Tuesday, December 31, 1985

Camps de la guerre de Sécession, de la guerre des Boers, de la dernière guerre mondiale : psychoses et réalités


Les camps de ces trois guerres ont connu bien des horreurs. Mais, à côté des horreurs vraies, il y a eu des horreurs de pure fiction inventées par la psychose qui est toujours prête à se développer dans des lieux d’enfermement (psychose obsidionale, psychose carcérale, etc.). Malgré la haine organisée qui s’est donnée libre cours à leur sujet, la situation dans laquelle on a trouvé ces différents camps dépendait, semble-t-il, largement de facteurs étrangers à la volonté et au comportement des gardiens.

Dans le cas de la guerre de Sécession on a beaucoup parlé des horreurs d’Andersonville, en Géorgie. Des Sudistes y tenaient prisonniers des soldats nordistes. Après une parodie de procès, le médecin principal du camp, le capitaine Henry Wirz (d’origine helvétique) fut pendu le 10 novembre 1865 dans la prison du vieux Capitole de Washington. Il fut en quelque sorte réhabilité par l’érection d’un monument à sa mémoire le 12 mai 1909 à Andersonville même [1]. On a écrit de nombreux livres sur « la tragédie d’Andersonville ». Pour un Français, le plus simple est de se reporter à : Yves-Marie Bercé, Le Chaudron et la lancette, Croyances populaires et médecine préventive (1798-1830) [2].

Ainsi qu’on pourra le constater, le rapprochement avec les horreurs de Bergen-Belsen (prétendu responsable : Dr Klein) et celles d’Auschwitz (prétendu responsable : Dr Wirths) s’impose de lui-même pour qui connaît le sujet de ces deux camps allemands.

Pour ce qui est de la vérité sur les camps des Boers, on en percevra quelques éléments dans : John Dickson Carr, La Vie de Sir Arthur Conan Doyle [3].

P.J. :

– Extrait du livre d’Yves-Marie Bercé. 
– Extrait du livre de John Dickson Carr. 
Signalons l’article de Jacques Gandebeuf : « Les fantômes d’ Andersonville – Il y a cent quinze ans, un Suisse allemand émigré en Amérique inventait le camp d’extermination », Le Républicain Lorrain, 30 novembre 1980. Le journaliste croit à la culpabilité du Suisse allemand, de même qu’il croit à l’existence de camps d’extermination allemands. Il s’en prend aux « universitaires dévoyés » (qui osent écrire que les fours crématoires n’ont jamais existé). Le journaliste fait erreur : personne ne nie qu’il ait existé des fours crématoires dans les camps de concentration allemands ; incinérer un cadavre n’est pas un crime surtout en temps de guerre et d’épidémies ; ce que les auteurs révisionnistes nient, c’est l’existence de chambres à gaz homicides ; il y a eu des camps de concentration dans de nombreux pays (et il en reste encore aujourd’hui), mais il n’y a pas eu de « camps d’extermination ». 

N.B. : Pour qui connaît la langue anglaise, se reporter a Mark Weber, "The Civil War Concentration Camps", The Journal of Historical Review, Summer 1981, p. 137-153, où l’auteur démontre la ressemblance entre les mensonges de la propagande de haine, qu’il s’agisse des camps de la guerre civile américaine ou des camps allemands de la seconde guerre mondiale.



– Extrait d’un livre d’Yves-Marie Bercé sur les horreurs 
d’un camp où les Sudistes avaient concentré des Nordistes

– Les horreurs d’Andersonville – 

Pendant le déroulement de la guerre de Sécession qui ensanglanta les États-Unis de 1861 à 1865, une puissante épidémie de variole traversa l’Amérique du Nord. Les armées opposées de l’Union (les vingt-trois États nordistes) et de la Confédération (les onze États sudistes) furent amenées à organiser des vaccinations massives parmi leurs soldats et aussi dans leurs camps de prisonniers. L’urgence des opérations et les circonstances dramatiques provoquèrent des erreurs et des imprudences de la part des praticiens, et des paniques chez les patients. Le nombre des complications après vaccin fut considérable, culminant dans le camp d’Andersonville, au point qu’on peut considérer ces collections d’accidents comme l’épisode le plus sinistre qu’aient connu les annales de la médecine préventive. Grâce aux enquêtes minutieuses menées après le retour de la paix, il est possible de suivre avec assez de précision le tour des événements.

Dès le début des hostilités et des mobilisations d’hommes, les médecins militaires avaient entrepris de vacciner les recrues. La variole était loin d’être éteinte. L’obligation vaccinale portée par les règlements militaires n’était appliquée qu’aux engagés. Une bonne part des populations rurales n’avait jamais été vaccinée. Effectivement, les recensements des régiments nordistes montrent que lors de ces opérations d’incorporation 34,7 % des sujets développaient une réaction normale prouvant qu’ils n’étaient pas jusqu’alors immunisés, c’est-à-dire que 17,9 % ne portaient pas de trace de vaccin antérieur, tandis que d’autres, 16,7%, avaient besoin d’une revaccination, leur immunité ayant disparu avec le temps. Durant les premiers mois, aucune défaillance technique ne dérangea l’entreprise. Dans l’année 1861, l’Eastern Dispensary de New York envoya aux régiments cinquante mille doses de vaccin frais.

Du côté sudiste, l’administration et la réglementation militaires [321] devaient être entièrement improvisées. C’est seulement à l’automne 1862, alors que les cas de variole se multipliaient du fait des concentrations et mouvements de troupes, que Preston Moore, chirurgien général des armées de la Confédération, donna une consigne de vaccination générale. La variole existait, semble-t-il, dans les théâtres d’opérations de l’année 1862 en Maryland et Virginie. Portée par les soldats, elle refluait vers le Sud et atteignait Richmond, la capitale des États du Sud, en octobre ; elle y frappait surtout les malades des hôpitaux et la population civile. Un an plus tard, on la rencontrait partout du Mississippi à l’Atlantique. Dans les seuls hôpitaux militaires de Virginie, pendant la durée de la guerre, on compte deux mille cinq cent treize cas, dont mille vingt décès soit, avec un taux de mortalité de 40,5 %, une épidémie plutôt plus meurtrière que la moyenne (30 à 32 % à l’hôpital St Pancras de Londres, sur cinquante ans). Au total, le nombre des cas pourrait avoir été très supérieur à dix mille ; si l’on tient compte de l’énorme rassemblement d’hommes, plus d’un million au Nord, plus de cinq cent mille au Sud, auxquels s’ajoutaient les déplacements de populations civiles dans les zones sudistes ravagées, il semble que la protection vaccinale ait été relativement efficace. Effectivement, on a estimé qu’à travers tous les États, dans la période la plus contagieuse, durant l’automne 1863 et l’hiver 1864, l’Amérique du Nord connut la plus intense campagne de vaccination qu’elle ait jamais subie jusqu’alors.

Dans les territoires confédérés, la production de vaccin frais s’avéra vite insuffisante. Le blocus maritime rigoureux imposé par la marine unioniste empêchait un approvisionnement en provenance d’Europe ; le transport de vaccin et de médicaments était assimilé à une contrebande de guerre. La protection de la population civile était plus difficile du fait de la ruralité de l’habitat et de sa dispersion en plantations.

En raison de ces contraintes passagères, les médecins sudistes avaient l’habitude de recueillir, de conserver et de réactiver des croûtes vacciniques. James Bolton, médecin de Richmond, accomplit ainsi une tournée d’un mois dans le cœur des comtés ruraux pour vacciner des petits enfants noirs et collecter leurs croûtes, qu’il distribuait ensuite aux médecins des régiments. Malgré tous les efforts de Moore, Bolton, Joseph Jones et Paul F. Eve, principaux responsables de la politique vaccinale de la Confédération, les fournitures de vaccin, liquide ou en croûtes, furent vite tragiquement inférieures aux besoins immenses de l’armée.

Lorsque des cas de variole survenaient dans une unité et qu’un baraquement d’hôpital était construit pour isoler les malades, le médecin régimentaire était aussitôt assailli de demandes de vaccin et l’affolement gagnait toute la troupe. Sans trop regarder à l’origine et aux intermédiaires, on employait alors la première souche venue. Sans attendre les opérations réglementaires, les hommes s’inoculaient les uns les autres. Ils se transmettaient un fluide incertain, prélevé et communiqué avec n’importe quelle pointe, aiguille ou canif ; l’incision la plus large et la plus forte inflammation étaient considérées comme les plus sûres. Dès janvier 1863, des médecins de Richmond s’alarmèrent des ulcérations de plaies vacciniques. Les cas se multiplièrent par la suite par centaines et par milliers, dans l’armée confédérée mais aussi dans les régiments nordistes et dans les unités engagées à l’Ouest en Tennessee et Missouri. La variole ne s’interrompit pas avec le retour de la paix, car l’arrivée dans les villes de foules d’anciens esclaves sortis des plantations apportait [322] à l’épidémie un nouveau contingent humain non immunisé. Les paniques de chasse au vaccin continuèrent donc en 1865 avec les mêmes accidents.

Les victimes de ces graves infections du site vaccinique avaient généralement des abcès plus ou moins étendus, douloureux et très longs à disparaître. L’opinion commune, tant celle des patients que celle des médecins, attribuait leur origine à des contaminations du vaccin par des intermédiaires syphilitiques. Le traitement prescrit, si l’on en avait par extraordinaire le temps et les moyens, était celui réservé aux porteurs de chancres vénériens, à base d’iodure de potassium. Sans doute, dans certains cas, il s’agissait bel et bien de syphilis vaccinale, mais dans beaucoup d’autres, les médecins affirmaient ne rencontrer par après aucun symptôme de syphilis secondaire. Même, il avait été plusieurs fois remarqué qu’après les habituelles paniques de vaccinations sauvages et la multiplication des abcès au bras, la variole survenant frapperait aussi bien les prétendus vaccinés que les autres. Bref, le fluide inoculé n’avait depuis longtemps plus rien à faire avec le vaccin et n’avait pas la moindre vertu immunitaire. Ce qu’on transmettait de bras à bras n’était qu’une infection purulente, avec sa nocivité spécifique.

Dans les camps de prisonniers, les mêmes événements survenaient, mais y prenaient un tour plus dramatique. De chaque côté, le style de la guerre avait provoqué un grand nombre de captures. La diversification des théâtres, les caprices des lignes de front, l’importance de la cavalerie et la pratique des raids sur les arrières multipliaient les occasions d’amasser des prisonniers. Dans le pré carré du Sud, sans cesse réduit et parcouru à partir de la sanglante offensive fédérale du printemps 1864, la masse de plus de cinquante mille prisonniers nordistes représentait une charge insupportable, alors que la Confédération avait peine à nourrir ses propres troupes et ses grandes villes. Elle avait cru trouver une solution en installant à Andersonville, au cœur de la Géorgie, loin des raids nordistes, uncamp de tentes et de palissades. L’enclos avait vingt-six acres (10,4 ha) et devait recevoir dix mille prisonniers. De février 1864 à avril 1865, en treize mois le camp vit défiler quarante ou cinquante mille hommes. II y en aurait eu au maximum, en août 1864, près de trente-trois mille à la fois. La mortalité y fut effrayante, évaluée, selon les textes, de neuf mille quatre cents à treize mille sept cents, soit de 23 à 27 %. L’hôpital consistait en groupes de tentes de quatre à huit personnes sur une langue de terre entre deux marécages empuantis par les déjections du camp. L’hôpital contint parfois jusqu’à deux mille hommes littéralement entassés, ne disposant que de quelques centaines de lits de camp et de couvertures. Les hommes étaient accablés de faim, de soif, de chaleur et de myriades de mouches. Pendant l’été 1864, il fallait enlever chaque jour une centaine de cadavres.

La variole était apparue à Andersonville dès l’arrivée des premiers captifs, transportés des prisons de Richmond. Il y eut au printemps cent dix-neuf cas de variole ou varioloïde dont soixante-huit morts (57,1 %). Les quelque quinze médecins du camp, praticiens locaux tirés des milices des proches comtés, vaccinèrent en dix jours deux à trois mille hommes et arrêtèrent la contagion En fait, les milliers de morts du printemps et de l’été moururent avant tout de dysenterie et de scorbut. Les rations alimentaires étaient théoriquement les mêmes que pour les soldats sudistes, à base de viande salée, riz et pain. Une relative liberté dans l’enceinte entraînait [323] des trafics et des rançonnements où succombaient les plus pauvres et les plus faibles. En outre, le pain complet de maïs, auquel les nordistes n’étaient pas accoutumés, provoquait des troubles intestinaux. Surtout, l’absence de légumes et de fruits condamnait les hommes au scorbut, aussi sûrement que des matelots embarqués dans une interminable traversée. Dans le délabrement scorbutique, la moindre blessure, griffure, écorchure, piqûre d’insecte s’envenimait et se gangrenait. Presque toutes les interventions chirurgicales se terminaient par la gangrène et la mort.

Dans ces conditions affreuses, beaucoup de sujets vaccinés furent victimes de phlegmons développés après l’inoculation, nécrosant tout le bras, obligeant à l’amputation, qui ne retardait la mort que d’un jour ou deux. Comme dans tout milieu obsidional, les rumeurs les plus folles et les nouvelles les plus angoissantes trouvaient crédit. Le bruit se répandait que les gardes du camp et les médecins avaient trouvé ce moyen pour exterminer les prisonniers et que le vaccin était empoisonné.

Lorsque, après la capitulation du général Lee au nom de la Confédération, le 9 avril 1865, la guerre civile prit fin, les troupes sudistes furent simplement désarmées et dispersées. Les autorités fédérales voulurent donner à l’opinion des éléments de vengeance et d’humiliation du Sud rebelle. L’horreur d’Andersonville offrait la meilleure opportunité pour un procès expiatoire. Le directeur du camp, le capitaine Henry Wirz, un officier obscur, d’origine suisse, fut arrêté et présenté à un tribunal militaire pour crimes contre les lois de la guerre. Parmi les charges, le procureur avait effectivement retenu la conspiration pour empoisonner les prisonniers au moyen d’un vaccin.

Beaucoup d’officiers nordistes étaient persuadés de l’intention meurtrière des Confédérés. Le major général Wilson, qui pénétra en Alabama et en Géorgie au début de 1865, affirmait avoir trouvé des campagnes bien éloignées de la famine et prétendait que des approvisionnements auraient pu être dirigés vers les camps. Les mémoires et témoignages, publiés aussitôt après l’événement en 1865 et 1866, accusaient les « rebelles » d’outrages à l’humanité et à la civilisation chrétienne. Un certain Atwater, ancien prisonnier d’Andersonville, employé aux écritures, croyait à un plan d’extermination, ou d’exténuation des prisonniers pour les empêcher de reprendre du service. On aurait entendu le général Winder, responsable des camps, se flatter « de tuerplus de Yankees que vingt régiments de l’armée de Lee ». Il aurait envisagé le marasme des prisonniers comme un moyen commode de désencombrer les camps et de réduire leur charge.

L’enquête fit témoigner des dizaines de survivants d’Andersonville. Les prisonniers employés comme fossoyeurs auraient entendu le capitaine Wirz s’exclamer ironiquement : « God damn them, nous leur donnons la terre qu’ils voulaient conquérir. » Un autre, affecté au service des médecins du camp, prétendait qu’en plaisantant après boire ils comptaient le nombre de « Yankees empoisonnés » dans la journée.

Grâce aux multiples interrogatoires, l’épisode de la vaccination et des accidents consécutifs peut être reconstitué. Elle fut effectuée en 1864 en dix jours sur les hommes qui déclaraient volontairement n’avoir pas été vaccinés. Deux prisonniers infirmiers inspectaient chaque jour les tentes pour reconnaître les varioleux, mais aucun examen n’avait porté sur le vaccin. Des sergents de la garde se contentaient [324] d’appeler les candidats au portail sud où on les faisait ranger en file et remonter leur manche de chemise pour les inoculer. Très vite, on s’aperçut que la scarification vaccinale, loin de se cicatriser, se transformait souvent en plaie infectée. On observait un abcès en développement, recouvert d’une large croûte noire et suppurant, s’étendant sur le haut du bras, nécrosant les tissus en profondeur. Les médecins appliquaient du nitrate d’argent pour tenter d’arrêter la gangrène, puis se résignaient à l’amputation. II y aurait eu, sur deux à trois mille vaccinés, plusieurs centaines d’ulcérations graves (10 à 15 %) ; on aurait compté au moins deux cent huit morts et une centaine d’amputés ayant survécu à l’opération. La nouvelle avait fait le tour du camp et les vaccinés des derniers jours s’empressaient de courir au ruisseau et de laver leur vaccin à l’eau et au savon.

Les témoins cités par la défense établirent la liberté entière des prisonniers de se présenter ou non au lieu de vaccination. Le docteur Bates, médecin militaire sudiste, appelé à visiter le camp en septembre 1864, déclarait qu’en dépit des dangers d’infection du vaccin, le péril variolique dans un camp surpeuplé justifiait l’opération, même si on n’avait dû sauver par ce moyen qu’un homme sur dix ou sur cent.

Le réquisitoire retint pourtant l’entreprise de vaccination de masse comme médicalement inutile et délibérément criminelle. Le capitaine Henry Wirz fut pendu le 10 novembre 1865 dans la prison du vieux Capitole de Washington [1].

En fait, l’idée d’une conspiration des Confédérés pour anéantir leurs prisonniers relevait, bien sûr, de la psychose. La meilleure réfutation tient dans les récits lamentables exactement symétriques décrivant la survie dans les camps où étaient regroupés les prisonniers « rebelles », les « gris ». Le dépôt de Rock Island dans le Nord de l’lllinois enfermait douze mille hommes. La variole avait pénétré dans le camp et devait y faire deux cent quatre-vingt-dix-huit morts. Une inoculation générale fut alors exécutée en urgence. Les cas d’ulcérations apparurent immédiatement, avec leurs séquelles extrêmes de gangrène et d’amputations. Les prisonniers étaient tellement terrifiés par les dangers du vaccin qu’il fallait les conduire et les opérer de force. On compta mille cinq cent quatre-vingts exemples d’ulcérations graves (13,1 %). En mars 1865, après plusieurs mois d’accidents, alors que les cas de variole diminuaient, les médecins du camp renoncèrent aux vaccinations et s’en tinrent à un très strict isolement des varioleux. Dans le camp d’Elmira, dans l’État de New York, enfermant neuf mille hommes, on rencontre les mêmes circonstances. Les vaccins distribués massivement à l’automne 1864 entraînaient inflammations, abcès et parfois amputation. Partout, le surpeuplement, la malnutrition et les mauvais traitements débilitaient les prisonniers. Partout, les hommes souffraient de scorbut. L’origine scorbutique des accidents vacciniques était mise en évidence à Rock Island par le docteur John H. Grove, chirurgien du camp. II a employé les mêmes croûtes vacciniques pour inoculer les prisonniers sudistes et les soldats de la garnison ; chez les prisonniers l’ulcération était presque générale, alors qu’aucun accident n’apparaissait sur les soldats. Pour ultime preuve de l’inanité de la conspiration des vaccinateurs sudistes, on peut noter encore le nombre des morts de prisonniers [325] dans les deux camps : vingt-cinq mille neuf cent soixante-seize sudistes moururent dans les camps fédéraux, et trente mille deux cent dix-huit nordistes dans les camps du Sud. Les horreurs d’Andersonville étaient avant tout attribuables à l’effondrement effroyable de l’économie et de la société sudistes à compter du printemps 1864.

Des commissions médicales militaires étudièrent rétrospectivement les faits. Des conclusions méthodiques furent déduites. On remarqua notamment l’absence du typhus à Andersonville, comme dans toutes les autres prisons militaires. Que, malgré l’entassement des hommes, leur saleté, leur sous-alimentation, et leur désespoir – toutes circonstances qui entouraient les épidémies de typhus décrites par les classiques –, cette fièvre n’ait pas sévi, permettait aux rapporteurs d’opiner que le typhus ne naissait pas spontanément de la putréfaction animale et que son origine dépendait de la présence d’un poison spécifique.

On tint pour assuré que le scorbut était responsable, plus ou moins directement, des neuf dixièmes de morts de prisonniers. Aucun médicament, opium ou autre drogue, ne sauvait ces malheureux, alors que, en contraste, les prisonniers sur parole, autorisés à aller et venir hors des camps, profitant de lait et de légumes frais, restaient en parfaite santé.

L’expérience de la guerre, concluait-on, portait sur plus de deux millions de soldats. Elle enseignait que les recrues devaient être vaccinées obligatoirement immédiatement après leur incorporation. Elle démontrait surtout l’existence de graves contre-indications comme le scorbut. II aurait fallu refuser les propagations de bras à bras et n’employer que des souches fraîches et sûres. La guerre de Sécession avait donné des exemples très nombreux et documentés d’accidents après vaccin, soit par les vaccinations sauvages effectuées par les soldats sur eux-mêmes, soit par les vaccinations de scorbutiques dans les camps de prisonniers. Elle avait ainsi constitué un terrible et spectaculaire laboratoire des techniques, des précautions nécessaires et des dangers menaçant la pratique de la médecine immunitaire.


Bibliographie 

– Raker, Raymond F., Andersonville. The Story of a Civil War Prison Camp, Washington, 1972. 
– Chipman, général N.P., The Tragedy of Andersonville, San Francisco, 1911. 
– Futch, Ovid L., History of Andersonville Prison, Univ. of Florida Press, 1968.
– Jones, Joseph, Researches upon Spurious vaccination in the confederate Army, Nashville, 1867 (exemplaire à l’Acad. de médecine, Paris).
– Mc Elroy, John, This was Andersonville, New York, 1879, éd. révisée, 1957.
– Stevenson, Randolph, The Southern side, or Andersonville Prison, Baltimore, 1876 (R. S. était chirurgien-chef de l’hôpital d’Andersonville).
– The Trial of Henry Wirz, Executive Document n° 23, House of Representatives, 40th Congress, Washington, 1865.  
– US Sanitary Commission Memoirs, 1867 (Rapports des docteurs Elisha Harris, Austin Flint, etc.)

Je dois des remerciements très vifs au prof. Steven L. Kaplan, de l’université Cornell, à l’amitié duquel je dois la plus grande partie de cette documentation.

==========

– Extraits du livre de John Dickson Carr sur les horreurs des camps où les Anglais avaient concentré des femmes et des enfants boers

Chapitre XIII

Dilemme : comment un champion 
refusa d’être fait chevalier, et ce qu’il en advint

[256] « Tenez-vous en aux faits et ne mentez pas ! Écrire des petits romans de quatre sous est davantage dans votre ligne. »

« Pour l’amour de Dieu, cessez de défendre l’assassinat de 12.000 bébés dans les camps ! La vérité est plus chère que l’argent. »

« Vous me rappelez le gentleman dont Sheridan disait qu’il tirait les faits de son imagination et les chimères de sa mémoire. »

Voilà trois des cartes postales qu’il reçut, parmi les centaines de lettres qu’il décachetait chaque jour après la parution de The War in South Africa: its Cause and Conduct. (La guerre en Afrique du Sud : ce qui la provoqua, comment elle fut conduite) vers le milieu de 1902. Mais ce genre de commentaires généralement anonymes comptait à peine pour le centième de 1 % du flot d’un courrier dont le leit-motiv était : « Dieu merci, voici enfin quelqu’un qui dit un mot pour nous ! »

L’éditeur de The War in South Africa: its Cause and Conduct, au prix de sixpence, vendit trois cent mille exemplaires en six semaines. Cinquante mille autres partirent pour les États-Unis et le Canada. Mais le plus urgent était de le [257] traduire en langues étrangères. Les lecteurs qui écrivaient pour témoigner leur gratitude envoyaient des dons pour les traductions, depuis le « loyal Anglais » qui annonça une offrande de cinq cents livres jusqu’à des mandats-postes d’une demi-couronne ou d’un shilling.

A propos du « loyal Anglais », nous trouvons une lettre du directeur de la succursale d’Oxford Street de la Capital and Counties Bank. (Oui, la Capital and Counties Bank – Banque de la capitale et des comtés – existait réellement ; elle n’a pas été inventée, comme certains l’ont cru, pour les besoins de Sherlock Holmes : c’était la propre banque de Conan Doyle.)

« Je vous informe, écrivait le directeur, que la somme de cinq cents livres en coupures a été encaissée hier ; elle a été versée par un inconnu qui n’a pas voulu dire son nom au compte du Fonds pour le Livre de Guerre. »

Cet incident a de quoi émoustiller l’imagination. On songe à un personnage masqué, mystérieux, un doigt sur les lèvres, se glissant hors d’un fiacre dans le brouillard et ne retirant son masque que devant le directeur de la banque. De quoi ravir le Robert Louis Stevenson des New Arabian Nights (Nouvelles nuits d’Arabie) ! En fait, ce fut le moyen qu’employa le Foreign Office pour représenter le roi Édouard VII. Les seules autres contributions élevées qu’on relève sur les longues listes de Smith et Elder émanèrent de Lord Rosebery et de A. H. Harman, avec cinquante livres chacun ; plus, un certain A. Conan Doyle qui arriva à égalité avec eux : cinquante livres lui aussi. Mais, par petites ou grosses sommes, le fonds prit de l’ampleur.

Car The War in South Africa: its Cause and Conduct n’était pas un livre qui essayait de blanchir le camp de l’auteur. Là résidait l’effet de surprise. A peine peut-on le qualifier de pamphlet, ce que firent pourtant les lecteurs et l’auteur : il est long de soixante mille mots. Lorsqu’un fait était susceptible de provoquer des commentaires hostiles, l’auteur le signalait. Tout en approuvant la nécessité de [258] la politique militaire de la terre brûlée, il insistait énergiquement pour que toutes les fermes qui avaient été incendiées au nom de cette politique fussent reconstruites et des indemnités de compensation versées à l’ennemi.

Mais les accusations de brutalités, de pillages, de rapts et de viols étaient de plats mensonges qu’il ne s’attarda guère à discuter. Au lieu d’argumenter, il consacra de nombreuses pages à citer des témoignages de première main, parmi lesquels des bourgeois boers, des femmes boers, des officiers boers, des juges boers, des pasteurs boers, l’attaché militaire américain, l’attaché militaire français, le général autrichien Hubner et le chef de l’Église Réformée hollandaise à Pretoria.

« Qui devons-nous croire ? demanda-t-il. L’ennemi sur place ou les journalistes de Londres? »

A propos des camps de concentration, quels étaient les faits ? Les autorités anglaises, ayant décidé de rassembler les femmes et les enfants parce qu’il n’y avait rien d’autre à en faire, devaient les nourrir et prendre soin d’eux. Ces femmes et ces enfants étaient-ils enfermés pour être mis à la torture ?

« J’ai l’honneur, écrivait Lord Kitchener en réplique à une fanatique protestation de Schalk Burger, de vous informer que toutes les femmes et tous les enfants qui se trouvent actuellement dans nos camps et qui désirent les quitter seront remis aux bons soins de Votre Honneur, et je serai heureux d’être informé de l’endroit où vous souhaitez que nous vous les remettions. »

L’offre ne fut pas acceptée. Les commandos boers ne tenaient nullement à recevoir les femmes et les enfants ; ils étaient bien heureux d’être déchargés de cette responsabilité. Les « rations de famine » dans les camps (chiffres cités par les pro-Boers, pas par les Anglais) consistaient en un approvisionnement quotidien pour chaque personne d’une demi-livre de viande, de trois quarts de livre de farine, d’une demi-livre de pommes de terre, de deux onces de sucre, de deux onces de café ; [259] pour tous les enfants âgés de moins de six ans, un quart de litre de lait.

De nouveau l’auteur fit défiler ses témoins. Personne ne pouvait nier la terrifiante généralisation des maladies, ni le taux élevé de la mortalité infantile. Mais ces maladies n’étaient ni le typhus, ni la diphtérie, qu’auraient provoqués des conditions de vie malsaines : c’était la rougeole, la varicelle, la coqueluche. Les mères s’accrochaient en hurlant à leurs enfants et se refusaient à s’en séparer quand les médecins ou les infirmières essayaient de leur faire entendre raison. Pour une douzaine d’exemples, le même témoignage revenait :

« Beaucoup de femmes ne voulaient pas ouvrir leurs tentes afin de laisser passer de l’air frais, et, au lieu de donner les médicaments fournis par l’armée, elles préféraient administrer leurs remèdes de bonne femme. Les mères ne voulaient pas lotionner leurs enfants... La cause du fort pourcentage des décès est due au fait que les femmes laissaient sortir leurs enfants dès que l’éruption de la rougeole diminuait. Elles s’obstinaient à donner aux enfants de la viande et d’autres aliments indigestes, même quand nous le leur défendions. » Ce que les bruyants du type Stead oubliaient de dire, c’est que les réfugiés anglais de Johannesburg avaient vécu depuis le début de la guerre dans des camps exactement semblables.

Sur d’autres accusations Conan Doyle continua à faire le point : son accumulation méticuleuse de faits contrastait singulièrement avec la colère qu’il ressentait dans son for intérieur. Vingt mille traductions de The War furent dispersées à travers l’Allemagne. Vingt mille furent expédiées en France. Le livre fut lu en Hollande, en Russie, en Hongrie, en Suède, au Portugal, en Italie, en Espagne, en Roumanie. En Angleterre même, une édition spéciale de dix mille exemplaires fut traduite en gallois. Pour l’édition norvégienne, une partie du livre fut diffusée pour les éditeurs par héliographe de pic en pic.


31 décembre 2011
Notes 

[1] "Wirz Monument Unveiled Today", The Constitution, Atlanta, 12 mai 1909 ; voy. aussi 13 mai 1909.
[2] Y.-M. Bercé, Le Chaudron et la lancette. Croyances populaires et médecine préventive (1798-1830), Paris, Presses de la Renaissance, 1984, Annexe 4, p. 320-325. 
[3] J. D. Carr, La Vie de Sir Arthur Conan Doyle, Paris, Robert Laffont, 1958, p. 256-259.
[4] Heinrich-Hartmann Wirz (1823-1865) était issu d'une bonne famille zurichoise de négociants et pasteurs. Un monument de réparation à sa mémoire fut dressé à Andersonville le 12 mai 1909.

Un « grand témoin » des chambres à gaz


Kurt Gerstein est cet officier SS dont le témoignage a joué un rôle capital pour accréditer la thèse des exterminations massives en chambres à gaz situées dans les camps de concentration de Pologne. Arrêté en Allemagne en avril 1945 par la Sécurité militaire française, Gerstein avait été retrouvé pendu dans sa cellule de la prison du Cherche-Midi, à Paris, trois mois plus tard.

Dans les années soixante on s’était beaucoup servi de son témoignage pour accabler le pape Pie XII en l’accusant d’avoir, pendant la guerre, su mais tu l’existence des chambres à gaz. 

Paul Rassinier, historien et ancien déporté, avait été le premier à mettre en doute l’authenticité et la véracité du témoignage de l’officier allemand et il s’était interrogé sur les étranges variations que tout le monde peut constater entre les différentes moutures que, de publications en publications, Léon Poliakov, auteur du Bréviaire de la haine, nous proposait de ce témoignage. 

Dans les années soixante-dix, tour à tour, l’Anglais Richard Harwood, l’Américain Arthur Robert Butz, le Suédois Ditlieb Felderer et le Français Robert Faurisson avaient, chacun à sa façon, repris pour l’essentiel la thèse de Paul Rassinier.

En France, plus récemment, le 15 juin 1985, Henri Roques avait soutenu devant l’université de Nantes une thèse de doctorat d’université intitulée : Les Confessions de Kurt Gerstein. Edition critique. Ce travail, de caractère technique, qui avait valu à son auteur la mention « très bien », exposait avec minutie les raisons pour lesquelles le témoignage de Gerstein, y compris dans les versions imprimées dues à L. Poliakov, était jugé irrecevable.

Deux ans auparavant, l’historien Alain Decaux, qui en 1983 avait pris connaissance de l’essentiel des travaux de M. Roques, avait écrit dans son ouvrage : L’Histoire en question-2 : « Même si [M. Roques] tire de ses recherches des conclusions qui ne sont pas toujours les miennes, j’estime que tous les chercheurs devront désormais tenir compte de ses travaux. »

Or, voici qu’en Italie, Carlo Mattogno vient de publier : Il rapporto Gerstein : anatomia di un falso (Il "campo di sterminio" di Belzec), soit : Le rapport Gerstein : anatomie d’un faux (le « camp d’extermination » de Belzec). Cet ouvrage d’érudition apporte de nombreuses confirmations à la thèse des révisionnistes. Il se termine sur deux pages de conclusion consacrées à la manière dont L. Poliakov a publié les textes de K. Gerstein et sur une page de conclusion générale. Voici la traduction de ces trois pages.


Conclusion sur Léon Poliakov

p. 229 : Il est donc démontré de façon irréfutable que les trois versions du PS-1553 publiées par Poliakov sont profondément manipulées. Dans chacune d’elles il a commis près de quatre cents altérations du texte original, pardes interpolations, par des falsifications, par des omissions, par des corrections.

Il a introduit de longs passages tirés du document T-1313-a, non seulement sans en citer la source, mais en inventant froidement l’histoire complètement fausse d’une prétendue version originale en allemand qui aurait été traduite en anglais par les interrogateurs Evans et Haught, cela dans le but évident de cacher au public l’existence du T-1313-a, et par conséquent celle du rapport français du 6 mai 1945, en contradiction manifeste avec celui du 26 avril.

Il a introduit en outre – sans indication et sans citer la source – d’autres passages tirés du document T-1310.

Il a falsifié le nombre des personnes qui composaient le premier transport (« plus de six mille » au lieu de « six mille sept cents ») et la superficie des « chambres à gaz » (93 m2 au lieu de 25 m2), oubliant cependant dans Le Dossier Kurt Gerstein de falsifier aussi le volume (45 m3), si bien qu’on obtient pour ces chambres une hauteur de 4 cm !

Il a omis, sans le signaler, plusieurs passages du texte original, certains d’entre eux étant d’une importance capitale.

En particulier, il a systématiquement supprimé le passage dans lequel sont indiquées les dimensions des « chambres à gaz » et il falsifié et tronqué les deux autres passages dans lesquels sont mentionnés leur surface et leur volume.

En outre, il a éliminé d’autres contradictions (comme celle qui concerne le grade de Pfannenstiel) et invraisemblances (comme celle du bambin juif DE QUATRE ANS qui distribue des bouts de ficelle aux victimes).

Enfin, il a corrigé l’orthographe de noms propres et de noms géographiques, car il semblait évidemment inadmissible à L. Poliakov que K. Gerstein ne connût même pas l’orthographe exacte du prétendu « camp d’extermination » !

p. 230 : Tout cela prouve que Poliakov lui-même n’a pas accordé de valeur au rapport Gerstein du 26 avril 1945.

D’où le pathétique de la sentence du Tribunal français qui a condamné le Professeur Faurisson dans le procès que lui intentait Poliakov pour diffamation.

Ce Tribunal a déclaré que Poliakov avait été « animé du désir passionné et légitime d’informer le public sur un danger et des faits particulièrement tragiques de l’histoire contemporaine » et que Poliakov avait « pu, sur des points de détail, manquer de rigueur scientifique sans qu’il soit cependant permis d’affirmer qu’il est un manipulateur ou un fabricateur de textes » !



Conclusion générale 
sur le témoignage de Gerstein

p. 231 : De notre étude on retiendra les conclusions suivantes :

1) le « témoignage oculaire » de Kurt Gerstein est un amas d’absurdités, de contradictions internes et externes, de falsifications historiques, d’erreurs de tous genres, d’exagérations fantastiques et d’invraisemblances surprenantes ;
2) l’unique confirmation écrite d’un tel « témoignage oculaire », datée antérieurement au 26 avril 1945, est suspecte et présente en outre des contradictions importantes par rapport aux versions de 1945 ;
3) les « témoins » principaux de Gerstein, le baron von Otter et le Professeur Pfannenstiel, ne doivent pas être retenus ;
4) la technique d’ « extermination » décrite par Gerstein est en contradiction absolue avec celle rapportée par d’autres « témoins oculaires » ;
5) l’unique « témoin oculaire » qui confirme l’ensemble des déclarations de Kurt Gerstein – Rudolf Reder – l’a purement plagié ;
6) Léon Poliakov lui-même a démontré, en en publiant trois versions manipulées, que le texte original du rapport Gerstein du 26 avril 1945 ne pouvait être retenu.

Par conséquent, le « témoignage oculaire » de Kurt Gerstein, du point de vue de la véracité, est un vulgaire faux.

S’il en est réellement l’auteur, on peut en rechercher l’origine dans « l’aspect schizoïde de la personnalité de Gerstein [1]. »


Le désarroi des historiens officiels

On peut appeler « historiens officiels » les auteurs qui persistent encore aujourd’hui à défendre la thèse selon laquelle les Allemands auraient commis un crime sans précédent appelé le « génocide des juifs » et se seraient servis pour cela d’une arme elle-même sans précédent, les fameuses « chambres à gaz » homicides. Ce caractère officiel vient d’être confirmé en France par la création au sein du Secrétariat chargé des anciens combattants d’une « Direction de l’Information historique » qui, aux frais du contribuable, s’efforce de propager une histoire sainte de la déportation et recherche des preuves de l’existence des chambres à gaz. En perdant le témoignage de Gerstein, cette histoire officielle subit une lourde perte. A titre d’exemple, il faut savoir que le nom de Gerstein apparaît vingt-trois fois dans l’ouvrage de base de la thèse officielle : The Destruction of the European Jews, par l’Américain Raul Hilberg (1961).

31 décembre 1985

[1] S. Friedländer, « Le Mystère de Kurt Gerstein », Midstream, mai 1967, p. 27.

Thursday, December 26, 1985

Lettre à M. David McCalden


Vous m’avez demandé mon témoignage en ce qui concerne le reportage d’Annette Lévy-Willard : L’Espion qui venait de l’extrême droite

Voici ce témoignage : 

Du 3 au 5 septembre 1983, s’est tenu à Los Angeles, Californie, exactement au dernier étage du « Grand Hotel » d’Anaheim, le cinquième congrès international de notre « Institute for Historical Review ».

J’étais l’un des conférenciers annoncés, parmi d’autres universitaires ou chercheurs.

La date du congrès, les noms des conférenciers, les sujets de certaines conférences avaient été, comme d’habitude, annoncés plusieurs mois à l’avance. Comme d’habitude aussi, le nom de la ville ou de la région avait été annoncé mais l’emplacement exact avait été tenu caché pour des raisons évidentes de sécurité et pour prévenir toute tentative d’intimidation auprès des responsables des emplacements choisis (universités, hôtels, etc.).

En juin 1983, soit trois mois avant la date de la conférence, une journaliste d’extrême-gauche, Madame Annette Lévy-Willard, cherchait à me joindre au téléphone à mon domicile. On lui indiquait que j’étais alors à Paris chez mon éditeur, Pierre Guillaume. Elle m’y téléphonait ainsi qu’à Pierre Guillaume. Elle nous faisait savoir qu’elle comptait se rendre à Los Angeles à notre conférence avec une équipe de la télévision française. Elle comptait obtenir une interview de moi. Je lui faisais alors, en présence de Pierre Guillaume, la réponse suivante :

– je n’accorderais pas d’interview si la conférence allait être troublée d’une façon quelconque ; 
– j’accorderais peut-être une interview dans le cas contraire, mais ce serait à la fin de la conférence.

Mme L.-W. n’était pas satisfaite de ma réponse. Elle me faisait valoir qu’il lui serait difficile de déplacer toute une équipe de télévision jusqu’à Los Angeles pour une interview hypothétique. Je l’invitais pourtant à venir de toute façon.

Arrivé à Los Angeles, j’apprenais de Tom Marcellus, directeur de notre institut, qu’une équipe de la télévision française désirait m’interviewer. Je tombais d’accord avec T. Marcellus pour révéler à A. L.-W. que la conférence se tenait à Anaheim au dernier étage du « Grand Hotel ».

A la fin de notre conférence, j’apercevais dans le couloir menant à la salle de conférence une équipe de télévision dirigée par une femme. Je m’approchais sans me faire connaître. Je m’apercevais immédiatement, par la nature des questions posées aux personnes sortant de la salle, que la dame (A. Lévy-Willard sans doute) était animée par des sentiments hostiles au révisionnisme historique. J’aurais pu alors rentrer chez moi sans accorder d’interview. Au lieu de cela je décidais de me présenter à cette dame et de lui dire que j’étais « le professeur Faurisson ». Je lui dis que j’avais écouté les questions posées et que je n’étais nullement disposé à répondre à des questions qui n’avaient pas de rapport étroit avec nos recherches historiques. De plus, constatant que son équipe s’efforçait de se glisser sans autorisation dans la salle de conférence et d’y surprendre des conversations privées, je lui notifiais l’interdiction de pénétrer dans cette salle. Cette interdiction était immédiatement confirmée par M. Tom Marcellus.

Une longue discussion allait s’ensuivre entre Mme L.-W., un membre de son équipe et moi-même. Je posais mes conditions : j’acceptais d’être filmé à la condition de pouvoir faire seulement une courte déclaration et à la condition que ce fût dans un endroit neutre de l’hôtel. Je voulais un endroit neutre parce que je sais trop comment il est possible à des cameramen de créer un contexte artificiel (par exemple, filmer une interview avec, en arrière-fond, une vue sur Disneyland qu’on peut apercevoir par les fenêtres du « Grand Hotel »). Je prévenais Mme L.-W. du contenu de ma « déclaration d’une minute ». J’y donnerais aux téléspectateurs français une information dont les avait délibérément privés la télévision française. En France, les médias avaient à maintes reprises présenté le « professeur Faurisson » comme un menteur, un falsificateur de l’histoire. Ils avaient mené grand tapage sur le fait que de nombreuses associations, juives en particulier, m’avaient poursuivi en justice pour « falsification de l’histoire » et pour « dommage à autrui » parce qu’à l’exemple d’un nombre croissant de chercheurs j’avais conclu qu’il n’a pas existé une seule chambre à gaz homicide dans les camps de concentration allemands mais seulement des chambres de désinfection ainsi que des fours crématoires. Je l’avais écrit dans le journal Le Monde. L’émotion suscitée alors avait été de caractère hystérique, non sans de graves conséquences pour ma femme, pour mes enfants et pour moi-même. Dès que les tribunaux ont été saisis de l’affaire, une grande gêne est devenue perceptible chez mes accusateurs. Le procès qu’ils m’intentaient allait tourner à leur confusion. Le jugement rendu en première instance écartait l’accusation de mensonge ou de falsification de l’histoire mais, habilement sollicité, il pouvait apparaître comme un relatif succès pour mes accusateurs. Les médias s’en faisaient l’écho. J’interjetais appel. Le 26 avril 1983, la première chambre (section A) de la cour d’appel de Paris rendait son arrêt. J’avais montré que l’existence des prétendues chambres à gaz homicides se heurtait à des impossibilités physiques, chimiques, médicales et topographiques. Dans son arrêt, la cour, selon ses propres termes, voyait bien qu’il y avait eu là, pour nous autres révisionnistes,

une impossibilité absolue qui suffirait, à elle seule, à invalider tous les témoignages existants ou, à tout le moins, à les frapper de suspicion. 

La cour de Paris allait jusqu’à répondre à mes accusateurs qu’elle n’avait trouvé dans mes écrits (articles et livres) sur la question des chambres à gaz ni mauvaise foi, ni légèreté, ni négligence, ni ignorance délibérée, ni mensonge. Tout en me condamnant pour « dommage à autrui », elle concluait :

La valeur des conclusions défendues par M. Faurisson relève donc de la seule appréciation des experts, des historiens et du public.

En France, la justice avait tranché : les Français avaient désormais le droit, garanti par la prestigieuse première chambre de la cour d’appel de Paris, de nier l’existence de ces affreux abattoirs, née d’une rumeur de guerre et officialisée par les quatre juges de Nuremberg. La justice française avait pris cette décision non en vertu de la défense de la liberté d’opinion mais, ainsi que l’indique sa phrase de conclusion, au vu du sérieux des travaux révisionnistes.

Les médias allait faire le silence sur cet arrêt d’une importance historique, à quelques rares exceptions près, en particulier celle du journal Le Monde. C’est à cause de ce silence que je déclarais à Mme L.-W. et à son équipe :

Je refuse de répondre à des questions. Je ferai une déclaration d’une minute. Pour les téléspectateurs, ce sera une information que vous leur avez cachée. Ils apprendront comment s’est terminé le procès qui m’avait été intenté pour falsification de l’histoire. Ce que vous n’avez pas dit, je le dirai.

Après bien des tergiversations, Mme L.-W. prenait l’engagement formel de se contenter de ma déclaration d’une minute. 

Il nous a ensuite fallu environ un quart d’heure pour trouver un emplacement neutre. Les cameramen voulaient le plus de lumière possible. C’est ainsi que, d’un commun accord, nous avons tous ensemble choisi au rez-de-chaussée de l’hôtel, en un endroit sans trop de passages, un hall d’entrée fermé d’une grande porte de verre. Les techniciens ont fait les préparatifs nécessaires à la prise de vue et à la prise de son. Quand tout a été prêt, Mme L.-W., manquant à son engagement formel, m’a demandé ex abrupto pourquoi je l’avais empêchée d’entrer dans la salle de conférences. Elle m’a posé la question à trois reprises. Mes trois réponses ont été les suivantes :

– Pas de réponse.  
– Pas de réponse. 
– Vous vous répétez.

Et je suis parti en disant que c’était fini. 

Quelque temps plus tard, j’étais dans le lobby de l’hôtel en train de parler avec Tom Marcellus. Un bruit nous a alertés. C’était Mme L.-W. qui, marchant à grand pas et se heurtant à des fauteuils, criait à mon adresse une phrase du genre de :

Vous le paierez cher, M. Faurisson, je me vengerai ; vous verrez, je me vengerai. 

Je traduisais ces propos en anglais à Tom Marcellus et à quelques personnes émues et amusées par la violente colère de la dame. 

La vengeance de cette personne allait prendre la forme de ce reportage télévisé contre les effets duquel encore aujourd’hui il nous faut lutter, Pierre Guillaume et moi-même, avec des moyens disproportionnés par rapport à ceux d’une émission télévisée à une heure de grande écoute. Il est extrêmement grave qu’un reportage aussi mensonger ait été, en plus, diffusé à l’étranger.

Je vous demande de protester en mon nom contre une telle diffusion où vous êtes vous-même calomnié et d’obtenir réparation du préjudice qui nous a été causé et qui continue de nous être causé.

P.J. : « La Télévision par Françoise Giroud : Coup de pied dans un nid de serpents », Le Nouvel Observateur, 4 mai 1984, p. 49. 
Mon texte « en droit de réponse », Le Nouvel Observateur, 21 juin 1984, p. 29.

26 décembre 1985

Saturday, October 26, 1985

Michel Polac refuse d’aborder le sujet des chambres à gaz dans son émission télévisée « Droit de réponse »


Extrait d’un entretien avec Michel Polac paru dans Télé-7 Jours, semaine du 26 octobre au 1er novembre 1985, p. 126 :

Q. Y-a-il des sujets que vous vous refusez d’aborder ? 

R. J’en vois trois. La question des chambres à gaz dont certains ont scandaleusement contesté l’existence : trop douloureux (NDLR : le père de Michel Polac est mort en déportation). Le suicide : trop dangereux de donner la parole à ceux qui prônent cette "solution". Le Moyen-Orient, le Liban, les Palestiniens : trop brûlant ; il y a tant de passions, de rancœurs et de haine chez les gens concernés par le sujet qu’un débat risque de paraître dérisoire et indécent, sans compter qu’il peut se terminer par des coups de revolver !

D’une certaine manière, les trois sujets que Michel Polac refuse d’aborder pourraient bien avoir un point commun... 

Un débat sur le suicide ne pourrait s’organiser qu’autour du livre Suicide, mode d’emploi ; or, les deux auteurs de ce livre, Claude Guillon et Yves Le Bonniec, avaient favorablement parlé de R. Faurisson. Ils avaient écrit en particulier :

Après Rassinier (dont l’appréciation des chambres à gaz est plus nuancée), Faurisson présente l’intérêt d’avoir, dans le même temps où il prétend dénoncer un mensonge vieux de quarante ans, effectivement révélé de nombreux mensonges, et suscité parmi ses contradicteurs l’une des plus formidables productions de nouveaux mensonges de la décennie. Les historiens officiels reconnaissent eux-mêmes que, là où l’on fait encore visiter aujourd’hui une chambre à gaz, il n’y en eut jamais, ce qui devrait, à les suivre, entamer en rien le crédit accordé à d’autres “vérités historiques” [1].

Depuis la publication de leur livre en 1982, les deux auteurs n’ont cessé d’avoir de graves ennuis dont le point de départ se trouve dans des plaintes déposées contre eux par des parents de suicidés. Yves Le Bonniec, aux toutes dernières nouvelles, vient d’être placé sous mandat de dépôt, sur la demande d’un procureur. L’intelligentsia pétitionnaire ne s’en est pas émue.

26 octobre 1985


[1] C. Guillon et Y. Le Bonniec, Suicide, mode d’emploi, Paris, Alain Moreau, 1982, p. 204-205.


Saturday, October 5, 1985

Bilan des neuf premiers mois de 1985


Énorme travail exigé par le procès Zündel à Toronto (Canada). Très important retentissement dans la presse canadienne de langue anglaise. Déroute de Raul Hilberg (le pape de l’exterminationnisme) et de Rudolf Vrba (personnage-clé à l’origine du mythe). Plusieurs livres sont en préparationsur cette affaire. Notre Institute for Historical Review vient de publier de Michael A. Hoffman II : The Great Holocaust Trial. 

Notre Institut est parvenu à éviter le dangereux procès Mermelstein moyennant un versement de quatre-vingt-dix mille dollars et un court mot d’excuse qui est sans conséquence. L’Institute a repris force et vie. Il vient de publier une traduction en anglais de Campagne de Russie, 1941-1945 de Léon Degrelle.

Claude Lanzmann a manqué son opération Shoah, du moins en France. Nous ne sommes pas pour rien dans cet échec. 

Henri Roques a soutenu avec succès la première thèse révisionniste qu’on ait jamais présentée au sein d'une université française. La soutenance a eu lieu le 15 juin devant l’université de Nantes. Elle portait sur les «confessions» de Kurt Gerstein qui constituent la pierre angulaire de la légende de Belzec, Treblinka (et Sobibor). Nous nous apprêtons à diffuser la nouvelle dans les milieux scientifiques et journalistiques.

Depuis le 8 juillet je suis attelé à la correction d’une mauvaise traduction en français de l’admirable livre de Stäglich. Nous avons trouvé un peu d’argent. Le livre sortira en 1986. 

Une traduction en flamand de mon travail sur le journal d’Anne Frank a été diffusée en Belgique et n’est pas passée inaperçue de la presse. Cela nous a permis de publier dans la presse belge des textes en droit de réponse. Les actuels détenteurs des manuscrits Anne Frank sont en mauvaise posture. Ils remettent d’année en année la publication « authentique » qu’ils nous promettent depuis 1980.

J’ai publié des textes en droit de réponse dans Témoignage chrétien, dans Le Débat et surtout dans Ouest-France qui a le plus fort tirage de tous les journaux de France. Des gens sont intervenus dans le débat, de notre côté. Le cas du professeur de Boüard est particulièrement intéressant.

Au Sénat et à l’Assemblée Nationale, le révisionnisme a provoqué des levées de boucliers ; voy., dans Le Journal Officiel, les interventions Badinter, Lederman, Goldet, Rabineaux, Charzat. 

Dans de récents numéros du Journal of Historical Review j’ai publié des articles qui ne sont pas parus en français : « A Challenge to David Irving » et environ quarante pages intitulées « Revisionism on Trial in France, 1979-1983 ».

Éric Delcroix est parvenu à faire condamner le Dalloz-Sirey en première instance et en appel ; l’honorable revue a dû publier le jugement la condamnant. On en a parlé jusque dans Les Petites Affiches lyonnaises. Cassation ?

Éric Delcroix est parvenu aussi à faire condamner la LICRA dans l’affaire Historia.

Pour ce qui est de notre procès contre L’Humanité et de notre procès contre Pierre-Bloch (cette fois pour un article dans Le Droit de Vivre), nous avons perdu en première instance. Plaidoiries d’appel les 11 et 19 décembre. 

La grave affaire des sommes qui me sont réclamées par la LICRA est l’objet d’une série de procédures compliquées. Le Trésor Public a opéré une saisie de cinquante-huit mille francs environ sur mon salaire. La LICRA me réclame encore environ quatre-vingt mille francs.

Pierre Guillaume est poursuivi par le ministère public pour avoir eu le courage de distribuer un tract à l’entrée du cinéma du Quartier latin où était projeté Shoah. Il poursuit Le Nouvel Observateur pour refus d’insertion d’un texte en droit de réponse.

Un révisionniste italien, Carlo Mattogno, dont la qualité de travail est exceptionnelle, devrait être en mesure de publier en 1986 ses recherches sur Filip Müller, sur Nyiszli et, d’une façon générale, sur le grand mensonge. 

Henri Roques est en rapport avec un éditeur parisien qui pourrait publier un petit livre sur Gerstein mais à l'usage du grand public. La thèse elle-même va être reproduite en exemplaires photocopiés et envoyés à un certain nombre de centres de recherches historiques en France et à l’étranger.

Ma Réponse à un historien de papier va être publié dans le Journal of Historical Review

Mon interview de Storia Illustrata ainsi que d’autres textes de moi devraient paraître en flamand.

Nous publierons probablement la lettre d’un ancien déporté qui a vécu quarante-sept mois à Mauthausen et qui dénonce le mythe de la chambre à gaz de ce camp. Du point de vue de la recherche historique, l’événement le plus important de cette année sera sans doute... la dissimulation des journaux et écrits de Mengele. Nous en savons la teneur : Mengele a écrit ou déclaré que ce qu’on disait de lui ou d’Auschwitz n’était que propagande et mensonge.

5 octobre 1985