Friday, May 30, 1986

Mensonges et appels au meurtre dans "L'Indépendant" (de Perpignan)


Dans L'Indépendant du 29 mai 1986, en page 3, Gérard Bonet dénonce les révisionnistes en général et Henri Roques en particulier. Il écrit : « Les chambres à gaz n'ont pas existé. C'est ce que tend à démontrer un homme de 66 ans, Henri Roques, dans une thèse qu'il a soutenue le 15 juin à la faculté des lettres de Nantes et qui a été honorée de la mention “très bien”. – Ce travail nous ne l'avons pas lu. [...]»

Deux photographies surmontent l'article du journal. L'une a pour légende : « La chambre à gaz de Maidanek, l'une des deux seules qu'on puisse visiter aujourd'hui ». L'autre a pour légende : « Un soldat américain devant la porte d'une chambre à gaz ».

Mais L'Indépendant semble ignorer que la première photographie représente une pièce qui, depuis longtemps, est désignée par les autorités du musée national de Majdanek comme étant une simple salle de douches. Un panneau installé dans la pièce en prévient les visiteurs. Quant à la seconde photographie, elle représente l'une des quatre chambres à gaz de désinfestation de Dachau, désignée comme telle, depuis bien des années, par les autorités du musée de Dachau. Une inscription en prévient les visiteurs.

L'article de G. Bonet est suivi d'un témoignage intitulé : « René Depretz : les verrous étaient déjà tirés » où le personnage en question n'hésite pas à raconter comment « à Bergen-Belsen [il] a miraculeusement échappé à la chambre à gaz ».

Mais L'Indépendant semble ignorer que, depuis bien longtemps, les autorités du Musée de Bergen-Belsen et les historiens de l’ « Holocauste » ont admis qu'il n'avait pas existé de chambre à gaz homicide à Bergen-Belsen. 

Les propos de R. Depretz, recueillis par G. Bonet, se terminent sur un appel à tuer le révisionniste H. Roques : « Ce type, il faudrait le tuer. »

Dans sa livraison du 30 mai 1986, en page 3, le même journal présente la suite de l'enquête de G. Bonet. Cette fois-ci, le témoignage invoqué est celui de Roger Baraffe et le camp en question est celui de Mauthausen. G. Bonet demande : « Avez-vous vu les chambres à gaz en fonctionnement ou tout au moins après la libération ? » Le témoin répond bizarrement : « Bien sûr, on les a vues, mais lorsque j'y suis retourné quelques années après. [...] J'ai vu les corps de gazés, des derniers qui ont été gazés ; c'était en mai 1945, par là. » Il ajoute : « Vous savez que dans les chambres à gaz ils tassaient les gens le plus possible et au début de mes visites – maintenant on a repeint un peu pour entretenir – il y avait des traces dans le béton, les traces des ongles des gens qui ne voulaient pas mourir ! Il faut le faire, dans le béton ! Ils [les Allemands] mettaient le gaz par une cheminée, un dérivé du cyanure et ça demandait dix à douze minutes, quinze minutes parfois pour avoir la mort totale. Après, ils aéraient la chambre à gaz et les sonderkommandos extrayaient les corps, qui étaient destinés à la fouille pour enlever les dents en or, etc [1]. »


Ce témoin joue de malchance : il y a beau temps que les autorités du musée de Mauthausen ont abandonné, après la thèse de l'arrivée du gaz par les pommes de douche, celle de l'arrivée du gaz par la cheminée pour présenter finalement aux visiteurs la thèse de l'arrivée du gaz par une mince tubulaire (inexistante !) percée de trous et située à hauteur des hanches des victimes dans le coin droit de la pièce ; cette pièce est toute carrelée et donc dépourvue de ce béton [2] où on aurait vu des traces d'ongles, traces qu'on aurait effacées quand on avait, dit-il, « repeint un peu » (repeint le carrelage ?). Tout cela ressemble un peu trop à l'histoire de la cage de fer en bois.

A l'exemple des propos de R. Depretz, ceux de R. Baraffe se terminent sur un appel à tuer les révisionnistes : « de véritables ordures, des ordures et des pourritures, j'estime qu'on devrait leur placer 50 kg de plastic au cul. » 

On le voit, dans cette enquête de L'Indépendant, ignorance, mensonge, haine et appel au meurtre font bon ménage.


29-30 mai 1986

[1] Il aurait été impossible de pénétrer ainsi dans un océan d'acide cyanhydrique pour en toucher et extraire des cadavres eux-mêmes pénétrés d'acide cyanhydrique etdonc intouchables. La pièce étant située en sous-sol et tout dispositif de ventilation étant inexistant, le gaz se serait répandu partout à l'ouverture des portes.
[2] Il n'y a de béton qu'au plafond de cette douche et ce plafond n'a pas été repeint.

Thursday, May 29, 1986

L’aveu de Serge Klarsfeld



L’avocat Serge Klarsfeld et le pharmacien Jean-Claude Pressac avaient publié en 1983 L’Album d’Auschwitz. Parmi bien d’autres tricheries, ils avaient habilement tronqué le plan du camp d’Auschwitz-Birkenau : ils avaient coupé en deux endroits la route que prenaient les femmes et les enfants à leur descente du train de déportation. Cette route menait, derrière la zone des crématoires-II et III, à un vaste bâtiment de douches et de désinfection appelé « Zentralsauna ». Klarsfeld et Pressac avaient coupé la route des douches de manière à faire croire que cette route aboutissait, en cul-de-sac, aux crématoires et donc à la mor[1].

Cette tricherie avait été signalée en son temps aux éditions du Seuil par R. Faurisson, le 9 décembre 1983. 

S. Klarsfeld a toujours agi en homme pour qui les chambres à gaz homicides des camps de concentration allemands ont été une réalité scientifiquement prouvée. En 1979, il a assigné en justice R. Faurisson pour dommage par « falsification de l’Histoire » parce que ce dernier affirmait qu’on ne possédait pas la moindre preuve de l’existence desdites chambres.

S. Klarsfeld, dans son Mémorial de la déportation des Juifs de France, ne cesse de parler de chambres à gaz et de gazés. 

Jean-Claude Pressac est l’auteur de la thèse surprenante selon laquelle, à bien considérer les plans des crématoires, leur architecture, leurs ruines actuelles, il est manifeste que ces bâtiments n’ont pas été conçus ni construits pour avoir des chambres à gaz homicides. Ces bâtiments n’étaient que des... crématoires. Mais, ajoute J.-C. Pressac, les Allemands ont sûrement procédé dans une période ultérieure à des bricolages pour faire de ces crématoires de gigantesques abattoirs pour l’extermination systématique des juifs. Ces bricolages auraient été d’ailleurs absurdes ou étonnamment maladroits, en un mot tout à fait dignes de la bêtise foncière des SS. Cette thèse est développée principalement dans un article du Monde Juif et dans L’Album d’Auschwitz. L’article du Monde Juif ne concernait que les crématoires-IV et V d’Auschwitz-Birkenau. Il aurait dû avoir une suite. Il n’en a jamais eu. G. Wellers s’est débarrassé de J.-C. Pressac, lequel a été recueilli par S. Klarsfeld. Sur les références de cet article et sur la réponse de R. Faurisson, on peut lire de ce dernier : « Le mythe des “chambres à gaz” entre en agonie » [2].

Dans une interview publiée par le magazine VSD le 29 mai 1986, Serge Klarsfeld fait un aveu de taille :


SERGE KLARSFELD : 
« LA PREUVE ? NOUS L’AVONS. »

– Comment peut-il y avoir matière à discussion sur l’existence des chambres à gaz ?

Tout simplement parce que personne ne pensait après la guerre qu’un jour on en viendrait à nier leur existence. Personne ne s’est préoccupé de rassembler des preuves matérielles. De plus, les camps avec chambres à gaz, dont le plus sinistrement célèbre est Auschwitz-Birkenau, sont situés en territoire polonais et ont été inaccessibles pendant vingt ans.

– Mais il existait des milliers de témoignages ?
Des témoignages, oui. Mais aux yeux des « révisionnistes », ça ne suffisait pas. Un monomaniaque comme Faurisson explique que les récits des juifs survivants ont été dictés par les communistes polonais et les aveux des SS obtenus par la torture. La stratégie des faurissonniens, c’est de brandir la moindre imprécision pour réduire à néant les témoignages. C’est pourquoi nous nous apprêtons à éditer un ouvrage monumental de J.-C. Pressac sur Auschwitz-Birkenau, ce campqui a été le plus grand abattoir jamais inventé et où ont été gazés quelque 1,3 million de juifs. Le livre représente sept ans de recherches et constituera enfin la preuve des preuves.

– Parce qu’il n’y avait pas encore de vraies preuves ?
Il y avait des débuts de preuves qui embarrassaient les faurissonniens, mais ne les avaient pas encore réduits au silence. Notamment deux lettres analysées par Georges Wellers, et datant de 1943, qui parlaient l’une d’une cave à gazage, l’autre de trois portes étanches au gaz à poser dans les crématoires. Seulement, face à des gens aussi pointilleux que les révisionnistes, il faut des documents imparables.

– Et cette preuve des preuves, Jean-Claude Pressac l’a trouvée ?
Oui. En fait, au total il a trouvé trente-sept preuves dont une définitive de l’existence d’une chambre à gaz homicide dans le crématoire 3 de Birkenau. Il s’agit de la liste descriptive des fournitures annexées au bordereau de livraison et signée par le chef de la direction des constructions SS à Auschwitz. Un document qui mentionne à la fois une porte étanche au gaz et quatorze pommes de douche. Alors, soyons logiques, s’il s’agit d’une salle de douches, pourquoi cette porte étanche au gaz ? La démonstration est imparable.

Propos recueillis par Philippe Lemoine 
Sur ce bordereau de réception du crématoire n° 3
signé par le directeur du camp d’Auschwitz,
on lit en tête des deux dernières colonnes :
14 douches (« brausen »), 
1 porte étanche au gaz 
gazgedichte Tur »).



S. Klarsfeld reconnaît que jusqu’ici « personne ne s’est préoccupé de rassembler des preuves matérielles » de l’existence des chambres à gaz. Il admet que jusqu’ici il n’y avait que des « débuts de preuves » mais pas encore de « vraies preuves ». Puis, après ce constat, il promet que de vraies preuves vont être publiées par Pressac. Selon Klarsfeld, qu’il faut bien croire ici sur parole, Pressac « a trouvé trente-sept preuves dont une définitive de l’existence d’une chambre à gaz homicide dans le crématoire 3 de Birkenau. »

Pressac aurait donc trouvé trente-six preuves non définitives et une preuve définitive de l’existence d’une chambre à gaz à Auschwitz. Lesdites trente-six preuves ne risquent-elles pas de s’apparenter à celles du procès des sorcières de Salem où le juge, à en croire le film célèbre qu’on a tiré de ce drame, se livre à des opérations du type : « ¼ de preuve + ¼ de preuve + ½ preuve = 1 preuve » ?


Quant à la seule preuve qualifiée de définitive, elle nous est proposée sous la forme d’un bordereau de réception de matériel pour le crématoire-III, portant signature du chef de la direction des constructions à Auschwitz. 

Il s’agit d’un formulaire extrêmement banal, ronéotypé, où sont indiqués une vingtaine d’articles. Sous chaque rubrique il suffit d’indiquer par un chiffre le nombre d’articles désirés. Quatre colonnes supplémentaires permettent d’inscrire éventuellement des articles complémentaires. Sur ce bordereau, on voit qu’ont été fournis au crématoire-III (autre dénomination : Krematorium-II) des lampes et des robinets pour un certain nombre de pièces et, pour la pièce appelée d’un nom générique « Leichenkeller » (morgue en sous-sol), douze lampes, deux robinets, quatorze pommes de douche et, en complément, une porte étanche au gaz (« gasdichte Tür »). S. Klarsfeld nous dit : « Alors, soyons logique, s’il s’agit d’une salle de douches, pourquoi cette porte étanche au gaz ?»

La réponse est qu’avant et pendant la guerre les Allemands ont fabriqué en quantités industrielles des portes de ce genre. Celles-ci étaient adaptées à tout local qui, en dehors de son usage habituel ou par sa nature même, pouvait servir de refuge en cas de guerre des gaz. Dans les ouvrages techniques allemands, ces portes étaient dites « gassichere » ou « gasdichte ». Les Anglais avaient, eux, des portes « gas proof » ou « gastight ». Tous les crématoires possédaient des salles de douches ou des salles d’eau. L’eau chaude venait en général de la salle des crématoires ou de la salle d’incinération des ordures. Les prisonniers affectés soit à la crémation, soit à l’incinération, et le personnel d’encadrement avaient besoin de se laver. Ces prisonniers faisaient partie d’une « équipe spéciale » (Sonderkommando) portant un insigne métallique avec l’étoile juive, le mot « Sonderkommando » et leur numéro de section. Ils se déplaçaient ainsi dans tout le camp pour leurs besognes respectives. 

Ajoutons que tout « Leichenkeller », étant bâti en sous-sol, pouvait servir d’abri antiaérien. A Auschwitz-I, la « Leichenhalle » était bâtie en surface et, pour pouvoir servir d’abri anti-aérien, avait été transformée et renforcée. 

Quelques jours avant cette interview de Klarsfeld, Pressac, pour sa part, avait, lui aussi, déclaré :

On avait jusqu’ici des témoignages et seulement des témoignages [3].

En résumé, selon S. Klarsfeld et J.-C. Pressac, les experts, les historiens et le grand public ne disposent encore en mai 1986, c’est-à-dire quarante ans après la fin de la guerre en Allemagne, d’aucune « vraie preuve » de l’existence des chambres à gaz homicides. On nous annonce et on nous promet des preuves. Pour nous faire patienter, on nous en présente une : la meilleure, vraisemblablement. Or, que vaut cette preuve « définitive » pour un crématoire d’Auschwitz-Birkenau ? Rien.

Il se confirme que les révisionnistes avaient raison quand ils affirmaient qu’en quarante ans pas un seul tribunal n’avait cherché à établir l’existence et le fonctionnement d’une seule chambre à gaz réputée homicide. Tous les tribunaux se sont inspirés de l’exemple donné par le Tribunal militaire international (TMI). Le TMI avait tenu pour acquise l’existence de ces chambres à gaz. L’article 21 de son statut l’autorisait à procéder ainsi : « Le Tribunal tiendra pour acquis les faits de notoriété publique et ne demandera pas que la preuve en soit rapportée. » C’est ce que le droit anglo-saxon désigne par l’expression : « to take judicial notice. »


Bruno Tesch et Karl Weinbacher, responsables d’une firme distributrice de Zyklon B, ont été pendus pour avoir distribué un produit dont, selon la cour, ils ne pouvaient pas ignorer l’usage criminel qui en avait été fait à grande échelle. Combien d’autres Allemands ou de leurs alliés n’ont-ils pas été exécutés à cause de ces chambres à gaz de l’existence desquelles on n’avait et on n’a toujours aucune preuve ?

« Abondance de preuves » : c’est là le titre même que G. Wellers donnait, en 1978, à sa tentative de réfutation d’un article de R. Faurisson. 

En 1979, trente-quatre historiens français affirmaient que l’existence des chambres à gaz constituait un fait historique tellement bien établi qu’il n’y avait pas même lieu à débat. Ayant à choisir un témoignage, ils choisissaient celui de... Kurt Gerstein. Ils ne présentaient aucune preuve et leur déclaration se terminait ainsi :

Il ne faut pas se demander comment, techniquement, un tel meurtre de masse a été possible. Il a été possible techniquement puisqu’il a eu lieu. Tel est le point de départ obligé de toute enquête historique sur ce sujet. Cette vérité, il nous appartenait de la rappeler simplement ; il n’y a pas, il ne peut y avoir de débat sur l’existence des chambres à gaz [4].

Fred Kupferman vient de rappeler cette déclaration. Il la fait sienne. Il en reproduit les deux dernières phrases en conclusion d’un article de L’Express : « Holocauste : les blanchisseurs du nazisme ». 

De telles prises de position témoignent d’un profond désarroi. Aujourd’hui, avec les récents aveux de J.-C. Pressac et de S. Klarsfeld, on mesure encore mieux l’extraordinaire aplomb dont faisaient preuve Léon Poliakov, Georges Wellers, Pierre Vidal-Naquet, Serge Klarsfeld lui-même et ces historiens pétitionnaires quand ils se permettaient de condamner les révisionnistes en proclamant que l’existence des chambres à gaz était une vérité historique, cent fois prouvée par une « abondance de preuves ».

R. Faurisson demandait « une preuve, une seule preuve de l’existence d’une seule chambre à gaz homicide dans les camps de concentration allemands ». Il en est toujours à attendre cette preuve.

29 mai 1986

Notes 

[1] Pour tout détail, voy. W. Stäglich, Le Mythe d’Auschwitz, p. 510, document IV.3.a.
[2] R. Faurisson, Réponse à Pierre Vidal-Naquet, Paris, La Vieille Taupe, 1982, 2éd., p. 67-83 ; ce texte est reproduit dans le volume I des Ecrits révisionnistes (1974-1998) à la page 325.
[3] Le Matin de Paris, 24-25 mai 1986, p. 3.
[3] Le Monde, 21 février 1979, p. 23.

Wednesday, April 16, 1986

Mesures de répression contre le révisionnisme historique


En 1948, Maurice Bardèche publiait Nuremberg ou la Terre promise, livre qui allait lui valoir une condamnation à un an de prison et cinquante mille francs d'amende. A partir de 1950 Paul Rassinier allait, à son tour, connaître la répression pour ses écrits. Cette répression s’est ensuite exercée sans interruption sur un nombre croissant de révisionnistes dans un nombre croissant de pays : Afrique du Sud, États-Unis, Canada, Australie, France, Suède, Belgique, Suisse, Autriche et surtout en RFA. Elle a connu toutes sortes de formes : condamnation judiciaire, assassinat, incendie criminel, destitution, renvoi, démission forcée, attentat contre la personne ou les biens...

Déjà en 1960, la police allemande intervenait pour protéger le mythe du génocide et des chambres à gaz. Paul Rassinier avait voulu, en mars 1960, donner une conférence à Hambourg. Dans un article très hostile à l’auteur du Mensonge d’Ulysse, le journal La Libre Belgique rapportait :

Rassinier n’ayant pas reçu l’autorisation de pénétrer sur le territoire de Hambourg, c’est l’éditeur Priester, de Wiesbaden, qui lut le manuscrit à sa place. Lorsqu’il en fut arrivé au passage qui affirme que les exécutions dans les chambres à gaz sont des mensonges, la police fit évacuer la salle [1]

Il serait fastidieux d’établir une liste des actions menées en RFA contre le révisionnisme par les autorités judiciaires et policières, parfois conjointement avec les autorités universitaires. Pour ne prendre qu’un exemple récent, un ancien magistrat, Wilhelm Stäglich, qui avait publié Der Auschwitz-Mythos en 1979, a d’abord été condamné pour la publication de cet ouvrage (lequel est interdit et a été saisi, y compris les plombs de composition qui ont été détruits) ; puis, l’université de Göttingen, qui lui avait attribué en 1951 le grade de docteur en droit, a demandé le retrait de ce grade en vertu d’une loi du temps de Hitler et a obtenu ce retrait en première instance judiciaire (sous appel actuellement). En décembre 1985, lors d’une perquisition à son domicile, la police a saisi le seul exemplaire que possédait l’auteur d’une nouvelle édition imprimée en Grande-Bretagne. Le 8 avril, la police est revenue à son domicile pour essayer d’y trouver le vidéo-film de R. Faurisson : « Le Problème des chambres à gaz ». W. Stäglich, qui ne possède pas de lecteur de cassette, ne possédait pas d’exemplaire de ce vidéo-film ; la police s’est rabattue sur des copies de plans des crématoires d’Auschwitz que R. Faurisson avait remis à W. Stäglich en 1976 et les lui a confisqués. Le 28 janvier, sur ordre du parquet de Munich, la police avait saisi chez le général Otto-Ernst Remer un exemplaire de cette vidéo-cassette. Le même parquet a obtenu du parquet de Bruxelles une enquête chez un couple belge, en date du 13 mars. Le 25 mars, Ernst Römer, de Hambourg, a été perquisitionné. La police lui a demandé compte d’une commande de dix exemplaires de la brochure Es gab keine Gaskammern (« Il n’a pas existé de chambres à gaz »). Cette brochure de R. Faurisson avait été publiée en 1978 et avait été mise à l’index (Indizierung) en 1980. Comme E. Römer ne se souvenait pas de pareille commande, la police lui a mis sous les yeux une carte de commande qu’il avait rédigée en 1978 auprès d’un libraire de Homberg (à ne pas confondre avec Hambourg). On peut donc supposer que la police allemande avait aussi perquisitionné dans cette librairie jusqu’à retrouver une commande de 1978. Les deux exemplaires qui restaient chez Ernst Römer ont été saisis ainsi qu’un tract de la Vieille Taupe (ce dernier point sous réserve de confirmation). Un enseignant de Coblence – Rudolf Koch – passe en ce moment en justice pour avoir « nié l’Holocauste ». Depuis 1979, il est interdit en Allemagne de nier l’Holocauste ou de mettre en doute l’existence des chambres à gaz sous peine de poursuites judiciaires. 

Il va de soi que Römer, Remer, Stäglich et probablement bien d’autres personnes sont l’objet de poursuites pour la simple détention soit du vidéo-film, soit de la brochure. La police allemande est allée jusqu’à déclencher en un seul et même jour des perquisitions dans sept cents foyers à la fois pour une affaire identique.

Cette répression va, selon toute vraisemblance, gagner en fréquence mais perdre en efficacité. Contrairement à ce qu’on pouvait constater jusqu’à ces dernières années, les victimes commencent à se rebiffer. Ce changementd’attitude peut être dû à l’excès même de la répression judiciaire. Il est devenu graduellement clair qu’il est difficile de répondre par des arguments aux arguments révisionnistes. A ce point de vue, le procès Zündel à Toronto (Canada), qui a duré sept semaines (janvier-mars 1985), a été important : les médias canadiens n’ont pu dissimuler le désarroi et la déroute soit des témoins, soit des spécialistes sur lesquels l’accusation comptait pour prouver l’existence d’un plan d’extermination des juifs et l’existence de chambres à gaz homicides dans les camps de concentration allemands. Les médias européens ont, dans l’ensemble, entièrement passé sous silence cet étonnant procès mais Zündel est allemand et, au moins en Allemagne et en Autriche, la rumeur a filtré : dans beaucoup de milieux on a appris à la fois que Zündel avait été condamné pour divulgation de littérature révisionniste et que, paradoxalement, les historiens et les témoins de l’accusation avaient subi un cuisant échec. Pour éviter le renouvellement d’une telle épreuve une revue juridique canadienne préconise le huis-clos pour des procès de ce genre abusivement dénommés « procès pour haine raciale » [2].

Dans les milieux scientifiques officiels, la crise s’était déjà ouverte en 1982 au colloque de la Sorbonne (29 juin-2 juillet 1982) et elle s’était aggravée avec le colloque de Stuttgart (3-5 mai 1984). Deux écoles d’historiens se sont formées : celle des « intentionnalistes » et celle des « fonctionnalistes ». En l’absence de toute preuve d’une intention ou d’un ordre de Hitler d’exterminer les juifs, les premiers pensent néanmoins qu’il a exister un tel ordre tandis que les seconds estiment que l’extermination des juifs (posée par eux en principe acquis) a se produire sans l’intervention de Hitler et résulter d’un ensemble d’initiatives locales et individuelles. Quand des historiens en sont ainsi à verser dans des querelles théologiques, c’est le signe d’un profond malaise.

16 avril 1986

[1] « La “fable” des camps de concentration nazis », 28 mars 1960.
[2] Saskatchewan Law Review, vol. 49, p. 312.

Monday, April 14, 1986

« La rafle du Vel' d’hiv' » (16-17 juillet 1942)


D’après Serge Klarsfeld, les chiffres seraient les suivants [1] :

28.000 :    nombre des fiches retirées du fichier juif de la préfecture de police de Paris en vue de l’opération.

20.000 à 22.000 :   nombre des arrestations visées par l’opération. 

12.884 :     nombre des arrestations après deux jours.

13.152 :    nombre des arrestations après trois jours (18 juillet ?).

4.115 :     nombre des enfants arrêtés (« Les enfants de deux à quinze ans doivent être confiés à l’Assistance publique, puis à l’Union générale des Israélites de France. Les juifs visés sont apatrides. »).

Par la suite, les enfants seront en fait déportés et cela sur l’insistance des autorités françaises : ne pas disloquer les familles ; Klarsfeld ne révèle pas ce motif. 

Klarsfeld dit que « les trois photos » représentent des « collabos ». Il se garde bien de parler de la 4e photo de l’AFP qui, si elle avait été publiée, aurait laissé soupçonner qu’il ne pouvait s’agir de juifs. Je dois cette remarque au livre de Gérard Le Marec, Les Photos truquées. Un siècle de propagande par l’image, p. 124 pour l’« oubli » de Klarsfeld et p. 126 pour la photo n° 2185 de l’AFP.

Klarsfeld ne dit pas combien de personnes ont été parquées au Vel' d’hiv' pendant cinq ou six jours avant d’être évacuées sur les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande. Georges Wellers en évalue le nombre à plus de six mille :

...plus de 4.000 jeunes enfants et 2.000 adolescents et adultes [...] une foule de plus de 6 000 personnes. 

Wellers écrit cela dans l’ouvrage intitulé tendancieusement L’Étoile jaune à l’heure de Vichy [2] ; dans la zone dépendant de « Vichy », les juifs n’ont pas eu à porter d’étoile sur leurs vêtements. Klarsfeld, dans sa page du Monde, parle cependant d’« apposition obligatoire de la mention “juif” sur les titres d’identité et sur la carte d’alimentation » comme de l’une des « mesures de Vichy » ; il faudrait voir ce qu’il en a été dans les faits.

Yann Moncomble m’a fait remarquer que la plaque du Vel' d’hiv' parle de TRENTE MILLE juifs parqués le 16 juillet 1942 [3]. Il me revient qu’en 1974 G. Wellers m’avait parlé de cet « exemple d’exagération à rectifier ». En portant trente mille au lieu de six mille, la plaque multiplie la réalité des chiffres par cinq. Le chiffre de six millions pourrait être considéré comme le résultat d’une multiplication par cinq de... un million deux cent mille !
14 avril 1986

Notes 



[1] S. Klarsfeld, « Anniversaire. Il y a quarante ans, la libération des camps », Le Monde, 11 mai 1985, p. 2.
[2] G. Wellers, L’Étoile jaune à l'heure de Vichy. De Drancy à Auschwitz, Paris, Fayard, 1973, p. 84. 
[3] Photo dans Guide juif de FranceParis, Migdal, 1971, p. 84.


Tuesday, December 31, 1985

Comment s'explique le succès des faux témoignages


Les lexicographes sont l'objet d'une surveillance constante. Ils se voient contraints de participer à l'œuvre d'endoctrinement généralisé des esprits et, en premier lieu, des jeunes esprits. Ils mettent plus ou moins de zèle dans l'accomplissement de cette besogne. Pour sa part, dans son édition de 1985, le Micro-Robert saisit toutes les occasions de rappeler à ses lecteurs les leçons du jour. Voici les définitions de quatre mots où se trouve évoquée, comme s'il s'agissait d'une évidence historique, « l'extermination des juifs ». La définition du dernier de ces mots, celui de « vérité », fait ingénument l'apologie du pieux mensonge.

camps : « [...] — camps d'extermination, où furent affamés, suppliciés et exterminés certains groupes ethniques (Juifs), politiques et sociaux [...] » 
exterminer : « [...] Les nazis tentèrent d'exterminer les Juifs [...]. L'extermination d'un peuple, d'une race (V. Génocide). » 
génocide : « Destruction méthodique d'un groupe ethnique. L'extermination des juifs par les nazis est un génocide. »
vérité : « [...] 5° Le réel. V. Réalité. Tout ce qu'on peut dire des camps d'extermination est au-dessous de la vérité. [...] »

 « Tout ce qu'on peut dire des camps d'extermination est au-dessous de la vérité ». Le Micro-Robert le déclare, qui, bien sûr, jamais ne se trompe. Ainsi s'explique la crédulité générale en ce qui concerne les faux témoignages sur le sujet des « chambres à gaz » et du « génocide ».


Camps de la guerre de Sécession, de la guerre des Boers, de la dernière guerre mondiale : psychoses et réalités


Les camps de ces trois guerres ont connu bien des horreurs. Mais, à côté des horreurs vraies, il y a eu des horreurs de pure fiction inventées par la psychose qui est toujours prête à se développer dans des lieux d’enfermement (psychose obsidionale, psychose carcérale, etc.). Malgré la haine organisée qui s’est donnée libre cours à leur sujet, la situation dans laquelle on a trouvé ces différents camps dépendait, semble-t-il, largement de facteurs étrangers à la volonté et au comportement des gardiens.

Dans le cas de la guerre de Sécession on a beaucoup parlé des horreurs d’Andersonville, en Géorgie. Des Sudistes y tenaient prisonniers des soldats nordistes. Après une parodie de procès, le médecin principal du camp, le capitaine Henry Wirz (d’origine helvétique) fut pendu le 10 novembre 1865 dans la prison du vieux Capitole de Washington. Il fut en quelque sorte réhabilité par l’érection d’un monument à sa mémoire le 12 mai 1909 à Andersonville même [1]. On a écrit de nombreux livres sur « la tragédie d’Andersonville ». Pour un Français, le plus simple est de se reporter à : Yves-Marie Bercé, Le Chaudron et la lancette, Croyances populaires et médecine préventive (1798-1830) [2].

Ainsi qu’on pourra le constater, le rapprochement avec les horreurs de Bergen-Belsen (prétendu responsable : Dr Klein) et celles d’Auschwitz (prétendu responsable : Dr Wirths) s’impose de lui-même pour qui connaît le sujet de ces deux camps allemands.

Pour ce qui est de la vérité sur les camps des Boers, on en percevra quelques éléments dans : John Dickson Carr, La Vie de Sir Arthur Conan Doyle [3].

P.J. :

– Extrait du livre d’Yves-Marie Bercé. 
– Extrait du livre de John Dickson Carr. 
Signalons l’article de Jacques Gandebeuf : « Les fantômes d’ Andersonville – Il y a cent quinze ans, un Suisse allemand émigré en Amérique inventait le camp d’extermination », Le Républicain Lorrain, 30 novembre 1980. Le journaliste croit à la culpabilité du Suisse allemand, de même qu’il croit à l’existence de camps d’extermination allemands. Il s’en prend aux « universitaires dévoyés » (qui osent écrire que les fours crématoires n’ont jamais existé). Le journaliste fait erreur : personne ne nie qu’il ait existé des fours crématoires dans les camps de concentration allemands ; incinérer un cadavre n’est pas un crime surtout en temps de guerre et d’épidémies ; ce que les auteurs révisionnistes nient, c’est l’existence de chambres à gaz homicides ; il y a eu des camps de concentration dans de nombreux pays (et il en reste encore aujourd’hui), mais il n’y a pas eu de « camps d’extermination ». 

N.B. : Pour qui connaît la langue anglaise, se reporter a Mark Weber, "The Civil War Concentration Camps", The Journal of Historical Review, Summer 1981, p. 137-153, où l’auteur démontre la ressemblance entre les mensonges de la propagande de haine, qu’il s’agisse des camps de la guerre civile américaine ou des camps allemands de la seconde guerre mondiale.



– Extrait d’un livre d’Yves-Marie Bercé sur les horreurs 
d’un camp où les Sudistes avaient concentré des Nordistes

– Les horreurs d’Andersonville – 

Pendant le déroulement de la guerre de Sécession qui ensanglanta les États-Unis de 1861 à 1865, une puissante épidémie de variole traversa l’Amérique du Nord. Les armées opposées de l’Union (les vingt-trois États nordistes) et de la Confédération (les onze États sudistes) furent amenées à organiser des vaccinations massives parmi leurs soldats et aussi dans leurs camps de prisonniers. L’urgence des opérations et les circonstances dramatiques provoquèrent des erreurs et des imprudences de la part des praticiens, et des paniques chez les patients. Le nombre des complications après vaccin fut considérable, culminant dans le camp d’Andersonville, au point qu’on peut considérer ces collections d’accidents comme l’épisode le plus sinistre qu’aient connu les annales de la médecine préventive. Grâce aux enquêtes minutieuses menées après le retour de la paix, il est possible de suivre avec assez de précision le tour des événements.

Dès le début des hostilités et des mobilisations d’hommes, les médecins militaires avaient entrepris de vacciner les recrues. La variole était loin d’être éteinte. L’obligation vaccinale portée par les règlements militaires n’était appliquée qu’aux engagés. Une bonne part des populations rurales n’avait jamais été vaccinée. Effectivement, les recensements des régiments nordistes montrent que lors de ces opérations d’incorporation 34,7 % des sujets développaient une réaction normale prouvant qu’ils n’étaient pas jusqu’alors immunisés, c’est-à-dire que 17,9 % ne portaient pas de trace de vaccin antérieur, tandis que d’autres, 16,7%, avaient besoin d’une revaccination, leur immunité ayant disparu avec le temps. Durant les premiers mois, aucune défaillance technique ne dérangea l’entreprise. Dans l’année 1861, l’Eastern Dispensary de New York envoya aux régiments cinquante mille doses de vaccin frais.

Du côté sudiste, l’administration et la réglementation militaires [321] devaient être entièrement improvisées. C’est seulement à l’automne 1862, alors que les cas de variole se multipliaient du fait des concentrations et mouvements de troupes, que Preston Moore, chirurgien général des armées de la Confédération, donna une consigne de vaccination générale. La variole existait, semble-t-il, dans les théâtres d’opérations de l’année 1862 en Maryland et Virginie. Portée par les soldats, elle refluait vers le Sud et atteignait Richmond, la capitale des États du Sud, en octobre ; elle y frappait surtout les malades des hôpitaux et la population civile. Un an plus tard, on la rencontrait partout du Mississippi à l’Atlantique. Dans les seuls hôpitaux militaires de Virginie, pendant la durée de la guerre, on compte deux mille cinq cent treize cas, dont mille vingt décès soit, avec un taux de mortalité de 40,5 %, une épidémie plutôt plus meurtrière que la moyenne (30 à 32 % à l’hôpital St Pancras de Londres, sur cinquante ans). Au total, le nombre des cas pourrait avoir été très supérieur à dix mille ; si l’on tient compte de l’énorme rassemblement d’hommes, plus d’un million au Nord, plus de cinq cent mille au Sud, auxquels s’ajoutaient les déplacements de populations civiles dans les zones sudistes ravagées, il semble que la protection vaccinale ait été relativement efficace. Effectivement, on a estimé qu’à travers tous les États, dans la période la plus contagieuse, durant l’automne 1863 et l’hiver 1864, l’Amérique du Nord connut la plus intense campagne de vaccination qu’elle ait jamais subie jusqu’alors.

Dans les territoires confédérés, la production de vaccin frais s’avéra vite insuffisante. Le blocus maritime rigoureux imposé par la marine unioniste empêchait un approvisionnement en provenance d’Europe ; le transport de vaccin et de médicaments était assimilé à une contrebande de guerre. La protection de la population civile était plus difficile du fait de la ruralité de l’habitat et de sa dispersion en plantations.

En raison de ces contraintes passagères, les médecins sudistes avaient l’habitude de recueillir, de conserver et de réactiver des croûtes vacciniques. James Bolton, médecin de Richmond, accomplit ainsi une tournée d’un mois dans le cœur des comtés ruraux pour vacciner des petits enfants noirs et collecter leurs croûtes, qu’il distribuait ensuite aux médecins des régiments. Malgré tous les efforts de Moore, Bolton, Joseph Jones et Paul F. Eve, principaux responsables de la politique vaccinale de la Confédération, les fournitures de vaccin, liquide ou en croûtes, furent vite tragiquement inférieures aux besoins immenses de l’armée.

Lorsque des cas de variole survenaient dans une unité et qu’un baraquement d’hôpital était construit pour isoler les malades, le médecin régimentaire était aussitôt assailli de demandes de vaccin et l’affolement gagnait toute la troupe. Sans trop regarder à l’origine et aux intermédiaires, on employait alors la première souche venue. Sans attendre les opérations réglementaires, les hommes s’inoculaient les uns les autres. Ils se transmettaient un fluide incertain, prélevé et communiqué avec n’importe quelle pointe, aiguille ou canif ; l’incision la plus large et la plus forte inflammation étaient considérées comme les plus sûres. Dès janvier 1863, des médecins de Richmond s’alarmèrent des ulcérations de plaies vacciniques. Les cas se multiplièrent par la suite par centaines et par milliers, dans l’armée confédérée mais aussi dans les régiments nordistes et dans les unités engagées à l’Ouest en Tennessee et Missouri. La variole ne s’interrompit pas avec le retour de la paix, car l’arrivée dans les villes de foules d’anciens esclaves sortis des plantations apportait [322] à l’épidémie un nouveau contingent humain non immunisé. Les paniques de chasse au vaccin continuèrent donc en 1865 avec les mêmes accidents.

Les victimes de ces graves infections du site vaccinique avaient généralement des abcès plus ou moins étendus, douloureux et très longs à disparaître. L’opinion commune, tant celle des patients que celle des médecins, attribuait leur origine à des contaminations du vaccin par des intermédiaires syphilitiques. Le traitement prescrit, si l’on en avait par extraordinaire le temps et les moyens, était celui réservé aux porteurs de chancres vénériens, à base d’iodure de potassium. Sans doute, dans certains cas, il s’agissait bel et bien de syphilis vaccinale, mais dans beaucoup d’autres, les médecins affirmaient ne rencontrer par après aucun symptôme de syphilis secondaire. Même, il avait été plusieurs fois remarqué qu’après les habituelles paniques de vaccinations sauvages et la multiplication des abcès au bras, la variole survenant frapperait aussi bien les prétendus vaccinés que les autres. Bref, le fluide inoculé n’avait depuis longtemps plus rien à faire avec le vaccin et n’avait pas la moindre vertu immunitaire. Ce qu’on transmettait de bras à bras n’était qu’une infection purulente, avec sa nocivité spécifique.

Dans les camps de prisonniers, les mêmes événements survenaient, mais y prenaient un tour plus dramatique. De chaque côté, le style de la guerre avait provoqué un grand nombre de captures. La diversification des théâtres, les caprices des lignes de front, l’importance de la cavalerie et la pratique des raids sur les arrières multipliaient les occasions d’amasser des prisonniers. Dans le pré carré du Sud, sans cesse réduit et parcouru à partir de la sanglante offensive fédérale du printemps 1864, la masse de plus de cinquante mille prisonniers nordistes représentait une charge insupportable, alors que la Confédération avait peine à nourrir ses propres troupes et ses grandes villes. Elle avait cru trouver une solution en installant à Andersonville, au cœur de la Géorgie, loin des raids nordistes, uncamp de tentes et de palissades. L’enclos avait vingt-six acres (10,4 ha) et devait recevoir dix mille prisonniers. De février 1864 à avril 1865, en treize mois le camp vit défiler quarante ou cinquante mille hommes. II y en aurait eu au maximum, en août 1864, près de trente-trois mille à la fois. La mortalité y fut effrayante, évaluée, selon les textes, de neuf mille quatre cents à treize mille sept cents, soit de 23 à 27 %. L’hôpital consistait en groupes de tentes de quatre à huit personnes sur une langue de terre entre deux marécages empuantis par les déjections du camp. L’hôpital contint parfois jusqu’à deux mille hommes littéralement entassés, ne disposant que de quelques centaines de lits de camp et de couvertures. Les hommes étaient accablés de faim, de soif, de chaleur et de myriades de mouches. Pendant l’été 1864, il fallait enlever chaque jour une centaine de cadavres.

La variole était apparue à Andersonville dès l’arrivée des premiers captifs, transportés des prisons de Richmond. Il y eut au printemps cent dix-neuf cas de variole ou varioloïde dont soixante-huit morts (57,1 %). Les quelque quinze médecins du camp, praticiens locaux tirés des milices des proches comtés, vaccinèrent en dix jours deux à trois mille hommes et arrêtèrent la contagion En fait, les milliers de morts du printemps et de l’été moururent avant tout de dysenterie et de scorbut. Les rations alimentaires étaient théoriquement les mêmes que pour les soldats sudistes, à base de viande salée, riz et pain. Une relative liberté dans l’enceinte entraînait [323] des trafics et des rançonnements où succombaient les plus pauvres et les plus faibles. En outre, le pain complet de maïs, auquel les nordistes n’étaient pas accoutumés, provoquait des troubles intestinaux. Surtout, l’absence de légumes et de fruits condamnait les hommes au scorbut, aussi sûrement que des matelots embarqués dans une interminable traversée. Dans le délabrement scorbutique, la moindre blessure, griffure, écorchure, piqûre d’insecte s’envenimait et se gangrenait. Presque toutes les interventions chirurgicales se terminaient par la gangrène et la mort.

Dans ces conditions affreuses, beaucoup de sujets vaccinés furent victimes de phlegmons développés après l’inoculation, nécrosant tout le bras, obligeant à l’amputation, qui ne retardait la mort que d’un jour ou deux. Comme dans tout milieu obsidional, les rumeurs les plus folles et les nouvelles les plus angoissantes trouvaient crédit. Le bruit se répandait que les gardes du camp et les médecins avaient trouvé ce moyen pour exterminer les prisonniers et que le vaccin était empoisonné.

Lorsque, après la capitulation du général Lee au nom de la Confédération, le 9 avril 1865, la guerre civile prit fin, les troupes sudistes furent simplement désarmées et dispersées. Les autorités fédérales voulurent donner à l’opinion des éléments de vengeance et d’humiliation du Sud rebelle. L’horreur d’Andersonville offrait la meilleure opportunité pour un procès expiatoire. Le directeur du camp, le capitaine Henry Wirz, un officier obscur, d’origine suisse, fut arrêté et présenté à un tribunal militaire pour crimes contre les lois de la guerre. Parmi les charges, le procureur avait effectivement retenu la conspiration pour empoisonner les prisonniers au moyen d’un vaccin.

Beaucoup d’officiers nordistes étaient persuadés de l’intention meurtrière des Confédérés. Le major général Wilson, qui pénétra en Alabama et en Géorgie au début de 1865, affirmait avoir trouvé des campagnes bien éloignées de la famine et prétendait que des approvisionnements auraient pu être dirigés vers les camps. Les mémoires et témoignages, publiés aussitôt après l’événement en 1865 et 1866, accusaient les « rebelles » d’outrages à l’humanité et à la civilisation chrétienne. Un certain Atwater, ancien prisonnier d’Andersonville, employé aux écritures, croyait à un plan d’extermination, ou d’exténuation des prisonniers pour les empêcher de reprendre du service. On aurait entendu le général Winder, responsable des camps, se flatter « de tuerplus de Yankees que vingt régiments de l’armée de Lee ». Il aurait envisagé le marasme des prisonniers comme un moyen commode de désencombrer les camps et de réduire leur charge.

L’enquête fit témoigner des dizaines de survivants d’Andersonville. Les prisonniers employés comme fossoyeurs auraient entendu le capitaine Wirz s’exclamer ironiquement : « God damn them, nous leur donnons la terre qu’ils voulaient conquérir. » Un autre, affecté au service des médecins du camp, prétendait qu’en plaisantant après boire ils comptaient le nombre de « Yankees empoisonnés » dans la journée.

Grâce aux multiples interrogatoires, l’épisode de la vaccination et des accidents consécutifs peut être reconstitué. Elle fut effectuée en 1864 en dix jours sur les hommes qui déclaraient volontairement n’avoir pas été vaccinés. Deux prisonniers infirmiers inspectaient chaque jour les tentes pour reconnaître les varioleux, mais aucun examen n’avait porté sur le vaccin. Des sergents de la garde se contentaient [324] d’appeler les candidats au portail sud où on les faisait ranger en file et remonter leur manche de chemise pour les inoculer. Très vite, on s’aperçut que la scarification vaccinale, loin de se cicatriser, se transformait souvent en plaie infectée. On observait un abcès en développement, recouvert d’une large croûte noire et suppurant, s’étendant sur le haut du bras, nécrosant les tissus en profondeur. Les médecins appliquaient du nitrate d’argent pour tenter d’arrêter la gangrène, puis se résignaient à l’amputation. II y aurait eu, sur deux à trois mille vaccinés, plusieurs centaines d’ulcérations graves (10 à 15 %) ; on aurait compté au moins deux cent huit morts et une centaine d’amputés ayant survécu à l’opération. La nouvelle avait fait le tour du camp et les vaccinés des derniers jours s’empressaient de courir au ruisseau et de laver leur vaccin à l’eau et au savon.

Les témoins cités par la défense établirent la liberté entière des prisonniers de se présenter ou non au lieu de vaccination. Le docteur Bates, médecin militaire sudiste, appelé à visiter le camp en septembre 1864, déclarait qu’en dépit des dangers d’infection du vaccin, le péril variolique dans un camp surpeuplé justifiait l’opération, même si on n’avait dû sauver par ce moyen qu’un homme sur dix ou sur cent.

Le réquisitoire retint pourtant l’entreprise de vaccination de masse comme médicalement inutile et délibérément criminelle. Le capitaine Henry Wirz fut pendu le 10 novembre 1865 dans la prison du vieux Capitole de Washington [1].

En fait, l’idée d’une conspiration des Confédérés pour anéantir leurs prisonniers relevait, bien sûr, de la psychose. La meilleure réfutation tient dans les récits lamentables exactement symétriques décrivant la survie dans les camps où étaient regroupés les prisonniers « rebelles », les « gris ». Le dépôt de Rock Island dans le Nord de l’lllinois enfermait douze mille hommes. La variole avait pénétré dans le camp et devait y faire deux cent quatre-vingt-dix-huit morts. Une inoculation générale fut alors exécutée en urgence. Les cas d’ulcérations apparurent immédiatement, avec leurs séquelles extrêmes de gangrène et d’amputations. Les prisonniers étaient tellement terrifiés par les dangers du vaccin qu’il fallait les conduire et les opérer de force. On compta mille cinq cent quatre-vingts exemples d’ulcérations graves (13,1 %). En mars 1865, après plusieurs mois d’accidents, alors que les cas de variole diminuaient, les médecins du camp renoncèrent aux vaccinations et s’en tinrent à un très strict isolement des varioleux. Dans le camp d’Elmira, dans l’État de New York, enfermant neuf mille hommes, on rencontre les mêmes circonstances. Les vaccins distribués massivement à l’automne 1864 entraînaient inflammations, abcès et parfois amputation. Partout, le surpeuplement, la malnutrition et les mauvais traitements débilitaient les prisonniers. Partout, les hommes souffraient de scorbut. L’origine scorbutique des accidents vacciniques était mise en évidence à Rock Island par le docteur John H. Grove, chirurgien du camp. II a employé les mêmes croûtes vacciniques pour inoculer les prisonniers sudistes et les soldats de la garnison ; chez les prisonniers l’ulcération était presque générale, alors qu’aucun accident n’apparaissait sur les soldats. Pour ultime preuve de l’inanité de la conspiration des vaccinateurs sudistes, on peut noter encore le nombre des morts de prisonniers [325] dans les deux camps : vingt-cinq mille neuf cent soixante-seize sudistes moururent dans les camps fédéraux, et trente mille deux cent dix-huit nordistes dans les camps du Sud. Les horreurs d’Andersonville étaient avant tout attribuables à l’effondrement effroyable de l’économie et de la société sudistes à compter du printemps 1864.

Des commissions médicales militaires étudièrent rétrospectivement les faits. Des conclusions méthodiques furent déduites. On remarqua notamment l’absence du typhus à Andersonville, comme dans toutes les autres prisons militaires. Que, malgré l’entassement des hommes, leur saleté, leur sous-alimentation, et leur désespoir – toutes circonstances qui entouraient les épidémies de typhus décrites par les classiques –, cette fièvre n’ait pas sévi, permettait aux rapporteurs d’opiner que le typhus ne naissait pas spontanément de la putréfaction animale et que son origine dépendait de la présence d’un poison spécifique.

On tint pour assuré que le scorbut était responsable, plus ou moins directement, des neuf dixièmes de morts de prisonniers. Aucun médicament, opium ou autre drogue, ne sauvait ces malheureux, alors que, en contraste, les prisonniers sur parole, autorisés à aller et venir hors des camps, profitant de lait et de légumes frais, restaient en parfaite santé.

L’expérience de la guerre, concluait-on, portait sur plus de deux millions de soldats. Elle enseignait que les recrues devaient être vaccinées obligatoirement immédiatement après leur incorporation. Elle démontrait surtout l’existence de graves contre-indications comme le scorbut. II aurait fallu refuser les propagations de bras à bras et n’employer que des souches fraîches et sûres. La guerre de Sécession avait donné des exemples très nombreux et documentés d’accidents après vaccin, soit par les vaccinations sauvages effectuées par les soldats sur eux-mêmes, soit par les vaccinations de scorbutiques dans les camps de prisonniers. Elle avait ainsi constitué un terrible et spectaculaire laboratoire des techniques, des précautions nécessaires et des dangers menaçant la pratique de la médecine immunitaire.


Bibliographie 

– Raker, Raymond F., Andersonville. The Story of a Civil War Prison Camp, Washington, 1972. 
– Chipman, général N.P., The Tragedy of Andersonville, San Francisco, 1911. 
– Futch, Ovid L., History of Andersonville Prison, Univ. of Florida Press, 1968.
– Jones, Joseph, Researches upon Spurious vaccination in the confederate Army, Nashville, 1867 (exemplaire à l’Acad. de médecine, Paris).
– Mc Elroy, John, This was Andersonville, New York, 1879, éd. révisée, 1957.
– Stevenson, Randolph, The Southern side, or Andersonville Prison, Baltimore, 1876 (R. S. était chirurgien-chef de l’hôpital d’Andersonville).
– The Trial of Henry Wirz, Executive Document n° 23, House of Representatives, 40th Congress, Washington, 1865.  
– US Sanitary Commission Memoirs, 1867 (Rapports des docteurs Elisha Harris, Austin Flint, etc.)

Je dois des remerciements très vifs au prof. Steven L. Kaplan, de l’université Cornell, à l’amitié duquel je dois la plus grande partie de cette documentation.

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– Extraits du livre de John Dickson Carr sur les horreurs des camps où les Anglais avaient concentré des femmes et des enfants boers

Chapitre XIII

Dilemme : comment un champion 
refusa d’être fait chevalier, et ce qu’il en advint

[256] « Tenez-vous en aux faits et ne mentez pas ! Écrire des petits romans de quatre sous est davantage dans votre ligne. »

« Pour l’amour de Dieu, cessez de défendre l’assassinat de 12.000 bébés dans les camps ! La vérité est plus chère que l’argent. »

« Vous me rappelez le gentleman dont Sheridan disait qu’il tirait les faits de son imagination et les chimères de sa mémoire. »

Voilà trois des cartes postales qu’il reçut, parmi les centaines de lettres qu’il décachetait chaque jour après la parution de The War in South Africa: its Cause and Conduct. (La guerre en Afrique du Sud : ce qui la provoqua, comment elle fut conduite) vers le milieu de 1902. Mais ce genre de commentaires généralement anonymes comptait à peine pour le centième de 1 % du flot d’un courrier dont le leit-motiv était : « Dieu merci, voici enfin quelqu’un qui dit un mot pour nous ! »

L’éditeur de The War in South Africa: its Cause and Conduct, au prix de sixpence, vendit trois cent mille exemplaires en six semaines. Cinquante mille autres partirent pour les États-Unis et le Canada. Mais le plus urgent était de le [257] traduire en langues étrangères. Les lecteurs qui écrivaient pour témoigner leur gratitude envoyaient des dons pour les traductions, depuis le « loyal Anglais » qui annonça une offrande de cinq cents livres jusqu’à des mandats-postes d’une demi-couronne ou d’un shilling.

A propos du « loyal Anglais », nous trouvons une lettre du directeur de la succursale d’Oxford Street de la Capital and Counties Bank. (Oui, la Capital and Counties Bank – Banque de la capitale et des comtés – existait réellement ; elle n’a pas été inventée, comme certains l’ont cru, pour les besoins de Sherlock Holmes : c’était la propre banque de Conan Doyle.)

« Je vous informe, écrivait le directeur, que la somme de cinq cents livres en coupures a été encaissée hier ; elle a été versée par un inconnu qui n’a pas voulu dire son nom au compte du Fonds pour le Livre de Guerre. »

Cet incident a de quoi émoustiller l’imagination. On songe à un personnage masqué, mystérieux, un doigt sur les lèvres, se glissant hors d’un fiacre dans le brouillard et ne retirant son masque que devant le directeur de la banque. De quoi ravir le Robert Louis Stevenson des New Arabian Nights (Nouvelles nuits d’Arabie) ! En fait, ce fut le moyen qu’employa le Foreign Office pour représenter le roi Édouard VII. Les seules autres contributions élevées qu’on relève sur les longues listes de Smith et Elder émanèrent de Lord Rosebery et de A. H. Harman, avec cinquante livres chacun ; plus, un certain A. Conan Doyle qui arriva à égalité avec eux : cinquante livres lui aussi. Mais, par petites ou grosses sommes, le fonds prit de l’ampleur.

Car The War in South Africa: its Cause and Conduct n’était pas un livre qui essayait de blanchir le camp de l’auteur. Là résidait l’effet de surprise. A peine peut-on le qualifier de pamphlet, ce que firent pourtant les lecteurs et l’auteur : il est long de soixante mille mots. Lorsqu’un fait était susceptible de provoquer des commentaires hostiles, l’auteur le signalait. Tout en approuvant la nécessité de [258] la politique militaire de la terre brûlée, il insistait énergiquement pour que toutes les fermes qui avaient été incendiées au nom de cette politique fussent reconstruites et des indemnités de compensation versées à l’ennemi.

Mais les accusations de brutalités, de pillages, de rapts et de viols étaient de plats mensonges qu’il ne s’attarda guère à discuter. Au lieu d’argumenter, il consacra de nombreuses pages à citer des témoignages de première main, parmi lesquels des bourgeois boers, des femmes boers, des officiers boers, des juges boers, des pasteurs boers, l’attaché militaire américain, l’attaché militaire français, le général autrichien Hubner et le chef de l’Église Réformée hollandaise à Pretoria.

« Qui devons-nous croire ? demanda-t-il. L’ennemi sur place ou les journalistes de Londres? »

A propos des camps de concentration, quels étaient les faits ? Les autorités anglaises, ayant décidé de rassembler les femmes et les enfants parce qu’il n’y avait rien d’autre à en faire, devaient les nourrir et prendre soin d’eux. Ces femmes et ces enfants étaient-ils enfermés pour être mis à la torture ?

« J’ai l’honneur, écrivait Lord Kitchener en réplique à une fanatique protestation de Schalk Burger, de vous informer que toutes les femmes et tous les enfants qui se trouvent actuellement dans nos camps et qui désirent les quitter seront remis aux bons soins de Votre Honneur, et je serai heureux d’être informé de l’endroit où vous souhaitez que nous vous les remettions. »

L’offre ne fut pas acceptée. Les commandos boers ne tenaient nullement à recevoir les femmes et les enfants ; ils étaient bien heureux d’être déchargés de cette responsabilité. Les « rations de famine » dans les camps (chiffres cités par les pro-Boers, pas par les Anglais) consistaient en un approvisionnement quotidien pour chaque personne d’une demi-livre de viande, de trois quarts de livre de farine, d’une demi-livre de pommes de terre, de deux onces de sucre, de deux onces de café ; [259] pour tous les enfants âgés de moins de six ans, un quart de litre de lait.

De nouveau l’auteur fit défiler ses témoins. Personne ne pouvait nier la terrifiante généralisation des maladies, ni le taux élevé de la mortalité infantile. Mais ces maladies n’étaient ni le typhus, ni la diphtérie, qu’auraient provoqués des conditions de vie malsaines : c’était la rougeole, la varicelle, la coqueluche. Les mères s’accrochaient en hurlant à leurs enfants et se refusaient à s’en séparer quand les médecins ou les infirmières essayaient de leur faire entendre raison. Pour une douzaine d’exemples, le même témoignage revenait :

« Beaucoup de femmes ne voulaient pas ouvrir leurs tentes afin de laisser passer de l’air frais, et, au lieu de donner les médicaments fournis par l’armée, elles préféraient administrer leurs remèdes de bonne femme. Les mères ne voulaient pas lotionner leurs enfants... La cause du fort pourcentage des décès est due au fait que les femmes laissaient sortir leurs enfants dès que l’éruption de la rougeole diminuait. Elles s’obstinaient à donner aux enfants de la viande et d’autres aliments indigestes, même quand nous le leur défendions. » Ce que les bruyants du type Stead oubliaient de dire, c’est que les réfugiés anglais de Johannesburg avaient vécu depuis le début de la guerre dans des camps exactement semblables.

Sur d’autres accusations Conan Doyle continua à faire le point : son accumulation méticuleuse de faits contrastait singulièrement avec la colère qu’il ressentait dans son for intérieur. Vingt mille traductions de The War furent dispersées à travers l’Allemagne. Vingt mille furent expédiées en France. Le livre fut lu en Hollande, en Russie, en Hongrie, en Suède, au Portugal, en Italie, en Espagne, en Roumanie. En Angleterre même, une édition spéciale de dix mille exemplaires fut traduite en gallois. Pour l’édition norvégienne, une partie du livre fut diffusée pour les éditeurs par héliographe de pic en pic.


31 décembre 2011
Notes 

[1] "Wirz Monument Unveiled Today", The Constitution, Atlanta, 12 mai 1909 ; voy. aussi 13 mai 1909.
[2] Y.-M. Bercé, Le Chaudron et la lancette. Croyances populaires et médecine préventive (1798-1830), Paris, Presses de la Renaissance, 1984, Annexe 4, p. 320-325. 
[3] J. D. Carr, La Vie de Sir Arthur Conan Doyle, Paris, Robert Laffont, 1958, p. 256-259.
[4] Heinrich-Hartmann Wirz (1823-1865) était issu d'une bonne famille zurichoise de négociants et pasteurs. Un monument de réparation à sa mémoire fut dressé à Andersonville le 12 mai 1909.