trente pages, on relève vingt occurrences du même mot, soit une mention pour chaque page et demie. Ainsi le témoin a-t-il multiplié, au moins par treize, les « réalités » dont il prétend rendre témoignage. Cette inflation quantitative d'au moins 1300% s'accompagne, on l'a vu, d'une majoration qualitative tout aussi remarquable. Autant, dans le premier texte, la chambre à gaz est plutôt de l'ordre de la rumeur et, par conséquent, vague, autant, dans le second texte, l'auteur s'est efforcé de donner à ses chambres à gaz (toujours au pluriel) un peu de consistance physique.

Avant d'en venir à la description du processus qui conduit à transformer, avec le temps, un vrai témoignage en un faux témoignage, arrêtons-nous un instant sur une observation des plus simples : le cas, à lui seul, de P. Levi et l'expérience dramatique que ce juif a vécue de la résistance armée, de la déportation et de l'internement dans le camp d'Auschwitz, prouvent que les Allemands n'ont jamais pu avoir une politique d'extermination physique des juifs et n'ont jamais conçu, construit et utilisé des abattoirs chimiques pour mener à bien cette politique.

P. Levi était une preuve vivante qu'il n'y a pas eu de génocide

Si, comme on ose l'affirmer, les Allemands avaient pratiqué une politique d'extermination des juifs, ni P. Levi, ni tant d'autres juifs qui sont nés au camp d'Auschwitz ou qui y ont vécu, n'auraient survécu à la guerre. Un paradoxe veut même que sa qualité de juif ait valu à P. Levi le fait de n'avoir pas été fusillé peu après son arrestation le 13 décembre 1943. Comme l'écrit son ami Ferdinando Camon, « les fascistes l'avaient capturé en tant que partisan (il avait encore un pistolet sur lui), et il s'était déclaré juif afin de n'être pas fusillé immédiatement [conformément, ajouterons-nous, aux conventions internationales en vigueur]. Et c'est en tant que juif qu'il fut livré aux Allemands. Les Allemands l'envoyèrent à Auschwitz et ce fut Auschwitz qui fit de lui un écrivain [25]. » A Auschwitz, comme il le dira lui-même [26], c'est à peine s'il verra des SS. Assigné aux usines de Monowitz, il y sera blessé par la chute d'une poutrelle en fonte [27]. Il est hospitalisé. Au Krankenbau, où il est soigné, la soupe lui est servie au lit, il ne fait pas froid, il ne travaille pas, il peut faire la sieste [28]. Soit dit en passant, c'est là qu'on lui parle des « sélections » et des « gaz » ; un juif polonais le désigne à leurs camarades comme « l'Italien qui ne croit pas aux sélections [29] ». Il a la visite d'un compatriote, dont il dit : « [Il] a une très légère entérite, il est là depuis vingt jours, il s'y trouve bien, se repose et engraisse ; il se fiche pas mal des sélections et il a décidé de rester au K.B. jusqu'à la fin de l'hiver, coûte que coûte [30]. » P . Levi restera une vingtaine de jours au K.B. [31].

Le 11 janvier 1945, il contracte la scarlatine :

— Et [je] fus à nouveau hospitalisé au K.B. Infektionsabteilung [section des maladies infectieuses] : une petite chambre en vérité très propre, avec dix couchettes sur deux niveaux : une armoire, trois tabourets, et le seau hygiénique pour les besoins corporels. Le tout dans trois mètres sur cinq [32].

On lui administre de fortes doses de sulfamides [33], produit rare, à l'époque, en Europe. Il fera la connaissance d'un juif hollandais du nom de Lakmaker, âgé de dix-sept ans, grand, maigre, affable :

— Il était alité depuis trois mois et on se demande comment il avait échappé aux sélections [34]. Il avait d'abord eu le typhus, puis la scarlatine ; entretemps nous avions décelé chez lui une grave malformation cardiaque, et pour finir il était couvert d'escarres au point de ne pouvoir rester allongé que sur le ventre. Avec tout ça, un appétit féroce [35]. Lakmaker allait mourir quelques semaines après l'arrivée des Russes à l'infirmerie russe provisoire d'Auschwitz [36].

Il est évident que, si les Allemands avaient conduit une politique d'extermination physique des juifs, ils n'auraient pas, à Auschwitz, préservé la vie de P. Levi, ni celle de ce juif hollandais et, après la guerre, P. Levi n'aurait pas rencontré à Katowice des rescapés juifs comme Schenk et Alcalai [37] ou, à Dortmund, en Allemagne fédérale, le rabbin Mendi [38], décrit comme « fluet, fragile »[39] ; Mendi, « le rabbin moderniste », était venu de la Russie subcarpatique [40].

Le processus du faux témoignage

Selon un processus que j'ai observé chez de nombreux rescapés d'Auschwitz ou d'autres camps de concentration, P. Levi ne ment pas d'emblée mais se trouve graduellement conduit, entre 1947 et 1976, à mentir sur son expérience d'Auschwitz.

Pour commencer, cette expérience a été atroce, d'une atrocité vraie, quotidienne, sans rien de spectaculaire et, par conséquent, difficile à décrire. Le besoin de relater cette expérience et d'en faire sentir le caractère révoltant conduit à légèrement pimenter le récit d'inventions qu'en un premier temps on n'ose tout de même pas certifier vraies ; on se fait l'écho de rumeurs épouvantables qui enveloppent les réalités d'une sorte de halo sulfureux ; on crée une atmosphère ; on ne prétend pas avoir vu le diable mais on rapporte que d'autres l'ont vu.

Puis, les années passant, on s'en entretient avec d'autres survivants et surtout on lit ce qui s'est écrit sur le sujet ; on finit par intéresser des auditoires qui n'ont pas connu cette expérience, des auditoires à la fois complaisants et exigeants : d'une part, ils sont prêts à croire aux pires horreurs mais, d'autre part, il faut leur en fournir de toujours plus fortes, sous peine de les décevoir. C'est alors que, pour répondre à leur attente, on va puiser dans le fond d'une sorte de tradition écrite et orale. On va « enrichir » sa propre expérience de l'expérience supposée des autres et on va s'inspirer des ouvrages prétendument historiques et savants consacrés au sujet.

Peu à peu on en viendra ainsi à ne plus clairement distinguer entre ce qu'on a vécu et ce qu'on a trouvé chez autrui. Le petit mensonge deviendra un gros mensonge qui, lui-même, se mettra à enfler jusqu'à nourrir un mythe nécessaire aux chaudes retrouvailles entre gens qui ont subi les mêmes vraies souffrances et qui, par solidarité, se prêteront main forte dans la défense et l'illustration du récit de leur odyssée.

C'est le mensonge d'Ulysse.

Vrai témoin en 1947, P. Levi est, progressivement, devenu faux témoin en 1976.

Il a cédé à la tentation du mensonge d'Ulysse ; Paul Rassinier, lui, y a résisté [41].

29 juin 1993



Notes

[1] P. Levi, Si c’est un homme, p. 176.

[2] Id., p. 51.

[3] Id., p. 55.

[4] Id., p. 159.

[5] Id., p. 19.

[6] Id., p. 48.

[7] Id., p. 51.

[8]  Id., p. 55.

[9] Id., p. 96.

[10] Id., p. 135.

[11] Id., p. 138.

[12] Id., p. 159.

[13] Id., p. 201.

[14] Id., p. 193.

[15] Ibid.

[16] Id., p. 198.

[17] Ibid.

[18] Ibid.

[19] Id., p. 199.

[20] Id., p. 201.

[21] Id., p. 201-202.

[22] Id., p. 202.

[23] Id., p. 209.

[24] Id., p. 210.

[25] F. Camon, « Chimie, Levi, la mort », Libération, 13 avril 1987, p. 29.

[26] P. Levi, op cit., p. 190.

[27] Id., p. 47.

[28] Id., p. 53.

[29] Id., p. 55.

[30] Id., p. 57.

[31] Id., p. 60.

[32] Id., p. 162.

[33] Id., p. 163.

[34] Sélection (en polonais du camp : « Selekcja ») : « Personne ne sait rien de précis, mais tout le monde en parle, même les ouvriers libres, polonais, italiens et français que nous rencontrions en cachette sur notre lieu de travail » (id., p. 133).

[35] Id., p. 179.

[36] Id., p. 186.

[37] Id., p. 186.

[38] Id., p. 204.

[39] Id., p. 73.

[40] Id., p. 111.

[41] Sur une invention un peu « forte » de P. Levi, on consultera Pierre Marais, En lisant de près les écrivains chantres de la Shoah. Primo Levi, Georges Wellers, Jean-Claude Pressac, Paris, La Vieille Taupe, 1991, p. 7-21.

Un grand faux témoin : Élie Wiesel (suite)


En 1988, je publiais dans les Annales d’histoire révisionniste [1] un article intitulé : « Un grand faux témoin : Elie Wiesel », où j’écrivais notamment :

Élie Wiesel a reçu en 1986 le prix Nobel de la Paix. Il est généralement présenté comme un témoin de l’«Holocauste» des juifs et, plus particulièrement, comme un témoin de l’existence des prétendues chambres à gaz homicides [...]. Mais en quoi Elie Wiesel serait-il un témoin des chambres à gaz ? De quel droit exigerait-il que nous croyions un seul instant à ce mode d’extermination ? Dans le livre autobiographique censé rapporter son expérience d’Auschwitz et de Buchenwald, il ne mentionne nulle part les chambres à gaz. Il dit bien que les Allemands exterminaient les juifs mais... par le feu, en les jetant vivants dans des fournaises en plein air au vu et au su de tous les déportés [2] !

Dans une note, je précisais que l’auteur de La Nuit, récit autobiographique, ne faisait aux gazages homicides qu’une seule allusion vague et fugace à la page 109 : Elie Wiesel, qui aime bien prendre Dieu pour interlocuteur, lui dit: « [ces hommes-ci] que Tu as laissé torturer, égorger, gazer, calciner, que font-ils? Ils prient devant Toi [3]

En 1992, un révisionniste suisse, Jürgen Graf [4], eut la curiosité de comparer la version originale française de La Nuit (1956) [5] avec la traduction en allemand parue, en 1962, sous le titre Die Nacht zu begraben, Elischa (La Nuit pour enterrer les morts, petit Élie) [6]. Cette traduction due à Curt Meyer-Clason se révéla scrupuleusement exacte, sauf sur un point : il semblait que toutes les occurrences où se rencontraient, dans la version française, les mots de «crématoire(s)» ou de «four(s) crématoire(s)» avaient laissé place, sous la plume de l’excellent traducteur, au mot de «Gaskammer(n)» (chambres à gaz). Une révisionniste française, doublée d’une germaniste, A. W., voulut bien se charger pour moi d’un travail de vérification, dont je la remercie. Le résultat de ce travail est le suivant :

En treize occurrences, «crématoire(s)» ou «four(s) crématoire(s)» ont été changés en «Gaskammer(n)» et, en une occurrence, en «Vernichtungslager» (camp d’extermination doté de chambre(s) à gaz). En une occurrence, «exterminés» a été changé en «vergast» (gazés). Donc, au total, en quinze occurrences, le traducteur allemand a mis du gaz là où l’auteur n’en avait pas mis. Les pages où peuvent se vérifier ces manipulations sont les suivantes, respectivement dans l’édition originale française et dans la traduction allemande :

Page 57 – Seite 53 (2 fois) ; p. 58 – s. 54 ; p. 61 – s. 57 ; p. 62 – s. 57 ; p. 67–s. 62 (2 fois) ; p. 84 – s. 76 ; p. 101–s. 90 ; p. 108 – s. 95 ; p. 109 – s. 95 ; p. 112 – s. 98 ; p. 129 – s. 113 ; p. 163 – s. 140 ; p. 174 – s. 150 [7].

Il est intéressant de noter que, dans les deux dernières occurrences, le camp dont parle E. Wiesel n’est plus celui d’Auschwitz, quitté en janvier 1945, mais celui de Buchenwald. Autrement dit, le camp de Buchenwald, dont tous les historiens ont fini par admettre qu’il ne possédait pas de chambres à gaz homicides, se voit ici pourvu... de chambres à gaz homicides !

A mes yeux, la responsabilité personnelle d’E. Wiesel est engagée dans ces manipulations frauduleuses, lesquelles, comme on peut le constater, revêtent un caractère délibéré et systématique. Cette responsabilité demeurera engagée aussi longtemps que l’auteur ne se sera pas publiquement expliqué sur son rôle dans l’affaire de cette curieuse traduction en allemand. Il est un autre point sur lequel j’attends depuis plusieurs années une explication de notre homme : pourquoi, en janvier 1945, a-t-il décidé de quitter Auschwitz avec les Allemands plutôt que d’attendre sur place les Soviétiques ? Pourquoi son père et lui ont-ils, après mûre réflexion et alors que les Allemands leur en laissaient le choix, opté pour un départ avec leurs «exterminateurs» allemands plutôt que pour une attente, sur place, de leurs «libérateurs» soviétiques ?

Il faut relire la fin de La Nuit sur ce troublant épisode de la vie des Wiesel, père et fils. Pour commencer, rappelons qu’E. Wiesel a toujours insisté sur le caractère strictement autobiographique de son ouvrage. Encore en 1990, il déclarait: «Every word of it is absolutely true» (Chaque mot en est absolument vrai) [8]. Aux pages 124-130 de La Nuit, il raconte que, détenu à Auschwitz à l’âge de seize ans, il eut, un jour de la fin 1944, à souffrir d’une infection au pied droit. «Un grand médecin juif, un détenu comme nous [mon père et moi-même] » décida qu’une opération chirurgicale était nécessaire [9]. Le jeune Elie fut admis à l’hôpital d’Auschwitz « dans des draps blancs [...]. Ce n’était pas mal du tout, l’hôpital: on avait droit à du bon pain, à de la soupe plus épaisse [10]. » Son médecin assista de bout en bout à l’opération chirurgicale jusqu’au réveil du jeune patient. Peu après, en janvier 1945, les Allemands annoncèrent l’évacuation du camp : «Les malades peuvent rester à l’infirmerie. Ils ne seront pas évacués [11]. » Le jeune homme consulta son père. «Il était perdu dans ses méditations. Le choix était entre nos mains. Pour une fois, nous pouvions décider nous-mêmes de notre sort. Rester tous deux à l’hôpital, où je pouvais faire entrer [mon père] comme malade [ce qu’il n’était pas] ou comme infirmier [ce qu’il n’était pas non plus], grâce à mon docteur. Ou bien suivre les autres [12]. » La suite du récit nous l’apprend : bien que le jeune homme eût encore du mal à marcher, la décision fut prise d’un commun accord: ce serait – et ce fut – le départ vers l’Ouest avec les Allemands, le 18 janvier 1945 [13].

Comment tout cela peut-il s’accorder avec une politique d’extermination systématique des juifs, surtout des juifs malades ou incapables de travailler ? Le père d’Elie Wiesel allait mourir de dysenterie à Buchenwald. Lui-même et deux de ses sœurs allaient survivre à la guerre. Elie Wiesel se fait beaucoup voir et entendre. Ses sœurs sont d’une remarquable discrétion [14].

29 juin 1993

Notes

[1] AHR, n° 4, printemps 1988, p. 163-168, reproduit idans le volume II à la page 606.

[2] É. Wiesel, La nuit, p. 163.

[3] Id., p. 168, n. 1.

[4] Jürgen Graf est l'auteur de Der Holocaust auf dem Prüfstand (L'Holocauste sur la sellette), et de Der Holocaust-Schwindel.

[5] La Nuit, préface de François Mauriac.

[6] Die Nacht zu begraben, Elischa, avec une introduction de Martin Walzer et la préface de François Mauriac ; la traduction de La Nuit occupe les pages 17-153.

[7] Primo Levi s'est livré à une opération du même genre sans avoir recours à un traducteur. Voyez Si c'est un homme. La première partie du livre est la plus longue et la plus importante ; elle comprend cent quatre-vingts pages (p. 7-186) et a été rédigée en 1947 ; l'auteur dit, dès la page 19, que c'est après la guerre qu'il a appris le gazage des juifs à Birkenau ; lui-même travaillait à Buna-Monowitz et n'avait jamais mis les pieds à Birkenau ; aussi ne parle-t-il qu'en termes extrêmement vagues et seulement à cinq reprises de « la » chambre à gaz (p. 19, 48, 51, 96, 135) ; il se contente de la mentionner, toujours au singulier et comme une rumeur dont «tout le monde parle» (p. 51). Soudain, dans son « Appendice », écrit en 1976, soit près de trente ans plus tard, les chambres à gaz font une entrée en force: en l'espace de vingt-six pages (p. 189- 214) qui, vu leur typographie plus resserrée, peuvent être comptées pour trente pages, l'auteur les mentionne à onze reprises (p. 193 (2 fois), 198 (3 fois), 199, 201 (2 fois), 202, 209, 210) ; à deux reprises, il parle de « gaz » et à neuf reprises de « chambres à gaz » (toujours au pluriel) ; il écrit comme s'il les avait vues : « Les chambres à gaz étaient en effet camouflées en salles de douches avec tuyauteries, robinets, vestiaires, portemanteaux, bancs, etc...» (p. 198). Il ne craint pas d'écrire encore: «Les chambres à gaz et les fours crématoires avaient été délibérément conçus pour détruire des vies et des corps humains par millions; l'horrible record en revient à Auschwitz, avec vingt-quatre mille morts en une seule journée au mois d'août 1944 » (p. 201-202).
Élie Wiesel et Primo Levi ne sont pas les seuls à avoir ainsi «enrichi» leurs souvenirs.
Primo Levi était ingénieur chimiste. Sur son naufrage ou son délire au point de vue scientifique dans Si c'est un homme, on consultera, de Pierre Marais, En lisant de près les écrivains chantres de la Shoah. Primo Levi, Georges Wellers, Jean-Claude Pressac; voy., en particulier, «Le chimiste, la batterie de camion et... les chambres à gaz » (p. 7-21), chapitre qui concerne Primo Levi. Ce dernier s'est suicidé ou est mort accidentellement le 11 avril 1987. C'est à sa qualité de juif qu'il avait dû de n'être pas fusillé lorsqu'il avait été fait prisonnier par la Milice fasciste le 13 décembre 1943, à l'âge de 24 ans. « Les fascistes l'avaient capturé en tant que partisan (il avait encore un pistolet sur lui), et il s'était déclaré juif afin de n'être pas fusillé immédiatement. Et c'est en tant que juif qu'il fut livré aux Allemands. Les Allemands l'envoyèrent à Auschwitz [...] » Ferdinando Camon, « Chimie. Levi, la mort », p. 29.

[8] Chicago Tribune, 8 mai 1990, section 2, p. 5, col. A.

[9] É. Wiesel, op. cit., p. 124.

[10] Ibid..

[11] Id., p. 129.

[12] Id., p. 129-130.

[13] Id., p. 130-133 : « We were waiting for the Russians as I waited for the Messiah» ([A Auschwitz] nous attendions les Russes comme j'attendais le Messie). Ce mensonge flagrant a été proféré par Élie Wiesel lors d'une émission télévisée du 27 novembre 1991 : « Facing Hate With Elie Wiesel and Bill Moyers » (Face à la haine, avec Élie Wiesel et Bill Moyers), PBS, transcription, p. 8.

[14] La Nuit ne semble être que la version, considérablement abrégée, d'un livre de huit cents pages qu'Élie Wiesel aurait publié en yiddish, dans une ville d'Argentine, en 1956, sous un titre signifiant «Et le monde resta silencieux» (E. Devereaux, «Elie Wiesel», p. 40). Il serait probablement instructif de comparer cette première version, qui ne rencontra aucun succès, avec le condensé en français de La Nuit.

Friday, June 18, 1993

Lettre à Alfred Lilienthal


Cher Monsieur,


Il y a eu une tragédie juive parmi bien d'autres tragédies pendant et après la seconde guerre mondiale. Il n'y a pas eu de «génocide» juif.


Vous n'avez pas d'argument, à mon avis, pour maintenir que :


La guerre entre les révisionnistes et les exterminationnistes est, semble-t-il, vouée à continuer puisque les deux parties refusent de comprendre la position adverse à cause des exagérations respectives de leurs points de vue.


Ou bien les abominables chambres à gaz nazies ont existé, ou bien elles n'ont pas existé. Il n'y a pas de milieu.


Comparer, comme vous le faites, révisionnistes et exterminationnistes revient à comparer, d'une part, des gens qui n'ont aucun pouvoir, et, d'autre part, des gens qui ont tout le pouvoir.


Je suis, dans mon pays, traité en Palestinien. Mes livres et articles sont les pierres de mon Intifada.


La communauté juive mondiale en tant que telle a une terrible responsabilité dans un énorme mensonge historique : dans la naissance de ce dernier, dans son développement et dans son maintien (un maintien par la force, la violence, des lois spéciales, la terreur, le chantage, les insultes, les procès). Le devoir, à mon avis, de tout juif, en tant qu'individu devrait être de dénoncer clairement ce comportement colonialiste et impérialiste, de regarder bien en face les problèmes historiques en cause (au lieu de les esquiver en disant que ces problèmes ne sont pas importants, et autres bla-bla) et de dire :


En tant que juif, j'ai honte d'apprendre jour après jour ce que “les juifs” (= les organisations juives) font contre les révisionnistes au Canada, en France, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Autriche, en Suède, en Italie, en Australie, etc. Cela doit cesser.



Ce 22 mai, Ahmed Rami et moi avons été attaqués à Stockholm par des groupes de juifs qui, pour la plupart, venaient de France.


Le 30 mai, un juif m'a attaqué à un congrès d'athées.


Le 8 juin, René Bousquet a été tué par un dément qui répétait ce que les juifs ont répété jour et nuit contre Bousquet : « Crucifiez-le ! Crucifiez-le ! »


Le même jour, on a jeté en prison un journaliste révisionniste, Alain Guionnet, directeur de Revision.


Et maintenant, écoutez-moi, M. Lilienthal : les médias français refusent de publier la nouvelle «parce que ce serait faire de la publicité aux révisionnistes» (une journaliste du Monde, le 17 juin).


Depuis 1978 (depuis le commencement de cette « guerre »), avons-nous touché un seul cheveu d'un seul juif ?


18 juin 1993




[Traduit de l'anglais. Le professeur Faurisson a fait savoir qu'il avait reçu de M. Lilienthal une aimable réponse accompagnée d'excuses. Le Dr Lilienthal est un juif antisioniste. Il est l'auteur de The Zionist Connection. Il vit à Washington. – NdÉ]

Monday, June 7, 1993

Autriche : journalistes et Stapo collaborent à la recherche et à la saisie des écrits révisionnistes


L’Autrichien Gerd Honsik a publié divers ouvrages où il conteste, en particulier, l’existence de chambres à gaz homicides dans les camps de concentration allemands et où il démasque Simon Wiesenthal. En mai 1992, au terme d’un procès qui s’est déroulé dans des conditions proches de celles d’un procès de sorcellerie, il s’est vu condamner à une peine de dix-huit mois et dix jours de prison. Il s’est exilé à l’étranger. Il continue d’écrire et de publier le périodique Halt.


News est un magazine d’informations paraissant à Vienne. Dans sa livraison du 7 juin 1993 (p. 14-16), sous la signature d’Andreas Kuba et d’Atha Athaniasadis, vient de paraître un article où se trouve rapporté, sur un ton d’intense satisfaction, un exemple de collaboration entre les journalistes et la police d’État ou Staatspolizei, dite « Stapo », dans la recherche et la saisie des écrits de Gerd Honsik.


Agissant sur renseignement, les deux journalistes de News se rendent dans un atelier de reliure. Ils y découvrent des exemplaires du dernier livre de Gerd Honsik sur Simon Wiesenthal. Ils en font des photos et se précipitent au siège de la Stapo.


Nous en informons la police d’État. Nous lui communiquons tout de suite l’adresse de l’atelier de reliure «Papyrus», rue des Favorites, ainsi que de l’imprimerie Kübarth [...]. La Stapo ne perd pas une minute [...]. En moins d’une heure, elle obtient les mandats de perquisition. Commence alors l’opération à grande échelle [Grosseinsatz]. Deux groupes de quinze policiers en tout font irruption en même temps dans l’imprimerie et dans l’atelier de reliure.


La Stapo fait main basse sur trois mille exemplaires du livre consacré à Simon Wiesenthal ainsi que sur le film du livre et – «ce qui est tout à fait sensationnel» – sur le film de Halt, dont on ne connaissait pas jusqu’ici le lieu d’émission.


A en croire les deux journalistes, la police aurait déclaré devoir à News «une fière chandelle».


7 juin 1993


Tuesday, June 1, 1993

L'Union des athées et Robert Faurisson

Le 30 mai 1993, à Paris, lors de son congrès annuel qui s’est tenu dans une salle de la Mutualité, l’Union des athées a, pour la quatrième fois depuis 1987, envisagé l’exclusion du professeur Faurisson. Pour la quatrième fois, cette exclusion a finalement été refusée.


Le professeur, à qui, de 1988 à 1992, toute possibilité de défense avait été déniée par M. Albert Beaughon, président de l’Union, s’est vu accorder, le 30 mai 1993 au matin, dix minutes afin de répondre à la motion d’un «Collectif Union des athées pour l’éviction de Robert Faurisson». Au cours d’un exposé en six points, il a déclaré en substance :


1. J’appartiens depuis 1987 à l’Union des athées ; j’y suis, j’y reste et j’y resterai quoi qu’il advienne, même en dépit d’une éventuelle mesure officielle d’exclusion.


2. L’article 10 des statuts de notre Union stipule expressément qu’«aucun membre ne peut être exclu» ; je ne comprends donc pas que M. A. Beaughon ait ouvert les colonnes de La Tribune des athées à un collectif qui s’est abusivement dénommé «Collectif Union des athées pour l’éviction (de tel ou tel)» ; il y a là une contradiction dans les termes et une infraction aux statuts de notre Union.


3. Déjà à trois reprises (en 1987, 1991 et 1992), on a procédé à un vote en vue de mon exclusion ; ces tentatives ont échoué ; la présente tentative – la quatrième du genre – pourrait faire croire que notre Union pratique la démocratie au marteau ; je suis en faveur d’une démocratie respectueuse des règles qu’elle s’est données.


4. Le motif qu’on invoque cette fois-ci est que je coûterais de l’argent à notre Union ; mon adhésion en 1987 aurait provoqué de nombreuses démissions qui auraient, elles-mêmes, entraîné une forte baisse des cotisations. Ma réponse est que notre Union est une association à but non lucratif et que les cotisations n’y sont que facultatives et volontaires ; cet argument financier ne peut donc, à lui seul, justifier mon exclusion.


5. Le motif réel de ceux qui demandent mon exclusion tient à mes recherches et à mes opinions révisionnistes ; j’ai écrit que je ne croyais pas plus aux magiques chambres à gaz hitlériennes que je ne crois aux pals, aux grils et aux fours des procès de sorcellerie. Mais que savent mes adversaires au sujet des arguments du révisionnisme historique ? A peu près rien. Je constate que ce qu’ils en savent se résume à ce qu’en disent les grands médias, lesquelssont uniformément hostiles au révisionnisme. Pour juger, il faut avoir entendu le pour et le contre. On n’a entendu que le contre. On ne peut donc pas formuler de véritable jugement en la matière.


6. Bien que je n’aie pas à m’en expliquer, je suis prêt à fournir des éclaircissements sur les mobiles probables et les motifs certains de mon comportement de révisionniste.


Je ne suis intéressé ni par l’argent, ni par les honneurs, ni par la publicité personnelle ; aucun motif religieux ou politique n’inspire ou ne dicte mes recherches et mes opinions révisionnistes ; je suis athée et apolitique. Expliquer mon révisionnisme par une hostilité à la Synagogue n’a pas plus de sens, pour prendre un exemple célèbre, qu’expliquer le révisionnisme de Galilée par une hostilité à l’Église, encore que, dans un cas comme dans l’autre, la répression antirévisionniste ait été ou soit d’inspiration essentiellement religieuse et politique.


Les mobiles ou les motifs qui peuvent expliquer ma conduite sont un trait de caractère, un goût, une expérience et une conviction (ou une illusion).


Ce trait de caractère est une curiosité pour les mystères (les intellectuels aiment à qualifier cette curiosité d’«intellectuelle» : c’est un adjectif de trop) ; ma curiosité (comme celle de Sherlock Holmes ?) s’aiguise dès lors qu’on lui interdit de s’exercer librement.


Le goût en question est celui de la recherche : de la recherche pour trouver ; et ce que je trouve, je veux le rendre public.


L’expérience dont je veux parler est celle qui m’a conduit à me méfier des hommes politiques, des juges, des gendarmes, des policiers, des gardiens de prison, des professeurs et des journalistes quand ils paraissent unanimes à défendre une opinion qui m’est répétée chaque matin, chaque soir, chaque nuit, jour après jour, pendant des années ; j’ai tendance à croire que ce qu’on protège ainsi ne peut être qu’un mensonge.


La conviction – tout à fait immodeste – ou l’illusion, peut-être, qui m’anime est que je passerai à l’histoire et que, dans mon sillage, beaucoup de personnes (en particulier des historiens, des professeurs, des juges et des hommes politiques) ne passeront à l’histoire que pour autant que je les aurai nommés et comme je les aurai nommés. Je n’attends rien du jugement de mes contemporains car celui qui apporte ou illustre une idée neuve ne peut que surprendre et froisser les hommes de son temps. Je n’attends guère du jugement de mes enfants car le conflit des générations tend à obscurcir ce jugement. Mais je compte sur mes petits-enfants. Quand ils parleront de moi au passé, j’espère qu’ils reconnaîtront que j’ai eu raison et que j’ai fait montre de courage : « Il a dit une petite chose exacte ; il s’est battu comme la chèvre de Monsieur Seguin». Je n’aspire pas à d’autre oraison funèbre.


En conclusion, R. Faurisson a remercié les athées qui ont eu le courage de prendre sa défense. Il a préconisé le respect de l’Union des athées, c’est-à-dire «l’union» (autour de la Charte et des statuts) et non pas la désunion; une union de tous ceux qui, sans exclusive politique et sans distinction idéologique, se définissent par le simple mot d’«athées». Il a souhaité que personne ne songe à démissionner ; il a suggéré que chacun puisse, comme lui, déclarer : «J’y suis ; j’y reste ; j’y resterai quoi qu’il advienne.»


Notons qu’un incident s’est produit lors de ce congrès : un dénommé Pierre Courson, ancien interné à Buchenwald, s’est approché du professeur pour lui demander son nom, puis l’a violemment frappé à l’aide de sa canne-épée. Immédiatement, deux amis qui accompagnaient M. Faurisson ont ceinturé le perturbateur qui, aussitôt, a choisi de quitter les lieux. Le lendemain, nous pouvions lire dans la presse :


Selon M. Pierre Courson [...] : « M. Faurisson a tenu des propos abominables et distribué des tracts niant l’existence des chambres à gaz. Je lui ai donné trois coups de canne, et ses gardes du corps m’ont plaqué au sol. Ensuite, M. Faurisson est parti [...] » [1].


Qui sont les véritables menteurs ?


1er juin 1993

[1] Le Quotidien de Paris, 1er juin 1993.