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Sunday, November 30, 2003

Note sur l’Epuration en France

[Bref aperçu rédigé à la demande d’un étranger préparant une conférence sur l’idéologie régnante en Europe]


Le sujet de l’Epuration en France est immense et il a fait l'objet d'un flot de publications.

Quand j'ai reçu votre demande, j'ai voulu procéder pour vous à une étude en réduction de ce vaste sujet (étude en cinq ou six pages) et vous indiquer les principales lectures à entreprendre. Puis, je me suis rendu compte que nous allions, vous et moi, y perdre notre temps puisque, aussi bien, vous devez rendre votre copie dans deux mois à W. M. Je viens donc de prendre une décision tranchante, celle de vous fournir le minimum de renseignement et le minimum de bibliographie sur ce sujet.

Pour ce qui est de la bibliographie, tout bien pesé, il me semble que vous trouverez, à ce jour, l'essentiel de la question qui vous intéresse dans les pages 512-708 du livre de Dominique Venner, Histoire de la Collaboration, suivi des dictionnaires des acteurs, partis et journaux, Paris, éditions Pygmalion / Gérard Watelet, avril 2000, 768 p. L'auteur a la juste réputation d'être de droite, mais il me paraît néanmoins équitable, prudent et bien informé. Toutefois, si vous désirez entendre un son différent, vous pouvez vous reporter aux livres soit de Peter Novick, soit de Herbert Lottman, deux auteurs juifs dans tous les sens du terme. Vous trouverez facilement leurs oeuvres en anglais. Ces oeuvres ont été publiées en français en 1985 et en 1986 ; pour Novick, L'Epuration française, 1944-1949, Paris, Balland et, pour Lottman, L'Epuration 1943-1953, Paris, Fayard.

L'usage est de distinguer, d'une part, ce qu'on appelle « l'Epuration sauvage », c'est-à-dire les exécutions sommaires, dont le point culminant a été atteint en juin-septembre 1944, et, d'autre part, « L'Epuration légale », qui, pour l'essentiel, a immédiatement suivi.

Sur la première forme d'épuration, Philippe Bourdrel a publié un gros ouvrage en deux volumes (1988 et 1991) : L'Epuration sauvage 1944-1945. Ces deux volumes ont été corrigés et réédités, en février 2002, en un seul volume de 573 pages à Paris, à la Librairie académique Perrin. Si vous voulez une monographie sur quelques exécutions sommaires dans un coin très limité de France, je me permets de vous signaler mon condensé de 26 pages paru en anglais dans The Journal of Historical Review, Spring 1992, p. 5-30 ; il s'intitule : « A Dry Chronicle of the Purge, Summary Executions in Certain Communes of Charente Limousine » ; en français, « Chronique séche de l’Epuration. Exécutions sommaires dans quelques communes de Charente limousine », Revue d’histoire révisionniste n° 4 [février-avril 1991], p. 25-50.

Permettez-moi maintenant quelques remarques :

1. En 4e de couverture de son livre de 2002, Ph. Bourdrel écrit qu'il y a eu de 10 000 à 15 000 exécutions sommaires et 780 exécutions légales. J'ai personnellement écrit que le total des exécutions de toutes sortes a dû s'élever à 14 000. Je n'ai pas le temps de vous expliquer ici pourquoi les chiffres de 30 000 à 40 000 (Robert Aron) et celui, fameux, de 105 000 n'ont pas de fondement sérieux ;

2. A ce chiffre de 14 000 exécutés, il faut, pour juger de l'étendue et de la gravité du phénomène, ajouter des centaines de milliers d'interpellations ou d'emprisonnements qui ont affecté des centaines de milliers de familles (et donc des millions d'individus). Il faut ajouter les multiples excès dont le plus connu est celui des femmes tondues. La plus faible des peines prononcées, dans des dizaines de milliers de cas, a été celle dite de « l'indignité nationale » ; cette dénomination est trompeuse ; elle minimise la gravité de la sanction ; beaucoup d' « indignes nationaux » ont eu leur carrière, ou parfois leur vie, brisée ; l'une des moindres conséquences de cette peine était une augmentation de 10% des impôts à payer ; dans toutes les études que j'ai lues, je n'ai pas trouvé mention de cette mesquinerie, pourtant bien réelle ;

3. On peut considérer que l'Epuration a commencé en 1943 et qu'elle continue encore aujourd'hui en 2003 ; elle a repris particulièrement vigueur, sous l'influence des justiciers juifs à la Klarsfeld, dans les années 1980 et 1990 avec, notamment, les procès Touvier et Papon. Bousquet n'a pas eu son « nouveau » procès d'épuration parce qu'il a été assassiné. Les organisations juives déterrent certains morts et procèdent à une nouvelle épuration en condamnant des intellectuels à la manière d'Alexis Carrel et elles obtiennent, au terme d'espèces de procès en sorcellerie épuratrice, que les rues, les places, les monuments qui perpétuent les noms de ces personnes soient débaptisés ;

4. La fièvre épuratrice était retombée à la fin de la 4e République ; elle a repris avec le retour de Charles de Gaulle au pouvoir (1958) et l'instauration de la 5e République ; en réprimant les partisans de l'Algérie française, ce personnage s'est remis à fusiller de ses compatriotes ; il a encouru une lourde responsabilité dans l'Epuration de 1944 à 1946 ; il a refusé sa grâce dans 768 cas, c'est-à-dire que, 768 fois, il a ouvert sa porte aux avocats de personnes condamnées à mort et, 768 fois, il a, en refermant sa porte sur ses visiteurs, déclenché la fusillade par le peloton d'exécution. A ceux qui lui trouvent de la grandeur ou de l'humanité de « roi très chrétien », je conseille l'exercice qui consiste à se lever de sa chaise et à se diriger vers la porte de la pièce où nous nous trouvons pour l'ouvrir et la fermer 768 fois. Au bout de trois ou quatre fois, par humanité, je fais grâce ;

5. A la fin de la 4e République, il était permis et courant de dire que l'Epuration constituait une page déshonorante de l'histoire de France ; on citait, en particulier, le cas de l'écrivain Robert Brasillach, fusillé le 6 février 1945 ; aujourd'hui, la grande presse et les hommes politiques ne s'avisent plus de manifester un tel repentir mais, au contraire, sortent R. Brasillach et d'autres fusillés de leurs tombes pour les fusiller à nouveau au nom de la défense de la mémoire juive. Il est aujourd'hui courant d'affirmer que la justice épuratrice a été aveugle en ce qui concerne les « crimes » commis contre les juifs ; c’est faux ; de plus on ne rappelle jamais que beaucoup de juifs (appelés plus tard « juifs bruns ») ont collaboré avec les Allemands et, à la Libération, ont bénéficié du privilège d'être soustraits aux tribunaux fusilleurs pour passer devant des « tribunaux d'honneur » uniquement composés de leurs coreligionnaires, qui les ont acquittés en première instance ou en appel, tout cela sous la présidence d'un haut magistrat juif, Léon Meiss ; parmi les huit commandants juifs successifs du camp de Drancy, près de Paris, un seul est passé devant un tribunal fusilleur et... a été fusillé ;

6. Un tribunal doit normalement être impartial ; or les tribunaux de l'Epuration avaient l'obligation d'être partiaux puisque le jury, quand il y en avait un, devait posséder parmi ses membres un nombre déterminé de Résistants, c'est-à-dire, de personnes résolument hostiles, par principe et par action, aux accusés qu'ils avaient à juger ; en ce sens, on est en droit d'affirmer que la distinction entre « Epuration sauvage » et « Epuration légale » est largement contestable ; l'Epuration dite « légale » a été clairement contraire à la loi normale ; en ce sens, elle a donc été « d'exception » et criminelle, elle aussi ;

7. Il est communément admis que, parmi les victimes de l'Epuration, les plus atteintes ont été soit les intellectuels, soit les pauvres gens et que les « collaborateurs économiques » ont bénéficié d'indulgence ; c'est faux ; de récentes études ont prouvé qu'il n'en était rien ; les « collaborateurs économiques » ont été lourdement sanctionnés ; toutes les couches de la population ont été atteintes ;

8. Les victimes de l'Epuration ont été, en grande majorité, des personnes qui avaient été favorables soit à l'Etat français, soit aux Allemands, leur principal motif politique, quand il y en avait un, étant l'anticommunisme (et non pas l'amour des Allemands ou la haine des juifs) ; mais, parmi ces victimes, il faut aussi compter des anarchistes ou des libertaires assassinés par les communistes, comme cela avait été le cas en Espagne ; en 1984, une association de Perpignan dite « les Amis de Puig Antich de la Fédération anarchiste et des libertaires » a publié sur le sujet un livre de 240 pages intitulé : 1944. Les dossiers noirs d'une certaine Résistance ;

9. Le Parti communiste français a été d'autant plus implacable dans sa politique générale d'assassinat, de vengeance et de règlements de compte qu'il cherchait à masquer sa propre collaboration avec les Allemands au début de l'Occupation, aux beaux jours de la politique du Pacte germano-soviétique ;

10. Des organismes juifs, des autorités juives ou des individualités juives ont joué un rôle particulièrement significatif aussi bien dans les attentats contre les Allemands ou contre les « collaborateurs » que dans l'Epuration sauvage ou légale. Aujourd'hui, ils sont à la pointe de « la nouvelle Epuration ». En obtenant le vote de la loi Fabius-Gayssot du 13 juillet 1990, ils ont couronné une entreprise de répression commencée au début des années 1940 et connue alors sous le terme d'Epuration. Il est à noter que le vote de cette loi, exorbitante de tout droit normal dans une démocratie, a tout de même suscité au début beaucoup de critique ou de réprobation ; cependant, au fil du temps, les voix des protestataires se sont éteintes. Il est aujourd'hui dangereux de réclamer l'abolition de cette loi ; à droite, Jean-Marie Le Pen n'ose plus s'y risquer et, à gauche, l'avocat Henri Leclerc, président de la Ligue des droits de l'homme, réclame avec une lourde et brutale insistance l'application d'une loi que, dix ans plus tôt, il réprouvait (voy. La Lutte contre le négationnisme, Actes du colloque du 5 juillet 2002 à la cour d’appel de Paris, la Documentation française, juin 2003, p. 96-99, où, à huit reprises dans sa brève intervention, l’avocat traite les révisionnistes de « menteurs » qu’il conviendrait de châtier sans l’ombre d’une hésitation).

Conclusion : L'Epuration, en France, soit sous ses formes anciennes (essentiellement gaulliste, communiste et juive), soit sous sa forme nouvelle (essentiellement juive) reste un phénomène dont on ne peut prévoir la fin.

J'ai conscience de laisser de côté bien d'autres points importants.


Additif du 3 décembre 2003

La haine épuratrice reste vivace près de soixante ans après ces événements de l’été 1944. Aujourd’hui même, sur Radio France, lors de l’émission « Là-bas, si j’y suis », de Daniel Mermet, on a pu entendre une ancienne « tondue » raconter ses amours avec un soldat de la Wehrmacht. Agée de 81 ans, la dame a tenu à préciser que la Wehrmacht n’était pas à confondre avec les SS, et encore moins avec la Milice ; non sans satisfaction, elle a raconté qu’à la Libération un « salopard » de Milicien avait été arrêté par les Résistants, qui l’avaient entièrement dénudé et lui avaient arraché les yeux avec une fourchette. L’horreur du récit, authentique ou inventé, et la satisfaction de la narratrice n’ont fait, de la part de D. Mermet [militant de gauche] l’objet d’aucun commentaire.

En 1948, l’abbé Desgranges avait publié son ouvrage sur Les Crimes masqués du ‘Résistantialisme’ (Paris, L’Elan). La bande-annonce du livre portait : « Pour un seul innocent, Dreyfus, on s’arrachait ‘J’accuse!’»

Lire : Sous la direction de Marc Olivier Baruch, Une poignée de misérables / L’épuration de la société française après la Seconde Guerre mondiale, Paris, Fayard, mai 2003, 615 p. Rivalisant d’orthodoxie, les quatorze auteurs n’en développent pas moins la thèse selon laquelle l’Epuration a été un phénomène « massif » et « prolongé », d’une gravité et d’une ampleur considérables. Ils estiment que Charles de Gaulle « dit ce que les Français veulent croire » lorsque, dans son message du 14 octobre 1944, le général parle d’ « une poignée de misérables, dont l’Etat fait et fera justice ». M. O. Baruch va jusqu’à préciser que son livre entend exposer « l’histoire inverse » de cette histoire à la de Gaulle (p.7-8). Soit dit en passant, cet ouvrage semble le premier à rappeler que les indignes nationaux, qui tous étaient frappés de la peine de la dégradation nationale, étaient « redevables d’une majoration de 10% de leurs impôts (ordonnance du 31 décembre 1945) » (p. 58). De l’indignité nationale, Jean Galtier-Boissière se demandait à juste titre si elle n’était « pas proprement le ‘statut des Juifs’ retourné par les Résistants contre leurs adversaires politiques » (Mon journal depuis la Libération in Journal 1940-1950, à la date du 28 décembre 1944, Paris, Quai Voltaire, 1992, p. 296). L’une des collaboratrices de M.O. Baruch, Anne Simonin, chargée de recherches au CNRS et membre de l’Université de Caen, se bat les flancs pour essayer de prouver que le statut des juifs était plus grave, mais elle n’y parvient nullement (p. 48, 56).

30 novembre 2003

Monday, July 19, 1999

In the Offing: a "Ministry of Defence against Revisionism"

In view of the waning number of surviving war veterans, the relevant government agency (the Ministère des Anciens Combattants) could become a Ministry of Remembrance, i.e., to put it plainly, a ministry in charge of the defence of Jewish (and of Résistance) remembrance against historical revisionism.

One may be led to think as much by an article in Le Monde (18-19 July 1999, p. 5) by Jean-Michel Aphatie and Pascale Robert-Diard entitled "Vers la création d'un ministère de la «mémoire» ?" ("Towards the creation of a Ministry of 'Remembrance'?").

In the late 1970s, the springing up of the Faurisson affair and of historical revisionism (a school of thought founded in France, in 1950, by the late Paul Rassinier, a former deportee) had aroused disquiet amongst the upholders of an orthodox version of second world war history. In the early 1980s, numerous antirevisionist initiatives were launched in the political world, in the mainstream press, and in basic and higher education. In particular, an antirevisionist unit was formed within the Ministère des Anciens Combattants. This bureau's activities have expanded steadily ever since, as it has been turning into a ministerial directorship. Today no-one can doubt that it constitutes the seed from which a future Ministry of Remembrance will eventually sprout. President Jacques Chirac (on a visit to Oradour-sur-Glane) and Prime Minister Lionel Jospin (on a visit to Auschwitz), although of opposing political parties have, along with Minister of Justice Elisabeth Guigou (on a visit to the site of the wartime detention camp at Drancy, to the north of Paris), once again sworn in unison by this one-sided and well policed remembrance.

July 19, 1999

Thursday, April 9, 1998

Maître Varaut au Procès Papon : la reculade de Bordeaux

Maurice Papon, et plus encore ses défenseurs, ont renoncé à utiliser un argument de poids pour leur défense : savoir, que l'Union générale des israélites de France (UGIF), qui dépendait de Vichy, avait contribué à l'internement et à l'acheminement de juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, y compris à la rafle du 16 juillet 1942. Ce qui signifie bien évidemment que l'on ignorait alors ce qu'on a nommé depuis la solution finale. Et ce qui donne une autre idée de la complexité de la politique de Vichy envers les juifs, du statut de ceux-ci sous l'Occupation, et des responsabilités de l'administration. Robert Faurisson nous écrit une lettre à ce sujet, que nous reproduisons bien volontiers, en y ajoutant nos titre et intertitres. Son opinion est qu'en criminalisant (pour des motifs tactiques ?) Vichy de manière simpliste, Jean-Marc Varaut a rendu immanquable la condamnation de son client.

Les peines infligées à Maurice Papon ne devraient pas vous surprendre. Pendant six mois, son principal avocat, Jean-Marc Varaut, a exprimé l'horreur que lui inspirait le régime "criminel" de Vichy en même temps qu'il décrivait son client, haut fonctionnaire de ce régime "criminel", comme un parfait innocent.

"Si c'était le procès de 'Vichy', répétait-il, "je serais partie civile" et il défendait un ancien haut fonctionnaire de "Vichy" ! A quel juré, à quelle personne de sens commun peut-on faire admettre un tel paradoxe ?

S'il faut en croire le compte rendu du Monde (2 avril), voici les termes que, dans sa seule plaidoirie du 31 mars cet avocat a utilisés au sujet de la politique de "Vichy" à l'égard des juifs de Bordeaux : "répulsion", "honte", "déshonneur", "horreur", "dégoût", "étonnement", "incompréhension". Après un tel déferlement, comment remonter la pente ? Comment faire admettre aux jurés qu'un haut fonctionnaire a pu, sans se salir, rester au service d'un tel régime pendant plusieurs années ? Quand l'enfer est décrit sous de pareilles couleurs, à qui fera-t-on croire qu'un ange habitait cet enfer-là ?

Les juges et les jurés ont tiré la conclusion que M. Papon s'était forcément sali.

Relations distantes et courtoises

Les juges et les jurés ont certainement noté que J.-M. Varaut tenait à marquer physiquement ses distances d'avec son client et manifestait une étonnante cordialité avec la plupart des avocats de la partie civile. On a pu le constater à la télévision et la presse l'a relevé. Un journaliste du Monde a écrit en propres termes : "Jean-Marc Varaut aime à marquer quelques distances avec son client" (16-17 novembre) ; de son côté, un journaliste du Figaro a noté : "L'avocat entretient avec son client des relations distantes et courtoises" avant d'ajouter que "le tempérament consensuel" de Me Varaut lui a permis de partager "pendant neuf ans un cabinet avec Me Roland Dumas" (30 mars).

La presse nous a également appris que J.-M. Varaut redoutait l'intervention finale de son client (Le Monde, 10 mars). Et pour cause ! Dans cette intervention, M. Papon a été clair, courageux et franc ; il a dit au jury que les deux seules décisions possibles étaient soit la réclusion à la perpétuité, soit l'acquittement.

Mais comment aurait-il pu en quelques minutes convaincre les jurés ? Le mal était fait.

Pendant tout un procès long de six mois, et en particulier dans sa plaidoirie, J.-M. Varaut s'est prudemment abstenu de recourir à une bonne partie de l'argumentation, solide et efficace, qu'il avait annoncée deux ans auparavant dans un article du Monde intitulé : "L'affaire Papon n'est pas ce que l'on dit" (29 février 1996). A l'époque il écrivait :

[Le rôle de M. Papon] fut analogue à celui des délégués de l'Union générale des Israélites de France [UGIF] à Bordeaux qui assuraient l'intendance des convois, et bien moindre que ceux du chef [juif] du camp de Drancy et de ses cadres, juifs français qui assuraient le triage, le fichage et la composition des trains de déportés vers l'Est, qui distinguaient eux aussi pour privilégier les premiers, les juifs français et les juifs étrangers !

Au procès, J.-M. Varaut n'a pas vraiment ouvert ces deux boîtes de Pandore : soit celle de l'UGIF et des "juifs bruns", soit celle de Drancy et du gouvernement de ce camp par les juifs (Robert Blum signait ses notes, y compris celles relatives à la préparation des convois de déportation : "Le lieutenant-colonel Blum, commandant le camp de Drancy"). J.-M. Varaut s'est abstenu de rappeler que l'UGIF avait participé à la préparation de la rafle du Vél' d'hiv' en juillet 1942. Dans son ardeur à noircir Vichy, il a grandement minimisé l'interposition de l'Etat français aussi bien dans les déportations des juifs que dans le règlement, en faveur des juifs, de conflits avec les autorités allemandes : par exemple, lorsque, à la suite d'attentats contre des soldats allemands, les juifs s'étaient vu infliger une amende d'un milliard de francs (soit un milliard et demi d'aujourd'hui), le Maréchal Pétain et Xavier Vallat étaient immédiatement intervenus pour faire verser cette somme par le Syndicat des banques, avec promesse de remboursement du total par l'UGIF... dans les 99 ans à venir ! Certaines sommités du Grand Rabbinat et du Consistoire central ainsi que des responsables d'autres organisations juives entretenaient d'excellentes relations avec le maréchal Pétain ou de hauts fonctionnaires de Vichy. Dans Le Monde juif (sept.-déc. 1996, p. 97), on lit sous la plume de Simon Schwarzfuchs : "On peut d'ailleurs considérer que les diverses communautés [juives de France] ne furent pas mécontentes du rôle joué par leurs rabbins durant l'Occupation ; la très grande majorité n'avaient pas songé à quitter leur poste pour la Suisse ou l'Espagne ni même pour la clandestinité. Les services religieux furent régulièrement célébrés partout où le nombre et la disponibilité des fidèles le justifiaient. A Paris, la plupart des grandes synagogues étaient restées ouvertes pendant toutes les hostilités." Après la Libération, les juifs qui auraient dû tomber sous le coup de la loi pour collaboration avec l'ennemi échappèrent au sort commun et furent blanchis par des "tribunaux d'honneur" uniquement composés de leurs coreligionnaires. "A cette époque Léon Meiss [haut magistrat juif] dut [...] s'occuper de la liquidation morale de l'UGIF : des jurys d'honneur eurent à connaître des reproches faits à certains de ses dirigeants. A la fin du compte, ils furent tous plus ou moins réhabilités. Il n'y eut pas d'épuration au sein du judaïsme" (Ibid., p. 100).

M. Varaut aurait pu montrer que son client était poursuivi pour des "crimes" infiniment moins graves que ceux de l'UGIF qui, elle, ne s'était pas contentée de coopérer indirectement à des rafles et à des mises en camps de rétention ou de transit mais était allée jusqu'à livrer à l'occupant des enfants juifs pour leur déportation (Encyclopedia of the Holocaust, Yad Vashem, IV, p. 1538). On dit souvent que, sans la police française, les Allemands n'auraient pas pu mener à bien leur politique de refoulement de certains juifs vers l'Est ; mais ce qui était vrai de la police française était encore plus vrai de beaucoup de juifs français, y compris de la "police juive" de Drancy appelée parfois la "Gestapolack" ; ce sobriquet désignait les "M.S." ou membres, masculins ou féminins, du "Service de surveillance intérieure" pourtant essentiellement composé de Français juifs (Maurice Rajfus, Drancy, Manya, 1991, p. 198).

J.-M. Varaut aurait même pu se dispenser d'écrire toute une partie de sa plaidoirie. Il lui aurait suffi de demander au département des Hauts-de-Seine communication des archives du Consistoire central ou de réclamer les archives des "tribunaux d'honneur" de 1944-1945 ; il y aurait certainement trouvé des éléments de défense et des arguments, déjà tout écrits, qu'il aurait pu utiliser à Bordeaux en 1997-1998 en remplaçant le nom de tel haut fonctionnaire juif par le nom de son client. Il aurait conclu par une question : "Quelle est cette justice qui permet d'absoudre un 'crime' à chaud et de le punir à froid un demi-siècle plus tard ? Est-ce la justice de la paille ou de la poutre ?"

Pourquoi cette "reculade" ?

J.-M. Varaut étant hostile au révisionnisme, on ne pouvait lui demander d'utiliser l'argumentation révisionniste mais pourquoi a-t-il renoncé en 1997-1998 à une défense classique qu'il annonçait en février 1996 et que les parties civiles redoutaient tant de le voir employer ? Je serais curieux de savoir s'il existe une raison précise à cette "reculade"...

Car J.-M. Varaut a "reculé". Un avocat des parties civiles lui en a même fait la remarque. Un journaliste du Monde le rapporte (13 mars) :

Puis, [Me Blet] vilipende, par avance, les thèses de la défense : l'interposition de l'administration française dans les déportations des juifs. "C'est du révisionnisme !" Me Varaut ne bronche pas. La participation de juifs à la gestion du camp de Drancy ? "Vous atteignez l'ignoble !" Et puis : "Heureusement, vous avez reculé". Me Varaut opine de la tête.

Effectivement J.-M. Varaut a trop souvent "reculé" et "opiné".

Selon France-lnfo, M. Papon se verrait réclamer la somme de six millions de francs par ses avocats. J'ignore si, condamné par ailleurs à verser 4.600.000 F aux parties civiles il sera en mesure de payer son dû. Heureusement pour lui, J.-M. Varaut compte actuellement parmi ses clients de riches représentants de la communauté, en particulier Maurice Msellatti-Casanova et son fils Charles propriétaire du Fouquet's (Libération, 2 décembre 1997).

Personnellement, malgré les graves divergences qui nous séparent, j'avais fait tenir à J.-M. Varaut bien des informations ou des documents propres l'aider dans la défense – classique et non révisionniste – de son client (en particulier, un texte que j'avais intitulé : "Maurice Papon et Yves Jouffa : deux poids, deux mesures?"). S'il n'en a pas fait usage, c'est de propos délibéré et pour des raisons que j'ignore.

9 avril 1998

Saturday, August 9, 1997

Maurice Papon and Yves Jouffa: A Double Standard?


Maurice Papon, eighty-six years of age, stands accused of having, between July 1942 and May 1944 – a period during which he was general secretary of the Gironde Préfecture ("governorship" of the Bordeaux département) – participated in the sending away of 1,560 persons of Jewish origin, until then interned in the camp at Mérignac, to Drancy, whence they were to be deported to Auschwitz. He is due to appear as of 8 October 1997 before the assizes of the Gironde on charges of complicity in murder and in unlawful arrest and imprisonment, these offences having taken on the character of "crimes against humanity", in all clarity, and de facto , that of crimes against the Jews.
Barrister Yves Jouffa, aged seventy-seven, is the subject of a long note in Emmanuel Ratier's Encyclopedie politique francaise (vol. I, Faits & Documents, 1992, p. 363). According to this note, Y. Jouffa, chief of the Young Socialists in 1939, was interned at Drancy for over a year (from 20 August 1941 to September 1942). Released by the French authorities, he was not deported, having joined the General Union of French Jews (UGIF), of which his father was treasurer, to work in an aircraft factory in the Belleville district of Paris. He is Honorary President of the Association of Former Deportees and Internees of Drancy. From 1984 to 1991 he was president of the French League of Human Rights. He has pleaded in legal proceedings against revisionist authors. In particular, he has solicited judgement against me.
On 28 January 1997, on French television (TF 1), reporter Paul Amar showed, during his magazine programme "Le Monde de Lea", an interview with M. Papon in which the latter, at one point, recalled that at the Drancy camp an important Jewish personality participated in the "sorting" of Jews bound for Auschwitz. This remark was to provoke the wrath of Daniel Schneidermann, a Le Monde journalist and director, at the television station La Cinq, of the programme "Arrêt sur image" (Still Photo) (Le Monde, 2/3 February, p. 39; La Cinq, 2 February, 12.30 - 1.30 PM).
At first I believed that M. Papon was alluding to Robert Blum, who signed his notes (including those relating to the preparation of deportation convoys): "Lieutenant-Colonel Blum, Commandant of Drancy Camp" (Maurice Rajsfus, Drancy, Manya, 1991, pp. 234-275 ; see my article: "Le milliard des juifs... ou du Marechal Petain?", Rivarol , 7 February 1997, pp. 6-7).
In reality, the allusion concerned Barrister Y. Jouffa. Did this man know that he was sending his co-religionists to what, since the war, has been referred to in the media as an "extermination camp"? And if he did not know it, who could have known it?
Was Y. Jouffa released from Drancy in September 1942? For what reason and on what conditions? Did he then work in an aircraft factory in Belleville, thus for German military aviation?
Did he and his father belong to the countless "Brown Jews" (an expression relaunched by M. Rajsfus) who collaborated with the occupation forces, enjoying the active – even financial – protection of Marshal Philippe Pétain, and who notably prepared the big rounding up of the Jews housed in the Paris cycling arena, the Vel d'hiv, in July 1942?
Were they among all of those self-amnestied Jews who in 1944-1945 appeared before the so accommodating "intra-community tribunals" whilst an atrocious "purging" was being visited upon so many of those French people who could not claim to be Jewish?
August 9, 1997

Maurice Papon et Yves Jouffa : deux poids, deux mesures ?


Maurice Papon, âgé de quatre-vingt-six ans, est accusé d'avoir, entre juillet 1942 et mai 1944, alors qu'il était secrétaire général de la préfecture de la Gironde, à Bordeaux, participé à l'envoi de 1 560 personnes d'origine juive, internées au camp de Mérignac et acheminées à Drancy avant d'être déportées à Auschwitz. Il comparaîtra à partir du 8 octobre 1997 devant la cour d'assises de la Gironde pour complicité d'assassinats, complicité d'arrestations et de séquestrations illégales, ces crimes ayant revêtu le caractère de "crimes contre l'humanité"; en clair et de facto, de crimes contre les juifs.
Yves Jouffa, âgé de soixante-dix-sept ans, fait l'objet d'une longue note dans l'Encyclopédie politique française (tome I, Faits & Documents, 1992, p. 363) d'Emmanuel Ratier. A en croire cette note, Y. Jouffa, responsable des Jeunesses socialistes en 1939, fut interné à Drancy durant plus d'un an (20 août 1941 - septembre 1942). Relâché par les autorités françaises, il n'a pas été déporté, ayant rejoint l'Union générale des Israélites de France (UGIF), où son père était trésorier, pour travailler dans une usine d'aviation à Belleville. Il serait président d'honneur de l'Amicale des anciens déportés et internés du camp de Drancy. De 1984 à 1991, il a présidé la Ligue des droits de l'homme. Il a plaidé dans des procès visant des auteurs révisionnistes. Il a, en particulier, plaidé en faveur de ma propre condamnation.
Le 28 janvier 1997, sur TF 1, le journaliste Paul Amar a produit, dans son magazine "Le Monde de Léa", une interview de M. Papon. En une phrase, ce dernier a rappelé qu'au camp de Drancy une haute personnalité juive participait au "tri" des juifs pour Auschwitz. Cette remarque allait provoquer l'ire de Daniel Schneidermann, journaliste du Monde et responsable, sur la Cinq, de l'émission "Arrêt sur image" (Le Monde, 2-3 février, p. 39 ; la Cinq, 2 février, 12h30 - 13h30).
En un premier temps, j'avais cru que M. Papon faisait allusion à Robert Blum qui signait ses notes, y compris celles relatives à la préparation des convois de déportation : "Le lieutenant-colonel Blum, commandant le camp de Drancy" (Maurice Rajsfus, Drancy, Manya, 1991, p. 234-275 ; voy. mon article : "Le milliard des juifs... ou du Maréchal Pétain?", Rivarol, 7 février 1997, p. 6-7).
En réalité, l'allusion visait Me Y. Jouffa. Ce dernier savait-il qu'il envoyait ses coreligionnaires vers ce qu'après la guerre on a appelé, dans les médias, un "camp d'extermination" ? Et s'il ne le savait pas, qui aurait pu le savoir ?
Y. Jouffa a-t-il été libéré du camp de Drancy en septembre 1942 ? Pour quelle raison et à quelles conditions ? A-t-il travaillé alors dans une usine d'aviation à Belleville et, par conséquent, pour le compte de l'aviation militaire allemande?
Son père et lui ont-ils fait partie de ces innombrables "juifs bruns" (l'expression a été reprise par M. Rajsfus) qui ont collaboré avec les puissances d'Occupation, bénéficié de la protection active – et même financière – du Maréchal Pétain et préparé notamment la Rafle du Vel' d'Hiv' en juillet 1942?
Ont-ils fait partie de tous ces juifs auto-amnistiés en 1944-1945 par des "tribunaux d'honneur" cependant qu'une atroce "épuration" s'abattait sur tant de Français qui ne pouvaient pas, eux, se prévaloir d'être juifs ?
9 août 1997

Friday, January 31, 1997

Le milliard des juifs... ou du maréchal Pétain?


Le 31 janvier sur France 2, aux informations de 20 h, une journaliste enquêtant sur la spoliation des juifs pendant la guerre a montré, document à l'appui, que les Allemands avaient en particulier infligé aux juifs de France une amende de un milliard de francs, somme qu'il convenait, selon elle, de restituer aux juifs d'aujourd'hui.

Il est exact qu'en décembre 1941, à la suite d'une série d'attentats qui auraient impliqué, parmi d'autres, des résistants juifs, les Allemands avaient imposé une amende de ce montant à l'Union générale des Israélites de France (UGIF). Alarmés, André Baur (UGIF-Nord) et Raymond-Raoul Lambert (UGIF-Sud) s'étaient immédiatement tournés vers les autorités de Vichy avec lesquelles ils entretenaient, ainsi que le grand rabbinat et le Consistoire central des Israélites de France, d'excellentes relations. Aussitôt, avec l'autorisation du maréchal Pétain, Xavier Vallat, Commissaire général aux questions juives, avait pris l'engagement – qu'il devait tenir – de faire verser cet argent à l'UGIF par le Syndicat des banques. Mais il ne fallait rien révéler aux Allemands. X. Vallat eut l'idée d'un stratagème. Mais écoutons R.-R. Lambert lui-même nous expliquer ce stratagème : « Confidentiellement [X. Vallat] nous confie que le gouvernement français avancera cette somme à l'UGIF de Paris et, pour obéir et se couvrir, saisira les immeubles juifs en territoire occupé, en prenant sur eux une hypothèque remboursable dans quatre-vingt-dix-neuf ans (soit en l'an 2040). D'ici là... dit-il. » Et le même R.-R. Lambert, qui appelle X. Vallat son « ami » et parle de sa «sincérité», qualifie le procédé de « joli et très important » [1]

Six ans plus tard, lors de son procès, X. Vallat fera d'étonnantes révélations sur le sujet des biens juifs, sur les subventions accordées par le maréchal Pétain à des organisations juives et, en passant, il évoquera l'affaire du milliard [2].

Serge Klarsfeld, qui a souvent parlé de cette fameuse amende, ne me semble jamais avoir précisé qu'elle avait été, en fait, versée par les banques françaises avec la caution du maréchal Pétain ; en tout cas, sauf erreur de ma part, il n'en souffle pas mot dans les 959 pages de son Vichy-Auschwitz.

L'historien américain Richard Cohen dit qu'en fin de compte l'UGIF, grâce à son « habileté dans le domaine financier », parvint à ne rembourser qu'un quart dela somme ; les historiens américain et canadien Paxton et Marrus parlent d'un remboursement à hauteur de trois cents millions.

Au sujet de la coopération avec l'Allemagne des organisations et des institutions juives, aussi bien en France que dans le reste de l'Europe, on lira les ouvrages de Richard Cohen ainsi que les livres que Maurice Rajsfus a consacré aux « juifs bruns » ou à ce qu'il appelle « une véritable internationale juive de la collaboration » [3]. A la différence des autres Français incriminés pour faits de collaboration avec l'ennemi, les responsables juifs qui survivront à la guerre échapperont à l'Épuration et bénéficieront du privilège de passer devant des « tribunaux d'honneur », qui les acquitteront tous. Ces tribunaux étaient placés sous l'égide de Léon Meiss qui, en janvier 1944, en pleine occupation, devint le premier président du tout nouveau CRIF. On pourra aussi se reporter à une étude de Robert Faurisson : L'affaire de « juifs bruns» [4].



NB : Dans sa récente interview par Paul Amar, Maurice Papon a rappelé en une phrase qu'au camp de Drancy une haute personnalité juive participait au «tri» des juifs pour Auschwitz. Il s'agit d'une allusion à Robert Blum qui signait ses notes, y compris celles relatives à la préparation des convois de déportation : « Le lieutenant-colonel Blum, commandant le camp de Drancy ». Dans son livre sur Drancy, M. Rajsfus lui consacre tout un chapitre [5]. Le 2 février, dans son émission « Arrêt sur image » (La Cinq, 12 h 30-13 h 30), Daniel Schneidermann a demandé à Paul Amar : « Pourquoi n'avez-vous pas coupé au montage [cette phrase de M. Papon] ? »

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[Publié sous le nom de Jessie Aitken, paru dans Rivarol, 7 février 1997, p. 6-7.]




Notes

[1] R.-R. Lambert, Carnet d'un témoin, 1940-1943, Paris, Fayard, 1984, p. 146-151. 

[2] Le Procès de Xavier Vallat, présenté par ses amis, Paris, Editions du Conquistador, 1948, p. 132-137. 

[3] M. Rajsfus, Des Juifs dans la collaboration, tome I (L'UGIF, 1941-1944, Paris, EDI, 1980) et tome II (Une Terre  promise ?, Paris, Harmattan, 1989) ; du même, Drancy. Un camp de concentration très ordinaire, 1941-1944, Levallois-Perret, Manya, 1991.

[4] Ecrits révisionnistes (1974-1998), vol. III, p. 1421.

[5] M. Rajsfus, Drancyp. 234-275.

Monday, April 11, 1994

Les juifs bruns ont collaboré avec l’Allemagne de Hitler


Les «juifs bruns», c’est-à-dire les juifs de la collaboration avec l’Allemagne nationale-socialiste, ceux des Conseils juifs à travers toute l’Europe occupée («l’internationale juive de la collaboration»), n’auraient évidemment pas donné leur accord aux déportations s’ils avaient su que celles-ci aboutissaient à l’assassinat de leurs coreligionnaires dans des abattoirs chimiques. En France, l’Union générale des Israélites de France (UGIF) avait collaboré à la rafle du Vel’ d’hiv’. En 1947, au procès de Xavier Vallat, Mllle Libers rappelait dans quelles circonstances elle avait été engagée comme assistante par l’UGIF le 16 juillet 1942 :


Je suis venue me présenter à l’UGIF parce que, journaliste n’ayant plus d’emploi pendant la guerre, j’ai pensé qu’étant assistante sociale à l’UGIF je pourrais secourir quelques misères humaines. — Je m’y suis présentée en mai 1942. Il me fut répondu qu’en ce moment, il n’y avait pas de travail. J’attendis, et c’est le 15 juillet 1942 au soir que je reçus un pneumatique me priant de me présenter à l’UGIF le 16 juillet au matin. Le 16 juillet au matin, je me rendis à 9 heures à l’UGIF et me trouvais là devant d’autres personnes qui venaient solliciter du travail à l’UGIF. Nous assistions, à ce moment, à une véritable mise en scène, c’est-à-dire qu’on nous faisait préparer des étiquettes avec une petite ficelle, qui devaient certainement servir à être accrochées à quelque chose ou quelque part. — Le 16 juillet, dans la nuit, eurent lieu les rafles monstres de femmes et d’enfants juifs. Nous comprîmes, le 17 au matin, qu’on nous avait fait préparer ce travail parce qu’on savait déjà dès le 15 que les rafles auraient lieu [1].


La même Mlle Libers ajoute que l’UGIF pourvoyait ses assistantes sociales d’ordres de mission signés des autorités SS pour aller chercher des enfants juifs et les amener au centre Lamarck d’où ils étaient ensuite conduits à Drancy [2]. On sait que, de Drancy, certains étaient ensuite envoyés à Auschwitz.


Le camp de Drancy était, sous la surveillance des autorités allemandes et françaises, largement autogéré par les juifs [3].


Pour juger de la politique de l’État français vis-à-vis des juifs, il importe grandement d’écouter aussi la voix et les arguments de l’accusé. Le livre susmentionné sur le procès de Xavier Vallat est, à ce point de vue, d’une importance primordiale. X. Vallat replace dans la perspective historique la loi portant statut des juifs. Il rappelle qu’avant et après cette loi il a existé en France des lois contre certaines catégories de Français. Avant cette loi, à l’occasion de la séparation de l’Église et de l’État, quatre-vingt-dix mille citoyens et citoyennes français se sont vu interdire les droits de posséder, d’ester, de s’associer, d’enseigner, d’exercer des professions publiques ; leurs biens ont été confisqués et n’ont pas, comme ceux des juifs, été confiés à la Caisse des dépôts et consignations. Après cette loi, on a également pu voir cent mille citoyens et citoyennes français transformés en «morts vivants» grâce à l’ordonnance du 26 décembre 1944 créant l’indignité nationale [4].


Le produit de la vente d’un bien juif était versé, au nom du juif propriétaire, à la Caisse des dépôts et consignations où il portait intérêt ; un dixième était prélevé pour les juifs pauvres, c’est-à-dire essentiellement pour l’UGIF [5]. L’Alliance israélite était subventionnée par le maréchal Pétain et quand, à la suite d’attentats contre leurs troupes, les Allemands infligèrent aux juifs une amende d’un milliard de francs, ces derniers se tournèrent vers le maréchal Pétain pour implorer son aide. Celui-ci leur obtint un prêt d’un milliard garanti par le Syndicat des banques [6] (soit dit en passant était-ce là le comportement d’un État coupable d’antisémitisme à la manière des nationaux-socialistes ?). L’UGIF pouvait ainsi s’abstenir de taxer les juifs et de recourir à son propre argent; en fin de compte, elle ne versa aux Allemands que le quart du prêt et conserva par devers elle le reste de l’argent [7].


Après la Libération, l’affaire de la collaboration de l’UGIF avec les Allemands sera étouffée et le procès public évité. Un jury d’honneur se réunira sous la présidence de Léon Meiss, président du CRIF. Il acquittera les accusés en première instance et en appel. Les pièces du procès n’ont jamais été publiées. Personne ne sait ce que sont devenus les sept cent cinquante mille francs que s’est appropriés l’UGIF: le CRIF se les est-il, à son tour, appropriés [8] ?


Le Consistoire central des Israélites de France, fondé en 1808, quitta Paris pour Lyon en 1940 [9]. Il refusa d’abord toute représentation au sein de l’UGIF et voulut sauvegarder son indépendance et la maîtrise de ses propres fonds. Il conserva des liens privilégiés avec l’Aumônerie générale israélite et le grand rabbinat. Son président, Jacques Helbronner, entretint des rapports suivis avec le maréchal Pétain qu’il rencontra à vingt-sept reprises en un an et en qui il voyait le «père de la patrie» [10]. Il fut arrêté par les Allemands le 19 octobre 1943 pour des raisons obscures; il fut déporté et ne revint pas de déportation. Son successeur fut Léon Meiss (1896-1966) qui fonda le CRIF en 1944. Le Consistoire multiplia, bien sûr, interventions et protestations en faveur des juifs mais tint jusqu’au bout à observer une attitude légaliste qui, à bien des Français non juifs, devait valoir, pour «collaboration avec l’ennemi», l’exécution sommaire, la fusillade ou la prison. On lui attribue parfois une protestation datée du 25 août 1942 mais ce texte, que publie S. Klarsfeld dans son Mémorial de la déportation des juifs de France (d’après des documents du Centre de documentation juive contemporaine de Paris), est hautement suspect; il ne porte, en particulier, ni en-tête, ni signature; il s’agit d’un texte dactylographié anonyme et manifestement incomplet.


Les archives du Consistoire central sont actuellement soustraites à la communication pour la période postérieure à 1937. Il faudrait, semble-t-il, attendre l’an 2037 pour les voir ouvrir aux chercheurs. Elles ont été déposées aux archives des Hauts-de-Seine (à Nanterre) avec, peut-être, une copie à l’Université hébraïque de Jérusalem. Maurice Moch, archiviste du Consistoire central, aurait écrit un ouvrage sur le Consistoire central pendant les années 1939-1944 mais ce texte, truffé de documents, nous dit-on, n’a pu encore voir le jour [11].


En France comme dans tous les autres pays occupés, y compris la Pologne et la Lituanie, il s’est trouvé de nombreux juifs pour collaborer avec l’Allemagne. A la différence des autres collaborateurs, ils ont quasiment tous été dispensés de rendre des comptes à la justice de leur pays [12]. Les organisations juives en place à la Libération les ont aidés à se soustraire à cette justice. Encore aujourd’hui, elles exigent le châtiment de tous ceux qui se seraient rendus coupables d’un « crime contre l’humanité » (déportation en particulier) sauf s’il s’agit de juifs. Pourquoi ?


11 avril 1994


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[Voir aussi « A propos de l’arrêt Touvier. L’affaire des "juifs bruns"», RHR n° 6, mai 1992, p. 69-82, et Ecrits révisionnistes (1974-1998), vol. III, p. 1421-1433.]


Notes


[1] Le Procès de Xavier Vallat, Paris, Editions du Conquistador, 1948, p. 366-367. Mlle Libers témoignait à charge.


[2] Id, p. 368-369.


[3] M. Rajsfus, Drancy. Un camp de concentration très ordinaire 1941-1944, Levallois-Perret, Manya, 1991.


[4] Le Procès de Xavier Vallat,, p. 90-91.


[5] Id, p. 96, 125, 257.


[6] Id., p. 131-132.


[7] P. Boukara, «French Jewish Leadership during the Holocaust», compte rendu du livre de Richard Cohen The Burden of Conscience (Bloomington, Indiana University press, 1987) in Patterns of Prejudice, périodique de l'Institute of Jewish Affairs, Londres, 1988, p. 50.


[8] Dans d'autres pays européens, les anciens responsables des Conseils juifs qui avaient collaboré avec l'Allemagne allaient bénéficier de la même indulgence (voy. Raul Hilberg, Perpetrators, Victims, Bystanders, New York, Harper Collins, 1992, p. 112-117).


[9] Ce paragraphe est repris de « A propos de l’arrêt Touvier. L’affaire des “juifs bruns” », Ecrits révisionnistes (1974-1998), vol. III, p. 1421-1433.


[10] J. Helbronner approuvait en novembre 1940 certaines mesures prises par l'État français contre les étrangers et parlait de «normal antisémitisme» (D. Peschanski, « Les statuts des juifs du 3 octobre 1940 et du 2 juin 1941 », Le Monde juif, janvier-mars 1991, p. 19).


[11] Voy. Le Monde juif, octobre-décembre 1987, p. 200.


[12] Pour une notable exception en France, voyez le cas de Joseph Joinovici.

Tuesday, January 5, 1993

Analyse du témoignage écrit de Michel Gelber


Michel Gelber, né le 17 octobre 1906 à Rawa-Ruska (Galicie, autrichienne) et déporté le 16 juillet 1942 à Auschwitz, prétend avoir participé à un gazage homicide sur des juifs «vers le 20 septembre 1942». Ce n’est qu’un faux témoin pour les raisons suivantes :

1. Selon la vulgate exterminationniste, à Auschwitz et à Birkenau les Allemands auraient utilisé un insecticide, le Zyklon B (inventé en 1922 et encore en usage aujourd’hui) pour exécuter leurs victimes.

Le Zyklon B est essentiellement de l’acide cyanhydrique ou acide prussique ou gaz cyanhydrique. Ce gaz présente la particularité d’être extrêmement dangereux et très difficile à utiliser (par un personnel entraîné). Il adhère fortement aux surfaces. Il est long et difficile à ventiler. Il faut, en général, vingt-quatre heures pour ventiler une pièce désinfectée au Zyklon B. Ce gaz pénètre le corps humain : la chevelure, la peau, les ouvertures naturelles du corps. Le cadavre d’un sujet qui vient d’être fortement cyanuré devient, par simple contact, une source d’empoisonnement.

Même avec un masque à gaz à filtre spécial, même avec un tablier, des gants et des bottes de caoutchouc, il y a danger. Aucun effort physique provoquant une accélération de la respiration n’est possible : le filtre perdrait son efficacité.

L’effroyable sophistication des chambres à gaz américaines n’est pas due à un goût de luxe ou de complication; elle est indispensable. Les deux principales difficultés sont celles de l’herméticité de la chambre et de l’évacuation du gaz (précédée de sa neutralisation dans un barboteur). La chambre à gaz n’est faite que d’acier et de verre. Elle n’a qu’une porte, avec système de verrouillage comme dans les sous-marins. S’il y avait deux portes, les problèmes d’herméticité s’en trouveraient doublés.

Par conséquent, le témoin Gelber se moque du monde quand il affirme avoir respiré « des relents de gaz suffocants » avec, pour toute protection, un chiffon lui couvrant le nez et la bouche. Ces relents l’auraient instantanément tué et la besogne d’évacuation des cadavres n’aurait pas pu s’accomplir. L’ensemble des cadavres imprégnés d’acide cyanhydrique aurait constitué un formidable amas de poison, un amas totalement intouchable et intransportable.

Il se moque du monde quand il parle d’une ouverture des portes dix minutes après leur fermeture.

Il se moque du monde quand il décrit une chambre à gaz... en bois (c’est une première !) avec une cheminée en bois, un toit de chaume et des portes (pluriel) de cinq mètres de large ! Aucune herméticité n’aurait été possible et le bois se trouve être particulièrement propice à la rétention de l’acide cyanhydrique. De plus, le gaz, évacué par la cheminée, aurait empoisonné les environs (en cas d’opération de désinfection, en France comme en Allemagne, on aposte des gardes jour et nuit autour du local à désinfecter, cela pour interdire toute approche et les gardes doivent prendre position de manière à éviter que le vent ne puisse éventuellement rabattre le gaz dans leur direction.

2. Il est connu des historiens que toute la zone du camp de Birkenau, comprise entre la Vistule et son affluent la Sola, était marécageuse. Les cartes polonaises de l’époque le montrent. L’eau affleurait partout, et surtout en 1942 ; même en 1944, après les travaux de dérivation, la nappe d’eau restait toute proche de la surface.

Par conséquent, le témoin Gelber se moque du monde quand il affirme qu’en 1942 les cadavres étaient déchargés dans des fosses de deux mètres de profondeur.

3. La chaux ne dévore pas les chairs au point de réduire un cadavre à l’état de squelette ; ni «bien vite» ni en une durée quelconque.

Par conséquent, le témoin Gelber se moque du monde quand il affirme que, « durant cette nuit », les cadavres étaient « bien vite » réduits à l’état de squelettes. Imagine-t-on le chaudron de sorcières constitué par chacune de ces fosses en effervescence chimique ?

4. A environ un kilomètre de Birkenau, là où le témoin Gelber semble situer sa chambre à gaz en bois avec, à proximité, des rails d’une longueur de deux cents mètres au moins, il n’y avait pendant la guerre, et il n’y a eu après la guerre, aucune trace d’un tel ensemble. Cet endroit ne pourrait être que dans le Birkenwald : la forêt de bouleaux. Or, aucune des nombreuses photos aériennes de l’aviation alliée ne montre la moindre trace d’un tel ensemble : il n’y a pas même de clairière. En revanche, sur ces photos, on distingue parfaitement les moindres détails du camp, de ses bâtiments, de sa ligne de chemin de fer et de tout le secteur sanitaire proche de la prétendue chambre à gaz en bois; ce secteur comprenait les dix-huit baraquements de l’unité hospitalière réservée aux détenus, le terrain de football attenant, les crématoires, les bassins de décantation, le grand canal de dérivation des eaux, le « sauna central » (avec douches, salles de désinfection, etc.).

5. Cela dit, le témoin Gelber est remarquablement vague. Il ne décrit rien de l’intérieur de la chambre à gaz en bois, rien de la procédure de gazage, rien de la machinerie qui aurait été nécessaire. Il ne nomme pas le gaz, ne dit pas dans quoi il était contenu, qui le versait et comment. En cela il est semblable à tous les prétendus témoins de son espèce. Comme il n’existe, par ailleurs, aucune trace matérielle de cette arme prodigieuse d’un crime prodigieux ni, par conséquent, aucune expertise de l’arme du crime, la thèse aujourd’hui dominante est celle de Simone Veil : « Les Allemands ont effacé toutes les traces et supprimé tous les témoins. » On demandera : « Y compris Gelber ? » Et s’il n’y a ni trace, ni témoin, devant quoi se trouve-t-on ?

6. Je vous rappelle, pour mémoire, la douzaine de «clichés du faux témoignage sur les chambres à gaz» que je vous ai énumérés au téléphone, sans compter : « Comment savait-il que ces gens nus étaient des juifs ? » etc.

P.S. : La pièce d’état-civil porte que les deux enfants Gelber sont décédés le même jour, soit le 28 septembre 1942. Il faut savoir que c’est en vertu d’une décision de l’administration française que la date retenue pour le décès des présumés disparus est celle du jour même ou du lendemain de l’arrivée au camp. Ces enfants ont fait partie du convoi qui a quitté Drancy le 23 septembre 1942 et qui est arrivé à Auschwitz le 27.

Il faut accueillir avec beaucoup de prudence ces décomptes de morts. C’est ainsi que Michel Gelber lui-même a été comptabilisé comme gazé par Serge Klarsfeld dans son Mémorial de la déportation des juifs de France ! Par la suite, M. Gelber a été ressuscité par Klarsfeld dans un additif à ce Mémorial.

5 janvier 1993

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[Réponse à une demande de consultation de Me Jean Stévenin pour un procès de MM. Philippe Costa et Laurent Gentel, publiée sous le titre « Le témoignage de Michel Gelber », Nouvelle Vision, n° 28, mars-mai 1993, p. 9 à 12. L’attestation sur l’honneur – manuscrite – de Michel Gelber a été rédigée pour son avocat à Nancy le 12 mars 1992 à l’occasion d’un procès intenté devant le tribunal de Fontainebleau aux révisionnistes Philippe Costa et Laurent Gentel. Cette attestation n’a pas été lue et le témoin n’a pas comparu, ce qui, en soi, tend à confirmer que les exterminationnistes sont les premiers à savoir que leurs « témoins des chambres à gaz » sont des imposteurs.]