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Tuesday, October 10, 1989

[Autre] Lettre à "Rivarol" : Le révisionnisme, la droite et la gauche


Robert Poulet vient de nous quitter. J’étais encore à l’hôpital quand est paru son article du 22 septembre 1989. Je n’aurai pas eu le temps de lui exprimer ma gratitude. 

En passant, il formulait un jugement qu’il ne m’en voudrait sans doute pas de redresser. Il écrivait : « Et quant à l’“extrême droite”, Robert Faurisson la déteste et elle le vomit. » En matière de politique, je n’ai pas d’opinion tranchée et je n’ai donc pas celle qui m’est ici prêtée.

Pendant de longues années, certaines fractions de ce qu’on appelle l’« extrême droite » ont manifesté quelque méfiance à l’égard du révisionnisme parce qu’il est vrai qu’en France le révisionnisme à la façon de Paul Rassinier a pris naissance chez des libertaires et qu’aujourd’hui encore des libertaires le propagent ou l’illustrent. Je rappelle cependant que Rivarol a ouvert ses colonnes au « père du révisionnisme français », quand ce dernier s’est trouvemis au ban de la société par les puissants de ce monde. Il a aussi existé un révisionnisme à la manière de Maurice Bardèche qui, dès 1948, publiait aux « Sept Couleurs » Nuremberg ou la Terre Promise, l’un des plus grands livres de la littérature française du XXe siècle. L’ouvrage avait été saisi et interdit ; son auteur avait croupi pendant onze mois dans les prisons françaises. Il m’intéresse peu de savoir combien un auteur est payé pour ses écrits ; il m’intéresse plus de savoir combien il lui en a coûté ou combien il a payé. Je juge de même ceux qui professent des opinions politiques.

Parmi mes avocats, j’ai compté Me Tixier-Vignancour que l’on classe à l’« extrême droite », Me Yvon Chotard (du barreau de Nantes) qui est de gauche, et Me François Berthout, dont j’ignore l’opinion politique. Enfin, l’avocat que j’ai toujours trouvé à mes cotés et qui persiste à me défendre en toute occasion est Me Eric Delcroix, qui est d’« extrême droite », tandis que mon éditeur est Pierre Guillaume venu d’un milieu libertaire.

Dans le phénomène révisionniste, j’ai cru noter que le sympathisant de gauche perçoit une sorte de révolution nécessaire et le sympathisant de droite, une réaction salutaire. Pour moi, je pratique le révisionnisme comme une recherche de l’esprit et aussi, je dois le confesser, comme une forme de devoir civique.

10 octobre 1989

Lettre à "Rivarol"


Robert Poulet était chevaleresque, sans illusion et sans donquichottisme. 

A plus de quatre-vingt-dix ans, il a pris le risque de se ranger sous la bannière révisionniste et je l’ai vu se porter à mon secours comme, en d’autres temps, Albert Paraz l’avait fait pour Paul Rassinier. 

A quatre-vingt-seize ans, peu de jours avant sa mort, épuisé par la maladie, il est sorti de son silence pour envoyer un dernier article à Rivarol ; il y flétrissait mes agresseurs du 16 septembre 1989 (la sixième agression en onze ans) et, une nouvelle fois, il affirmait ses convictions révisionnistes. 

Les esprits libres ne manquent pas mais, avec l’âge, il leur arrive de faiblir. Ils ont tendance à s’enfermer dans la défense d’idées qui ont fait leur temps. Tel, qui a brillé par son courage, estime qu’il n’a plus à en fournir une nouvelle preuve par la défense d’une idée nouvelle. Robert Poulet, lui, aura prouvé sa liberté d’esprit et son ouverture d’esprit jusqu’au dernier jour d’une très longue vie. Je l’admire.

10 octobre 1989