Thursday, June 18, 1987

Shoah, film de Claude Lanzmann : Vers un krach du shoah-business…

« Shoah » est un mot hébreu qui signifie catastrophe. Il est devenu un synonyme d’extermination, de génocide, d’holocauste. Il sert de titre à un interminable film de Claude Lanzmann. Marek Edelman, l’un des anciens dirigeants du soulèvement, en 1943, du ghetto de Varsovie, a qualifié ce film d’« ennuyeux », de « peu intéressant » et de « manqué »[1]. En dépit d’une mobilisation générale des médias en sa faveur, les Français – y compris la communauté juive française prise dans son ensemble – ont résolument boudé ce pensum. En désespoir de cause, la secrétaire générale du prix de la Fondation du judaïsme français, attribué à Shoah, a déclaré : « Je terminerai par une exhortation, une supplication. Allez voir ce film, demandez à ceux qui vous entourent d’aller le voir [2]. » F. Mitterrand a cautionné ce film, Jean-Paul II aussi et bien d’autres grands de ce monde. Rien n’y a fait. Les chaînes de télévision ont longtemps résisté aux pressions mais les voici qui craquent : le gigantesque navet passera. Durée : près de neuf heures et demie.
Lanzmann veut nous faire croire que les chambres à gaz homicides et l’extermination des juifs ont réellement existé. Or, ce que son film montre surtout, c’est qu’il n’y a ni preuves, ni témoins et que, comme le démontrent les révisionnistes, ces chambres et cette extermination sont un seul et même mythe. D’ailleurs, s’il s’agissait d’une vérité, on s’empresserait de nous le prouver par une émission spéciale sur toutes les chaînes de télévision un beau soir à 20 h 30, avec des documents et non avec Shoah.
La vérité est que Hitler a traité les juifs en ennemis déclarés, a voulu les chasser d’Europe, en a mis un grand nombre en camps de travail ou de concentration. Certains de ces camps avaient des fours crématoires pour l’incinération des cadavres. Aucun n’avait de chambre à gaz homicide. L’existence de ces prétendus abattoirs à gaz se heurte à des impossibilités d’ordre physique, chimique, topographique, architectural, documentaire. Le sort des juifs a été banalement atroce. Qu’on songe aux enfants allemands tués ou mutilés au phosphore ou encore, de 1945 à 1947, massacrés lors de leur « transfert » de l’Est vers l’Ouest !
Ni ordre, ni plan, ni budget
Lanzmann savait parfaitement la fragilité de la thèse exterminationniste et la solidité des arguments révisionnistes. Voilà une colossale entreprise d’extermination pour laquelle on ne trouve trace ni d’un ordre, ni d’un plan, ni d’un budget ! Quant à l’arme spécifique de ce crime spécifique, elle a tout simplement disparu ! Même Le Nouvel Observateur a fini par se faire l’écho pour le grand public de l’aveu des spécialistes : « Il n’existe aucune photographie de chambre à gaz [3]», ce qui veut dire que ce qu’on persiste à présenter aux touristes en fait de chambres à gaz au Struthof, à Mauthausen, à Hartheim, à Dachau, à Majdanek, à Auschwitz, n’est que de l’attrape-nigaud. Lanzmann a participé au fameux colloque de la Sorbonne (29 juin - 2 juillet 1982) où ces cruelles évidences étaient soudain apparues aux deux organisateurs, Raymond Aron et François Furet. Il s’est senti renforcé dans sa conviction : en l’absence de preuves et de documents, il allait rétorquer aux révisionnistes par un film incantatoire et des montages de « témoignages ».
Pourquoi pas ?
Faire ce film avec du rien
C’est ainsi que Lanzmann a filmé, jusqu’à la nausée, des rails de chemin de fer, des pierres ou des paysages ; il accompagne ces images lancinantes d’un commentaire lourdement lyrique et de jeux de caméra destinés à « évoquer » déportations et gazages. Il dit lui-même en son pathos : « A force de filmer ces pierres de Treblinka, sous tous les angles, elles ont fini par parler [4].» Il affirme, sans preuves, que les nazis ont effacé les traces de leur gigantesque crime. Il déclare : « Il fallait faire ce film avec du rien, sans documents d’archives, tout inventer [5].» Ou encore : « Il s’agissait donc de faire un film avec des traces de traces de traces. [...]. Avec le rien on revient au rien [6].» Ses thuriféraires ne l’en admirent que plus. « Pas une seule image d’archive », s’exclame J.-F. Held [7]. « Ce film est un fantastique ressassement [8].» Pour Glucksman, « La force de ce film est de montrer non ce qui s’est passé – il s’en garde bien – mais la possibilité de ce qui s’est passé [9]
C’est ainsi qu’au spectateur le cinéaste fait croire ce qu’il veut. Les imaginations ne demandent qu’à être mises en branle. Il arrive que le résultat dépasse toute espérance. Fier de son art de persuader, Lanzmann déclarait à un journal américain : « Un homme m’a écrit après avoir vu le film que c’était la première fois qu’il avait entendu le cri d’un petit enfant dans une chambre à gaz. C’est peut-être parce que son imagination avait été mise en branle [10].» Au camp principal d’Auschwitz, Lanzmann a filmé le crématoire où l’on montre aux touristes, d’une part, la salle des fours et, d’autre part, une salle adjacente, baptisée chambre à gaz (en réalité : une chambre froide pour les cadavres). Or, sa caméra se maintient dans la première salle ; elle y multiplie les pirouettes et les virevoltes si bien que la brusque et infinitésimale apparition de la prétendue chambre à gaz, quasiment dans le noir, ne peut être décelée que par l’œil du spécialiste. Le spectateur non averti peut croire que Lanzmann lui a montré clairement une chambre à gaz. C’est de la pure esbroufe. Quant à Lanzmann il peut indifféremment soutenir qu’il a montré ou qu’il n’a pas montré cette « vraie » ou cette « fausse » chambre à gaz. Tout est à l’avenant.
Shoah s’ouvre sur un mensonge par omission. Dans la liste de ceux qui ont rendu possible, notamment sur le plan financier, la réalisation de ce film, Lanzmann se garde bien d’indiquer le premier de ses commanditaires : l’État d’Israël ; Menahem Begin en personne avait commencé par débloquer quatre-vingt-cinq mille dollars pour ce qu’il appelait un « projet d’intérêt national juif »[11]. Lanzmann a utilisé des supercheries matérielles ou verbales de toutes sortes pour tromper soit certaines personnes interviewées, soit le spectateur. Auprès de ses « témoins » allemands, il s’est parfois présenté « au nom d’un institut désireux de rétablir la vérité sur le prétendu génocide des juifs européens. [...] L’argent a décidé les hésitants [12]. » Il semble avoir usurpé un titre de «docteur » et utilisé le nom de « Dr Sorel » auprès du « témoin » Walter Stier. Son «témoin » numéro 1 est le coiffeur Abraham Bomba ; dans une scène « criante de vérité», on voit Bomba officier dans sa boutique et reproduire sur la chevelure d’un client les gestes qu’il avait, paraît-il, pour couper « dans la chambre à gaz de Treblinka » les cheveux des victimes. Esbroufe là encore : Bomba était coiffeur à New York, il avait pris sa retraite en Israël et c’est là que Lanzmann avait loué une boutique et procédé à toute une mise en scène en accord avec Bomba [13].
Un salon de coiffure dans la chambre à gaz
Venons-en précisément aux « témoins » de Shoah. Il ne s’agit pas de témoins au sens juridique du terme. Aucun des « témoignages » n’est vérifié ni contrôlé. Aucun « témoin » n’est contre-interrogé. Aucun « témoignage » ne semble avoir été restitué sous sa forme intégrale et, sur trois cent cinquante heures de tournage, Lanzmann n’a de toute façon prélevé que près de neuf heures et demie. Les « témoignages » sont, de plus, systématiquement tronçonnés et on nous les livre par fragments, sur fond d’images arbitrairement choisies pour mettre le spectateur en condition.
Le témoignage qu’ont retenu, avant tout autre les promoteurs de Shoah, est celui d’Abraham Bomba. Il fourmille pourtant d’impossibilités matérielles et de graves obscurités. Bomba veut nous faire croire qu’il officiait à Treblinka dans une pièce qui était à la fois un salon de coiffure et une chambre à gaz ! La pièce mesurait quatre mètres sur quatre. Dans cet espace exigu, il y avait, dit-il, seize ou dix-sept coiffeurs et des bancs ; soixante ou soixante-dix femmes nues environ entraient avec un nombre indéterminé d’enfants ; pour que la totalité de ce groupe eût les cheveux coupés, il suffisait de huit minutes environ. Personne ne quittait la pièce ; entraient alors soixante-dix ou quatre-vingt femmes avec, à nouveau, un nombre indéterminé d’enfants ; pour tout ce nouveau groupe la coupe durait environ dix minutes. Donc, le total des présents était alors d’environ cent quarante-six à cent soixante-sept, sans compter les enfants et l’espace occupé par les bancs. C’est du pur non-sens. Les coiffeurs ainsi comprimés travaillaient sans répit ; ils ne quittaient la pièce, de temps en temps, que pendant cinq minutes : juste le délai nécessaire pour le gazage des victimes, l’enlèvement des cadavres et le nettoyage de la pièce : tout « était propre » alors. On ne nous dit pas quel était le gaz employé ni par où il était envoyé. Et puis, comment procédait-on à la dispersion du gaz après l’opération ? Lanzmann ne pose pas ces questions. Il faudrait un gaz à l’effet foudroyant, sans adhérence aux surfaces et sans rémanence dans les corps à manipuler. Bomba est un mythomane qui s’est vraisemblablement inspiré de la page 191 du Treblinka de J.-F. Steiner, un livre qui a été dénoncé même par un P. Vidal-Naquet comme une immonde fabrication [14] et qui a été rédigé au moins partiellement par le romancier Gilles Perrault [15].
Le « témoin » Rudolf Vrba est à l’origine du mythe d’Auschwitz. Interné à Birkenau dans les meilleures conditions (il disposait d’une chambre personnelle), il a raconté sur Auschwitz, dès avril 1944, une telle somme d’inepties qu’il lui est arrivé en janvier 1985 au procès Zündel à Toronto une humiliante mésaventure : le procureur qui avait invoqué son témoignage contre un révisionniste avait brusquement renoncé à l’interroger plus avant, tant il était devenu évident que Vrba était un fieffé menteur. Il avait totalement inventé des faits et des chiffres. En particulier, il disait avoir personnellement dénombré cent cinquante mille juifs de France gazés en vingt-quatre mois à Birkenau ; or, pour toute la durée de la guerre, Klarsfeld avait démontré que les Allemands avaient déporté vers tous les camps environ 75.721 juifs de France. Sommé de s’expliquer sur une certaine visite de Himmler à Auschwitz pour l’inauguration de nouvelles chambres à gaz, il en appelait, lui, l’homme de toutes les précisions les plus scrupuleuses, à la « licentia poetarum ».
Un témoin sauvé par de jeunes beautés nues
Le « témoin » Filip Müller est de la même trempe. Il est l’auteur de Trois ans dans une chambre à gaz d’Auschwitz. Ce best-seller nauséabond est le résultat du travail d’un nègre allemand, Helmut Freitag, qui n’a pas hésité devant le plagiat ; voyez Carlo Mattogno, « The Filip Müller’s Plagiarism » repris dans Auschwitz : un caso di plagio. La source du plagiat est Médecin à Auschwitz, autre best-seller signé de Miklos Nyiszli. Dans le film, il dit que dans la grande chambre à gaz de Birkenau on pouvait gazer jusqu’à trois mille personnes à la fois et qu’au moment du gazage « presque tous se précipitaient vers la porte » et, enfin, que « là où le Zyklon avait été versé, c’était vide ». Il se garde de dire que la pièce en question (en fait une chambre froide : Leichenkeller) mesurait tout au plus 210 m2, ce qui aurait interdit tout déplacement. Il dit qu’à cette foule il fallait seulement trois ou quatre heures pour pénétrer dans le vestiaire (avec trois mille patères !), s’y déshabiller, passer dans la chambre à gaz, y être gazées, être transportées dans la salle des fours, y être brûlées et réduites en cendres. Il ne dit pas qu’il n’y avait que quinze bouches à feu ; à raison d’une heure et demie pour réduire un cadavre en cendres, il aurait fallu douze jours et douze nuits de fonctionnement ininterrompu pour accomplir cette prouesse technique. Et il y avait plusieurs fournées par jour de victimes à gazer et à brûler! Dans le film, il raconte comment les victimes entonnèrent l’hymne national tchèque et l’hymne juif : la Hatikva. Il s’inspire ici d’un « témoignage » selon lequel des victimes entonnèrent l’hymne national polonais et la Hatikva jusqu’à ce que les deux chants se confondent dans... l’Internationale [16]. Dans le livre (p. 154-155) mais non dans le film, il raconte comment, décidé à mourir dans la chambre à gaz, il en fut dissuadé par un essaim de jeunes beautés nues qui l’expulsèrent manu militari pour mourir toutes seules : lui servirait de témoin. A la page 83, il rapporte que les médecins nazis palpaient les cuisses et les parties génitales des hommes et des femmes encore en vie et qu’après la mort des victimes les morceaux prélevés étaient jetés dans un récipient (dans la version allemande originale, les récipients étaient pris de mouvements saccadés sous l’effet de la convulsion des muscles [17]).
Tel est Filip Müller, le grand « témoin » de C. Lanzmann.
Son « témoin » Karski parle avec emphase du ghetto de Varsovie mais pour ne rien en dire. Il est dommage que Lanzmann ne nous l’ait pas fait entendre sur sa prétendue expérience du camp de Belzec. Jan Karski racontait que les juifs y étaient tués à la chaux vive dans des wagons. « Je ne le mentionnerais pas, même dans une note en bas de page », devait dire Raul Hilberg [18].
Le « témoin » Raul Hilberg, lui, a beaucoup plus de valeur. Lanzmann a été critiqué pour avoir fait place dans son film à ce professeur américain, d’origine juive autrichienne, qui n’a rien connu des camps. Hilberg est le pape de la théorie exterminationniste. Il est l’homme qui a fini par reconnaître qu’il n’avait existé ni ordre, ni plan, ni budget pour l’extermination des juifs. Il croit néanmoins désespérément à cette extermination. C’est son désespoir d’intellectuel qui est intéressant. Tout spectateur attentif du film verra à quel point Hilberg se livre à de pures spéculations pour défendre sa théorie. Cela saute aux yeux dans tout son développement sur les chemins de fer allemands qui, dit-il, emmenaient le plus ouvertement du monde les juifs de Varsovie vers Treblinka. Il rappelle les heures précises de départ et d’arrivée. Et il en conclut... que les juifs étaient ainsi envoyés aux chambres à gaz de Treblinka. A aucun instant il ne nous prouve que Treblinka possédait de telles chambres à gaz.
Le « témoin » Suchomel est un ancien sergent de Treblinka. Aussi longtemps qu’il parle d’autre chose que de gazage homicide il est relativement précis. Dès qu’il aborde le chapitre de ce gazage il devient nébuleux. Il ne précise ni l’emplacement, ni les dimensions, ni le fonctionnement. Tantôt il parle de « la chambre à gaz » et tantôt « des chambres à gaz » sans que Lanzmann lui demande de lever l’équivoque. Il ne révèle pas même la nature du gaz. Il parle de « moteurs ». La légende qui a force de loi est qu’il y avait un « moteur diesel » (Gerstein) ; or, le diesel est impropre à asphyxier. A aucun instant il ne dit avoir assisté à un gazage. Il dit que, le jour de son arrivée, « juste au moment où nous passions, ils étaient en train d’ouvrir les portes de la chambre à gaz... et les gens sont tombés comme des pommes de terre ». Il a donc, tout au plus, vu des cadavres. Rien ne lui permettait d’affirmer que le local était une chambre à gaz. Il venait d’arriver. Tout au plus rapporte-t-il un propos. Par ailleurs, tout ce qu’il dit implique que dans ce camp il y avait des juifs, des cadavres, un ou des bûchers peut-être et, probablement, des douches et des chambres à gaz de désinfection. Il montre le bas d’un plan mais dans l’obscurité. Quel est ce plan ? Il parle avec autorité des gazages d’Auschwitz où il n’a jamais mis les pieds. Il parle avec la même autorité des gazages de Treblinka mais jamais en témoin oculaire. Il ressemble à ces autodidactes qui débitent sur un sujet donné le résultat de leurs lectures et qu’une simple question directe et précise désarçonnerait. Mais jamais Lanzmann ne lui pose cette question.
Depuis que le mythe des chambres à gaz est en péril, on a tendance à se rabattre sur celui des fantomatiques camions à gaz. C. Lanzmann nous promène beaucoup en camion. C’est peut-être sur ce sujet que ses « témoins » sont les moins vraisemblables et les plus contradictoires. Pour sauver la mise, Lanzmann nous inflige la lecture d’un document (lui, qui ne voulait pas de document) sur les camions spéciaux Saurer. Il n’y a qu’un malheur pour lui : c’est qu’il a gravement manipulé le texte, cherchant notamment à lui enlever ses absurdités les plus voyantes. Les spécialistes trouveront l’intégralité du document dans NS-Massentötungen durch Giftgas [19].
Treblinka : rien de secret
Quant aux braves paysans polonais des environs de Treblinka et au mécanicien de locomotive, ils semblent avoir été surtout éblouis par la richesse des juifs arrivés en trains de voyageurs et, s’ils pensaient que les Allemands allaient tuer ces juifs, c’était surtout, croyaient-ils, en les étranglant ou en les pendant. Aucun n’a été le témoin de gazages homicides. Or, de tels gazages dans de telles quantités industrielles n’auraient pu leur échapper. Treblinka, situé à 100 km de Varsovie, n’avait rien de secret. Richard Glazar, interrogé par Lanzmann, ne dit pas dans le film ce qu’il a confié à l’historienne Gitta Sereny Honeyman : tous les Polonais entre Varsovie et Treblinka devaient connaître l’endroit, on y venait faire du troc avec les juifs du camp, les paysans en particulier ; il y avait de la prostitution avec les gardiens ukrainiens ; Treblinka était un vrai « cirque » pour les paysans et les prostituées [20].
Lanzmann a peur des révisionnistes. Il a déclaré : « Je rencontre souvent des gens qui disent que Shoah n’est pas objectif parce qu’on n’y montre pas d’interviews avec ceux qui ont nié l’Holocauste. Mais, si vous essayez de discuter de ce point, vous vous retrouvez pris dans un piège [21]. »
Effectivement, les rares fois où les révisionnistes ont pu attirer des exterminationnistes dans une discussion, ces derniers ont subi de cuisantes déconvenues. Mais le grand public comprend de moins en moins ce refus de la discussion à la radio et à la télévision. Si les révisionnistes disent des mensonges, pourquoi ne pas les confondre en public ? D’ailleurs, disent-ils des mensonges ? S. Klarsfeld n’a-t-il pas lui-même reconnu qu’on n’avait pas encore publié de « vraies preuves » de l’existence des chambres à gaz mais seulement des « débuts de preuves »[22]?
La dernière guerre avec l’Allemagne a pris fin le 8 mai 1945. Mais certains considèrent apparemment qu’il faut continuer cette guerre en persistant à propager les horribles inventions de la propagande de guerre ; ils le font par la voie des procès ou par celle des médias qui, de plus en plus, augmentent le tam-tam holocaustique. Il faudrait s’arrêter. On en a déjà trop fait. La paix et la réconciliation exigent un autre comportement. Le Shoah-business nous mène dans une impasse. Les jeunes générations juives ont mieux à faire que de s’enfermer dans les croyances absurdes de la religion de l’Holocauste. Leur refus de s’intéresser au film Shoah serait, s’il se confirmait, un premier signe du rejet, par la nouvelle génération, de la mythologie officielle au moins en ce qui concerne la seconde guerre mondiale et ses suites.

18 juin 1987
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[Sous le titre « Ouvrez les yeux, cassez la télé ! », ce texte, sous forme de tract, a été distribué par Pierre Guillaume aux spectateurs qui se présentaient devant le cinéma où le film était projeté.]
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Notes

[1] Le Monde, 2 novembre 1985, p. 3.
[2] Hamoré, juin 1986, p. 37.
[3] Le Nouvel observateur, 26 avril 1983, p. 33.
[4] Libération, 25 avril 1985, p. 22.
[5] Le Matin de Paris, 29 avril 1985, p. 12.
[6] L’Express, 10 mai 1985, p. 40.
[7] L’Événement du jeudi, 2 mai 1985, p. 80.
[8] L’Autre Journal, mai 1985, p. 48.
[9] A. Glucksmann, Le Droit de vivre, fév.-mars 1986, p. 21.
[10] New York Times, 20 octobre 1985, sec. 2, p. H-l.
[11] The Jewish Journal (New York), 27 juin 1986, p. 3 et Agence télégraphique juive, 20 juin 1986.
[12] Reportage d’Annette Lévy-Willard et Laurent Joffrin, Libération, 25 avril 1985, p. 22.
[13] Jean-Charles Szurek, L’Autre Groupe, 10, 1986, p. 65 ; The Times, 2 mars 1986 ; L’Autre Journal, mai 1985, p. 47.
[14] P. Vidal-Naquet, Les Juifs, la mémoire et le présent, Maspero, 1981, p. 212.
[15] Le Journal du Dimanche, 30 mars 1986, p. 5.
[16] Récit reproduit par B. Mark, Des Voix dans la nuit, Plon, 1982, p. 247.
[17] Sonderbehandlung, Munich, Steinhausen, 1979, p. 74.
[18] E. Meyer, « Recording the Holocaust », The Jerusalem Post International Edition, 28 juin 1986, p. 9.
[19] E. Kogon, H. Langbein, A. Rückerl et al., NS-Massentötungen durch Giftgas, Francfort, S. Fischer, 1983, p. 333-337.
[20] G. Sereny Honeyman, Into that Darkness, Londres, André Deutsch, 1974, p. 193.
[21] Jewish Chronicle (Londres), 6 février 1986, p. 8.
[22] VSD, 29 mai 1986, p. 37.

Monday, May 25, 1987

Au procès Barbie, faux et usage de faux


A l’exemple du TMI de Nuremberg, la cour d’assises ayant à juger Klaus Barbie pose en principe que les Allemands déportaient les juifs pour les exterminer. Pas plus que le TMI cette cour n’examine le point de savoir s’il s’agit là d’un fait matériellement exact !

La seule question qu’elle se pose est de savoir si Barbie avait conscience, quand il participait de près ou de loin à une déportation de juifs, de ce qu’il envoyait ces derniers à une mort atroce et automatique. 

Pour avoir une idée de ce qui se passe au procès Barbie, je ne dispose personnellement que de ce qu’en rapporte le journaliste Jean-Marc Théolleyre dans Le Monde. Théolleyre, lui-même un ancien déporté de Buchenwald, évadé de ce qu’il appelle l’« enfer tudesque », ne cache guère sa haine des nazis ; il s’est même fait une spécialité de l’antinazisme. Dans les années d’après guerre, ses comptes rendus de procès comme ceux du Struthof vibraient d’une haine fébrile pour les accusés.

Dans ses articles du 20 mai 1987 (p. 10) et du 21 mai 1987 (p. 10), il mentionne une pièce capitale de l’accusation : la note Dannecker du 13 mai 1942. Il dit que le président de la cour, André Cerdini, a fait état de cette note et qu’un témoin de l’accusation, le procureur allemand Holtfort a, lui aussi, rappelé l’existence de cette note. Cette note prouverait que Dannecker, supérieur de Barbie, savait que la déportation des juifs aboutissait à l’extermination physique. D’où s’ensuivrait que Barbie aussi faisait peut-être partie des « initiés » de la « solution finale » entendue au sens de programme d’extermination physique. 

Il n’y a qu’un malheur pour André Cerdini, le procureur Holtfort et Jean-Marc Théolleyre, c’est qu’ils ne connaissent apparemment pas cette note sous sa forme intégrale, mais seulement sous la forme où elle est traditionnellement reproduite par les historiens favorables à la thèse exterminationniste. C’est ce que donne à penser la façon dont Théolleyre reproduit cette note et la commente. Il la reproduit sous une forme gravement tronquée et son commentaire en est, du même coup, fallacieux.

La vraie note Dannecker

Le 13 mai 1942, Theodor Dannecker, spécialiste des questions juives à Paris, envoie une note au Dr Knochen et à Lischka. Celle-ci porte sur le stockage de matériel roulant pour les transports de juifs. Dannecker dit qu’il a eu un entretien sur le problème juif avec le général de division Kohl, chef de la section du transport ferroviaire en France. Il écrit précisément :

In der 1¼ Stunde dauernden Unterredung habe ich dem General einen Überblick über Judenfragen und Judenpolitik in Frankreich gegeben. Dabei konnte ich feststellen, daß er ein kompromißloser Judengegner ist und eine Endlösung der Judenfrage mit dem Ziel restloser Vernichtung des Gegners 100 % ig zustimmt. Er zeigte sich auch als Gegner der politischen Kirchen.

Ce qui signifie : 

Dans l’entretien qui dura une heure un quart j’ai donné au général une vue d’ensemble de la question juive et de la politique concernant les juifs en France. J’ai pu ainsi constater qu’il est un adversaire sans compromis des juifs (« Judengegner ») et qu’il approuve à 100 % une solution finale de la question juive avec pour but un anéantissement sans réserve de l’adversaire (« des Gegners »). Il s’est aussi montré un adversaire (« Gegner ») des Églises politiques. 

Ainsi que le prouve le contexte, il ne peut s’agir d’un anéantissement physique des juifs mais de l’anéantissement de leur influence. L’Office central de la sûreté du Reich était chargé, entre cent autres tâches, de la surveillance du catholicisme politique (bureau IV B 1), du protestantisme politique (bureau IV B 2), des autres églises et de la franc-maçonnerie (bureau IV B 3) ainsi que des affaires juives et des évacuations de juifs (bureau IV B 4). L’ennemi, par définition, est à anéantir. Mais il ne s’agit pas plus de tuer l’ennemi (« Gegner ») juif que de tuer l’ennemi catholique, protestant, franc-maçon…

L’entretien entre Dannecker et le général Kohl n’avait aucun caractère secret ou même confidentiel. Un major du nom de Weber, officier de liaison entre la Luftwaffe et la section des transports ferroviaires, était présent. Il avait fait savoir à Dannecker que le général Kohl était intéressé par le problème juif. Dannecker s’était alors déclaré prêt à rencontrer le général si ce dernier le souhaitait (« falls der General es wünschte ») pour lui parler de la question juive.

Dans la suite de sa note Dannecker rapporte : 

En enchaînant, le général de division Kohl, en présence du major Weber, m’a textuellement déclaré : 

« Je me réjouis de ce que nous nous soyons rencontrés et de ce qu’un lien se soit ainsi établi entre nous. Au sujet des transports à venir vous pouvez en discuter avec mon rapporteur compétent. Si vous me dites : “Je veux transporter à l’Est dix ou vingt mille juifs de France”, vous pouvez compter que dans tous les cas je mettrai à votre disposition le matériel roulant nécessaire et les locomotives. »

Le général déclara ensuite qu’il considérait la solution prochaine de la question juive en France occupée comme une nécessité vitale pour les troupes d’occupation et que pour cette raison, même au risque de paraître brutal aux yeux de certaines personnes, il adoptait toujours un point de vue radical et en appuyait l’exécution.

Le général Kohl, dans cette entrevue improvisée, exprime une vue banale à l’époque : les juifs sont hostiles au IIIe Reich ; leur simple présence en France occupée constitue un danger pour la troupe allemande ; il existait une « résistance juive » ou un « terrorisme juif » ; beaucoup de juifs, surtout parmi ceux qui venaient d’Europe centrale ou de Russie, étaient favorables aux communistes, lesquels menaient une guerre impitoyable contre l’occupant allemand. La façon radicale de se débarrasser de cette minorité hostile et dangereuse était de la déporter vers l’Est ; c’était le « refoulement vers l’Est » (« Zurückdrängung nach Osten »). Rien à voir avec une extermination physique.

La note Dannecker falsifiée par 
Billig, Klarsfeld, Wellers, Marrus, Paxton…

La petite phrase de neuf mots (Er zeigte sich auch als Gegner der politischen Kirchen : « Il s’est aussi montré un adversaire des Églises politiques ») était si embarrassante pour la thèse exterminationniste qu’usant de la méthode du mensonge par omission les historiens officiels ont préféré l’escamoter.

C’est le cas en 1974 pour Joseph Billig qui remplace la phrase entière par trois points de suspension. Billig dit de la note Dannecker, telle qu’il la reproduit :

Elle a cette originalité de faire partie de l’unique document de service retrouvé à notre connaissance parmi ceux qui révèlent le sens de la « solution finale » globalement et explicitement à l’intérieur de la Sipo-SD [1].

En 1978, Serge Klarsfeld procède de même mais le cas est encore plus grave que pour J. Billig. En effet, S. Klarsfeld prétend, lui, reproduire tout le cœur de la note et sa citation est donc très longue. Il en a juste enlevé les neuf mots allemands qui l’embarrassaient pour les remplacer par trois points [2]. Il est manifeste qu’il n’a pas « par erreur » reproduit une malhonnêteté de J. Billig. Il a créé sa propre supercherie. Il est allé au texte allemand [3] et c’est en pleine conscience qu’il a sauté les neuf mots dans sa traduction. Nous avons la preuve que S. Klarsfeld connaissait de première main le texte allemand intégral : en 1977, il avait publié en allemand des documents relatifs au procès Lischka et tous autres ; il lui était impossible d’en donner une reproduction falsifiée et c’est ainsi qu’il avait livré dans son intégralité la note Dannecker [4].

En 1980, Georges Wellers, directeur scientifique du Monde juif, emploie un subterfuge légèrement différent. Il utilise trois points placés entre guillemets qu’il fait suivre d’un fragment lointain de la même note [5]. En guise de commentaire, il écrit :

Il est frappant de voir avec quelle assurance et quelle franchise le jeune SS Dannecker parle avec un général de la Wehrmacht du sort des déportés, à savoir leur « anéantissement total » et l’empressement avec lequel le général se met à sa disposition pour atteindre ce but.

En 1981, Michaël R. Marrus et Robert O. Paxton dénaturent à leur façon la note de Dannecker. Pour eux, le jeune Judenreferent était « impétueux et inexpérimenté » et c’est ce qui explique qu’il ait dévoilé ce qui devait être tenu caché ; ainsi a-t-il parlé spontanément d’« anéantissement total de l’adversaire » (« restloser Vernichtung des Gegners ») [6]. Les auteurs donnent la référence du document telle qu’elle apparaît au CDJC.

Une autre note de Dannecker

Dans son article du 20 mai, Théolleyre cite une autre note de Dannecker mentionnée par le président Cerdini. Il écrit :

Mais Dannecker, après une visite des camps en France où étaient rassemblés des juifs, écrit encore, le 20 juillet 1942, toujours à Knochen : « La communauté juive a parfaitement compris que les juifs vivant dans ces camps sont voués à l’extermination totale ».

En réalité, dans cette note Dannecker se félicite de ce que l’émigration des juifs hors d’Europe se poursuive encore en juillet 1942 (soit deux années entières après le début de l’occupation de la zone nord de la France) ; c’est le cas dans le sud de la France, bien que dans des conditions difficiles parce que l’émigration n’est plus possible par Lisbonne mais par Casablanca. Dannecker se réjouit de ce que la communauté juive internationale (« das Weltjudentum ») ait déboursé l’argent nécessaire pour cette émigration car, dit-il, cette communauté a bien compris que « les juifs se trouvant dans le territoire sous puissance allemande allaient au devant de leur anéantissement sans réserve » (« dass die im deutschen Machtbereich befindlichen Juden ihrer restlosen Vernichtung entgegengehen ») [7]Dannecker reprend ici la formule qu’il employait dans sa note du 13 mai 1942. Pour lui, il ne s’agit pas de tuer les juifs mais de les obliger à décamper ; ils n’ont plus leur place en Europe, en tout cas dans les territoires dépendant de l’Allemagne ; c’en est fini pour eux, définitivement et sans réserve.

Autres documents détournés de leur sens

Au procès Barbie deux autres documents au moins semblent, à lire Théolleyre, avoir été détournés de leur sens réel : le décret NN et le procès verbal de la réunion de Wannsee.
Le décret NN n’a rien à voir avec une quelconque politique d’extermination. Pour commencer les lettres NN ne signifiaient pas à l’origine Nacht und Nebel (Nuit et Brouillard) mais Nomen Nescio (nom inconnu). En bien des pays du monde il désigne, au moins depuis le siècle dernier, un anonymat de fait. En Italie, au Danemark, en Argentine, ce sigle s’emploie ou s’employait là où on ne peut donner le nom de la personne. Par exemple, on écrit dans les registres d’état civil : « Untel, fils de NN » ou, dans un rapport, « le général NN ». Dans le dictionnaire allemand Grimm et Grimm, il est dit que NN signifie : Nomen Nescio ou Nomen Notetur (Nom inconnu ou nom à noter). En décembre 1941, les Allemands avaient dû prendre des mesures pour essayer d’enrayer la multiplication, depuis l’intervention des communistes dans la guerre, des attentats contre la troupe allemande et des sabotages. Les cours martiales prononçaient de nombreuses condamnations à mort dont l’effet était désastreux pour la politique de collaboration. Voici ce que le maréchal Keitel déclarait à ce propos devant le TMI le 4 avril 1946 :

[Hitler] me déclara qu’il lui était fort désagréable de constater l’augmentation du nombre des condamnations à mort prononcées contre les saboteurs et leurs complices et que cela nuisait sérieusement à l’établissement de la paix dans les pays occupés. Il désirait que cela cessât car, à son avis, de tels faits rendaient encore plus difficile l’apaisement des populations et l’entente avec elles. Il me dit alors que le seul moyen de modifier cet état de choses, au lieu de prononcer des condamnations à mort, dans les cas où une telle sentence ne pouvait être ni prononcée ni exécutée le plus rapidement possible comme le prévoit le décret, consistait à déporter en Allemagne les « personnes suspectes » ou coupables – si l’on peut employer ce terme – , à l’insu de leurs familles, pour les interner ou les emprisonner, en évitant ainsi l’emploi d’une longue procédure de cour martiale avec de nombreux témoins [8].

Ainsi prenait naissance le décret NN. Toute personne soupçonnée d’avoir participé à une action terroriste sur laquelle, par exemple, une décision judiciaire ne pouvait être prise dans les huit jours, devait être extradée en Allemagne et jugée par des instances judiciaires allemandes. Ces personnes ne pouvaient ni recevoir, ni envoyer du courrier. Elles semblent avoir été plus nombreuses dans les prisons que dans les camps. Dans les camps, elles portaient bien lisiblement en noir les lettres NN. Sur le sujet, on pourra consulter l’ouvrage suivant : Joseph de La Martinière, Les N.N. – Le décret et la procédure Nacht und Nebel (Nuit et Brouillard).
Quant au procès-verbal de la réunion de Berlin-Wannsee du 20 janvier 1942, il est inadmissible qu’on persiste en 1987 à le faire passer pour la preuve d’une quelconque extermination des juifs. Cette thèse s’est définitivement écroulée – il en était temps – au colloque de Stuttgart du 3-5 mai 1984. Voyez-en le compte-rendu dans Der Mord an den Juden. D’ailleurs, s’il existait un seul document prouvant une politique d’extermination des juifs, la querelle entre « intentionnalistes » et « fonctionnalistes » n’aurait tout simplement pas lieu d’être.

En France, l’establishment constitué de facto par les historiens officiels, les magistrats et la grande presse perpétue les croyances du passé et ne se tient pas informé des progrès de la recherche dans l’historiographie de la seconde guerre mondiale. Par exemple, le journal Le Monde continue de préserver le mythe de la conférence de Wannsee entendue comme une preuve de la politique d’extermination des juifs. Il ne tient aucun compte des travaux de Wilhelm Stäglich ou de Wigbert Grabert sur la question. Il fait mieux : pour préserver le mythe, il falsifie les textes. Voici un exemple récent de falsification dû au germaniste Jacques Nobécourt : dans un article intitulé : « Un livre de David Wyman. Les silences de Roosevelt devant l’Holocauste » [9], Jacques Nobécourt écrit :

A Wannsee, quartier résidentiel de Berlin, les représentants de toutes les administrations du Reich entendirent de Heydrich, chef des services de sécurité, la définition du plan qui systématisait « la solution finale du problème ».Il s’agissait de transférer à l’Est onze millions de personnes « de confession juive » pour les y faire travailler, en particulier à la construction de routes. « Une grande partie disparaîtra sans aucun doute par décroissance naturelle, c’est-à-dire excès de travail, maladies, sous-alimentation, etc. Ce qui finalement subsistera et représentera indubitablement la fraction la plus résistante devra être traité conformément au fait que, représentant une sélection naturelle, il constituerait le germe d’une renaissance juive s’il était libéré. »

Telle fut la phrase clé, d’où prit son accélération tout le système d’une extermination jusqu’alors menée moins administrativement. Aucun des assistants ne critiqua la consigne, et, deux mois plus tard, en avril, les premiers camps de la mort (Belzec, Treblinka, Sobibor), entrèrent en fonction.

Jacques Nobécourt a fait ici le maximum de ce que peut réaliser un falsificateur puisque, aussi bien, il a mené, sans en oublier une seule, les trois opérations possibles : d’abord retrancher, puis ajouter, enfin altérer ce qui reste.

La « décroissance naturelle » dont parle le texte original (natürliche Verminderung : doc. NG-2586, p. 7) est celle due au fait que les juifs et les juives, organisés à l’Est en colonnes de travail et construisant des routes en avançant vers l’Est, seront séparés d’après le sexe. C’est le cas pour tous les prisonniers du monde. Il y aura obligatoirement plus de décès que de naissances.

Pour mieux cacher le sens de « décroissance naturelle », J. Nobécourt a tout simplement forgé et ajouté au texte les mots suivants : (par décroissance naturelle) c’est-à-dire excès de travail, maladies, sous-alimentation, etc. Il a inséré ces mots dans sa citation du document et ils apparaissent, comme le reste du document, en caractère italique et entre guillemets. Comme on le voit, non seulement Nobécourt a faussé le sens réel de « diminution naturelle » mais il en a profité pour montrer les Allemands comme des êtres parfaitement cyniques, décidés à pratiquer la sous-alimentation de leurs prisonniers juifs.

Quant à ce qu’il appelle « la phrase-clé », il en dénature le sens au point de lui faire dire exactement le contraire de ce qu’elle dit. Cette phrase ne signifie pas du tout qu’il faudra exterminer ce qui subsistera de juifs, si on les libère ; elle dit, au contraire, qu’il faudra libérer ces juifs et les considérer comme la cellule germinative d’une renaissance juive. On retrouve là l’idée banale selon laquelle le travail physique régénère. Dans la mythologie antijuive, le juif est un parasite qui répugne au dur travail physique et, en particulier, à celui de la terre. Même dans la mythologie sioniste, les juifs se rachèteront du poids du passé par le travail physique. Il se produira alors une renaissance. Le terme allemand habituellement employé (Aufbau) est, d’ailleurs, celui qu’on trouve ici dans ce passage du procès-verbal de Wannsee. Il sert de titre à un fameux périodique juif américain. Voici le texte allemand du procès verbal, suivi de la traduction de J. Nobécourt et de sa véritable traduction :

Der allfällig endlich verbleibende Restbestand wird, da es sich bei diesem zweifellos um den widerstandsfähigsten Teil handelt, entsprechend behandelt werden müssen, eine natürliche Auslese darstellend, bei Freilassung als Keimzelle eines neuen jüdischen Aufbaues anzusprechen ist. (Siehe die Erfahrung der Geschichte.) [10].

Traduction de J. Nobécourt : 

Ce qui finalement subsistera et représentera indubitablement la fraction la plus résistante devra être traité conformément au fait que, représentant une sélection naturelle, il constituerait le germe d’une renaissance juive s’il était libéré.

Véritable traduction (en reprenant le plus possible les mots de J. Nobécourt) :

Ce qui finalement subsistera et représentera indubitablement la fraction la plus résistante devra être traité conformément au fait que, représentant une sélection naturelle, il constituera à sa remise en liberté le germe d’une renaissance juive (voyez la leçon de l’Histoire).

J. Nobécourt, en plus de tout, a supprimé cette allusion à « la leçon de l’Histoire » qui montrait bien que, dans l’esprit des Allemands, cette renaissance ou cette régénération constituerait une renaissance ou une régénération de plus dans l’histoire.

Au journal le Monde, on ne chôme pas dans le travail de manipulation des textes avec le désir, légitime à ses yeux, d’éclairer les esprits. En tête d’un dossier sur l’antisémitisme, présenté par Jean-Marc Théolleyre [11], paraissait la phrase allemande :

Ohne Lösung der Judenfrage, keine Erlösung der Menschheit 

ainsi traduite : « Sans l’extinction de la race juive, pas de salut pour l’humanité » alors qu’en réalité la phrase signifiait : « Sans solution de la question juive, pas de salut pour l’humanité » (mots soulignés par nous). Prié de s’expliquer sur sa traduction, Le Monde, par l’intermédiaire de Daniel Junqua, répondait qu’il s’agissait certes d’une erreur « d’un point de vue strictement linguistique » mais que les Allemands employaient là un euphémisme « parfaitement traduit » (sic)et recouvrant une horrible réalité. Et d’ajouter : « C’est cette réalité que rend la traduction choisie pour que nulle équivoque ne puisse subsister à ce propos pour nos jeunes lecteurs » (lettre du 4 juillet 1983).

Nos faussaires œuvrent pour la jeunesse en toute bonne conscience ; c’est ce qu’on appelle « les pieux mensonges ». 

Dans son article du 21 mai 1987, Théolleyre écrit à propos de la déposition d’un procureur allemand du nom de Streim, collègue du procureur Holtfort :

Il convenait aussi de revenir sur le sens de l’expression « solution finale de la question juive », apparue pour la première fois lors de la conférence dite de Wannsee, le 20 janvier 1942, sous la présidence de Heydrich, alors chef du RSHA, l’office central de la sécurité du Reich.

Voilà qui est grave. Si le journaliste a raison et si le procureur Streim a vraiment dit cela et si le président Cerdini le croit comme le journaliste lui-même a l’air de le croire, nous sommes dans la complète falsification historique. 

L’expression de « solution finale de la question juive » est peut-être apparue dès 1935 ; en tout cas, bien avant la guerre, elle était d’un emploi courant ; elle désignait alors par exemple, le projet d’émigration des juifs à Madagascar ; même Léon Poliakov en convient [12]Rechercher la solution, à la fin des fins, d’un problème à peu près aussi vieux que le peuple juif lui-même n’implique pas nécessairement une extermination de ce peuple. On cherchait une terre, un foyer national, une patrie pour les juifs européens. Beaucoup ont songé à Madagascar, à l’Ouganda, à une portion d’Amérique du Sud, à la Sibérie orientale, à la Palestine. Aujourd’hui, il existe deux foyers nationaux juifs : l’un se trouve en Israël et l’autre dans la région autonome juive de Birobidjan (Sibérie méridionale). 
  
Et puis, il faudrait avoir l’honnêteté là encore de ne pas tronquer l’expression allemande qui, bien souvent, n’était plus seulement « Endlösung »(« solution finale ») mais « territoriale Endlösung » (« solution finale territoriale »), ce qui exclut l’idée d’une extermination. Encore sept mois après la conférence de Wannsee (une conférence où, d’ailleurs, aucune décision n’a été prise mais où Heydrich a annoncé le remplacement d’une émigration vers Madagascar par une émigration vers l’est de l’Europe), l’expression de « territoriale Endlösung » est employée dans le « Luther Memorandum » [13]Encore le 24 juillet 1942, Hitler, tempêtant contre les juifs qui lui avaient déclaré la guerre en la personne Chaïm Weizmann, se promettait de les chasser d’Europe après la guerre et de les forcer à émigrer vers Madagascar ou quelque autre foyer national juif [14].

Le procès Barbie agit comme un révélateur de la vaste mystification que constitue la thèse de l’extermination des juifs. Selon Théolleyre, le procureur Holtfort aurait déclaré à propos d’un prétendu ordre d’exterminer les juifs :

Il n’existe pas de document écrit, mais l’on part de l’hypothèse que des instructions orales furent données par Hitler et que l’on usa alors d’un langage codé, dont seuls les initiés connaissaient la signification. 

Il faut espérer qu’un lecteur attentif saura lire et relire ces mots pour en mesurer toute la signification involontaire. Les exterminationnistes ont pour seule ressource de bâtir des hypothèses, de supposer l’existence d’instructions dont on ne trouve pas la moindre trace, de « coder » le langage des Allemands pour mieux le « décoder » ensuite.

En réalité, les historiens n’ont trouvé aucun ordre d’aucune sorte d’exterminer les juifs : ni ordre, ni plan, ni budget pour ce qui est de la vaste entreprise criminelle ; aucune expertise de l’arme du crime (la chambre à gaz ou le camion à gaz) ; aucun rapport d’autopsie concluant à un assassinat par gaz-poison ; aucun témoin contre-interrogé sur sa prétendue connaissance oculaire de l’arme du crime.

Plus se multiplient les « miraculés » et plus on croit au miracle alors que c’est le contraire qui devrait se passer. 

Plus les témoins de l’accusation parlent avec haine (et même garantissent qu’ils ont de la haine pour Barbie et pour ce qu’il représente) et plus ils sont écoutés avec confiance alors qu’ils devraient susciter la méfiance précisément parce qu’ils parlent avec haine.

« Ce n’est pas devant les tribunaux que l’Histoire peut trouver ses juges. » On connaît cet adage mais on l’oublie vite dès lors qu’il s’agit du « nazisme » ou d’un « nazi ». Car, en fin de compte, là est bien le nœud de l’affaire. Qu’on le veuille ou non on part du principe qu’« un nazi n’est pas un homme » et tout s’ensuit. A l’égard d’un nazi les règles habituelles ne jouent plus. L’appareil judiciaire, jamais embarrassé pour trouver des justifications à ses entreprises et entraîné de longue date à feindre un respect scrupuleux des lois, est prêt à se contenter de peu. De 1940 à 1944, les magistrats français ont fait fusiller dans un sens ; puis, de 1944 à 1950 au moins, ils ont fait fusiller dans l’autre sens. Et souvent il s’agissait des mêmes magistrats.

Un magistrat ne peut pas aller à contre-courant des grands mouvements d’opinion ; il lui faut communier, à sa façon. La grande presse l’observe. A la moindre incartade, il serait rappelé à l’ordre. Les magistrats qui ont à juger Barbie sont à plaindre. Barbie aussi, car il est un homme, tout simplement, un vaincu que juge son vainqueur. Qui accepterait de se laisser juger par son vainqueur ?

On n’en a pas fini au procès Barbie avec le faux et usage de faux. Le lecteur des Annales d’histoire révisionniste sera tenu au courant.

25 mai 1987
  
Notes
  
[1] J. Billig, « Le Cas du SS-Obersturmführer Kurt Lischka », Le Monde juif, juillet-septembre 1974, p. 32. 
[2] S. Klarsfeld, Le Mémorial de la déportation des Juifs de France, Paris, éd. Beate et Serge Klarsfeld, 1978, p. 28. 
[3] Référence du CDJC : XXVb-29
[4] Deutsche Dokumente 1941-1944. Die Endlösung der Judenfrage in Frankreich, Paris, éd. Beate et Serge Klarsfeld, 1977, p. 56.
[5] Le Monde juif, juillet-septembre 1980, p. 97. 
[6] M. Marrus et R. Paxton, Vichy et les juifs, Paris, Calmann-Lévy, 1981, p. 320.
[7] Document CDJC : XXVb-87.
[8] TMI, X, p. 563.
[9] Le Monde, 22 avril 1987, p. 1 et 7.
[10] NG-2586, p. 8.
[11] Le Monde. Dossiers et documents, n°103, juillet 1983.
[12] L. Poliakov, Le Procès de Jérusalem, Paris, Calmann-Lévy, 1963, p. 152.
[13]Doc. NG-2586-J du 21 août 1942, p. 4 ; rappelant une lettre de Heydrich du 24 juin 1940.
[14] Hitlers Tischsgespräche im Führerhauptquartier 1941-1942, Stuttgart, Seewald, 1963, p. 471.