Article paru dans Libération le mercredi 18 juin 1986, p. 33 :
Ulysse : presque rien que du faux !
On sait que le roman de Joyce, Ulysse, se déroule en une seule journée à Dublin, le 16 juin 1904 très précisément. Quatre-vingt-deux ans plus tard et jour pour jour, les éditions Penguin à Londres publient en collection de poche une nouvelle version revue et corrigée d’Ulysse. C’est un professeur de philosophie de Munich, Hans Walter Gabler, aidé de plusieurs experts, qui propose le nouveau texte : il leur a fallu sept ans et un ordinateur pour corriger une moyenne de sept omissions ou erreurs par page commises dans l’édition originale de 1922. Il faut savoir en effet que cette première édition était le fait d’imprimeurs français qui ne parlaient pas l’anglais. Aucun éditeur anglais n’avait en effet accepté de publier le manuscrit. L’écriture de Joyce était illisible, il modifiait continuellement son manuscrit, sa vue baissait et il avait du mal à relire les épreuves.
La nouvelle édition a l’avantage de clarifier beaucoup d’erreurs qui avaient donné lieu à des gloses infinies. Par exemple, la phrase « The paper the beard was wrapped in » (« le papier dans lequel la barbe était enveloppée ») était en réalité, après transposition d’une lettre, « The paper the bread was wrapped in » (« le papier dans lequel le pain était enveloppé ») ! Si tout est à l’avenant, on peut s’attendre à des révisions déchirantes.
– Pour candidats au C2 de
« Critique de textes et documents » –
(Université Lumière, ex-Lyon-II)
A supposer que l’information ci-dessus reproduite soit exacte dans l’ensemble et dans le détail, rédigez un commentaire en trois points.
Montrez d’abord, en un style aussi simple que celui de Konk (voy. Aux Voleurs !, Albin Michel, juin 1986), que nous avons affaire ici à une nouvelle illustration de l’histoire de la dent d’or et que la jobardise, notamment universitaire, n’est pas triste ; rappelez qu’il faut, en toute circonstance, d’abord aller y voir de près, puis retourner sur ses pas, y voir d’encore plus près, vérifier, revérifier, au besoin réviser les évidences à la manière des révisionnistes de tout temps en histoire, en littérature, en sciences, en médecine ; bref, montrez qu’il faut travailler.
Puis, resaisissez-vous ; affirmez en un style vulgaire que cette information n’a aucune importance, qu’elle ne remet rien en cause ni dans le cas particulier considéré ni en ce qui regarde soit la traduction, soit la critique, soit tant et de si belles thèses ; là, montez le ton et exprimez-vous dans le style requis pour faire sérieux : « lecture plurielle », « sémiotique littéraire » et n’hésitez pas à « décoder ».
Enfin, manifestez votre émotion devant cette nouvelle atteinte portée à la mémoire des vivants et des morts ; empruntez le style d’Harlem Désir (« Les potes sont horrifiés... ») ; rappelez que « le ventre est fécond d’où est sorti la bête immonde » ; découvrez là un effet pervers du révisionnisme international (Paul Rassinier n’avait-il pas déjà publié Le Mensonge d’Ulysse et récidivé avec Ulysse trahi par les siens ?) ; voilez-nous la face ; exercez pleinement votre droit de juger ce genre de livres sans les lire et en interdisant aux autres de les lire ; appelez-en à la Loi et à l’Ancien Testament, à l’Institut d’histoire du temps présent, à la Direction de l’information historique, au Centre de documentation juive contemporaine. Bref, rassurez-nous en faisant montre d’un cœur gros comme ça, plein de force, de courage et de générosité. Glissez discrètement un appel en direction des coffres de l’État et de la tirelire du Français moyen.
Vous avez bien voulu me recevoir avant-hier pendant une heure dans votre bureau du Monde. Je vous en remercie.
Vous avez pu constater que, si je vous ai dit la vérité, il s’est produit, surtout entre 1982 et 1986, une évolution considérable chez les historiens officiels du génocide des juifs. Les principales étapes ont été, en 1982, le colloque de la Sorbonne (29 juin-2 juillet), en 1984, le congrès de Stuttgart (3-5 mai), en 1985, la longue déposition et le contre-interrogatoire de R. Hilberg au procès Zündel de Toronto (7 janvier-26 février). Les historiens officiels – je me permets d’appeler ainsi ceux auxquels les organismes officiels font référence sur le sujet – se sont scindés en intentionnalistes et en fonctionnalistes. Les premiers disent qu’il a dû exister une volonté et un ordre de Hitler d’exterminer les juifs ; les seconds (Broszat, Mommsen...) disent que l’extermination des juifs a dû se produire, en dehors de tout ordre ou de toute volonté exprimée de Hitler, par le fait d’initiatives locales et individuelles. Il est évident qu’une telle controverse n’existerait pas s’il existait des documents prouvant que Hitler a donné l’ordre d’exterminer les juifs.
Les historiens officiels en sont venus à concéder aux révisionnistes qu’ils n’ont trouvé ni un ordre de Hitler ou de quiconque, ni un plan, ni trace d’un budget pour l’extermination des juifs. Ils admettent qu’il n’existe non plus aucune expertise de l’arme – privilégiée – du crime : expertise d’un local ou de ruines d’un local baptisé chambre à gaz homicide ou camion à gaz homicide. Ils admettent également qu’aucune des innombrables autopsies conduites sans doute dès 1943 (procès de Kharkov) ne semble avoir déterminé que tel cadavre était le cadavre d’une personne tuée par les Allemands au moyen d’un gaz–poison.
Voilà pour le crime, pour l’arme du crime et pour la victime du crime.
Entre-temps, les historiens officiels ont publié des ouvrages comme Les Chambres à gaz ont existé (1981), Chambres à gaz, secret d’État (version française en 1984, traduction manipulée de l’originale allemande de 1983), L’Album d’Auschwitz (version française en 1983, extraordinairement manipulée par rapport aux deux versions américaines originales de 1980 et 1981), L’Allemagne nazie et le génocide juif (1985) (ensemble de textes parfois totalement différents de ceux qu’il prétend reproduire du colloque de la Sorbonne en 1982), Der Mord an den Juden in Zweiten Weltkrieg (1985) : ensemble de textes qui prétendent reproduire, peut-être à juste titre, les communications du congrès de Stuttgart de 1984. J’ajouterais la réédition en trois volumes, en 1985, de l’ouvrage de référence par excellence : The Destruction of the European Jews de Raul Hilberg, si profondément remaniée par rapport à la première édition, ce qui serait normal puisque la première datait de 1961, mais ce qui déroute, tant l’auteur a modifié sa position sur certains points. Je ne tiens pas compte de l’édition, lamentable, en français, de Der Staat Hitlers (1970), de Broszat, sous le titre L’État hitlérien (1985), malgré le grand intérêt des maigres pages consacrées au génocide.
Tous ces ouvrages, sans exception, marquent une évolution dans le sens du révisionnisme. Le « procès-verbal de Wannsee », on l’admet, n’impliquait que l’évacuation des juifs vers l’Est ; la date du commencement de l’extermination des juifs n’est pas déterminable non plus que la date de la fin ; l’ « opération Reinhardt » n’était pas une opération d’extermination mais une opération de confiscation des biens ou des terres. Auschwitz n’était que partiellement un camp d’extermination. Le transfert qui s’était opéré des camps de l’Ouest vers celui d’Auschwitz s’opère, surtout depuis le film Shoah, vers les camps de l’extrême-Est, Treblinka, et on renonce tout doucement à Majdanek.
Les exterminationnistes n’expliquent pas plus qu’auparavant tous les textes qui tendent à prouver qu’il n’y avait pas d’intention d’exterminer les juifs.
On abandonne peu à peu chambres à gaz ou camions à gaz pour poser des questions du genre de : « Mais que sont alors devenus les juifs ? » Question désarmante parce qu’elle marque le désarroi. Les révisionnistes n’ont cessé de répondre à cette question et on feint de ne pas les entendre parce que c’est peut-être là que se révèle malheureusement le mieux l’aspect le plus fâcheux du mensonge historique : l’escroquerie aux faux morts ; au 31 décembre 1980, 4.340.000 personnes indemnisées (victimes ou ayants cause) dont 40% en Israël,20%enRFA,40%danslerestedu monde ;d’innombrables associationsd’anciens déportés :18pourAuschwitzetlescampsdeHaute-Silésie ; les « Candles » dont je vous ai parlé ; les ex-enfants d’Auschwitz dont nous parlons dans nos livres.
Hitler a traité les juifs en ennemis déclarés. Cette guerre a été pleine de déportations ou de déplacements de populations civiles, de femmes et d’enfants. Dans les deux camps. Que les minorités allemandes aient disparu de Pologne, en grande partie, ne signifie pas qu’elles aient été exterminées. De même pour les juifs : des morts et des survivants. L’État d’Israël n’existait pas en 1945 ! L’émigration polonaise a été considérable. La Bulgarie, qui n’a pas connu une seule déportation des juifs bulgares, avait cinquante mille juifs. Presque dès le lendemain de la guerre il en restait cinq mille. Il n’y avait pas eu quarante-cinq mille exterminés, mais quarante-cinq mille émigrés.
Ce qui est odieux, c’est la création de deux classes de déportés : les juifs et les autres. Les juifs auraient été les victimes d’un crime sans précédent (avec les magiques chambres) et les autres, les résistants, les communistes, les témoins de Jehovah, etc., auraient été les victimes d’un crime banal (sans les magiques chambres ou camions).
L’aveuglement de tous est tel que dans le journal Le Monde on imprime des récits d’atrocités dont même pendant la guerre de 1914 on n’aurait pas voulu, sans que personne en remarque le caractère de complète forgerie. Voyez aujourd’hui Langelier ou Yankovitch. Quand je vous rappelais que Langelier avait raconté à propos de Mengele l’histoire des yeux épinglés comme des papillons, vous avez sursauté. Vous étiez de bonne foi. Vous ne pouviez pas croire que cela avait été : 1/ écrit par un journaliste, 2/ pris en considération par l’ensemble des rédacteurs ou le chef de la rédaction, 3/ imprimé, 4/ probablement suivi d’aucune réaction de lecteur. Eh bien, lisez Le Monde du 10-11 février 1985, p. 4. Cela commence ainsi :
Jérusalem.– Des yeux morts. Plusieurs dizaines d’yeux humains « épinglés comme une collection de papillons » sur un mur du « labo » d’Auschwitz. Ils regardent la petite fille qui tremble d’épouvante et jamais n’oubliera.
Mais lisez la suite. C’est à l’avenant : « Blagues à tabac confectionnés en peau de testicules », « autopsie » sur un gamin encore vivant, « enfant à peine sorti du ventre de sa mère et [jeté] dans un four. »
Et puis est venue l’affaire Roques.
L’obnubilation a été telle que vous-même – vous avez eu le mérite et la franchise de me le confier – vous avez écrit votre fameux article contre Roques et son jury sans avoir lu la thèse de Roques ! Vous vous étiez fié à des gens « sérieux » de l’Institut d’histoire du temps présent. Vous avez cru qui ? François Bédarida. Vous avez demandé au diable ce qu’il pensait du saint ou du saint ce qu’il pensait du diable. Et vous avez cru. Vous êtes même presque tombé à genoux. Quand, longtemps après, Le Monde a publié un texte du président du jury, ce texte était amputé de toute une partie qui aurait informé le lecteur de bien des points que Le Matin de Paris, lui, a bien vu qu’on ne pouvait pas supprimer sans dénaturer ce texte.
L’affaire Roques est un révélateur.
Roques a fait un travail de chartiste. Il a pris la deuxième meilleure preuve de nos exterminationnistes : le Rapport Gerstein. Il l’a examiné. Ce n’était pas de l’or, c’était du plomb. Au lieu de lui répondre, on l’a agoni d’injures. Comment voulez-vous que son scepticisme et le scepticisme du Français moyen ne s’accroissent pas, par voie de conséquence, devant ces historiens des chambres à gaz : « Jamais tant de juifs que depuis qu’ils ont été exterminés » (réflexion entendue). Le 23 mai de 18h à 20h sur Europe n° 1 un auditeur attentif pouvait percevoir en direct l’agonie du mythe. Le lendemain matin, un lecteur attentif de certains journaux pouvait avoir, en un saisissant raccourci, en même temps qu’une sorte d’accéléré, le processus de fabrication du mythe. Ce qui le 23 mai au soir était encore un four crématoire vu par Michel Noir à Mauthausen devenait des chambres à gaz le lendemain matin dans une partie de la grande presse, tout comme les cornets de journaux avec de la cendre dedans, vus par le doyen Malvy en 1945 en Pologne, étaient devenus en l’espace d’un jour des chambres à gaz vues par le même doyen Malvy en Pologne en 1945. Des journaux ont publié des photos de salle de bains ou de portes de chambres à gaz de désinfection en disant : chambres à gaz [homicides]. Or, le 26 avril 1985, le Nouvel Observateur avait admis : il n’existe pas de photographies des chambres à gaz. Une date, là encore !
Je vous dis, moi, que la situation de 1986 n’a que peu à voir avec celle de 1978. L’hystérie à répétition, cela use les nerfs, les yeux et les cerveaux. Je considère qu’aujourd’hui, malgré encore certaines apparences contraires, la situation est débloquée. Le charme maléfique est brisé. Les trente-quatre historiens (du moins les survivants) ne répondent plus au numéro où on les appelle. Et Decaux a dit : rien à déclarer. Et Amouroux a dit : je n’ai pas encore lu la thèse de M. Roques. Et il y a les autres. Il y a Michel de Boüard, d’un côté, et, de l’autre côté... Konk. Lisez Aux Voleurs !, Albin Michel, juin 1986. Je vous recommande en particulier les quatre dernières pages.
Il est temps que Le Monde refuse systématiquement la honteuse pornographie du nazisme de sex-shop. Il est temps qu’il tienne compte de la profonde évolution que connaît l’histoire du prétendu génocide et que jamais, plus jamais, il n’insulte les chercheurs qui travaillent pendant que tout autre ne travaille pas. C’est surtout cela : le travail, le bon travail méticuleux, celui qui fait ricaner ceux qui ne savent pas pourquoi on s’acharne à ce point sur son établi.
Les choses ont changé et, en ce moment, les gens changent. Le Monde doit changer, en douceur.
P.S. Tout le monde a peur des mémoires et papiers de Josef Mengele : voilà un témoin à interroger ! Phrase de Konk : « On a été éduqué pour croire d’office à tout ce qui est monstrueux. »
Henri Roques, 65 ans, ingénieur retraité, a rédigé une thèse de doctorat d’université sur Les Confessions de Kurt Gerstein. La soutenance de cette thèse a eu lieu le 15 juin 1985 à l’université de Nantes et elle a obtenu la mention « très bien ».
Cette thèse consiste en une étude critique des différents textes qui sont de Kurt Gerstein ou qui lui sont attribués. Ces textes sont généralement considérés comme l’une des preuves essentielles de ce que les Allemands auraient, dit-on, utilisé des chambres à gaz homicides, notamment à Treblinka et à Belzec. Dans The Destruction of the European Jews, Raul Hilberg mentionnait vingt-trois fois le nom de Gerstein.
Au terme de ses analyses, H. Roques a conclu que, notamment en raison des invraisemblances, des non-sens et des variations de ses différents récits, le témoignage de Kurt Gerstein n’a aucune valeur scientifique. H. Roques a montré, par ailleurs, combien tous ceux qui avaient utilisé les confessions de Gerstein avaient gravement manipulé les textes, en particulier Léon Poliakov. En conséquence, il n’a pas caché qu’il doute aujourd’hui de l’existence des chambres à gaz.
En 1985, la presse française et la presse allemande avaient été informées de la thèse d’Henri Roques, de son contenu, de ses conclusions et de l’attribution à celui-ci de la mention « très bien ». Mais elles n’en avaient pas parlé.
En avril 1986 est paru un article de Georges Wellers dans Le Monde Juif, revue trimestrielle du Centre de documentation juive contemporaine (numéro daté de janvier-mars 1986, p. 1-18). Cet article était violemment hostile à H. Roques.
Alors éclatait en France la « bombe à retardement » de l’affaire Roques. A partir d’avril et mai 1986 s’est déclenchée dans les journaux, dans toutes les radios et sur toutes les chaînes de télévision une importante campagne contre « la thèse scandaleuse de Nantes », « la thèse qui nie les chambres à gaz », « la thèse antisémite qui a reçu la mention très bien ».
De très nombreux hommes politiques sont intervenus dans cette campagne. En signe de protestation contre cette thèse, l’Assemblée nationale a observé une minute de silence à la mémoire des déportés morts. Des universitaires français ont signé une pétition. Les syndicats ont manifesté leur indignation. Des universitaires et des hommes politiques allemands ont envoyé des messages de protestation au président Mitterrand, au ministre français de l’Éducation nationale et au président de l’université de Nantes. La Knesset aurait envoyé un message au président Mitterrand.
Le point culminant de cette campagne a été atteint le 23 mai, de 18h à 20h, lors d’une émission très populaire de la station de radio Europe n° 1 : « Découvertes ». H. Roques et son avocat, Éric Delcroix, se sont trouvés opposés à neuf personnes, sans compter le responsable de l’émission : J.- P. Elkabbach. Parmi ces neuf personnes, il y avait notamment G. Wellers et C. Lanzmann, auteur du film Shoah, ainsi que, sur intervention téléphonique, Simone Veil et deux ministres. H. Roques a dit qu’il doutait de l’existence des chambres à gaz tandis qu’Éric Delcroix a dit qu’il ne croyait pas à leur existence. Tous deux ont donné leurs raisons. Du côté de ceux qui disaient croire à l’existence des chambres à gaz, il n’y a guère eu d’arguments mais il y a eu surtout des sermons moralisateurs, des outrages et des injures. C. Lanzmann a lancé à l’adresse d’H. Roques : « Fermez votre sale gueule de rat ! » A la fin de l’émission, Jacques Tarnero a dit : « On s’est fait piéger. » H. Roques a répliqué que les révisionnistes étaient bien forts s’ils avaient réussi, étant deux, à piéger tant de personnes.
Des millions de Français ont pu, s’ils ont fait preuve d’attention, assister ainsi à l’agonie «en direct» du mythe des chambres à gaz homicides. De la bouche même de Claude Lanzmann, ils ont appris qu’il ne fallait pas confondre, comme un ministre venait de le faire, fours crématoires et chambres à gaz. Lanzmann a dit et répété qu’il n’y avait eu aucune chambre à gaz homicide en Allemagne, ni à Mauthausen (Autriche), mais seulement en quelques points de Pologne.
Plus tard, dans une interview reproduite dans le magazine VSD, S. Klarsfeld a dit :
[Jusqu’ici] personne ne s’est préoccupé de rassembler des preuves matérielles [des chambres à gaz homicides].
A la question : « Parce qu’il n’y avait pas encore de vraies preuves ? » il a répondu : « Il y avait des débuts de preuves qui embarrassaient les faurisonniens mais ne les avaient pas encore réduits au silence. »
Et, là-dessus, il a promis qu’il allait enfin publier de vraies preuves avec la collaboration d’un pharmacien, J.-C. Pressac. L’échantillon de preuve « définitive » qu’il a offert est un bon de réception de quatorze pommes de douche et d’une porte étanche au gaz pour la salle de douches du crématoire-III d’Auschwitz-Birkenau [1]. S. Klarsfeld semble ignorer que les Allemands ont fabriqué avant et pendant la guerre, en quantités industrielles, des portes étanches au gaz pour tous les locaux pouvant servir de refuge éventuel, en cas de guerre des gaz. Ces portes n’ont pas plus de signification criminelle que... des masques à gaz ! Dans les bâtiments des crématoires, il y avait très souvent des douches dont l’eau chaude provenait soit de la salle de crémation des cadavres, soit de la salle d’incinération des ordures. Quant à Pressac, il avait déclaré quelques jours auparavant :
« On avait jusqu’ici des témoignages et seulement des témoignages [2]» et il a fait la même promesse que Serge Klarsfeld.
Certains journaux ont modéré leurs attaques quand ils se sont aperçus de la solidité de la position révisionniste. Certains ont même osé publier des lettres favorables à H. Roques. Mais tout le monde paraissait oublier que, depuis un arrêt de la cour d’appel de Paris, en date du 26 avril 1983, il était expressément permis à tout Français d’affirmer, de nier ou de mettre en doute l’existence des chambres à gaz. La cour avait pris cette décision au terme de la bataille judiciaire, longue de quatre ans, qui avait opposé neuf associations à Robert Faurisson. La cour avait même expliqué que, si elle avait pris cette décision, c’était à cause du sérieux du travail de Robert Faurisson sur la question.
Des personnes de droite et des personnes de gauche ont pris, avec des nuances diverses, la défense d’Henri Roques. Les personnes de droite ont tendance à voir dans le révisionnisme une sorte de réaction contre les idées de gauche tandis que des personnes de gauche y discernent une forme de révolution contre les idées reçues de l’establishment.
A droite, des députés du Front national (parti de Jean-Marie Le Pen) ont exprimé quelques doutes sur la réalité du génocide des juifs et ils se sont déclarés plus sensibles à un autre « génocide », celui des chrétiens au Liban. Quant à J.-M. Le Pen, il a fait remarquer que le chiffre total des victimes juives de la seconde guerre mondiale était l’objet de controverses historiques. Il a ajouté :
Quant aux chambres à gaz, je m’en tiens aux historiens officiels, qui pensent aujourd’hui [souligné par moi] qu’elles n’ont fonctionné qu’en Pologne [3].
Mais en France, on le sait depuis l’exemple donné par Paul Rassinier, le révisionnisme est aussi de gauche. A l’émission d’Europe n° 1, H. Roques a pu faire état, avec sa permission, du soutien que lui apportait Michel de Boüard. Ce dernier, qui a soixante-seize ans, est un homme de gauche qui a été déporté au camp de Mauthausen comme interné « N.N. ». C’était un résistant actif, très proche des communistes. Sa haute formation universitaire (c’est un ancien élève de l’École des Chartes) lui a permis de finir sa carrière comme doyen de la faculté des lettres et sciences humaines de l’université de Caen. Fait capital : il a été membre du Comité d’histoire de la deuxième guerre mondiale, organisme directement rattaché au Premier ministre. Il connaît les chiffres exacts de la déportation en France (à l’exception des déportés de Paris et de la région parisienne) et il déplore que le Comité n’ait pas voulu publier en 1974 le résultat d’une enquête qui avait duré vingt ans et qui portait sur le nombre des déportés et des survivants de la déportation. Le Comité craignait, en cas de publication de cette enquête, des incidents notamment avec certaines associations de déportés. Michel de Boüard est membre de l’Institut de France, une fondation qui rassemble des personnalités érudites du monde des sciences, des arts et des lettres.
Mais, à gauche, le révisionnisme le plus actif se trouve du côté de Pierre Guillaume et de ses amis de la Vieille Taupe. Pierre Guillaume a littéralement miné l’édifice holocaustique par une inlassable activité à Paris et en province et par des initiatives personnelles d’un extrême courage. Il a publié les ouvrages de Paul Rassinier, de Robert Faurisson, la traduction en français du Mythe d’Auschwitz (de l’Allemand Wilhelm Stäglich) et un ouvrage dont il est l’auteur : Droit et Histoire où il adopte une position entièrement révisionniste. Toujours à gauche, se situe le dessinateur humoristique « Konk », très connu en France. Celui-ci vient de publier une bande dessinée : Aux Voleurs ! L’ensemble des dessins qui composent le recueil tourne en dérision les escrocs et les jobards et ses trois dernières pages illustrent d’une façon particulièrement claire et pertinente l’escroquerie du mythe des chambres à gaz. Ces trois pages mériteraient d’être reproduites à des millions d’exemplaires pour être distribuées dans toutes les écoles de France. « Konk » écrit : « On a été éduqué pour croire d’office à tout ce qui est monstrueux. »
Mais le gouvernement français, inquiet des progrès du révisionnisme, semble décidé à utiliser tous les moyens pour venir en aide au mythe défaillant. La France possède depuis l’année dernière un service officiel appelé « Direction de l’information historique » et rattaché au secrétariat d’État auprès des anciens combattants. Cet organisme, digne de « Big Brother », est chargé de lutter contre le révisionnisme, avec l’argent du contribuable, notamment auprès de la jeunesse. Des membres de l’Institut d’histoire du temps présent demandent l’annulation de la thèse maudite et le recours à la répression judiciaire contre H. Roques. Des enquêtes administratives ont été lancées contre les membres du jury qui a accordé à la thèse de ce dernier la mention « très bien ».
Le hasard veut que, l’année même où H. Roques a soutenu sa thèse en France, Carlo Mattogno ait, en Italie, publié Il rapporto Gerstein. Anatomia di un falso. Il « campo di sterminio » di Belzec.
La thèse d’H. Roques : Les Confessions de Kurt Gerstein. Étude comparative des différentes versions, se présente sous la forme de deux volumes dactylographiés d’un total de trois cent soixante-et-onze pages. Il peut être commandé à La Vieille Taupe, BP 9805, 75224 Paris cedex 05, contre la somme de trois cents francs (frais d’envoi compris).
Dans L'Indépendant du 29 mai 1986, en page 3, Gérard Bonet dénonce les révisionnistes en général et Henri Roques en particulier. Il écrit : « Les chambres à gaz n'ont pas existé. C'est ce que tend à démontrer un homme de 66 ans, Henri Roques, dans une thèse qu'il a soutenue le 15 juin à la faculté des lettres de Nantes et qui a été honorée de la mention “très bien”. – Ce travail nous ne l'avons pas lu. [...]»
Deux photographies surmontent l'article du journal. L'une a pour légende : « La chambre à gaz de Maidanek, l'une des deux seules qu'on puisse visiter aujourd'hui ». L'autre a pour légende : « Un soldat américain devant la porte d'une chambre à gaz ».
Mais L'Indépendant semble ignorer que la première photographie représente une pièce qui, depuis longtemps, est désignée par les autorités du musée national de Majdanek comme étant une simple salle de douches. Un panneau installé dans la pièce en prévient les visiteurs. Quant à la seconde photographie, elle représente l'une des quatre chambres à gaz de désinfestation de Dachau, désignée comme telle, depuis bien des années, par les autorités du musée de Dachau. Une inscription en prévient les visiteurs.
L'article de G. Bonet est suivi d'un témoignage intitulé : « René Depretz : les verrous étaient déjà tirés » où le personnage en question n'hésite pas à raconter comment « à Bergen-Belsen [il] a miraculeusement échappé à la chambre à gaz ».
Mais L'Indépendant semble ignorer que, depuis bien longtemps, les autorités du Musée de Bergen-Belsen et les historiens de l’ « Holocauste » ont admis qu'il n'avait pas existé de chambre à gaz homicide à Bergen-Belsen.
Les propos de R. Depretz, recueillis par G. Bonet, se terminent sur un appel à tuer le révisionniste H. Roques : « Ce type, il faudrait le tuer. »
Dans sa livraison du 30 mai 1986, en page 3, le même journal présente la suite de l'enquête de G. Bonet. Cette fois-ci, le témoignage invoqué est celui de Roger Baraffe et le camp en question est celui de Mauthausen. G. Bonet demande : « Avez-vous vu les chambres à gaz en fonctionnement ou tout au moins après la libération ? » Le témoin répond bizarrement : « Bien sûr, on les a vues, mais lorsque j'y suis retourné quelques années après. [...] J'ai vu les corps de gazés, des derniers qui ont été gazés ; c'était en mai 1945, par là. » Il ajoute : « Vous savez que dans les chambres à gaz ils tassaient les gens le plus possible et au début de mes visites – maintenant on a repeint un peu pour entretenir – il y avait des traces dans le béton, les traces des ongles des gens qui ne voulaient pas mourir ! Il faut le faire, dans le béton ! Ils [les Allemands] mettaient le gaz par une cheminée, un dérivé du cyanure et ça demandait dix à douze minutes, quinze minutes parfois pour avoir la mort totale. Après, ils aéraient la chambre à gaz et les sonderkommandos extrayaient les corps, qui étaient destinés à la fouille pour enlever les dents en or, etc [1]. »
Ce témoin joue de malchance : il y a beau temps que les autorités du musée de Mauthausen ont abandonné, après la thèse de l'arrivée du gaz par les pommes de douche, celle de l'arrivée du gaz par la cheminée pour présenter finalement aux visiteurs la thèse de l'arrivée du gaz par une mince tubulaire (inexistante !) percée de trous et située à hauteur des hanches des victimes dans le coin droit de la pièce ; cette pièce est toute carrelée et donc dépourvue de ce béton [2]où on aurait vu des traces d'ongles, traces qu'on aurait effacées quand on avait, dit-il, « repeint un peu » (repeint le carrelage ?). Tout cela ressemble un peu trop à l'histoire de la cage de fer en bois.
A l'exemple des propos de R. Depretz, ceux de R. Baraffe se terminent sur un appel à tuer les révisionnistes : « de véritables ordures, des ordures et des pourritures, j'estime qu'on devrait leur placer 50 kg de plastic au cul. »
On le voit, dans cette enquête de L'Indépendant, ignorance, mensonge, haine et appel au meurtre font bon ménage.
29-30 mai 1986
[1] Il aurait été impossible de pénétrer ainsi dans un océan d'acide cyanhydrique pour en toucher et extraire des cadavres eux-mêmes pénétrés d'acide cyanhydrique etdonc intouchables. La pièce étant située en sous-sol et tout dispositif de ventilation étant inexistant, le gaz se serait répandu partout à l'ouverture des portes.
[2] Il n'y a de béton qu'au plafond de cette douche et ce plafond n'a pas été repeint.
L’avocat Serge Klarsfeld et le pharmacien Jean-Claude Pressac avaient publié en 1983 L’Album d’Auschwitz. Parmi bien d’autres tricheries, ils avaient habilement tronqué le plan du camp d’Auschwitz-Birkenau : ils avaient coupé en deux endroits la route que prenaient les femmes et les enfants à leur descente du train de déportation. Cette route menait, derrière la zone des crématoires-II et III, à un vaste bâtiment de douches et de désinfection appelé « Zentralsauna ». Klarsfeld et Pressac avaient coupé la route des douches de manière à faire croire que cette route aboutissait, en cul-de-sac, aux crématoires et donc à la mort [1].
Cette tricherie avait été signalée en son temps aux éditions du Seuil par R. Faurisson, le 9 décembre 1983.
S. Klarsfeld a toujours agi en homme pour qui les chambres à gaz homicides des camps de concentration allemands ont été une réalité scientifiquement prouvée. En 1979, il a assigné en justice R. Faurisson pour dommage par « falsification de l’Histoire » parce que ce dernier affirmait qu’on ne possédait pas la moindre preuve de l’existence desdites chambres.
S. Klarsfeld, dans son Mémorial de la déportation des Juifs de France, ne cesse de parler de chambres à gaz et de gazés.
Jean-Claude Pressac est l’auteur de la thèse surprenante selon laquelle, à bien considérer les plans des crématoires, leur architecture, leurs ruines actuelles, il est manifeste que ces bâtiments n’ont pas été conçus ni construits pour avoir des chambres à gaz homicides. Ces bâtiments n’étaient que des... crématoires. Mais, ajoute J.-C. Pressac, les Allemands ont sûrement procédé dans une période ultérieure à des bricolages pour faire de ces crématoires de gigantesques abattoirs pour l’extermination systématique des juifs. Ces bricolages auraient été d’ailleurs absurdes ou étonnamment maladroits, en un mot tout à fait dignes de la bêtise foncière des SS. Cette thèse est développée principalement dans un article du Monde Juif et dans L’Album d’Auschwitz. L’article du Monde Juif ne concernait que les crématoires-IV et V d’Auschwitz-Birkenau. Il aurait dû avoir une suite. Il n’en a jamais eu. G. Wellers s’est débarrassé de J.-C. Pressac, lequel a été recueilli par S. Klarsfeld. Sur les références de cet article et sur la réponse de R. Faurisson, on peut lire de ce dernier : « Le mythe des “chambres à gaz” entre en agonie » [2].
Dans une interview publiée par le magazine VSD le 29 mai 1986, Serge Klarsfeld fait un aveu de taille :
SERGE KLARSFELD :
« LA PREUVE ? NOUS L’AVONS. »
– Comment peut-il y avoir matière à discussion sur l’existence des chambres à gaz ?
Tout simplement parce que personne ne pensait après la guerre qu’un jour on en viendrait à nier leur existence. Personne ne s’est préoccupé de rassembler des preuves matérielles. De plus, les camps avec chambres à gaz, dont le plus sinistrement célèbre est Auschwitz-Birkenau, sont situés en territoire polonais et ont été inaccessibles pendant vingt ans.
– Mais il existait des milliers de témoignages ?
Des témoignages, oui. Mais aux yeux des « révisionnistes », ça ne suffisait pas. Un monomaniaque comme Faurisson explique que les récits des juifs survivants ont été dictés par les communistes polonais et les aveux des SS obtenus par la torture. La stratégie des faurissonniens, c’est de brandir la moindre imprécision pour réduire à néant les témoignages. C’est pourquoi nous nous apprêtons à éditer un ouvrage monumental de J.-C. Pressac sur Auschwitz-Birkenau, ce campqui a été le plus grand abattoir jamais inventé et où ont été gazés quelque 1,3 million de juifs. Le livre représente sept ans de recherches et constituera enfin la preuve des preuves.
– Parce qu’il n’y avait pas encore de vraies preuves ?
Il y avait des débuts de preuves qui embarrassaient les faurissonniens, mais ne les avaient pas encore réduits au silence. Notamment deux lettres analysées par Georges Wellers, et datant de 1943, qui parlaient l’une d’une cave à gazage, l’autre de trois portes étanches au gaz à poser dans les crématoires. Seulement, face à des gens aussi pointilleux que les révisionnistes, il faut des documents imparables.
– Et cette preuve des preuves, Jean-Claude Pressac l’a trouvée ?
Oui. En fait, au total il a trouvé trente-sept preuves dont une définitive de l’existence d’une chambre à gaz homicide dans le crématoire 3 de Birkenau. Il s’agit de la liste descriptive des fournitures annexées au bordereau de livraison et signée par le chef de la direction des constructions SS à Auschwitz. Un document qui mentionne à la fois une porte étanche au gaz et quatorze pommes de douche. Alors, soyons logiques, s’il s’agit d’une salle de douches, pourquoi cette porte étanche au gaz ? La démonstration est imparable.
Propos recueillis par Philippe Lemoine
Sur ce bordereau de réception du crématoire n° 3
signé par le directeur du camp d’Auschwitz,
on lit en tête des deux dernières colonnes :
14 douches (« brausen »),
1 porte étanche au gaz
(« gazgedichte Tur »).
S. Klarsfeld reconnaît que jusqu’ici « personne ne s’est préoccupé de rassembler des preuves matérielles » de l’existence des chambres à gaz. Il admet que jusqu’ici il n’y avait que des « débuts de preuves » mais pas encore de « vraies preuves ». Puis, après ce constat, il promet que de vraies preuves vont être publiées par Pressac. Selon Klarsfeld, qu’il faut bien croire ici sur parole, Pressac « a trouvé trente-sept preuves dont une définitive de l’existence d’une chambre à gaz homicide dans le crématoire 3 de Birkenau. »
Pressac aurait donc trouvé trente-six preuves non définitives et une preuve définitive de l’existence d’une chambre à gaz à Auschwitz. Lesdites trente-six preuves ne risquent-elles pas de s’apparenter à celles du procès des sorcières de Salem où le juge, à en croire le film célèbre qu’on a tiré de ce drame, se livre à des opérations du type : « ¼ de preuve + ¼ de preuve + ½ preuve = 1 preuve » ?
Quant à la seule preuve qualifiée de définitive, elle nous est proposée sous la forme d’un bordereau de réception de matériel pour le crématoire-III, portant signature du chef de la direction des constructions à Auschwitz.
Il s’agit d’un formulaire extrêmement banal, ronéotypé, où sont indiqués une vingtaine d’articles. Sous chaque rubrique il suffit d’indiquer par un chiffre le nombre d’articles désirés. Quatre colonnes supplémentaires permettent d’inscrire éventuellement des articles complémentaires. Sur ce bordereau, on voit qu’ont été fournis au crématoire-III (autre dénomination : Krematorium-II) des lampes et des robinets pour un certain nombre de pièces et, pour la pièce appelée d’un nom générique « Leichenkeller » (morgue en sous-sol), douze lampes, deux robinets, quatorze pommes de douche et, en complément, une porte étanche au gaz (« gasdichte Tür »). S. Klarsfeld nous dit : « Alors, soyons logique, s’il s’agit d’une salle de douches, pourquoi cette porte étanche au gaz ?»
La réponse est qu’avant et pendant la guerre les Allemands ont fabriqué en quantités industrielles des portes de ce genre. Celles-ci étaient adaptées à tout local qui, en dehors de son usage habituel ou par sa nature même, pouvait servir de refuge en cas de guerre des gaz. Dans les ouvrages techniques allemands, ces portes étaient dites « gassichere »ou « gasdichte ». Les Anglais avaient, eux, des portes « gas proof » ou « gastight ». Tous les crématoires possédaient des salles de douches ou des salles d’eau. L’eau chaude venait en général de la salle des crématoires ou de la salle d’incinération des ordures. Les prisonniers affectés soit à la crémation, soit à l’incinération, et le personnel d’encadrement avaient besoin de se laver. Ces prisonniers faisaient partie d’une « équipe spéciale » (Sonderkommando) portant un insigne métallique avec l’étoile juive, le mot « Sonderkommando »et leur numéro de section. Ils se déplaçaient ainsi dans tout le camp pour leurs besognes respectives.
Ajoutons que tout « Leichenkeller », étant bâti en sous-sol, pouvait servir d’abri antiaérien. A Auschwitz-I, la « Leichenhalle » était bâtie en surface et, pour pouvoir servir d’abri anti-aérien, avait été transformée et renforcée.
Quelques jours avant cette interview de Klarsfeld, Pressac, pour sa part, avait, lui aussi, déclaré :
On avait jusqu’ici des témoignages et seulement des témoignages [3]..
En résumé, selon S. Klarsfeld et J.-C. Pressac, les experts, les historiens et le grand public ne disposent encore en mai 1986, c’est-à-dire quarante ans après la fin de la guerre en Allemagne, d’aucune « vraie preuve » de l’existence des chambres à gaz homicides. On nous annonce et on nous promet des preuves. Pour nous faire patienter, on nous en présente une : la meilleure, vraisemblablement. Or, que vaut cette preuve « définitive » pour un crématoire d’Auschwitz-Birkenau ? Rien.
Il se confirme que les révisionnistes avaient raison quand ils affirmaient qu’en quarante ans pas un seul tribunal n’avait cherché à établir l’existence et le fonctionnement d’une seule chambre à gaz réputée homicide. Tous les tribunaux se sont inspirés de l’exemple donné par le Tribunal militaire international (TMI). Le TMI avait tenu pour acquise l’existence de ces chambres à gaz. L’article 21 de son statut l’autorisait à procéder ainsi : « Le Tribunal tiendra pour acquis les faits de notoriété publique et ne demandera pas que la preuve en soit rapportée. » C’est ce que le droit anglo-saxon désigne par l’expression : « to take judicial notice. »
Bruno Tesch et Karl Weinbacher, responsables d’une firme distributrice de Zyklon B, ont été pendus pour avoir distribué un produit dont, selon la cour, ils ne pouvaient pas ignorer l’usage criminel qui en avait été fait à grande échelle. Combien d’autres Allemands ou de leurs alliés n’ont-ils pas été exécutés à cause de ces chambres à gaz de l’existence desquelles on n’avait et on n’a toujours aucune preuve ?
« Abondance de preuves » : c’est là le titre même que G. Wellers donnait, en 1978, à sa tentative de réfutation d’un article de R. Faurisson.
En 1979, trente-quatre historiens français affirmaient que l’existence des chambres à gaz constituait un fait historique tellement bien établi qu’il n’y avait pas même lieu à débat. Ayant à choisir un témoignage, ils choisissaient celui de... Kurt Gerstein. Ils ne présentaient aucune preuve et leur déclaration se terminait ainsi :
Il ne faut pas se demander comment, techniquement, un tel meurtre de masse a été possible. Il a été possible techniquement puisqu’il a eu lieu. Tel est le point de départ obligé de toute enquête historique sur ce sujet. Cette vérité, il nous appartenait de la rappeler simplement ; il n’y a pas, il ne peut y avoir de débat sur l’existence des chambres à gaz [4].
Fred Kupferman vient de rappeler cette déclaration. Il la fait sienne. Il en reproduit les deux dernières phrases en conclusion d’un article de L’Express : « Holocauste : les blanchisseurs du nazisme ».
De telles prises de position témoignent d’un profond désarroi. Aujourd’hui, avec les récents aveux de J.-C. Pressac et de S. Klarsfeld, on mesure encore mieux l’extraordinaire aplomb dont faisaient preuve Léon Poliakov, Georges Wellers, Pierre Vidal-Naquet, Serge Klarsfeld lui-même et ces historiens pétitionnaires quand ils se permettaient de condamner les révisionnistes en proclamant que l’existence des chambres à gaz était une vérité historique, cent fois prouvée par une « abondance de preuves ».
R. Faurisson demandait « une preuve, une seule preuve de l’existence d’une seule chambre à gaz homicide dans les camps de concentration allemands ». Il en est toujours à attendre cette preuve.
29 mai 1986
Notes
[1] Pour tout détail, voy. W. Stäglich, Le Mythe d’Auschwitz, p. 510, document IV.3.a.
[2] R. Faurisson, Réponse à Pierre Vidal-Naquet, Paris, La Vieille Taupe, 1982, 2e éd., p. 67-83 ; ce texte est reproduit dans le volume I des Ecrits révisionnistes (1974-1998) à la page 325.