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Tuesday, August 24, 1993

« Faurisson » dans Henry Coston, Dictionnaire de la politique française, IV, à paraître [article soumis à l’intéressé pour vérification]


FAURISSON (Robert) – Universitaire, né le 25 janvier 1929 à Shepperton (Grande-Bretagne), de père français et de mère écossaise. Il est lui-même titulaire de la nationalité britannique et de la nationalité française. Agrégé des lettres et docteur ès lettres et sciences humaines, ce spécialiste de littérature française moderne et contemporaine ainsi que de « critique de textes et documents (littérature, histoire, médias) » a enseigné à la Sorbonne et, à partir de 1973, à l’université Lyon-II (université Lumière). Jusqu’alors noté comme «très brillant professeur, chercheur très original, personnalité exceptionnelle», il fut du jour au lendemain privé de facto de toute activité d’enseignement sur l’intervention, en particulier, d’associations juives qui lui reprochaient ses opinions révisionnistes. Par la suite, sa chaire d’enseignement lui fut retirée par Lionel Jospin, ministre de l’éducation, sans recours à la moindre procédure administrative. F. n’avait jamais professé ses opinions dans ses cours. Il est aujourd’hui rattaché au Centre national d’enseignement à distance. Considérant le révisionnisme non comme une idéologie mais comme une méthode, il préconise, en littérature comme en histoire, une relecture particulièrement attentive des textes et des documents. Cette méthode lui a permis de renouveler profondément l’étude de textes littéraires réputés difficiles : voy. A-t-on lu Rimbaud ?, A-t-on lu Lautréamont ?, La Clé des Chimères et Autres Chimères de Nerval. Secrétaire du SNE-sup, il a cotisé au Comité Maurice Audin contre la torture en Algérie ; d’une rare liberté de pensée, il fut, peu après, emprisonné à Riom, en 1962, pour avoir vivement protesté contre l’internement administratif d’un sympathisant de l’Algérie française. Il est membre de l’Union des athées. Reprenant la thèse de l’ancien député socialiste pacifiste Paul Rassinier, revenu de déportation sur un brancard et auteur du Mensonge d’Ulysse (1950, réédité par La Vieille Taupe, 1979), il est considéré comme le principal représentant dans le monde, avec l’Américain Arthur Butz, du révisionnisme historique. Il affirme, au terme de ses recherches, que si l’Allemagne nationale-socialiste a effectivement suivi une politique antijuive et recherché une «solution définitive de la question juive» par l’émigration si possible et la déportation si nécessaire, elle n’a jamais pratiqué une politique d’extermination physique des juifs européens; selon lui, on ne trouve nulle trace d’un ordre, d’un plan, d’un budget pour cette extermination et «l’arme spécifique du crime spécifique», c’est-à-dire la chambre à gaz homicide, est une invention de la propagande de guerre. Parmi les nombreux auteurs révisionnistes, F. est le premier à avoir insisté sur ce qu’il appelle les «impossibilités physico-chimiques de la prétendue chambre à gaz hitlérienne». Il a mis au jour d’importants documents sur les crématoires censés contenir, comme à Auschwitz ou à Birkenau, des chambres à gaz homicides. La controverse sur les chambres à gaz a éclaté à l’occasion de deux articles de F. dans Le Monde (29 décembre 1978 et 16 janvier 1979); un premier article avait été déjà publié dans Défense de l’Occident (juin 1978). Les principaux soutiens qu’il reçut lui vinrent, dès 1979, de l’ultra-gauche, réunie autour du groupe de la Vieille Taupe animé par le militant libertaire Pierre Guillaume. Ceux-ci ont publié un ouvrage collectif, Intolérable Intolérance (La Différence, 1981), qui comprend des contributions de Jean-Gabriel Cohn-Bendit, Éric Delcroix, Claude Karnoouh, Vincent Monteil, Jean-Louis Tristani. C’est aux éditions de la Vieille Taupe qu’en 1980 Serge Thion, chercheur au CNRS, et F., publient Vérité historique ou vérité politique ? La question des chambres à gaz. Cet ouvrage contient aussi une étude du Journal d’Anne Frank (journal dont F. attribue la rédaction, après la guerre, au père de la jeune fille morte du typhus en mars 1945 à Bergen-Belsen). F. a également publié Mémoire en défense contre ceux qui m’accusent de falsifier l’histoire (précédé d’un avis de Noam Chomsky, 1980) et Réponse à Pierre Vidal-Naquet (1982). Il est l’auteur de nombreuses études publiées dans les Annales d’histoire révisionniste (1987-1990), la Revue d’histoire révisionniste (1990-1992) et The Journal of Historical Review (depuis 1980) édité à Los Angeles par l’Institute for HistoricaI Review. Il conseille ou dirige de nombreux travaux en France et à l’étranger. Il a été le conseiller technique du Germano-Canadien Ernst Zündel lors de deux longs procès en 1985 et 1988 à Toronto; ses dépositions à la barre ont fait sensation ; les contre-interrogatoires qu’il inspirait ont été désastreux pour les témoins et les historiens de la partie adverse. Il est à l’origine de l’expertise de l’Américain Fred Leuchter concluant à l’impossibilité d’existence de chambres à gaz homicides à Auschwitz, Birkenau et Majdanek ; d’autres expertises ont conclu dans le même sens. Débatteur redouté, il est interdit d’antenne à la radio et à la télévision françaises. Depuis 1978, il a subi dix agressions physiques dont l’une, le 16 septembre 1989, de la part d’une organisation se dénommant « Fils de la mémoire juive » ; cette agression, où il manqua laisser la vie, fut approuvée par Serge et Beate Klarsfeld ainsi que par François Léotard. De nombreux procès, suivis de lourdes condamnations financières et de peines de prison avec sursis, n’ont, jusqu’à présent, pas réussi à briser l’énergie d’un homme contre lequel, à l’instigation de certaines associations juives, Laurent Fabius a pris l’initiative de réclamer au parlement le vote d’une loi spéciale : la loi Fabius-Gayssot, alias «Lex Faurissonia» (13 juillet 1990) qui interdit toute contestation de la vérité officielle en ce qui concerne l’histoire des crimes contre l’humanité, tels que définis et sanctionnés par le Tribunal militaire international de Nuremberg (1945-1946). «Montrez-moi ou dessinez-moi une chambre à gaz nazie avec l’explication de sa technique et de son fonctionnement» : tel est le défi lancé par F. et pour lequel il continue, dit-il, d’attendre une réponse. François Brigneau a publié : Mais qui est donc le Professeur Faurisson ? (Publications F. B. , 1992).
24 août 1993

Tuesday, April 17, 1990

Robert Faurisson, dépossédé de sa chaire d’enseignement à l’université Lyon-II, est nommé d’office par Lionel Jospin au Centre national d’enseignement à distance


Par un arrêté en date du 17 février, Lionel Jospin, ministre d’État, ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports, a prononcé :

M. Robert Faurisson, professeur à l’université de Lyon-II, est, à compter du 1er janvier 1990, affecté au Centre national d’enseignement à distance sur un emploi ouvert dans cet établissement au titre de la loi de finances de 1990. 

R. Faurisson n’a eu connaissance de cet arrêté que le 9 avril par communication de la photocopie de cet arrêté, sans la moindre lettre d’accompagnement, sous enveloppe ordinaire, non recommandée, expédiée par l’université Lyon-II. Ses demandes d’explication, soit auprès du ministère, soit auprès de l’université Lyon-II, se sont heurtées à des fins de non-recevoir, au silence ou à des subterfuges (par exemple, l’envoi d’un fax antidaté de quarante-huit heures de M. Jean, directeur des enseignements supérieurs, regrettant que M. Faurisson n’ait pas reçu sa lettre du 24 février). Les personnes responsables de cette affaire, sous les ordres de Lionel Jospin, sont MM. G... et M... ainsi que Mme G... Le certificat de cessation de paiement de M. Faurisson a été signé par le président de l’université Lyon-II, Michel Cusin, le 22 février 1990 sans que l’intéressé en sache rien. S’il n’obtempère pas, il ne recevra plus de salaire dès le mois d’avril. Il doit obtempérer le 20 avril au plus tard.

Un professeur d’université est titulaire de sa chaire et ne peut en être éventuellement dépossédé que pour un motif extrêmement grave et cela, au terme d’une procédure administrative et disciplinaire. Ici, on dépossède un professeur de sa chaire pour un motif qui ne lui est pas notifié et il a onze jours pour accepter le nouveau poste qui lui est assigné, faute de quoi il ne recevra plus de salaire et ses cotisations sociales ne seront plus versées. M. Faurisson a 61 ans, est marié, a trois enfants (qui ne sont plus à sa charge) ; sa femme n’a pas de profession ; il prendra normalement sa retraite à l’âge de 67 ou 68 ans.

R. Faurisson conteste l’existence de chambres à gaz homicides dans les camps de concentration allemands de la dernière guerre. Il s’appuie, en particulier, sur l’expertise de l’ingénieur américain Fred Leuchter [1]. Il est considéré comme le chef de file, en France, du révisionnisme historique, dont le fondateur est Paul Rassinier (1908-1967), ancien déporté, ancien député socialiste, et qui a des représentants en Europe, en Amérique du sud, en Afrique du Nord, au Japon et en Australie [2]

En 1978-79, de violentes manifestations avaient été organisées dans l’enceinte de l’université Lyon-II contre le professeur Faurisson par le Dr Marc Aron, président du Comité de liaison des institutions et des organisations juives de Lyon, membre du B’naï B’rith (association juive de type maçonnique) et du Congrès juif européen. Depuis 1979, le Dr Marc Aron s’est opposé avec succès au retour du professeur dans son université. Il a été obéi par tous les présidents de la République, les premiers ministres et les ministres de l’Éducation nationale qui se sont succédé depuis onze ans. A chaque fois que le professeur a demandé à reprendre ses cours, la réponse de son université a été qu’on ne disposait pas des moyens d’assurer sa sécurité et qu’en conséquence, si M. Faurisson entendait user d’un droit incontestable, le président de son université ferait opposition. Or, l’État doit protection à ses fonctionnaires.

En onze ans, le professeur Faurisson a été la victime de six agressions physiques : deux fois à Lyon, deux fois à Paris et deux fois à Vichy, où il habite. Jamais ses agresseurs n’ont été inquiétés, même quand ils ont été interpellés. Le 16 septembre 1989, il a été sauvagement agressé par trois jeunes gens qui, dans l’heure qui a suivi, ont revendiqué cette action au nom des « Fils de la mémoire juive ». Il n’a dû la vie qu’à deux personnes dont l’intervention a mis les agresseurs en fuite.

Le 3 avril 1990, sur la « Cinq », un reportage télévisé a montré des milices juives à l’entraînement dans la région parisienne. Celles-ci n’ont pas fait mystère de ce que leur principale cible était les révisionnistes. 

En France, les milices armées sont interdites sauf les milices juives. Mme Fabius-Castro a déclaré à une assemblée de socialistes juifs :

Extraordinaire nouveauté dans le comportement politique, la gauche a permis à des milices juives de s’installer dans des quartiers à Paris, mais aussi à Toulouse, Marseille, à Strasbourg [et d’avoir] des contacts réguliers avec le ministère de l’Intérieur [3]

Le 6 février 1990, le révisionniste Olivier Mathieu, sa fiancée et l’un de ses amis ont été frappés sur le plateau de TF 1 par les membres d’une milice juive. Le 14 février, Alain Guionnet a été condamné à un mois de prison ferme par la cour d’appel de Versailles pour un délit de presse : il avait apposé des autocollants dont l’un portait : « Rapport Leuchter : finies les chambres à gaz ! ». La liste des universitaires frappés par la répression antirévisionniste était en France de sept ; elle vient de s’allonger de deux noms : ceux de Frédéric Poulon (Bordeaux) et Bernard Notin (Lyon).

Une loi antirévisionniste est actuellement à l’étude sur l’initiative ou avec l’appui de Laurent Fabius, Jean Pierre-Bloch et Serge Klarsfeld. Se sont ralliés à ce projet MM. Pasqua, Santini et Yvon Briant (un ancien partisan de J.-M. Le Pen).

Même Annie Kriegel, qui, par le passé, a provoqué cette chasse aux sorcières, commence à s’inquiéter d’un résultat qui était pourtant bien prévisible. Elle constate :

une obsessionnelle chasse aux sorcières qui présente les mêmes excès que n’importe quelle chasse de cette nature, en s’abritant derrière des institutions juives inquiètes pour légitimer une insupportable police juive de la pensée – par exemple dans un cas navrant récent, où on a suspendu un professeur d’université coupable d’avoir laissé s’exprimer un jeune collègue qui exposait des énormités (comme si l’université, depuis vingt ans, n’avait entendu que des propos équilibrés et raisonnables) [4]. 

« Une insupportable police juive de la pensée » : la formule n’a rien d’excessif. Un homme politique français déclare :

Je ne connais pas un israélite qui refuse un cadeau qu’on lui offre, si ce cadeau ne lui plaît pas. Et je ne connais pas, pour ma part, un maire qui dise : “Je refuse les voix qui me sont apportées” [5]

Cette déclaration déclenche un hourvari. Le même jour, on rend publique la déclaration suivante du Prix Nobel de la Paix, Lech Walesa, à l’hebdomadaire hollandais Elsevier :

Si les Allemands déstabilisent à nouveau l’Europe d’une façon ou d’une autre, alors il ne faudra plus recourir à la partition de l’Allemagne, mais rayer purement et simplement ce pays de la carte. L’Est et l’Ouest disposent de la technologie avancée nécessaire pour exécuter ce verdict. Si l’Allemagne recommence, il n’y a pas d’autre solution. 

Cette fois, c’est le silence ou l’absence de commentaire. 
Le dévoilement progressif du mythe des chambres à gaz et du génocide rend vaines les tentatives des responsables du mythe du génocide qui ont cherché par tous les moyens à étouffer la voix des révisionnistes. En pure perte. Lacommunauté juive doit maintenant réagir et ne plus admettre cette chasse aux sorcières. Elle a une responsabilité dans la propagation d’une invention de la propagande de guerre et dans le maintien de cette invention par la violence sous toutes ses formes. Ainsi que l’a dit l’historien David Irving :
La communauté juive doit faire son examen de conscience, elle propage quelque chose qui n’est pas vrai [6]

Des protestations contre l’arrêté ministériel concernant le professeur Faurisson peuvent être formulées auprès des représentants du monde politique, du monde médiatique et du monde universitaire.


17 avril 1990



Notes

[1] Tribunal de Toronto, affaire Zündel, 1988, 192 pages.
[2] Voy., à paraître en mai 1990, la première livraison de la Revue d’histoire révisionniste, laquelle fait suite aux huit livraisons des Annales d’histoire révisionniste. Pour sa part, l’Institute for Historical Review, de Torrance, Californie, a publié jusqu’ici trente-sept livraisons trimestrielles du Journal of Historical Review.
[3] Le Monde, 7 février 1986, p. 8.
[4] A. Kriegel, « Le leurre de l’antisémitisme », Le Figaro, 3 avril 1990, p. 2. 
[5] Le Monde, 6 avril 1990, p. 10.
[6] The Jewish Chronicle (Londres), 23 juin 1989.

Monday, May 21, 1979

Lettre à Mme Saunier-Seïté, ministre des universités


[...]

A ma suspension de droit allait alors succéder une suspension de fait parfaitement illégale. La situation l’exigeait puisqu’on se déclarait incapable d’assurer le déroulement normal de mes cours. Le patron m’envoyait, le 29 janvier 1979, une lettre recommandée pour m’accuser de lâcheté (je n’avais pas osé affronter mes « contradicteurs », disait-il) et pour me faire savoir qu’un collègue assurerait mon cours de licence « jusqu’à la fin de cette année ».

Tous ces événements se produisaient alors qu’allait s’ouvrir la succession de notre patron socialiste à la tête de l’université Lyon-II. Un candidat se présentait parmi d’autres : mon directeur d’UER, avec lequel il était de notoriété publique que j’entretenais jusque-là d’excellentes relations. Mais l’ambition peut conduire à des égarements. Le nouveau candidat à la présidence faisait savoir publiquement que, dans mon affaire, il épousait les vues de l’ancien président. Il allait même plus loin. Il publiait dans un hebdomadaire de tendance socialiste un très long article, puis un texte en réponse à ma réponse, où j’étais présenté comme un homme médiocre, comme un enseignant ayant reçu autrefois non pas un « blâme » mais – nuance ! des « reproches verbaux » pour de prétendus propos antisémites. Cette pure affabulation s’accompagnait d’une insinuation plus perfide et plus grave : on insinuait que j’étais un professeur qui avait déserté son poste et qu’on payait à ne plus rien faire.

J’élevais une vigoureuse protestation contre cette ignominie. On me proposait alors d’essayer de reprendre mes cours pour les deux dernières séances de l’année, soit le 7 et le 14 mai [1979]. J’acceptais immédiatement cette proposition sans égard pour les risques que j’aurais peut-être une fois de plus à courir.

Malheureusement, par un fait dont j’aimerais bien avoir l’explication, les manifestants étaient mis au courant de mon retour. Une fois de plus, le 7 mai, ils envahissaient les lieux et s’y déplaçaient comme à demeure. Comme d’habitude, aucun contrôle de cartes n’était même tenté à l’entrée de ma salle de cours, où je ne pouvais d’ailleurs accéder ce jour-là. Le 14 mai, les manifestants revenaient sur place. Cette fois-ci enfin, pour la dernière séance de l’année, on se décidait à pratiquer un contrôle des cartes. Je pouvais faire cours mais seulement à une étudiante, car une seule étudiante avait pu franchir le barrage des manifestants. C’est sur ce nouvel échec que se terminait une année universitaire où je n’avais pu, en fin de compte, donner que trois cours de licence : les 6 et 13 novembre [1978] et le 14 mai [1979]. Pour ce qui est des autres enseignements (cours de maîtrise et de certificat C 2), c’est clandestinement que j’ai pu les assurer dans l’arrière-salle d’un café de la ville à un petit groupe d’étudiants courageux.

Ce n’est pas vous, Madame, qui allez vous soucier de prendre ma défense.

Mon avocat a cherché à vous saisir de mon affaire quand il est devenu évident que les autorités de Lyon-II étaient incapables de la résoudre. A la même époque je crois savoir que les autorités de police vous ont fait savoir que j’étais en danger de mort. Vous êtes restée totalement insensible aux appels qui vous étaient lancés. Vous avez fait répondre qu’il nous fallait passer par la voie hiérarchique, c’est-à-dire par le recteur. Mais vous saviez que le recteur nous avait depuis longtemps déclaré qu’en vertu du principe de l’autonomie des universités il ne pouvait intervenir dans cette affaire.

Tout cela est dans l’ordre des choses. Je ne vois là ni complot, ni conjuration, mais un conformisme de fer. Aussi longtemps que j’ai paru rester dans le rang, j’ai été, paraît-il, un « très brillant professeur », un «chercheur très original», une « personnalité exceptionnelle ». Du jour où j’ai heurté le tabou des « chambres à gaz », ma situation professionnelle est devenue intenable. Aujourd’hui, je me vois contraint à solliciter de votre haute bienveillance ma relégation dans l’enseignement par correspondance.

21 mai 1979

Thursday, August 18, 1977

Lettre à Mme Olga Wormser-Migot et sa réponse


Chère Madame, 

Il y a aujourd’hui trois ans et une semaine qu’en ouvrant le journal Le Monde, je découvrais un « témoignage » où une ancienne déportée, sans me nommer mais en me désignant, me traitait de « falsificateur », de « pauvre dément » et d’« esprit perverti ». Et cela parce que j’osais mettre en doute l’existence des « chambres à gaz» hitlériennes. Lors d’une entrevue que vous vouliez bien m’accorder à votre domicile et qui avait lieu le 24 septembre 1974, vous me faisiez savoir que vous aviez manifesté votre réprobation à l’endroit de ce « témoignage » ; vous l’aviez même fait savoir à l’intéressée, c’est-à-dire à Charlotte Delbo. 

Ce même jour, vous me proposiez d’intervenir auprès de M. Raymond Las Vergnas pour lui dire que vous désapprouviez le texte par lequel la Sorbonne nouvelle portait condamnation de mes recherches. 

Ce même jour encore, vous me prédisiez toutes sortes d’ennuis si je persistais dans la voie où je m’étais engagé. Vous me confirmiez ce que je savais déjà au sujet des ennuis graves que vous avaient valus vos trois pages sur « le problème des chambres à gaz ». 

Vous ne vous trompiez pas. Voici une liste succincte des ennuis que j’ai rencontrés : 

Campagne de presse partie d’Israël en 1974, Tribune juive-Hebdo, Le Canard enchaîné, Le Monde, Le Droit de vivre, L’Humanité (paraît-il), le grand rabbin Kaplan à la télévision ; on me nomme ; on me désigne ; on publie mon adresse personnelle ; je reçois un flot de lettres de menaces, parfois signées de leurs auteurs et sur papier à en-tête ; inscription injurieuse à mon domicile ; injures au téléphone ; ma fille insultée ; ma femme insultée. 

La Sorbonne Nouvelle, déformant totalement l’esprit de recherches dont elle ne sait d’ailleurs rigoureusement rien, porte condamnation de Faurisson dont elle va jusqu’à dire qu’il n’appartient pas à la Sorbonne nouvelle. 

Mon UER porte également condamnation en des termes outrageants ; je ne suis ni entendu, ni informé, tout se passe dans mon dos ; je n’apprends les condamnations qu’après coup.

Tribune juive-Hebdo ayant suggéré que ma place n’est plus au SNESup (j’appartenais au SNES, où j’avais été secrétaire de section, puis au SNESup, depuis plus de vingt ans), je suis exclu de mon syndicat ; là encore je ne suis ni entendu, ni informé ; j’apprends la sanction par hasard et après coup ; je demande à être entendu. Peine perdue. J’envoie un papier à la « commission des litiges » qui expédie mon cas, sans autre forme de procès. 

Lyon-II, ma nouvelle université, prend une décision sans précédent : elle décide ne pas me proposer pour le poste de professeur sans chaire que je sollicitais. Vous savez que, lorsque une université veut bloquer la carrière d’un maître de conférences, elle n’agit pas de cette façon. Il lui suffit de classer en dernière position le nom du candidat. Agir autrement, agir comme on l’a fait dans mon cas, c’est prendre une très grave initiative qui ne peut avoir qu’un motif extrêmement grave, si grave même que le candidat devrait pour le moins être entendu, puis, la décision une fois prise, se voir notifier cette décision. Encore que sur ce point je m’avance peut-être beaucoup, étant donné que mon cas serait sans précédent. Toujours est-il que là encore je n’ai appris cette décision que par hasard et grâce à une indiscrétion. Mais voyez plutôt comment, ensuite, on a pris ses aises avec la vérité. Je suis parvenu à mettre l’autorité universitaire au pied du mur, et cela grâce au tribunal administratif de Lyon et au Conseil d’État. Dans un premier temps on m’a dit qu’on me reprochait d’être nazi ; motif : je niais l’existence des camps de concentration ou des « chambres à gaz », ad libitum. Dossier de l’accusation : coupures de presse du Canard enchaîné, du Monde, etc. Dans un deuxième temps on m’a dit qu’on me reprochait non pas d’être nazi, mais d’être fou ; motif : même motif ; dossier : même dossier. Dans un troisième temps on est allé encore plus loin. On a totalement abandonné les deux accusations précédentes pour se rabattre sur le motif suivant, un motif présenté cette fois au tribunal administratif : « M. Faurisson n’a jamais rien publié, et cela de son propre aveu. » Dossier cette fois-ci : une lettre de moi. Dans cette lettre, que j’avais adressée au président de mon université pour lui dire mon étonnement devant l’accusation de nazisme, j’avais effectivement écrit que, puisque je n’avais rien publié, je ne voyais pas sur quoi cette accusation pouvait être fondée. Il allait de soi que cette phrase signifiait que je n’avais jamais rien publié... qui puisse donner à penser que j’étais nazi. On a extrait cette phrase de ma lettre pour faire de moi un maître de conférences qui n’avait jamais publié un seul livre ou article. L’imputation était d’autant plus cynique que mon dossier de candidature contenait sur toute une page la liste de mes publications dont certaines sont passablement connues en France et à l’étranger.

Je passe sur trois ou quatre ignominies que je pourrais ajouter à cette liste, je passe sur le fait que ma vie est devenue difficile ; je passe sur le fait que, sans argent, il me faut payer des avocats ; je passe sur le fait que ma femme souffre d’une grave dépression nerveuse à laquelle tant d’ennuis, malheureusement, ne sont pas étrangers.

Mais, voyez-vous, je me sens propre et je sais que bien des gens se sont salis. Je passe pour « nazi » comme, en d’autres temps, je passais pour l’« Angliche » et comme, si Hitler avait gagné la guerre, je passerais pour faire le jeu des « judéo-marxistes ». 

Je vais droit mon chemin. Vous me disiez que je vous paraissais naïf. Entre nous, je me crois à peu près aussi naïf que Voltaire. Voltaire était naïf et, en bon Français, il était courageux par accès mais sans grande continuité. Mon travail, en fin de compte, je préfère le comparer à celui de Jean Norton Cru, qui a mené sa tâche à bien jusqu’au bout, malgré les outrages et sans désespérer des hommes.

Je suis arrivé à la conclusion que les « chambres à gaz » hitlériennes n’ont jamais existé. Mon enquête remonte à bien des années. Quand je suis allé vous trouver, j’en savais déjà très long sur la question. Parce que vous m’étiez sympathique, parce que je ne voulais pas vous froisser dans votre sensibilité et aussi – soyons franc – parce que c’est ma façon d’enquêter, je ne vous ai pas révélé, à l’époque, ce que je savais de précis sur les « documents » Höss ou Gerstein, sur les « témoignages » de Nyiszli et consorts. Je ne vous ai pas dit que je pouvais vous réciter les deux « dépositions » du Dr Bendel. Rappelez-vous ce que je vous ai, par la suite, écrit sur le « document » NO-365 : un exemple, parmi bien d’autres, de présentation malhonnête du Centre de documentation juive contemporaine.

Vous m’avez envoyé une photo de la « chambre à gaz » de Majdanek, d’autant plus précieuse, me disiez-vous, qu’elle datait d’un temps antérieur à la « frénésie muséographique qui a présidé à la transformation des lieux » (je vous cite de mémoire). Cette photo est celle d’une salle de douche. Quant aux lieux, je les ai visités en 1975 : comme supercherie grossière, on ne fait pas mieux. C’est à rire. J’ai visité Auschwitz et Birkenau en 1975 et en 1976. Je possède une abondante documentation photographique sur tout ce qui a trait aux « chambres à gaz » des deux camps. J’ai des copies de plans particulièrement intéressants et qu’on se garde bien de publier.

J’ai lu une foule de « documents », de « témoignages », d’« affidavits », de NO, de NI, de NIK, de PS, etc., à la fois de l’IMT des NMT, du « procès de Francfort » ou d’autres procès. J’ai étudié les sténogrammes du « procès de Jérusalem ». J’ai aussi lu bien des ouvrages de la tendance Hilberg-Reitlinger ou de la tendance Rassinier-Butz.

Je me demande quelle piste j’ai pu laisser inexplorée. 

Ma première visite au Centre de documentation juive contemporaine remonte à 1967. Du début de 1974 à juillet 1977, j’ai passé des centaines ou des milliers d’heures dans ce même CDJC, bien qu’on s’y soit ingénié à me rendre mes visites et mes conditions de travail de plus en plus difficiles. J’y ai exploré à fond le fichier « Extermination-gazage » et bien d’autres documents non répertoriés dans ce fichier. J’ai eu quelques entretiens avec MM. Wellers, Rutkowski et surtout avec M. Billig. Ce dernier, qui m’avait, en 1974, adressé une lettre où il se déclarait étonné qu’on puisse douter de l’existence des « chambres à gaz » parce qu’il en existait tant de preuves, a fini par reconnaître devant moi en mai 1977 qu’il n’était pas en mesure, tout compte fait, de me fournir une preuve de l’existence d’une «chambre à gaz». Et, comme j’insistais pour savoir s’il connaissait une personne capable de fournir une telle preuve, il me répondait qu’au fond il n’en connaissait pas. Il ajoutait, je dois le dire, qu’à son avis, s’il n’y avait pas eu de « chambre à gaz », il avait forcément existé un moyen industriel – il ne savait pas lequel au juste – de perpétrer un gigantesque massacre, un « génocide ».

J’aurais beaucoup à dire sur cette position de repli, mais passons. 

Lors de notre entrevue du 24 septembre 1974, vous m’aviez dit : « Il ne faut pas attaquer les déportés. Je vous demande une chose : promettez-moi de ne rien écrire. » Ma réponse avait été : « Un article de moi peut sortir. Je m’y emploie. » Vous m’avez alors dit : « Envoyez-le moi. » 

C’est ce que je fais aujourd’hui. Cet article, intitulé « Le problème des chambres à gaz », je l’ai envoyé le 26 juillet 1977 au journal Le Monde, qui hésite à le publier. Le Monde me doit réparation. Il m’a insulté le 11 août 1974 et il m’a refusé tout droit de réponse. Cette réparation, je l’obtiendrai tôt ou tard, d’une façon ou d’une autre. P. Viansson-Ponté me prend, figurez-vous, pour un sympathisant des nazis. Il se plaint de ce que, dans mes lettres à J. Fauvet ou à d’autres de ses collègues, je l’insulte. Il voit là probablement le signe de je ne sais quelle frénésie. Il a oublié le mal qu’il m’a fait le 11 août 1974. Je lui ai dit qu’il avait, de plus, gravement dénaturé le contenu de la brochure de R. Harwood dans son article du 17-18 juillet 1977. Je disais que je ne voulais pas, à mon tour, subir le même traitement (être l’objet de dénaturations, falsifications, adultérations, etc.). Je lui ai dit que dans le texte d’Harwood il y avait du très bon et du très mauvais, etc., etc. Il m’a écrit une lettre furibonde. Il m’a dit qu’il était prêt à m’entendre à condition que Germaine Tillion ou – à défaut – Mme Olga Wormser-Migot, lui dise ou lui écrive que je n’ai pas tort dans ma thèse sur les «chambres à gaz». Je lui ai répondu que je ne pouvais avoir confiance en G. Tillion étant donné ses témoignages sur la prétendue « chambre à gaz » de Ravensbrück. J’ai ajouté : « D’accord pour Mme Olga Wormser-Migot. Ayons, vous, elle et moi une entrevue ensemble. Elle m’a aimablement reçu chez elle en 1974. Elle ne connaît pas mes dossiers. Mais en vingt minutes elle verrait bien ce qu’ils valent. » 

A mon collègue Delpech – que je connais assez mal et surtout pour l’avoir rencontré au CDJC – vous auriez dit : « Attention ! Faurisson n’est pas un nazi. Il ne faut pas lui faire d’ennuis. » Je me demande au fond si ce soupçon de nazisme n’est pas également chez P. Viansson-Ponté la vraie pierre d’achoppement.Voyez si, à défaut d’autre chose, vous ne pourriez pas le rassurer là-dessus. 

Mon article est-il nazi ? violent ? agressif ?

Je vous dis que, s’il faut désamorcer toute cette affaire de « chambres à gaz » et de « génocide », cet article peut y parvenir. Les choses en ce moment évoluent vite, très vite. 

Et puis tout cela est bien simple. Qu’on réponde à ma question : « Si les "chambres à gaz" n’ont pas existé, faut-il le dire ou le taire ? »

Je vous ai parlé sans détours. Répondez-moi de même.


La réponse d’Olga Wormser-Migot 

                                                                    7 novembre 1977 

« [...] Je ne veux pas vous écrire un volume, mais seulement vous préciser ma position.

1) Votre visite m’avait beaucoup émue à tous points de vue. Je pensais surtout à cette persécution ininterrompue contre un homme de bonne foi ; 
2) la première différence entre mes positions et les vôtres, et vous le savez, c’est que je crois à l’existence de chambres à gaz à Auschwitz et à Majdanek, ainsi qu’à la « chambre expérimentale » (1 m sur 2 sur 3) du Struthof ;
3) dernière et principale différence : étant donné les sentiments des déportés, profondément traumatisés par les souffrances subies, il est évident que votre attitude ne peut que les heurter. Il est des cas où l’Histoire se doit d’attendre que le Temps permette une étude sans agressivité de certains problèmes d’horreur.

Écoutez-moi – et vous savez que je crois votre recherche pure de tout autre motivation que la vérité historique – votre attitude d’obstination à partir du moment où votre thèse a été contestée et où votre défense elle-même vous portait à vous opposer de plus en plus aux déportés, prêtait à confusion.

En effet, plus vous apportiez d’arguments au renforcement de votre propos, plus vous affirmiez sa vérité, plus vous sembliez aux yeux de certains laver Hitler d’une des accusations portées contre lui et ses camps.

Pour moi, cher Monsieur, un tel problème ne peut être traité que dans le contexte général du nazisme. Tortures, expériences, génocide, fours crématoires et charniers, horreurs portées à l’extrême, dites-moi si dans tout cela l’existence ou la non-existence de chambres à gaz présente aux yeux de l’histoire infâme de ces années une importance « de surcroît » assez capitale pour continuer sur ce point à meurtrir encore les déportés et à mettre votre propre existence en malheur ?...

Je vous rappelle que, dans une occasion semblable – il s’agit de ma thèse Le Système concentrationnaire nazi où, comme vous le savez, j’ai mis en doute et davantage l’existence de chambres à gaz à Ravensbrück et Mauthausen – et après des obstinations d’historiens qui ne servaient qu’à envenimer les choses, j’ai simplement introduit un rectificatif expliquant la position des déportés à ce sujet. Car pour moi les déportés comptent toujours d’abord.

Sachez que je suis prête, cher Monsieur, à vous aider dans toute la mesure de mes possibilités afin d’effacer de votre vie des accusations aussi nocives pour vous, votre travail et votre famille. Mais je vous prie de tout faire pour comprendre l’esprit de cette lettre.

C’est la raison pour laquelle je ne puis accéder à votre désir de rencontrer M. Viansson-Ponté en ma présence : il ne faut pas continuer de controverses sur un tel sujet. Je lui écris par contre par le même courrier.

J’insiste encore sur la nécessité d’un état d’esprit réaliste de votre part. Je suis prête à écrire à qui vous voudrez pour qu’il soit tenu compte de l’inanité des accusations qui vous atteignent. Mais dans l’esprit de cette lettre exclusivement. »

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[Publié dans Vérité historique ou vérité politique ?, Paris, La Vieille Taupe, 1980, p. 74-79.]