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Wednesday, March 7, 1990

Lettre à Olivier Mathieu (et, s’il le veut, à ses avocats)

Cher ami, 
Votre adversaire parle de « faits historiques faisant pourtant l’objet d’un consensus au sein de toutes les nations ». 
Il est probable qu’il entend par le mot de « consensus » ce que les Latins appelaient le consensus omnium, c’est-à-dire le consentement universel. C’est en appeler à la voix publique. 
Il faudrait d’abord prouver qu’il existe un tel consentement par toute la terre et que, d’une seule voix, les peuples du monde libéral, du monde arabo-musulman, du monde africain, du monde asiatique, du monde communiste proclament que Hitler a utilisé des chambres à gaz pour tuer des juifs. Soit ! 
Ensuite, il faudrait prouver que, parce que tout le monde le dit, tout le monde le pense (et le pense pour y avoir réfléchi). Soit ! Puis, il conviendrait de démontrer que, parce que tout le monde le dit et le pense, c’est exact (j’éviterais le mot de « vrai », qui est galvaudé).
Pas un seul État n’a jusqu’ici érigé en loi qu’il fallait croire à ces chambres, pas même dans les pays où il arrive à la justice de condamner des gens qui disent qu’ils ne croient pas aux dites chambres à gaz. Ces gens-là, soit dit enpassant, sont des preuves vivantes de ce que le consensus omnium est une fiction. Même en RFA, il n’existe pas de loi en ce sens. La loi dite du « mensonge d’Auschwitz » (15 juin 1985) ne parle ni de génocide, ni de chambres à gaz, ni d’Auschwitz ; elle sanctionne « l’atteinte à la mémoire des morts» lorsque le mort a été la «victime d’un gouvernement de violence et d’arbitraire national-socialiste ou autre» et elle permet – c’est là la véritable innovation – une assignation directe par le ministère public sans qu’aucun individu ou aucune association ait à porter plainte. Cette loi a des côtés inavouables : elle est faite 1) pour réprimer les révisionnistes ; 2) pour éviter aux juifs d’apparaître comme de constants accusateurs et de dépenser leur propre argent. Dans cette loi (article 194 du code pénal, nouvelle mouture), ni les révisionnistes (les vraies victimes), ni les juifs (les vrais bénéficiaires) ne sont nommés.
Les révisionnistes ne sont jamais condamnés pour le vrai motif mais pour des motifs d’emprunt ou de circonstance : injure raciale, dommage à autrui, apologie de crimes, propagation de fausses nouvelles, cruauté mentale... s’ils tombent sous le coup de la loi, ce n’est pas directement, mais indirectement. (Je suppose que, de 1550 à 1650, quand on a condamné tant d’hommes et de femmes parce qu’ils avaient « commerce avec le diable », c’était aussi au nom de lois qui ne réprimaient pas, expressis verbis, le « commerce avec le diable »).

Mais vous sentez bien que ces considérations et bien d’autres considérations touchant à la loi, au droit, aux principes, aux belles idées, n’auraient aucune portée aussi longtemps qu’elles s’adresseraient à des magistrats qui, dans leur tête, dans leur cœur, dans leur « âme », persisteraient à croire aux magiques chambres à gaz. Ce qu’il faut, c’est briser ou endommager le joujou magique. Il faut les conduire à douter de ce joujou. Alors, et alors seulement, ils vous écouteront. Ils sont obnubilés, sidérés, offusqués. Ils sont sourds. Ouvrez-leur les yeux et les oreilles. Dites-leur que le roi est nu et que les chambres à gaz n’ont pas existé. Ils se débattront d’abord. Ils protesteront. Ils pousseront l’audace jusqu’à dire que c’est un sujet d’histoire et qu’ils ne sont pas compétents en matière d’histoire. C’est le faux-fuyant habituel. Les avocats aiment à faire chorus. Ce sont là des réactions dictées par la peur de l’inconnu et par l’amour des habitudes. Ce sont des réactions de paresse intellectuelle.

Il faut être brutal. Vous devez leur secouer les puces. Ils ont besoin d’un happening. Mais soyez habile. Prenez-les à revers. Dites-leur : vous avez raison. Il y a un consensus. Ce consensus date de 1945 et du Tribunal militaire international de Nuremberg. Eh bien, précisément, parce qu’il y avait un consensus dès cette époque, on s’est dispensé alors d’apporter la preuve de l’existence des chambres à gaz. C’est le moment de réciter à ces juges les stupéfiants articles 19 et 21 du statut du TMI et, pour couronner cela, de leur rappeler le double aveu de Serge Klarsfeld, dans VSD et dans Le Monde Juif. Cela donne :

TMI, article 19 : « Le Tribunal ne sera pas lié par les règles techniques, relatives à l’administration des preuves [...]. »

TMI, article 21 : « Le Tribunal n’exigera pas que soit rapportée la preuve de faits de notoriété publique, mais les tiendra pour acquis [...].»

Klarsfeld : « [En 1986, pour l’existence des chambres à gaz, il n’y avait pas encore de vraies preuves.] Il y avait des débuts de preuves qui embarrassaient les faurissonniens [...]. »

Klarsfeld encore : « Il est évident que dans les années quiont suivi 1945 les aspects techniques des chambres à gaz ont été un sujet négligé parce que personne alors n’imaginait qu’un jour on aurait à prouver leur existence. »

Puis, vous mettrez au défi les magistrats de réclamer à votre adversaire ce que tout tribunal exige pour le moindre des assassinats : une expertise de l’arme du crime, établissant que tel local aujourd’hui à l’état originel (Struthof, Mauthausen, Auschwitz-I, Majdanek) ou à l’état de ruines (Auschwitz-II ou Birkenau) a bien été un abattoir chimique, et un rapport d’autopsie établissant que tel parmi des milliers de cadavres autopsiés à partir de la fin 1943 (début en URSS des procès pour « gazages ») a bien été le cadavre d’une personne tuée par gaz-poison.

Quand on demandera des preuves à votre adversaire, il ne faudra pas qu’ils répondent par des témoignages ou des aveux, car la justice a besoin d’abord de preuves, aussi matérielles que possible, et de témoignages, ensuite, éventuellement.

Vous, vous apportez le « rapport Leuchter ». 

Et, en face, qu’apporte-t-on ? 

Le gros livre récemment publié en anglais par Jean-Claude Pressac (et Serge Klarsfeld), c’est la montagne qui accouche d’une souris. Ce livre apporte mille preuves de ce qu’il a existé un camp, celui d’Auschwitz, avec crématoires, fours, chambres à gaz de désinfection, Zyklon, installations de toutes sortes mais il ne fournit pas une seule preuve de l’existence d’une seule chambre à gaz homicide. Klarsfeld voulait nous faire croire que pendant quarante-cinq ans, ou peu s’en faut, on n’avait pas encore trouvé de « vraies preuves » mais seulement des « débuts de preuves » et puis que, soudain, J.-C. Pressac avait découvert dans un fond de tiroir un document qui, à ses yeux, était la preuve d’un gigantesque massacre. C’est idiot. 

Sarfatti vous accuse. C’est à lui de fournir des preuves de ce qu’il avance. Il ne faut pas inverser les rôles. 

Empressez-vous de rectifier l’image que les juges peuvent avoir des photos choisies par les Alliés en 1945; il s’agit de photos de victimes des épidémies de typhus, de dysenterie, etc. : soit des morts, soit des mourants, soit des malades. C’est du « Timisoara » 1945.

Et puis, comment Sarfatti peut-il expliquer qu’en 1988, soit quarante-trois ans après la fin de la guerre, Arno J. Mayer, juif, professeur d’histoire à Princeton, ait pu admettre que « les sources pour l’étude des chambres à gaz sont à la fois rares et douteuses » et que « [les] témoignages doivent être scrutés avec soin, vu qu’ils peuvent avoir été influencés par des facteurs d’une grande complexité ».

Si votre procès a lieu, il est indispensable que je puisse venir témoigner en votre faveur. Je viendrai avec le livre de Pressac, notamment, et on s’amusera. 

Vous serez condamné parce que la Belgique fait partie des territoires occupés et qu’elle a tout de même une belle tradition de bassesse dans la répression des hérétiques de votre espèce. Mais vous vous serez battu.

Comptez sur moi tant que je serai en vie (il n’y en a probablement plus pour longtemps) et tant que vous garderez la tête haute et n’accepterez pas d’entrer dans le jeu des pleutres et des paresseux.

Bien à vous.

P. S. : Attention au piège des mots ! Nous ne nions pas l’existence des chambres à gaz mais nous affirmons, avec des preuves et des raisons, que ces chambres à gaz n’ont pas existé. A l’exemple de l’esprit de la Renaissance, l’esprit du Révisionnisme est perçu comme négateur parce qu’il est en fait positif et « positiviste ».

7 mars 1990

Friday, October 30, 1987

Lettre à Jacques Willequet


Je voudrais vous poser quelques questions à propos de votre dernier livre : La Belgique sous la botte. Permettez-moi de vous demander des éclaircissements sur les points suivants : 

1) p. 325 et 329. Ne pensez-vous pas qu’il faut dater la conférence de Wannsee de façon uniforme au 20 janvier 1942 ? Ne faut-il pas remplacer « trentaine d’agents ministériels et administratifs » par « quatorze » (Heydrich venait en plus) ? Vous dites que le seul mot prononcé a été celui d’« évacuation » (et non pas d’« extermination », par exemple). Je vous approuve mais ne croyez-vous pas qu’on peut aller beaucoup plus loin dans le sens d’une rectification de la légende de Wannsee et, en particulier, noter dans le « procès-verbal » la présence des mots Freilassung et Aufbaues ? Les Allemands envisageaient de traiter les juifs en ennemis déclarés. Ceux d’entre les juifs qui étaient capables de travailler allaient être astreints à un travail physique des plus durs : le Strassenbau [construction des routes] dans les territoires de l’Est. Bien sûr, hommes et femmes allaient être séparés ; c’est toujours le cas pour des prisonniers. Une grande partie d’entre eux disparaîtrait par diminution naturelle. Le restant serait remis en liberté (Freilassung) et à considérer comme la cellule germinative d’un renouveau (Aubaues) juif. En guise de commentaire : « voyez la leçon de l’Histoire ». Autrement dit, n’aurait-on pas là une illustration de la vieille idée selon laquelle les juifs pullulent comme des parasites qui répugnent au dur travail physique ; il faudra les contraindre au plus classique et au plus redoutable des labeurs, la construction de routes dans des territoires à civiliser. Ils souffriront ; ils ne se multiplieront pas ; les survivants seront les meilleurs d’entre eux, ainsi que l’enseigne l’Histoire (hum !), et, une fois rendus à la liberté, ils constitueront le noyau, le ferment d’un renouveau juif : les juifs seront enfin comme tout le monde ; ils auront une terre et une nation, etc. ;

2) p. 330, 332 et 343. V ous écrivez : « Six millions d’êtres humains allaient disparaître en fumée ou autrement » ; vous employez le mot de « génocide » à la page 332 et, à la page 343, vous parlez de « l’exemple hallucinant d’un génocide bureaucratique ». Cependant, ainsi que vous le savez sans doute, d’une part, les archives allemandes concernant les déportations et les camps de concentration ou de travail nous sont, dans l’ensemble et, spécialement pour Auschwitz, parvenues à peu près intactes et, d’autre part, dans ces mêmes archives (du RSHA et du WVHA), il n’existe pas la moindre trace d’un ordre, d’un plan ou d’un budget d’extermination. Cela pour « le crime spécifique ». Quant à l’arme spécifique dudit « crime spécifique », je veux dire la chambre à gaz homicide, vous savez peut-être qu’on n’en a pas trouvé la moindre trace ; les tribunaux n’ont fourni ni expertise de l’arme du crime, ni rapport d’autopsie attestant de l’existence d’un seul cadavre d’homme tué par gaz-poison ; aucun témoin n’a été contre-interrogé sur le point spécifique des chambres à gaz ; il n’y a eu aucune reconstitution. En conséquence, estimez-vous qu’il reste possible d’affirmer, surtout devant le nombre étonnant de « survivants » juifs, qu’il y a eu un génocide et même un génocide bureaucratique ? C’est au procès Zündel de Toronto que, pour la première fois, un témoin a été contre-interrogé sur les chambres à gaz d’Auschwitz et ce témoin s’est effondré ; il avait, de son propre aveu, utilisé la «licence poétique» dans son témoignage écrit ; ce témoin n’était pas n’importe qui ; il s’agissait du trop fameux Rudolf Vrba, l’homme qui, avec son ami Alfred Wetzler, était à l’origine du War Refugee Board Report, matrice officielle de ce qui allait devenir la thèse de l’extermination des juifs ;

3) p. 316. Vous écrivez : « On peut estimer à un petit tiers du total le nombre des juifs qui, à l’automne de 1940, n’étaient plus sur le sol belge. » Puis-je vous demander quel est ici ce total ? 

4) p. 333. Vous écrivez : « 25.559 (juifs) passèrent par Malines, 1.244 rentrèrent de captivité en 1945 ». Cette affirmation est suivie de trois points de suspension qui paraissent donner à penser que les chiffres parlent d’eux-mêmes et qu’on est devant une hécatombe. Mais je voudrais savoir a) si la précision « en 1945 » signifie « en 1945 et au delà de 1945 » ou s’il faut entendre qu’en plus des juifs rentrés en Belgique en 1945, il faut considérer qu’il y a eu après cette année-là d’autres retours ; b) si vous avez fait des recherches pour vous enquérir du nombre de juifs qui, déportés de Belgique, sont allés s’installer après la guerre en d’autres pays et, en particulier, en Palestine ou en Israël (sans compter les quelque soixante-dix pays à communautés juives représentés au sein du Congrès juif mondial) ; c) si vous vous êtes avisé de l’extraordinaire malhonnêteté de Serge Klarsfeld dans sa comptabilité des survivants.

5) p. 330. Vous parlez de « l’intimité des camps » et vous estimez que les Allemands pouvaient dissimuler grâce à cette intimité des crimes énormes en quantité et en qualité. Est-ce tellement sûr ? Auschwitz était un camp assez mal gardé (six cent soixante-sept évasions), sillonné de passages de travailleurs libres et où il semble que tout était consigné par écrit dès lors qu’il s’agissait de morts ou d’exécution: une vingtaine de signatures pour une mort « naturelle » et une trentaine de signatures pour une mort « non naturelle » (exécution, assassinat, suicide). Les Soviétiques n’ont toujours pas communiqué les Totenbücher trouvés sur place ; les Polonais n’en possèdent qu’un ou deux volumes. Nous avons le registre des opérations chirurgicales et la preuve que les enfants juifs ou tziganes, parmi les autres, nés dans le camp, étaient normalement enregistrés. Quant aux barbelés d’Auschwitz, ils étaient très loin de valoir le mur de Berlin.

J’en ai terminé avec mes questions. J’ai constaté avec plaisir que, pour le lecteur attentif au choix de vos mots et de vos arguments, il y a beaucoup à glaner en fait de rectifications diverses. Vous employez un peu la même méthode, en la circonstance, qu’un Henri Amouroux. Ce dernier dissimule çà et là des informations dérangeantes, destinées au lecteur vigilant. Par exemple, il apporte des révélations sur la bataille dite du plateau de Glières (ou : des Glières). A la page 273 du tome 7 de La Grande Histoire des Français sous l’occupation, il écrit : « Ainsi hissera-t-on Glières à la hauteur de Bir Hakeim, hissé lui-même presque à la hauteur de Verdun » ; puis, à la page 291, il rappelle que pour Jean Rosenthal (« Cantinier »), ami intime de Maurice Schumann et source d’informations pour ce dernier, les maquisards de Glières ont tué quatre cent quarante-sept Allemands ; enfin, à la page 294, il révèle qu’en réalité ces maquisards ont tué en tout et pour tout deux Allemands ; du moins est-ce le chiffre donné comme probable après une enquête de longue haleine.

30 octobre 1987