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Monday, April 11, 1994

Jusqu'en avril 1945, personne n'a vraiment su l'extermination physique des juifs par les Allemands


En avril 1945, à la découverte des charniers de typhiques dans les camps de Bergen-Belsen, Dachau et Buchenwald, les Alliés ont su (ou cru savoir) que les Allemands avaient physiquement exterminé des êtres humains, en particulier dans des chambres à gaz. Jusque-là d'innombrables rumeurs avaient couru sur le sujet, à partir, semble-t-il, de la fin de 1941, mais ces rumeurs étaient vagues, gravement contradictoires et, par moments, visiblement fantaisistes. Les autorités alliées avaient, bien sûr, dénoncé à plusieurs reprises la politique d’«extermination» pratiquée, selon elles, par l'Allemagne nationale-socialiste à l'endroit des Polonais, des Russes et de tous les peuples occupés mais elles n'avaient pas repris à leur compte les accusations de gazages systématiques. En 1943, elles avaient envisagé de le faire, puis s'étaient ravisées devant l'insuffisance de preuves [1]. En novembre 1944, un rapport du War Refugee Board, publié sous le timbre de la présidence des États-Unis et portant sur des «camps d'extermination» allemands avait été diffusé mais il n'avait pas rencontré grande créance.


En 1987, Stéphane Courtois et Adam Rayski publiaient Qui savait quoi ? L'extermination des juifs 1941-1945, La Découverte. Dans cet ouvrage, ils cherchaient à démontrer que la presse clandestine des communistes juifs avait, à plusieurs reprises, fait état d'informations sur l'extermination physique des juifs. En quelques mots l'historienne juive Annette Wieviorka a fait justice de cette prétention. Elle écrit:


Mais l'interrogation majeure réside dans le fait que ceux-là mêmes qui confectionnaient cette presse et la distribuaient – je pense en particulier à Henri Krasucki [...] – ignoraient tout des chambres à gaz d'Auschwitz. Si savoir c'est, comme l'écrit le Petit Robert “pouvoir affirmer l'existence de”, ou encore “être conscient de”, force est de constater que ceux-là mêmes qui avaient confectionné ou distribué ces textes ne savaient pas [2].


En 1964, l'historien Léon Poliakov, rapportant une réflexion des juifs de Salonique (déportés à Auschwitz du 20 mars au 18 août 1943), écrit :


Avec le recul du temps, une telle crédulité paraît invraisemblable ; mais à l'époque, même dans les pays occupés de l'Occident, l'existence des camps d'extermination était communément considérée comme une invention de la propagande britannique [3].


En 1979, le même L. Poliakov devait déclarer dans une interview :


Songez que déjà, pendant la guerre, la plupart des juifs eux-mêmes étaient persuadés que les déportés rentreraient des camps de concentration. Je puis en témoigner, j'étais bien renseigné, étant agent de liaison. Et cela jusqu'en 1945, où ont été découverts Auschwitz et Buchenwald. Encore une fois, il y avait l'idée de bobards de guerre, venant de Londres... Et puis il faut le dire, l'inexistence de précédents qui rendait la “solution finale” inimaginable. D'où des gens qui nient aujourd'hui l'existence des chambres à gaz [4]. »


Entre-temps, en 1973, Georges Wellers avait publié un ouvrage à la fois historique et biographique : L'Étoile jaune à l'heure de Vichy. De Drancy à Auschwitz. La préface était de Jacques Delarue et la postface du R. P. Riquet. Dans sa préface, J. Delarue rappelle que G. Wellers fut «le seul témoin français au procès d'Adolf Eichmann à Jérusalem » [5]. Il ajoute :


Aucun de ces milliers de futurs déportés que Wellers vit pendant les dernières heures précédant le départ n'avait le moindre soupçon concernant le terrible sort qui l'attendait [6].


G. Wellers écrit pour sa part :


Au fur et à mesure que le temps s'écoule il devient de plus en plus difficile de faire le partage entre ce que l'on savait réellement à l'époque et ce que l'on apprit depuis la fin de la guerre. L'extermination systématique des juifs, l'existence des chambres à gaz spécialement construites à cet effet en Pologne appartiennent à cette catégorie de vérités que l'on ignorait à l'époque [7].


Je peux affirmer d'une façon catégorique que l'on n'avait aucun soupçon concernant l'assassinat systématique auquel en réalité étaient voués les juifs au bout du voyage en déportation [8].


G. Wellers dit que c'est sur place, à Auschwitz, à l'occasion d'une conversation, qu'il a enfin compris «la vérité tellement incroyable». Il ajoute :


Et si quelqu'un me trouve naïf et sot, qu'il sache que tous les juifs étaient pareillement naïfs et sots [9].


En 1991, Lucie Aubrac déclarait :


A Lyon, en 1943, personne n'était au courant des tortures, des camps de la mort. Cela paraît énorme de dire ça aujourd'hui, mais à l'époque on pensait que les gens arrêtés allaient en prison [10].


En 1992, André Frossard écrivait :


J'ai vécu, mieux vaudrait dire j'ai survécu longtemps dans la “Baraque aux juifs” du Fort Montluc, à Lyon, où j'ai eu des centaines et des centaines de compagnons, souvent livrés à la police allemande par la Milice. Pas un seul d'entre eux n'avait la moindre idée du sort qui l'attendait en Allemagne et pourtant il y avait là, je vous le garantis, des esprits curieux. Ils s'imaginaient qu'ils seraient envoyés dans un camp de travail et qu'ils y seraient sans doute malheureux, mais moins qu'en prison, et qu'en tout cas ils échapperaient aux rafles d'otages qui dépeuplaient inopinément la baraque le jour ou la nuit. Je n'en ai jamais entendu aucun mettre cette illusion en doute, et quand on les alignait dans la cour pour les embarquer, ils avaient un dernier regard presque compatissant pour ceux qui ne partaient pas et restaient exposés aux représailles. Moi-même, lorsque j'ai appris le 12 août 1944 que je serais déporté le 16, j'ai accueilli la nouvelle avec une sorte de soulagement. Ni en prison ni au dehors, je n'ai entendu quelqu'un parler de la “solution finale” avant le retour des rescapés et le dévoilement de l'horreur [11].


Ces remarques aident à mieux comprendre pourquoi Pierre Laval, sur intervention notamment des autorités religieuses, avait demandé que les enfants juifs pussent être déportés afin d'éviter la dislocation des familles. Ces mêmes remarques permettent aussi de saisir pourquoi il existait des « optants » pour la déportation [12]. Enfin, elles expliquent qu'en certains cas les parents aient eu le droit de voter pour ou contre la déportation de leurs enfants [13].


Tel était le degré de connaissance que les autorités juives françaises pouvaient avoir d'une politique d'extermination physique des juifs.


Il en était de même pour toutes les autorités juives de tous les pays occupés, y compris de Pologne, ainsi que pour les autorités juives de Palestine ou des organisations internationales comme le World Jewish Congress, l'American Jewish Congress, la Jewish Agency. C'est même pour cette raison que des responsables juifs comme Ben Gourion se sont élevés contre l'idée d'un bombardement d'Auschwitz [14]. A Londres, Raymond Aron n'avait pas entendu parler de chambres à gaz. En 1981, interrogé sur le génocide, il répondait :


La vérité, c'est que je ne sais pas exactement ce que j'ai su. Bien entendu, j'ai su qu'il y avait des persécutions. Je suis sûr que je n'ai pas connu à Londres l'existence des chambres à gaz. Est-ce que j'ai su que des millions de juifs étaient exterminés ? Je crois que je ne l'ai pas su, mais je suis tenté aujourd'hui de penser que c'était encore une forme de confort émotionnel. Je ne voulais pas y songer. Je savais naturellement que les juifs de l'Ouest étaient déportés vers l'Est. Je savais aussi qu'il y avait des camps de concentration. [...] Je n'ai jamais imaginé le génocide. [...] Finalement, quand ai-je connu de manière certaine le génocide ? En France, plus tard, quand ça a été publié, quand ça a été écrit [15].


Aucun gouvernement allié, y compris le gouvernement soviétique (même après la libération, par ses troupes, du camp d'Auschwitz le 27 janvier 1945) n'a agi jusqu'en avril 1945 comme s'il avait cru à une extermination physique des juifs. Le Vatican, remarquablement renseigné (sur les événements de Pologne en particulier), le Comité international de la Croix-Rouge (dont un représentant s'était rendu au camp d'Auschwitz en septembre 1944), la Résistance allemande à Hitler, le Foreign Office, Edouard Bénès, n'ont, pas plus que les organisations juives d'Europe ou d'Amérique, su, vraiment su, que le IIIe Reich avait une politique d'extermination physique des juifs et tuait des juifs dans des chambres à gaz. Tous les accusés du procès de Nuremberg (1945-1946), y compris les plus portés à s'accuser eux-mêmes (Baldur von Schirach, Hans Frank et Albert Speer), ont affirmé n'avoir rien su d'une telle politique et d'une telle arme. A ce procès, seul Rudolf Höss, l'un des trois commandants d'Auschwitz, a déclaré qu'un tel crime avait été perpétré dans son camp. Or, nous savons aujourd'hui que ses aveux lui ont été extorqués si bien que les historiens de l’ « Holocauste» des juifs n'accordent plus de crédit à la « confession» de R. Höss [16].


Dans leurs mémoires respectifs, ni Winston Churchill, ni le général Eisenhower, ni le général de Gaulle, pourtant tous si résolument hostiles à l'Allemagne hitlérienne et à l'esprit de la Collaboration avec cette Allemagne, n'ont mentionné l'existence de «camps d'extermination» ou de «chambres à gaz homicides».


Comment Paul Touvier aurait-il su ce que tout le monde, à considérer les documents d'époque, semble avoir soit totalement ignoré ou «su» de façon tout à fait vague. Pour reprendre la remarque de l'historienne Annette Wieviorka et la définition du Petit Robert, personne à cette époque ne savait l'existence du génocide et de ces véritables abattoirs chimiques qu’avaient constitué les chambres à gaz. Personne ne pouvait en affirmer l'existence, personne n'était conscient de cette existence. Comment Paul Touvier pouvait-il en savoir plus que Léon Poliakov, Georges Wellers, Lucie Aubrac, André Frossard, Pierre Laval, Ben Gourion, le président Bénès, Winston Churchill, le général Eisenhower, le général de Gaulle, le Vatican, la Croix-Rouge, la Résistance allemande, les organisations juives européennes, américaines et palestiniennes et, enfin, s'il faut les en croire, le maréchal Göring, le maréchal Keitel, le général Jodl ?


11 avril 1994



Notes


[1] R. Faurisson, «Mon expérience du révisionnisme», Ecrits révisionnistes (1974-1998), vol. III, p. 993, note 3.

[2] A. Wieviorka, « Histoire et mémoire », L'Arche, novembre 1987, p. 86.


[3] L. Poliakov, Auschwitz, Paris, Julliard, 1964 et 1973, p. 31.


[4] L. Poliakov, «L'Antisémitisme : les racines du mal...», L'Express, 3-9 mars 1979, p. 153.


[5] G.Wellers, L'Étoile jaune à l'heure de Vichy. De Drancy à Auschwitz, Paris, Fayard, 1973, p. III.


[6] Id., p. V.


[7] Id., p. 4.


[8] Id., p. 5.


[9] Id., p. 7.


[10] Le Figaro, 15 octobre 1991.


[11] A. Frossard, Excusez-moi d'être français, Paris, Fayard, 1992, p. 68-69.


[12] S. Klarsfeld, Mémorial de la déportation..., Paris, éd. Beate et Serge Klarsfeld, 1978, page (non numérotée) précédant la liste alphabétique du convoi n° 21.


[13] G. Wellers, «Déportation des juifs de France. Légendes et réalités», Le Monde juif, juillet-septembre 1980, p. 106.


[14] E. Matz, « Britain and the Holocaust », Midstream, avril 1982, p. 59.


[15] R. Aron, Le Spectateur engagé, Paris, Julliard, 1982, p. 102.


[16] Voy. Raul Hilberg, Jean-Claude Pressac et Christopher Browning sur le sujet ainsi que le texte intitulé « Le témoignage du “commandant d'Auschwitz” est déclaré sans valeur », en date du 3 mars 1994.

Saturday, December 26, 1992

Gazages homicides à Auschwitz d’après le procès des grands criminels de guerre à Nuremberg



(Esquisse)

Le 14 décembre 1945, le commandant William F. Walsh, procureur adjoint des États-Unis, déclare :

Je présente maintenant comme preuve le document L-22 (USA-294). C’est un rapport officiel du gouvernement des États-Unis, émanant du bureau exécutif du président des États-Unis, Service des réfugiés de guerre, concernant les camps de concentration allemands d’Auschwitz et de Birkenau, daté 1944. A la page 33 de ce compte rendu on montre que beaucoup de juifs furent tués par les gaz à Birkenau en deux ans, d’avril 1942 à avril 1944. On m’a affirmé que le chiffre figurant ici n’est pas une erreur: il est d’un million sept cent soixante-cinq mille [1].


[Commentaire : Ledit rapport est le fameux War refugee Board Report publié en novembre 1944 par l’Executive Office of the President. Il forme un ensemble de soixante pages dont la partie principale est due à Rudolf Vrba et Alfred Wetzler. Il est intéressant de noter que Walsh et le TMI n’en retiennent qu’une partie de la page 33 [2]. On y voit que, rien que pour la France, le total des « Jews gassed in Birkenau between April, 1942, and April, 1944 » est estimé à cent cinquante mille ! Confronté avec le chiffre de 75 721 juifs déportés de France durant tout la guerre, R. Vrba, témoin de l’accusation au premier procès Zündel de Toronto, en 1985, a déclaré que ce chiffre ne pouvait provenir que d’un nazi ; il provient de Serge Klarsfeld dans son Mémorial.]

Le 28 janvier 1946, Marie-Claude Vaillant-Couturier, journaliste communiste qui avait été déportée à Auschwitz et à Ravensbrück, émaille sa longue déposition de mots ou d’expressions comme « gazer » ou « la chambre à gaz » (au singulier) ou « le gaz » ou « les gaz » mais il en ressort qu’elle rapporte des propos sur le sujet. La seule précision qu’elle prenne vraiment à son compte est la suivante : à la libération, elle s’est rendue là où on lui avait dit que se trouvait la chambre à gaz de Ravensbrück ; elle a « visité la chambre à gaz qui était une baraque en planches hermétiquement fermée et, à l’intérieur, il y avait encore l’odeur désagréable des gaz [3]. »


[Commentaire : Edgar Faure et Olga Wormser-Migot ont montré le peu de crédit qu’il convenait d’accorder à cette journaliste communiste [4]. Le contre-interrogatoire mené par l’avocat allemand Dr Hans Marx permet de conclure dans le même sens mais, malheureusement, comme d’habitude, il n’y a pas de contre-interrogatoire sur la matérialité des faits de « gazage ». Au sujet de Marie-Claude Vaillant-Couturier, E. Faure écrit :

Dans le nombre figurait Marie-Claude Vaillant-Couturier, député communiste et ancienne déportée. Elle portait notamment le témoignage de certains de ces détails qui, se surimprimant à l’atrocité, semblent pires que l’atrocité elle-même, laquelle pourtant se suffit, mais parle moins vivement à notre sensibilité. Ainsi, les cris de ces enfants qui, la fourniture de gaz étant défaillante, furent précipités vifs dans le brasier ; ainsi, de façon plus générale, le recroquevillement des corps qui révélait la souffrance ultime des suppliciés [5].

Pour ce faux-témoignage de Marie-Claude Vaillant-Couturier, voir TMI, VI, p. 225.] 

Pour le reste, voyez la déposition de R. Höss du 15 avril 1946 avec ses formidables extravagances dues, on le sait depuis longtemps, à ses interrogateurs britanniques et la déposition de Morgen des 7 et 8 août 1946 [6] qui, à sept reprises, situe le camp d’extermination d’Auschwitz à Monowitz : p. 535, 540 (deux fois : « Il se trouvait sur un vaste terrain industriel »), p. 541, 542, 546 (deux fois). Morgen dit qu’apprenant à l’étranger que les Américains le recherchaient, il est revenu en Allemagne se présenter à la VIIArmée et qu’il se déclara « prêt à collaborer à la recherche de ces crimes » [7]. Enfin, voyez le peu qui est rappelé dans le texte du jugement final : simple reprise d’un fragment de la déposition de R. Höss [8].

Au total : Rien de matériel mais seulement un récit mensonger de deux juifs slovaques, les bavardages haineux d’une communiste française, les élucubrations d’un Allemand désireux de collaborer avec ses geôliers américains et surtout la confession extravagante d’un Allemand torturé par ses geôliers juifs britanniques.

26 décembre 1992

Notes

[1] TMI, III, p. 571. 
[2] Cette partie de page constitue le doc. L-22 reproduit in TMI, XXVII, p. 433. 
[3] TMI, VI, p. 211-239 ; p. 233.
[4] E. Faure, Mémoires II, Paris, Plon, 1984, p. 36 ; O. Wormser-Migot, Le système concentrationnaire nazi (1933-1945), Paris, PUF, 1968, p. 541-544.
[5] E. Faure, ibid.
[6] TMI, XX, p. 521-553.
[7] TMI, VI, p. 550.
[8] TMI, I, p. 264-265.


Friday, October 30, 1987

Lettre à Jacques Willequet


Je voudrais vous poser quelques questions à propos de votre dernier livre : La Belgique sous la botte. Permettez-moi de vous demander des éclaircissements sur les points suivants : 

1) p. 325 et 329. Ne pensez-vous pas qu’il faut dater la conférence de Wannsee de façon uniforme au 20 janvier 1942 ? Ne faut-il pas remplacer « trentaine d’agents ministériels et administratifs » par « quatorze » (Heydrich venait en plus) ? Vous dites que le seul mot prononcé a été celui d’« évacuation » (et non pas d’« extermination », par exemple). Je vous approuve mais ne croyez-vous pas qu’on peut aller beaucoup plus loin dans le sens d’une rectification de la légende de Wannsee et, en particulier, noter dans le « procès-verbal » la présence des mots Freilassung et Aufbaues ? Les Allemands envisageaient de traiter les juifs en ennemis déclarés. Ceux d’entre les juifs qui étaient capables de travailler allaient être astreints à un travail physique des plus durs : le Strassenbau [construction des routes] dans les territoires de l’Est. Bien sûr, hommes et femmes allaient être séparés ; c’est toujours le cas pour des prisonniers. Une grande partie d’entre eux disparaîtrait par diminution naturelle. Le restant serait remis en liberté (Freilassung) et à considérer comme la cellule germinative d’un renouveau (Aubaues) juif. En guise de commentaire : « voyez la leçon de l’Histoire ». Autrement dit, n’aurait-on pas là une illustration de la vieille idée selon laquelle les juifs pullulent comme des parasites qui répugnent au dur travail physique ; il faudra les contraindre au plus classique et au plus redoutable des labeurs, la construction de routes dans des territoires à civiliser. Ils souffriront ; ils ne se multiplieront pas ; les survivants seront les meilleurs d’entre eux, ainsi que l’enseigne l’Histoire (hum !), et, une fois rendus à la liberté, ils constitueront le noyau, le ferment d’un renouveau juif : les juifs seront enfin comme tout le monde ; ils auront une terre et une nation, etc. ;

2) p. 330, 332 et 343. V ous écrivez : « Six millions d’êtres humains allaient disparaître en fumée ou autrement » ; vous employez le mot de « génocide » à la page 332 et, à la page 343, vous parlez de « l’exemple hallucinant d’un génocide bureaucratique ». Cependant, ainsi que vous le savez sans doute, d’une part, les archives allemandes concernant les déportations et les camps de concentration ou de travail nous sont, dans l’ensemble et, spécialement pour Auschwitz, parvenues à peu près intactes et, d’autre part, dans ces mêmes archives (du RSHA et du WVHA), il n’existe pas la moindre trace d’un ordre, d’un plan ou d’un budget d’extermination. Cela pour « le crime spécifique ». Quant à l’arme spécifique dudit « crime spécifique », je veux dire la chambre à gaz homicide, vous savez peut-être qu’on n’en a pas trouvé la moindre trace ; les tribunaux n’ont fourni ni expertise de l’arme du crime, ni rapport d’autopsie attestant de l’existence d’un seul cadavre d’homme tué par gaz-poison ; aucun témoin n’a été contre-interrogé sur le point spécifique des chambres à gaz ; il n’y a eu aucune reconstitution. En conséquence, estimez-vous qu’il reste possible d’affirmer, surtout devant le nombre étonnant de « survivants » juifs, qu’il y a eu un génocide et même un génocide bureaucratique ? C’est au procès Zündel de Toronto que, pour la première fois, un témoin a été contre-interrogé sur les chambres à gaz d’Auschwitz et ce témoin s’est effondré ; il avait, de son propre aveu, utilisé la «licence poétique» dans son témoignage écrit ; ce témoin n’était pas n’importe qui ; il s’agissait du trop fameux Rudolf Vrba, l’homme qui, avec son ami Alfred Wetzler, était à l’origine du War Refugee Board Report, matrice officielle de ce qui allait devenir la thèse de l’extermination des juifs ;

3) p. 316. Vous écrivez : « On peut estimer à un petit tiers du total le nombre des juifs qui, à l’automne de 1940, n’étaient plus sur le sol belge. » Puis-je vous demander quel est ici ce total ? 

4) p. 333. Vous écrivez : « 25.559 (juifs) passèrent par Malines, 1.244 rentrèrent de captivité en 1945 ». Cette affirmation est suivie de trois points de suspension qui paraissent donner à penser que les chiffres parlent d’eux-mêmes et qu’on est devant une hécatombe. Mais je voudrais savoir a) si la précision « en 1945 » signifie « en 1945 et au delà de 1945 » ou s’il faut entendre qu’en plus des juifs rentrés en Belgique en 1945, il faut considérer qu’il y a eu après cette année-là d’autres retours ; b) si vous avez fait des recherches pour vous enquérir du nombre de juifs qui, déportés de Belgique, sont allés s’installer après la guerre en d’autres pays et, en particulier, en Palestine ou en Israël (sans compter les quelque soixante-dix pays à communautés juives représentés au sein du Congrès juif mondial) ; c) si vous vous êtes avisé de l’extraordinaire malhonnêteté de Serge Klarsfeld dans sa comptabilité des survivants.

5) p. 330. Vous parlez de « l’intimité des camps » et vous estimez que les Allemands pouvaient dissimuler grâce à cette intimité des crimes énormes en quantité et en qualité. Est-ce tellement sûr ? Auschwitz était un camp assez mal gardé (six cent soixante-sept évasions), sillonné de passages de travailleurs libres et où il semble que tout était consigné par écrit dès lors qu’il s’agissait de morts ou d’exécution: une vingtaine de signatures pour une mort « naturelle » et une trentaine de signatures pour une mort « non naturelle » (exécution, assassinat, suicide). Les Soviétiques n’ont toujours pas communiqué les Totenbücher trouvés sur place ; les Polonais n’en possèdent qu’un ou deux volumes. Nous avons le registre des opérations chirurgicales et la preuve que les enfants juifs ou tziganes, parmi les autres, nés dans le camp, étaient normalement enregistrés. Quant aux barbelés d’Auschwitz, ils étaient très loin de valoir le mur de Berlin.

J’en ai terminé avec mes questions. J’ai constaté avec plaisir que, pour le lecteur attentif au choix de vos mots et de vos arguments, il y a beaucoup à glaner en fait de rectifications diverses. Vous employez un peu la même méthode, en la circonstance, qu’un Henri Amouroux. Ce dernier dissimule çà et là des informations dérangeantes, destinées au lecteur vigilant. Par exemple, il apporte des révélations sur la bataille dite du plateau de Glières (ou : des Glières). A la page 273 du tome 7 de La Grande Histoire des Français sous l’occupation, il écrit : « Ainsi hissera-t-on Glières à la hauteur de Bir Hakeim, hissé lui-même presque à la hauteur de Verdun » ; puis, à la page 291, il rappelle que pour Jean Rosenthal (« Cantinier »), ami intime de Maurice Schumann et source d’informations pour ce dernier, les maquisards de Glières ont tué quatre cent quarante-sept Allemands ; enfin, à la page 294, il révèle qu’en réalité ces maquisards ont tué en tout et pour tout deux Allemands ; du moins est-ce le chiffre donné comme probable après une enquête de longue haleine.

30 octobre 1987

Monday, April 20, 1987

Naissance de la légende d’Auschwitz


En décembre 1941, le bruit courait en Pologne que des juifs étaient gazés... dans le ghetto même de Varsovie. Pour ce qui est des gazages de juifs dans le camp d’Auschwitz, il semble que de vagues rumeurs commencèrent à circuler durant l’été de 1942. C’est seulement deux ans plus tard, c’est-à-dire durant l’été 1944 que la légende prendra vraiment forme, sans pour autant atteindre la relative netteté qu’on lui connaîtra bien après la guerre.

Une invention de juifs slovaques

En avril 1944, deux juifs slovaques s’évadèrent d’Auschwitz d’où, il faut le dire, les évasions étaient assez fréquentes. Selon la version généralement admise, ces deux évadés, Alfred Wetzler (ou Weczler) et Walter Rosenberg ou Rosenthal (plus connu sous le nom de Rudolf Vrba), firent des révélations, une fois de retour en Slovaquie, sur l’extermination des juifs par le gaz dans le camp d’Auschwitz. Une sorte de pot-pourri de témoignages fut fabriqué à partir de leurs déclarations et à partir d’autres déclarations de deux autres juifs et d’un « major polonais ». Nous sommes redevables de cette fabrication à un groupe clandestin de juifs slovaques (Pracovná Skupina, Groupe de travail) dont l’un des dirigeants était le rabbin Michael Dov Ber Weissmandel (ou Weissmandl). En collaboration étroite avec Gisi Fleischmann, ce dernier entreprit, à partir de juin 1944, la diffusion du produit en direction de toutes sortes d’organisations juives à l’étranger ainsi qu’en direction du Vatican.

Le relais des juifs suisses (ou vivant en Suisse)

A Berne et Genève, des organisations juives déployaient une intense activité de propagande anti-allemande. Par leurs pressions sur les gouvernements britanniques et américains et en s’appuyant sur des personnalités ou des organisations juives résidant à Londres, Washington ou New York, elles entretenaient un climat de plus en plus fébrile de haine contre l’Allemagne abase de récits d’atrocités inventés de toutes pièces. Le 8 août 1942, Gerhart Riegner, représentant du Congrès juif mondial à Genève, avait envoyé à ses collègues Stephen Wise, aux États-Unis, et Sydney Silverman, en Grande-Bretagne, un télégramme délirant sur un prétendu projet de Hitler en vue d’exterminer « d’un seul coup » trois millions cinq cent mille à quatre millions de juifs. Mais le gouvernement des États-Unis refusa d’ajouter foi à la nouvelle. Près de deux ans plus tard, avec le produit Weissmandel, les juifs suisses eurent plus de chance. Le 8 juillet 1944, la légation américaine à Berne envoya au secrétaire d’État à Washington un télégramme résumant le contenu du produit. Après quoi, le produit lui-même fut envoyé à Washington.

Le rôle déterminant des juifs américains

A force de pression, les juifs américains avaient obtenu la création par Roosevelt lui-même d’une agence pour les réfugiés de guerre (War Refugee Board) en janvier 1944. Henry Morgenthau Jr., juif, Secrétaire d’État au Trésor, avait forcé la main au président des États-Unis et ce fut lui qui, dans la réalité, dirigea le WRB. En novembre 1944, sous le timbre de la présidence des États-Unis, parut le produit Weissmandel dans sa version américaine. C’est donc à cette date que la légende d’Auschwitz commença de prendre son envol mais non sans mal, il faut le reconnaître.

Les juifs soviétiques suivent le mouvement 

Comme j’ai souvent eu l’occasion de le dire, les Soviétiques, nourris d’une formidable propagande anti-allemande due en particulier aux juifs Solomon Michaels, Ilya Ehrenbourg et Vassili Grossmann, semblent avoir été déconcertés par leur découverte du camp d’Auschwitz le 27 janvier 1945. Sur place, rien ne témoignait matériellement d’une extermination industrielle des prisonniers ; au contraire, le caractère moderne des installations hospitalières et sanitaires ne pouvait que frapper le moujik. Pendant plusieurs jours, la presse soviétique resta silencieuse. Aucun membre des armées alliées ne fut invité à venir constater sur place des horreurs... qui tout simplement n’avaient pas existé. C’est seulement le 2 février que la Pravda, sous la plume du journaliste juif Boris Polevoï, lança sa propre version de la légende : à Auschwitz, les Allemands exterminaient leurs prisonniers à l’électricité. Trois mois plus tard, les Soviétiques se rallièrent à la version judéo-slovaquo-américaine de l’extermination par le gaz [1].

Dans la légende, le gaz l’avait emporté sur l’électricité, et l’invention des juifs européens et américains sur l’invention des juifs soviétiques. Auschwitz, appelée à devenir un jour la capitale de l’« Holocauste », se vit ainsi doté de chambres à gaz homicides. A la source de cette légende se trouve doncle rabbin slovaque Weissmandel (1903-1956), un fanatique, soit dit en passant, de l’antisionisme. Pour cette dernière raison, au qualificatif de légende sioniste, à propos d’Auschwitz, je préfère celui de légende juive.


NB. Ledit pot-pourri est généralement appelé le War Refugee Board Report ; quelquefois il reçoit la dénomination pompeuse de « Protocole d’Auschwitz ». Pour plus de détails sur toute l’affaire, on se reportera aux pages éblouissantes d’Arthur Robert Butz dans The Hoax of the Twentieth Century, p. 89-99.


[1] Voy., au procès de Nuremberg, le document URSS-008.