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Thursday, April 16, 2015

Faurisson vu par André Breton et vu par Jean d'Ormesson


Hier dans le blog des amis de Paul-Eric Blanrue (blanrue.blogspot.fr) est paru le bref article D'Ormesson en Pléiade. Bientôt Faurisson ?

Avant de m'engager, à la fin des années 1970, dans la publication d'ouvrages relevant du  révisionnisme historique, j'avais, dans le domaine du révisionnisme littéraire, notamment publié A-t-on lu Rimbaud ? (Jean-Jacques Pauvert 1961, 1962) et A-t-on lu Lautréamont ? (Gallimard, 1972).

Le premier de ces deux ouvrages avait provoqué une retentissante « Affaire Rimbaud » tandis que le second avait agité surtout certains milieux universitaires.
André Breton, parmi bien d'autres, avait traité du premier ouvrage et Jean d'Ormesson avait rendu compte du second.

Deux citations pour vous mettre la puce à l'oreille :

1) Une citation de Rimbaud : « On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans ».
2) Une citation de Lautréamont tout à la fin des Chants de Maldoror :  « [Quand je serai mort,] je veux que le lecteur en deuil puisse se dire : "Il faut lui rendre justice. Il m'a beaucoup crétinisé. Que n'aurait-il pas fait, s'il eût pu vivre davantage ! c'est le meilleur professeur d'hypnotisme que je connaisse !" » 

J'avais discrètement commencé mes recherches sur la magique chambre à gaz au début des années 1960.

En 1972, dans ma thèse sur Lautréamont, j'avais glissé les mots suivants à propos des mystifications, particulièrement en temps de guerre : « La Seconde guerre mondiale a suscité des mythes encore plus extravagants [que la première guerre mondiale] mais il ne fait pas bon s'y attaquer. Une entreprise comme celle de Norton Cru, si on l'appliquait à la dernière guerre, serait encore prématurée, semble-t-il. Certains mythes sont sacrés. Même en littérature ou en histoire, on court quelque risque à vouloir démystifier » (p. 338).  


PS : Dans le cas de Rimbaud, le mieux est de lire l'ouvrage publié en 1991, soit trente après l'édition originale de 1961 : Robert Faurisson, A-t-on lu  Rimbaud ? Suivi de L'Affaire Rimbaud, La Vieille Taupe, 1991, 205 pages ; il  s'agit là de la troisième édition. 
16 avril 2015

Monday, August 27, 2012

Quand Jacqueline Piatier écrivait à Robert Faurisson au sujet des prétendues « chambres à gaz nazies »


Le 17 juillet 1977, Jacqueline Piatier, journaliste du Monde, m’adressait une lettre manuscrite dont, jusqu’à présent, j’ai tu l’existence. Cette lettre est antérieure d’un an et demi à la publication dans Le Monde, le 29 décembre 1978, de ma tribune sur « ‘Le problème des chambres à gaz’ ou ‘la rumeur d’Auschwitz’ », un texte qui mettra le feu aux poudres de la Shoah. Les temps ont bien changé. Dans la propagande shoatique la magique chambre à gaz s’est effacée à tel point que les historiens, en France et à l’étranger, ne la mentionnent plus que du bout de la plume. Aussi la rétrospective du 21 août 2012, intitulée « 29 décembre 1978 / Le jour où Le Monde a publié la tribune de Faurisson », ressemble-t-elle à un faire-part d’enterrement des chambres à gaz. Cette rétrospective est rédigée par une journaliste people qui, totalement ignorante du sujet, en est réduite à l’imprécation. Mais Yahweh entendra-t-il les cris de vengeance qu’elle pousse ainsi à la fois contre Faurisson et contre les journalistes qui, en 1978, lui ont ouvert les portes du Monde ?

Faurisson et ses quarante imperfections ou péchés

Ariane Chemin (à ne pas confondre avec sa collègue Anne Chemin) est le nom de la dame qui m’a trouvé au moins quarante imperfections ou péchés qu’elle dénonce dans les passages où figurent les mots suivants: 1) « mégalomane », 2) « thèses délirantes », 3) « prétendant », 4) « comédie », 5) « pétaradant », 6) « abreuve », 7) « autoritaire », 8) « sans succès », 9) « atterrissent à la poubelle », 10) « Les redresseurs de morts » [Nadine Fresco], 11) « marginalité », 12) « l’énormité des thèses » [Bruno Frappat], 13) « inanité de son propos », 14) « quinquagénaire fluet », 15) « ce nostalgique de Pétain », 16) « non issu de la gauche, comme il le prétend », 17) « est un menteur professionnel », 18) « a déjà eu maille à partir avec l’éducation nationale et la justice », 19) « un provocateur né », 20) « adore se victimiser », 21) « monstre idéologique », 22) « une mauvaise odeur de ‘mensonge’», 23) « Le mensonge » de ses pareils, « Tout cela paraît si stupide, si fantastique, si monstrueux de bêtise autant que d’ignorance qu’on est tenté de jeter cette soi-disant brochure (…) et de n’y plus penser. Eh bien ! On aurait tort ! » [Pierre Viansson-Ponté en 1977 au sujet d’une brochure révisionniste], 24) « procédurier tatillon », 25) « obsessionnel et hypermnésique », 26) « graphomane », 27) « son fatras pseudo-scientifique », 28) « est publié presque par effraction », 29) « falsificateur », 30) « dialecticien retors », 31) [Pierre Vidal-Naquet dans] Les Assassins de la Mémoire, 32) « négationnisme », 33) « monomaniaque », 34) « avançait masqué » [Laurent Joly], 35) « [Les historiens] ont réduit à néant les fantasmagories de Faurisson et de son fan-club antisémite », 36) « ce ‘faussaire de l’Histoire’, comme l’a appelé Robert Badinter », 37) « n’est plus qu’un protagoniste de la rubrique Justice », 38) « un bouffon qui se produit sur les estrades avec Dieudonné », 39) « l’invité de marque du président Ahmadinejad à Téhéran », 40) « Plus jamais un ‘professeur’ ».

Une lettre, révisionniste, de J. Piatier

J. Piatier (1922-2001) est entrée au Monde en 1945. En 1967, elle fonde Le Monde des livres. Le 17 juin 1972, elle assiste à ma soutenance de thèse dans l’amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne sur « la Bouffonnerie de Lautréamont », c’est-à-dire sur la bouffonnerie d’Isidore Ducasse (1846-1870), auteur des Chants de Maldoror par le Comte de Lautréamont. Le 23 juin, elle signe un compte rendu élogieux à la fois de la thèse et de la soutenance. Cinq ans plus tard, je lui envoie un texte résumant la conclusion de mes recherches sur les prétendues chambres à gaz nazies. On trouvera ci-après sa réponse  que je ne pouvais pas divulguer de son vivant sans lui faire courir de graves risques aussi bien professionnels que personnels et physiques. J’en souligne les deux passages sacrilèges.


 La Rédaction                       Paris 17 juillet 1977

 Cher Monsieur,

Votre texte est arrivé pendant mes vacances ce qui vous explique mon retard à vous répondre. Je connaissais déjà votre thèse sur les Chambres à gaz. Elle est virulente. Il se peut qu’elle soit vraie et aille un jour rejoindre au pays des légendes ces histoires d’enfants aux mains coupées par les Allemands qui couraient après la guerre de 14.

A moins qu’il ne paraisse un ouvrage sur la question (comme le livre américain que vous me signalez – mais il est déjà ancien [1]) le Monde des livres n’est pas le lieu pour ouvrir une telle polémique et surtout pendant les vacances, où l’on peut difficilement se procurer les références nécessaires.

Mais je garde votre note. Un jour ou l’autre, peut-être, j’y aurai recours. C’est un fameux lièvre que vous levez.

Croyez à mon bon souvenir.     Jacqueline Piatier


Le piquant de l’affaire est qu’A. Chemin, dans son libelle de 2012, fait compliment à J. Piatier, décrite sous les traits d’une femme « énergique et audacieuse », de m’avoir traité de « professeur pétaradant » comme s’il s’agissait d’un défaut de plus de l’ignoble et nul Faurisson. En réalité, comme le montre le contexte, J. Piatier trouvait la soutenance comparable à un « pétaradant » feu d’artifice ! Elle concluait : « On ne peut nier que [M. Faurisson] ait mis le doigt sur quelques-uns de nos maux et qu’il fasse régner, là où il passe, une bonne santé mentale et verbale que la jeunesse trouve à son goût » (« Maldoror entre M. Prudhomme et M. Fenouillard » (23 juin 1972, p. 13, 15) [2].

Au journal Le Monde mes découvertes sur le mythe des chambres à gaz nazies rencontraient alors – et, pour certains qui sont toujours parmi nous, rencontrent encore aujourd’hui – un vif intérêt auprès d’autres journalistes que J. Piatier. Je me réserve de fournir des noms ainsi que de révéler un certain document en possession du Monde dont la publication riverait leur clou à ceux et à celles qui, sachant que j’ai été la victime de dix agressions physiques en raison de mes travaux révisionnistes, ont l’aplomb soit d’écrire, soit de clamer : « [Faurisson] adore se victimiser ». J’ai la faiblesse de croire que ce document ferait honte aussi bien à certains de ceux qui traquent et chassent les révisionnistes qu’à ceux qui, par leur couardise, laissent le champ libre à la meute. En attendant, chez les historiens, la magique chambre à gaz ressemble de plus en plus à ce qui nous reste d’Ariel Sharon depuis six ans, à Jérusalem, dans une chambre d’hôpital : elle se meurt, elle est morte. Qu’on s’en avise enfin et qu’on se le dise, au Monde et ailleurs ! [3]

Wednesday, September 7, 2011

L'Affaire Faurisson vue de Clermont-Ferrand en 1980-1981

« L'Affaire Faurisson » a vraiment commencé, en France et à l'étranger, vers la fin de l'année 1978 et au début de l'année 1979. En France elle a donné lieu à de tels débordements de haine, à de telles vitupérations et condamnations que les universitaires – race, en général, d'enfants sages issus de parents sages – en ont été comme pétrifiés. Pour ma part, je me souviens que mes « chers collègues », sans exception, du jour au lendemain, m'ont totalement abandonné aux coups, physiques ou autres. Parfois, soucieux de se dédouaner parce qu'ils avaient été de mes amis, ils ont participé à l'hallali.

Le seul universitaire qui, à ce moment-là, a eu l'audace de me manifester quelque sympathie a été un professeur d'histoire, appartenant à une autre université que celles de Lyon. Un jour, il s'est rendu à mon domicile, à Vichy, il a sonné, j'ai ouvert ma porte et, là, je lui ai entendu me dire d'un seul souffle :

Faurisson, je viens te demander pardon parce que je me suis conduit comme un lâche et que je continuerai à me conduire comme un lâche.

Il a tenu parole et je le comprends.

Il faut avoir vécu ces temps héroïques où mettre en doute l'existence de la Sainte Trinité du prétendu Génocide des juifs, des prétendues Chambres à gaz nazies et des prétendus Six Millions de juifs exterminés paraissait le comble de l'aberration. Bien des gens de mon plus proche entourage m'ont à cette époque fait sentir leur gêne ou leur désarroi : je devais être fou ou nazi pour ainsi « nier l'existence des camps de concentration » (sic).

Pour être exact, je dois dire que, sous l'impulsion de Pierre Guillaume (qui n'était pas, lui-même, un universitaire) et de Serge Thion (qui appartenait au CNRS), il s'est trouvé quelques rares enseignants ou universitaires, parfois juifs, pour m'apporter leur soutien et puis... pour s'éclipser ensuite dans la nature.

Avant d'enseigner d'abord à la Sorbonne, puis à la Sorbonne Nouvelle-Paris III, j'avais été, de 1963 à 1968,  professeur au Lycée Blaise Pascal de Clermont-Ferrand. Parmi mes collègues se trouvait un jeune professeur de lettres qui, des années plus tard, au moment de mes tribulations, allait faire preuve, à deux reprises, d'un étonnant courage.

On pourra le constater à la lecture des deux articles ci-joints que j'ai retrouvés il y a quelque temps dans mes archives. Ces articles étaient signés du nom de leur auteur. Si je ne crois pas nécessaire d'indiquer ici ce nom, c'est que j'ignore ce que l'intéressé, trente ans après les avoir écrits, peut bien encore en penser. Je sais seulement qu'il est à la retraite et souffrant. 

C'est égal : un athée notoire aura été, dans la partie la plus éprouvante de sa vie, défendu dans les colonnes d'un hebdomadaire catholique, Le Semeur-Hebdo. Plus tard, il frappera à la porte de l'Union des athées, une Union dont le statut prévoyait que tout le monde pouvait en faire partie et que personne ne pouvait en être exclu. 

Las ! Malgré l'appui que j'ai pu trouver au sein de cette Union auprès de quelques esprits distingués, une cabale montée par le président est parvenue à chasser l'intrus. Le Statut a été changé et l'excommunication prononcée. Selon le mot de Pierre Guillaume, « Faurisson a été chassé de l'Union des athées parce qu'on l'a trouvé pas trop catholique ». 

7 septembre 2011

***

Le Semeur-Hebdo est une publication de l’Évêché de Clermont-Ferrand.


Le premier article ci-dessous (29 mai 1980) porte sur le livre de Serge Thion, Vérité historique ou vérité politique ? / Le dossier de l’affaire Faurisson / La question des chambres à gaz, 1980, 352 p.

Le second article (15 janvier 1981) porte sur le livre de Robert Faurisson, Mémoire en défense contre ceux qui m’accusent de falsifier l’Histoire / La question des chambres à gaz, précédé d’un avis de Noam Chomsky, 1980, XXIV – 280 p.

L’auteur de ces deux articles obtiendra son doctorat ès lettres et sciences humaines en 1988 et, jusqu’à l’âge de prendre sa retraite, enseignera la langue et la littérature françaises dans une université de Clermont-Ferrand.


- 1 - ROBERT FAURISSON : LE CHEVALIER RAJAX

Connaît-on dans le grand public « l’affaire Faurisson » ? Je ne sais. Quoi qu’il en soit et quoi qu’il m’en coûte, je considère comme un devoir de parler du livre Vérité historique ou vérité politique ?, édité par la Vieille Taupe.

De quoi s’agit-il ? Robert Faurisson est un professeur de lettres qui a émerveillé et surtout éveillé des générations d’élèves, puis d’étudiants. Il émane de son nom un fumet de scandale, ou du moins de provocation, parce qu’il n’a pas son pareil pour « récurer les textes ». Il y a en lui, sans le côté « concierge », la passion d’un Henri Guillemin, pour que les mots dégorgent leur sens et non celui qu’on veut leur prêter. Robert Faurisson (qui a écrit des textes percutants sur Rimbaud, Lautréamont, Nerval…) s’est spécialisé dans la critique des documents. Ses étudiants ont baptisé sa méthode « la lessive Ajax »[1].

Jusque là rien que de très louable : faire dire aux mots leur dernier mot, comme dit Audiberti, c’est salutaire ! Seulement, Faurisson, avec une rage de convaincre qui l’honore, mais qui agace certains, essaie de prouver que les chambres à gaz du nazisme n’ont pas existé ! Ce n’est pas une lubie : toute une école (dite « révisionniste ») s’évertue, preuves en livres, d’établir qu’il s’agit d’un mythe. Alors là, c’en est trop ! On traite Robert Faurisson de « nazi », de « fasciste », j’en passe et des plus dures. L’an dernier, toute une affaire de presse a excité différents milieux, au point que Robert Faurisson a été l’objet d’attaques, tant morales que physiques !

Le livre de Serge Thion fait scrupuleusement l’historique de « l’affaire » en montrant combien les mensonges ont été accumulés. Le problème est simple : Robert Faurisson fait une œuvre d’historien, il essaie de prouver sérieusement sa conviction, mais jusqu’à présent on ne prend pas la peine de lui répliquer honnêtement.

Je n’ai personnellement pas encore assez d’éléments pour juger du fond de la thèse (« les chambres à gaz n’ont pas été utilisées pour l’extermination massive des déportés »), mais je considère que toute tentative de discréditer une position avant même de l’avoir discutée est une attitude indigne. Je respecte profondément la douleur des déportés et des familles de déportés, mais je ne vois pas en quoi la recherche d’une vérité historique est d’avance une marque de dépravation humaine. Le livre de Serge Thion est un acte de courage.

Si l’on veut éviter le retour de quelque fascisme que ce soit, il convient d’être vigilant certes, mais non en utilisant les armes du totalitarisme.

Au fond, Faurisson est un maniaque de la vérité : peut-être se trompe-t-il, mais il est sûr qu’il ne cherche pas à tromper. Les kilos de documents qu’il a réunis le prouvent. Faurisson ne nie pas l’horreur nazie, il croit que « le mythe des chambres à gaz » n’ajoute rien à cette horreur. Qu’il y ait une pointe de délectation dans sa certitude n’est pas une injure envers les victimes du nazisme, mais la satisfaction d’avoir servi, quoi qu’il lui en coûte, l’approche de ce qu’il estime être la vérité historique.


- 2 - IL FAUT REPARLER DE ROBERT FAURISSON

Impossible de ne pas prendre parti dans cette affaire sans aborder les problèmes de façon personnelle, et sans révéler, au nom de la vérité, ce qui me conduit à mettre mon grain de sel dans une histoire trouble et mouvementée.

J’ai connu Robert Faurisson en 1968 et 1969 au lycée Blaise Pascal. Il était un excellent collègue, redoublant de vivacité d’esprit, de rigueur intellectuelle, et de non-conformisme salutaire.

Je connais un tout petit peu l’homme : c’est une forte individualité, tenaillée par le souci d’éclaircir les mystères ou les mensonges. Il traque inlassablement depuis vingt ans les à-peu-près, les falsifications, les mythes, tant en littérature que dans la vie. Quand d’autres se satisfont d’interprétations hâtives (souvent fautives), il va plus loin, ne négligeant aucun détail. Ses travaux sur Rimbaud, Lautréamont et Nerval (dont une thèse en Sorbonne) lui ont valu une renommée au parfum de scandale, dont il ne manque d’ailleurs pas de jubiler.

Pourquoi diable, disent certains, ne s’est-il pas contenté de ses chères lettres françaises ? Quelle mouche à fiel l’a piqué ? Qu’est-ce qui le fit courir en France et à l’étranger pour prouver que les « chambres à gaz » n’ont pas été utilisées à des fins d’extermination massive ? Qui peut sonder les reins et le cœur de Faurisson ? Je n’ai pas de réponse et ne vois guère comment violer ce secret. Ce que je sais, par contraste, c’est que Faurisson argumente avec des faits, avec des textes et qu’il contraint souvent ses interlocuteurs à remettre en question certains témoignages.

Je ne me passionne pas pour cette question des « chambres à gaz » en tant que telle mais pour « l’affaire Faurisson ». L’horreur nazie est insupportable même sans les « chambres ». Je m’excuse de faire cet aveu, mais j’ai tenu à manifester au lendemain de l’attentat de la rue Copernic. Si je parle de Faurisson ici ce n’est pas pour soutenir sa thèse mais seulement pour qu’on ne le juge pas sans le lire, pour qu’on ne l’accuse pas de vouloir falsifier l’histoire. Ce procès d’intention est indigne. Jusqu’à présent, c’est Faurisson qui accumule, semble-t-il, le plus de documents vérifiables. Il est l’un des rares à faire une scrupuleuse critique des témoignages. Peut-être est-il le seul.

Or voilà que sept associations d’antiracistes, d’anciens résistants et d’anciens déportés le traînent en justice et l’accusent de « falsifier l’Histoire ». Faurisson vient d’écrire, aux éditions de la Vieille Taupe, un mémoire en défense où il analyse, entre autres choses, comment on a dénaturé le journal de Johann-Paul Kremer, médecin à Auschwitz. Le témoignage dont se servent les accusateurs de Faurisson a été en fait l’objet de traductions douteuses ou tronquées.

Ce nouveau livre fait beaucoup parler de lui actuellement parce qu’il est préfacé par un linguiste juif américain de renommée mondiale, Noam Chomsky. Ce dernier, sans entrer dans le débat, prêche inconditionnellement la liberté d’expression. C’est une position courageuse.

Le grand tort actuel de Robert Faurisson est sans doute de s’être révélé prématurément. Les plaies laissées par le nazisme sont encore vives. Le temps d’écrire objectivement sur l’holocauste n’est pas venu. Voulant parler trop tôt de ses recherches critiques il a couru et attrapé le risque de l’incompréhension voire du mépris. Mais aurait-il seulement pu retarder ses révélations ! Ses recherches sentant le soufre, elles ont vite incommodé des hommes dont il faut respecter par ailleurs le destin douloureux et qui ont cru revoir surgir le spectre horrible du nazisme. Ces parents de déportés ont tout de suite condamné Faurisson. Leur réaction est compréhensible mais elle n’est pas forcément juste.

Surtout ne pas juger sans avoir écouté l’accusé.


[1] Erreur : « la méthode Ajax ».

Friday, February 1, 1991

Préface à la réédition d'« A-t-on lu Rimbaud ? »


En 1961, Jean-Jacques Pauvert éditait A-t-on lu Rimbaud ? En 1971, il rééditait l’ouvrage avec, en complément L’Affaire Rimbaud. Sans pour autant faire « délirer la France entière » (René Étiemble), le livre rencontra quelque succès et causa du remue-ménage. J’y montrais que, contrairement à sa réputation, Rimbaud était logique. Accessoirement, je découvrais aussi que, loin d’être mystique, son inspiration était surtout érotique, ce qui ne manquait pas de piquant. On s’appesantit sur l’érotisme, effet secondaire, et on négligea le plus important : le jeune Arthur, qu’on nous présentait comme un modèle de poète exalté, visionnaire et révolutionnaire – un surréaliste avant la lettre – se révélait avoir été un collégien, féru d’analyse logique et grammaticale, un fort en thème (latin), un parnassien en quelque sorte. Les dures lois de la prosodie française et de l’alexandrin, il les avait respectées autant que les impératifs de l’hexamètre dactylique et de la prosodie latine. Au fond, il ne détestait pas la férule, y compris celle de sa mère.

Par la suite, je publiais quelques études sur Lautréamont, sur Apollinaire et sur Nerval. Là encore, je m’efforçais de lire les textes au plus près. C’est ainsi que je découvrais que ces auteurs réputés, à des degrés divers, illogiques, irrationnels et en rupture avec la tradition, étaient logiques, rationnels et sages dans l’agencement des pensées et des mots. Les apparences nous avaient trompés. Isidore Ducasse, sous le nom de Lautréamont, avait écrit une insolente bouffonnerie où il s’était merveilleusement payé la tête du « bon lecteur ». Gérard Labrunie, sous le nom de Nerval, avait, dans ces joyaux que sont les poèmes des Chimères et des Autres Chimères, dissimulé de naïves confidences, pures et pathétiques, mais un peu inquiétantes aussi. Wilhelm-Apollinaris de Kostrowitzky, sous le nom d’Apollinaire, avait, lui aussi, épanché son cœur dans les poèmes d’Alcools et, sous le masque de la fantaisie mystificatrice, il avait caché une étonnante érudition. Ajoutez à cela que, vers la même époque, je me délectais de la lecture de Louis-Ferdinand Destouches, alias Céline, que je tiens pour le plus grand de nos stylistes et le plus fin connaisseur des ressources de notre langue. 


Bref, je m’amusais bien. J’assouvissais mon plaisir de la langue et de la littérature françaises, du mot précis, de la recherche du sens premier, et tout cela loin des biographies et des bibliographies. Souvent, dans un parc de Vichy, le long de l’Allier, je m’efforçais, « le prudent crayon à la main », de déchiffrer des textes difficiles comme pour les expliquer à des passants, simples et sensés, dont je supposais qu’ils avaient en horreur le chiqué universitaire ou parisien.

Il ne manquait rien à cette belle vie, pas toujours paisible, sinon que, par ailleurs, je menais aussi une autre vie, clandestine celle-là, et dont je me doutais qu’un jour ou l’autre elle déboucherait sur le pire. 


Mieux vaut l’avouer tout de suite, le hasard ou la destinée (mais que veut dire au juste ce mot ?) m’avaient conduit, dès le début des années soixante, à découvrir presque simultanément, en littérature, le mythe de Rimbaud et, en histoire, horribile dictu, le mythe de la magique chambre à gaz. Ensemble, le révisionnisme littéraire et le révisionnisme historique avaient fait leur entrée dans la vie d’un professeur de province qui, à trente-deux ans, enseignait le français, le latin et le grec dans un lycée de jeunes filles : le lycée des Célestins. Quelques années plus tard, ces deux révisionnismes allaient se conjuguer dans mon étude du trop fameux Journal d’Anne Frank.

C’est ainsi qu’au seuil de la trentaine, je fus conduit à partager en quatre une vie particulièrement active : un quart s’en trouvait consacré au plaisir de vivre, à ma famille et au sport ; un quart allait à mon métier, un quart au révisionnisme littéraire et un quart enfin – la part maudite – au révisionnisme historique.

Quelques années plus tard, je quittais l’enseignement secondaire pour l’enseignement qui se qualifie lui-même de supérieur et j’entrais dans l’Université : un bien grand mot quand on y songe. 


Ma thèse allait porter sur « La bouffonnerie de Lautréamont ». La soutenance eut lieu le 17 juin 1972, le jour du match de boxe Bouttier-Monzon. L’affaire se passa à l’amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne. Elle fut chaude, animée, et la presse de l’époque s’en fit l’écho. J’y glissai une allusion aux « mythes extravagants » de la seconde guerre mondiale : « Certains mythes sont sacrés. Même en littérature ou en histoire, on court quelque risque à vouloir démystifier [1]. »

Deux ans plus tard, nommé à l’université Lyon-II, après un passage de quelques années à la Sorbonne, je laissais, comme disent les Anglais, le chat sauter hors du sac et je révélais, hors de l’enceinte universitaire, qu’à mon avis Paul Rassinier avait eu raison : il n’avait jamais existé de chambres à gaz homicides dans les camps de concentration du IIIe Reich.

L’une des conséquences de mon audace fut que je devins, du jour au lendemain, un professeur d’université des plus suspects. En 1978, j’appris qu’on me tenait officiellement pour un universitaire qui n’avait aucune publication à son actif, pas même un certain livre sur Rimbaud qui avait fait parler de lui dans les années soixante. Attestaient de ma complète stérilité le président et le vice-président de l’université Lyon-II, le ministre des Universités et, pour faire bonne mesure, le Conseil d’État qui, avec la liste de mes publications à portée de main, déclarait souverainement qu’il n’y avait « rien de matériellement inexact » à soutenir que Faurisson était un professeur d’université d’une espèce unique : il n’avait jamais rien publié ; la preuve, c’est qu’il l’avouait lui-même.

En quelques années, j’allais connaître une avalanche de mensonges, de médisances et de calomnies mais je ne m’attarderai ici, un instant, qu’à la répercussion de cette campagne sur le sort d’A-t-on lu Rimbaud ? 


Mon livre disparut de la circulation, ainsi que quelques autres de mes ouvrages. On les déclara « épuisés » ou « introuvables », même lorsqu’ils subsistaient accidentellement sur catalogue. La demande ne manquait certes pas pour A-t-on lu Rimbaud ? mais J.-J. Pauvert ne voulait pas entendre parler d’une réédition. Il n’était pas hostile mais il avait peur. Vers 1984, un éditeur parisien s’enhardit. Il décida de rééditer le livre. Mais il reçut des menaces, certaines écrites et signées (dont je conserve copie). Puis il reçut... de l’argent : M. Jack Lang, ministre de la Culture, lui assignait un pécule renouvelable d’une année sur l’autre pour une « action culturelle ». L’éditeur eut alors une illumination : il comprit qu’il avait failli se compromettre avec le diable. Il s’en ouvrit à un auteur qui préparait un livre sur des confidences d’éditeurs. Il lui fit savoir que, s’il avait en fin de compte renoncé à publier mon livre sur Rimbaud, c’était parce que j’avais écrit d’autres livres – passablement abjects – qu’il ne voulait pas avoir l’air de cautionner. Je me dispenserai de citer l’ouvrage où peut, aujourd’hui, se lire cette « fausse confidence ».

Je comprends qu’on ait peur et qu’à certains la peur dicte ce genre de réaction. 


La présente édition devait s’ouvrir sur un avant-propos qui aurait permis au lecteur de faire le point sur l’image de Rimbaud, aujourd’hui, dans le monde universitaire : une image, si j’ai bien compris, qui a beaucoup changé depuis le début des années soixante. Il paraît que, maintenant, ses poèmes en vers ou en prose se lisent de près et qu’on se préoccupe de leur sens premier. L’auteur de cet avant-propos comptait parmi les plus brillants élèves ou étudiants qu’il m’ait été donné de rencontrer. Il est devenu un linguiste réputé ; il occupe une position enviable dans le monde des érudits et un poste de responsabilité internationale, comme on dit. Mais voilà, il a fait savoir à mon éditeur qu’il retirait son avant-propos. N’en parlons plus. 


Pour ma part, il y a bien des lustres que je ne lis plus « Voyelles » ou les Illuminations. Les temps sont trop durs. Mais les temps changent, et vite. Qui sait ? Peut-être, un jour, me permettra-t-on de relire Rimbaud.

____________

[Préface par Robert Faurisson d’A-t-on lu Rimbaud ?, suivi de L’Affaire Rimbaud, rééd. (première édition 1962), Paris, La Vieille Taupe, [février] 1991, p. 7-10.]



[1] R. Faurisson, A-t-on lu Lautréamont ?, p. 338.