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Monday, April 11, 1994

Jusqu'en avril 1945, personne n'a vraiment su l'extermination physique des juifs par les Allemands


En avril 1945, à la découverte des charniers de typhiques dans les camps de Bergen-Belsen, Dachau et Buchenwald, les Alliés ont su (ou cru savoir) que les Allemands avaient physiquement exterminé des êtres humains, en particulier dans des chambres à gaz. Jusque-là d'innombrables rumeurs avaient couru sur le sujet, à partir, semble-t-il, de la fin de 1941, mais ces rumeurs étaient vagues, gravement contradictoires et, par moments, visiblement fantaisistes. Les autorités alliées avaient, bien sûr, dénoncé à plusieurs reprises la politique d’«extermination» pratiquée, selon elles, par l'Allemagne nationale-socialiste à l'endroit des Polonais, des Russes et de tous les peuples occupés mais elles n'avaient pas repris à leur compte les accusations de gazages systématiques. En 1943, elles avaient envisagé de le faire, puis s'étaient ravisées devant l'insuffisance de preuves [1]. En novembre 1944, un rapport du War Refugee Board, publié sous le timbre de la présidence des États-Unis et portant sur des «camps d'extermination» allemands avait été diffusé mais il n'avait pas rencontré grande créance.


En 1987, Stéphane Courtois et Adam Rayski publiaient Qui savait quoi ? L'extermination des juifs 1941-1945, La Découverte. Dans cet ouvrage, ils cherchaient à démontrer que la presse clandestine des communistes juifs avait, à plusieurs reprises, fait état d'informations sur l'extermination physique des juifs. En quelques mots l'historienne juive Annette Wieviorka a fait justice de cette prétention. Elle écrit:


Mais l'interrogation majeure réside dans le fait que ceux-là mêmes qui confectionnaient cette presse et la distribuaient – je pense en particulier à Henri Krasucki [...] – ignoraient tout des chambres à gaz d'Auschwitz. Si savoir c'est, comme l'écrit le Petit Robert “pouvoir affirmer l'existence de”, ou encore “être conscient de”, force est de constater que ceux-là mêmes qui avaient confectionné ou distribué ces textes ne savaient pas [2].


En 1964, l'historien Léon Poliakov, rapportant une réflexion des juifs de Salonique (déportés à Auschwitz du 20 mars au 18 août 1943), écrit :


Avec le recul du temps, une telle crédulité paraît invraisemblable ; mais à l'époque, même dans les pays occupés de l'Occident, l'existence des camps d'extermination était communément considérée comme une invention de la propagande britannique [3].


En 1979, le même L. Poliakov devait déclarer dans une interview :


Songez que déjà, pendant la guerre, la plupart des juifs eux-mêmes étaient persuadés que les déportés rentreraient des camps de concentration. Je puis en témoigner, j'étais bien renseigné, étant agent de liaison. Et cela jusqu'en 1945, où ont été découverts Auschwitz et Buchenwald. Encore une fois, il y avait l'idée de bobards de guerre, venant de Londres... Et puis il faut le dire, l'inexistence de précédents qui rendait la “solution finale” inimaginable. D'où des gens qui nient aujourd'hui l'existence des chambres à gaz [4]. »


Entre-temps, en 1973, Georges Wellers avait publié un ouvrage à la fois historique et biographique : L'Étoile jaune à l'heure de Vichy. De Drancy à Auschwitz. La préface était de Jacques Delarue et la postface du R. P. Riquet. Dans sa préface, J. Delarue rappelle que G. Wellers fut «le seul témoin français au procès d'Adolf Eichmann à Jérusalem » [5]. Il ajoute :


Aucun de ces milliers de futurs déportés que Wellers vit pendant les dernières heures précédant le départ n'avait le moindre soupçon concernant le terrible sort qui l'attendait [6].


G. Wellers écrit pour sa part :


Au fur et à mesure que le temps s'écoule il devient de plus en plus difficile de faire le partage entre ce que l'on savait réellement à l'époque et ce que l'on apprit depuis la fin de la guerre. L'extermination systématique des juifs, l'existence des chambres à gaz spécialement construites à cet effet en Pologne appartiennent à cette catégorie de vérités que l'on ignorait à l'époque [7].


Je peux affirmer d'une façon catégorique que l'on n'avait aucun soupçon concernant l'assassinat systématique auquel en réalité étaient voués les juifs au bout du voyage en déportation [8].


G. Wellers dit que c'est sur place, à Auschwitz, à l'occasion d'une conversation, qu'il a enfin compris «la vérité tellement incroyable». Il ajoute :


Et si quelqu'un me trouve naïf et sot, qu'il sache que tous les juifs étaient pareillement naïfs et sots [9].


En 1991, Lucie Aubrac déclarait :


A Lyon, en 1943, personne n'était au courant des tortures, des camps de la mort. Cela paraît énorme de dire ça aujourd'hui, mais à l'époque on pensait que les gens arrêtés allaient en prison [10].


En 1992, André Frossard écrivait :


J'ai vécu, mieux vaudrait dire j'ai survécu longtemps dans la “Baraque aux juifs” du Fort Montluc, à Lyon, où j'ai eu des centaines et des centaines de compagnons, souvent livrés à la police allemande par la Milice. Pas un seul d'entre eux n'avait la moindre idée du sort qui l'attendait en Allemagne et pourtant il y avait là, je vous le garantis, des esprits curieux. Ils s'imaginaient qu'ils seraient envoyés dans un camp de travail et qu'ils y seraient sans doute malheureux, mais moins qu'en prison, et qu'en tout cas ils échapperaient aux rafles d'otages qui dépeuplaient inopinément la baraque le jour ou la nuit. Je n'en ai jamais entendu aucun mettre cette illusion en doute, et quand on les alignait dans la cour pour les embarquer, ils avaient un dernier regard presque compatissant pour ceux qui ne partaient pas et restaient exposés aux représailles. Moi-même, lorsque j'ai appris le 12 août 1944 que je serais déporté le 16, j'ai accueilli la nouvelle avec une sorte de soulagement. Ni en prison ni au dehors, je n'ai entendu quelqu'un parler de la “solution finale” avant le retour des rescapés et le dévoilement de l'horreur [11].


Ces remarques aident à mieux comprendre pourquoi Pierre Laval, sur intervention notamment des autorités religieuses, avait demandé que les enfants juifs pussent être déportés afin d'éviter la dislocation des familles. Ces mêmes remarques permettent aussi de saisir pourquoi il existait des « optants » pour la déportation [12]. Enfin, elles expliquent qu'en certains cas les parents aient eu le droit de voter pour ou contre la déportation de leurs enfants [13].


Tel était le degré de connaissance que les autorités juives françaises pouvaient avoir d'une politique d'extermination physique des juifs.


Il en était de même pour toutes les autorités juives de tous les pays occupés, y compris de Pologne, ainsi que pour les autorités juives de Palestine ou des organisations internationales comme le World Jewish Congress, l'American Jewish Congress, la Jewish Agency. C'est même pour cette raison que des responsables juifs comme Ben Gourion se sont élevés contre l'idée d'un bombardement d'Auschwitz [14]. A Londres, Raymond Aron n'avait pas entendu parler de chambres à gaz. En 1981, interrogé sur le génocide, il répondait :


La vérité, c'est que je ne sais pas exactement ce que j'ai su. Bien entendu, j'ai su qu'il y avait des persécutions. Je suis sûr que je n'ai pas connu à Londres l'existence des chambres à gaz. Est-ce que j'ai su que des millions de juifs étaient exterminés ? Je crois que je ne l'ai pas su, mais je suis tenté aujourd'hui de penser que c'était encore une forme de confort émotionnel. Je ne voulais pas y songer. Je savais naturellement que les juifs de l'Ouest étaient déportés vers l'Est. Je savais aussi qu'il y avait des camps de concentration. [...] Je n'ai jamais imaginé le génocide. [...] Finalement, quand ai-je connu de manière certaine le génocide ? En France, plus tard, quand ça a été publié, quand ça a été écrit [15].


Aucun gouvernement allié, y compris le gouvernement soviétique (même après la libération, par ses troupes, du camp d'Auschwitz le 27 janvier 1945) n'a agi jusqu'en avril 1945 comme s'il avait cru à une extermination physique des juifs. Le Vatican, remarquablement renseigné (sur les événements de Pologne en particulier), le Comité international de la Croix-Rouge (dont un représentant s'était rendu au camp d'Auschwitz en septembre 1944), la Résistance allemande à Hitler, le Foreign Office, Edouard Bénès, n'ont, pas plus que les organisations juives d'Europe ou d'Amérique, su, vraiment su, que le IIIe Reich avait une politique d'extermination physique des juifs et tuait des juifs dans des chambres à gaz. Tous les accusés du procès de Nuremberg (1945-1946), y compris les plus portés à s'accuser eux-mêmes (Baldur von Schirach, Hans Frank et Albert Speer), ont affirmé n'avoir rien su d'une telle politique et d'une telle arme. A ce procès, seul Rudolf Höss, l'un des trois commandants d'Auschwitz, a déclaré qu'un tel crime avait été perpétré dans son camp. Or, nous savons aujourd'hui que ses aveux lui ont été extorqués si bien que les historiens de l’ « Holocauste» des juifs n'accordent plus de crédit à la « confession» de R. Höss [16].


Dans leurs mémoires respectifs, ni Winston Churchill, ni le général Eisenhower, ni le général de Gaulle, pourtant tous si résolument hostiles à l'Allemagne hitlérienne et à l'esprit de la Collaboration avec cette Allemagne, n'ont mentionné l'existence de «camps d'extermination» ou de «chambres à gaz homicides».


Comment Paul Touvier aurait-il su ce que tout le monde, à considérer les documents d'époque, semble avoir soit totalement ignoré ou «su» de façon tout à fait vague. Pour reprendre la remarque de l'historienne Annette Wieviorka et la définition du Petit Robert, personne à cette époque ne savait l'existence du génocide et de ces véritables abattoirs chimiques qu’avaient constitué les chambres à gaz. Personne ne pouvait en affirmer l'existence, personne n'était conscient de cette existence. Comment Paul Touvier pouvait-il en savoir plus que Léon Poliakov, Georges Wellers, Lucie Aubrac, André Frossard, Pierre Laval, Ben Gourion, le président Bénès, Winston Churchill, le général Eisenhower, le général de Gaulle, le Vatican, la Croix-Rouge, la Résistance allemande, les organisations juives européennes, américaines et palestiniennes et, enfin, s'il faut les en croire, le maréchal Göring, le maréchal Keitel, le général Jodl ?


11 avril 1994



Notes


[1] R. Faurisson, «Mon expérience du révisionnisme», Ecrits révisionnistes (1974-1998), vol. III, p. 993, note 3.

[2] A. Wieviorka, « Histoire et mémoire », L'Arche, novembre 1987, p. 86.


[3] L. Poliakov, Auschwitz, Paris, Julliard, 1964 et 1973, p. 31.


[4] L. Poliakov, «L'Antisémitisme : les racines du mal...», L'Express, 3-9 mars 1979, p. 153.


[5] G.Wellers, L'Étoile jaune à l'heure de Vichy. De Drancy à Auschwitz, Paris, Fayard, 1973, p. III.


[6] Id., p. V.


[7] Id., p. 4.


[8] Id., p. 5.


[9] Id., p. 7.


[10] Le Figaro, 15 octobre 1991.


[11] A. Frossard, Excusez-moi d'être français, Paris, Fayard, 1992, p. 68-69.


[12] S. Klarsfeld, Mémorial de la déportation..., Paris, éd. Beate et Serge Klarsfeld, 1978, page (non numérotée) précédant la liste alphabétique du convoi n° 21.


[13] G. Wellers, «Déportation des juifs de France. Légendes et réalités», Le Monde juif, juillet-septembre 1980, p. 106.


[14] E. Matz, « Britain and the Holocaust », Midstream, avril 1982, p. 59.


[15] R. Aron, Le Spectateur engagé, Paris, Julliard, 1982, p. 102.


[16] Voy. Raul Hilberg, Jean-Claude Pressac et Christopher Browning sur le sujet ainsi que le texte intitulé « Le témoignage du “commandant d'Auschwitz” est déclaré sans valeur », en date du 3 mars 1994.

Thursday, July 9, 1987

Le révisionnisme historique vu par le journal "Le Monde" (du 12 mai au 9 juillet 1987)


• 12 mai. En page 9 : « Un tract néo-nazi » (« le désormais fameux tract attribué à un “collectif Lyon-Nancy-Strasbourg”, développant les thèses “révisionnistes” sur le génocide des juifs perpétré par les nazis »). 

En page 10 : « Annales d’histoire révisionniste. Une revue met en cause l’extermination des juifs ».

• 13 mai. En page 13 : « Dans un lycée parisien. Qu’est-ce qu’une chambre à gaz ? » 
• 14 mai. En page 12 : « Au tribunal de Paris / Des associations de déportés et la LICRA demandent la saisie des Annales d’histoire révisionniste ».
• 24-25 mai. En page 10 : « L’A.B.C. “révisionniste” sera révisé ». 
• 27 mai. En page 12 : « Les Annales d’histoire révisionniste interdites à la vente ». 
• 30 mai. En page 13 : « Après la publication de lettres “révisionnistes”. Le rédacteur en chef de Libération a présenté sa démission ». 
• 3 juin. En page 12 : « Les éternels malades de l’insulte anonyme » (à propos du « tract des lycéens » et d’un tract sur Élie Wiesel rédigé par (Robert Faurisson, non nommé) « un professeur révisionniste qui a récemment boxé un cameraman de nos confrères de FR3. Ce grand colérique [...] ». 
En même page : « Un tract révisionniste provoque une polémique au lycée Voltaire » (à propos du « tract des lycéens »). 
En page 48 : « Une “direction extraordinaire de la rédaction” est créée à Libération » (à propos des lettres révisionnistes publiées par ce journal). 

• 16 juin. En page 2 : Pierre Vidal-Naquet (« Les degrés dans le crime ») dénonce « la petite bande abjecte qui s’acharne encore aujourd’hui à nier la réalité du crime de génocide ». Le journal publie son texte à la page « Débats » ; il n’y a pas de débat. 
• 18 juin. En page 2, Jacques Baynac et Nadine Fresco (« Comment s’en débarrasser ? Les révisionnistes nient la réalité qui les excède parce qu’elle excède leur théorie ») dénoncent les révisionnistes. Les mots employés sont les suivants : Mentez, mentez... « Le mensonge »...trois mensonges... faux et mensonger... faux et mensonger... mensonge... mensonge... mensongère... pseudo-vérité... mensonge... redresseurs de morts. Le journal publie ce texte à la page « Débats » ; il n’y a pas de débat. Le titre de présentation porte en encadré : « Haine et révisionnisme » et parle de « pestilences ».
En page 14 : « Dans la file d’attente devant le palais de justice [de Lyon]. La mémoire et la rancune » (« un service d’ordre et des barrières métalliques qui débordent devant le palais de justice, juste assez sévère pour décourager des manifestants révisionnistes »).

• 25 juin. En page 33 : dans son compte rendu du procès Barbie, le journaliste rappelle que Me Henri Noguères dénonce « les révisionnistes de l’histoire ». 
• 28-29 juin. En page 17 : une journaliste écrit : « Programmé à la fin du procès Barbie, [Shoah] répond aussi à ceux qui voudraient aujourd’hui “réviser” l’histoire. »
En page 3 : un éditorial consacré au même film porte : « Cinq minutes du film, même prises au hasard, ruinent à elles seules au passage tous les volumes de l’indignité révisionniste ». 

• 2 juillet. En page 8 : « En confiant une mission à M. Hannoun (RPR). M. Malhuret veut relancer l’action contre le racisme et les discriminations ». Cet article contient, en particulier, les deux passages suivants :

Pour M. Malhuret (chargé des droits de l’homme), la loi de 1972 interdisant toute incitation à la discrimination raciale ne suffit plus à la situation actuelle. « Depuis, nous savons que le prix du pétrole a triplé, le chômage s’est installé et les thèses révisionnistes niant l’existence des chambres à gaz se répandent. »

D’autres signes « concomitants » au procès Barbie inquiètent M. Malhuret. Il s’agit des tentatives d’interprétation de l’Histoire touchant à l’existence des chambres à gaz et au génocide juif, de la publication d’annales « tendant à banaliser les actes du génocide ou à comparer le génocide nazi à l’attitude de la France en Algérie », interprétation qu’il qualifie de proche des thèses révisionnistes. Il note également la multiplication des tracts racistes signés notamment « La France propre » ou « Aigle noir ».  

En page 14 : « Cinq millions de Français ont regardé Shoah ». Dans cet article, on peut lire :

Un chiffre qui rend dérisoire la poignée d’irréductibles niant l’holocauste et cherchant à en convaincre les Français. Des tracts révisionnistes circulent en effet, actuellement à Paris, s’ingéniant à remettre en cause l’œuvre de Claude Lanzmann et l’existence des chambres à gaz. La LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) « scandalisée » par la diffusion de ces documents « demande aux autorités de prendre d’urgence toute disposition législative afin que les tentatives de falsification de l’holocauste tombent sous le coup de la loi antiraciste de 1972. »

• 4 juillet. En page 1 : dans son compte rendu du procès Barbie, le journaliste dénonce « le chant des sirènes révisionnistes » et le révisionnisme. 

• 5-6 juillet. En page 7 : « André Frossard : “Le juge silencieux” ». Le journal rapporte un article du Figaro où A. Frossard dit que depuis une vingtaine d’années « toute une jeunesse, remarquablement disposée à accueillir le vrai, n’entendait guère (sur Auschwitz et Treblinka) que le misérable discours du révisionnisme jetant sa pelletée de sarcasmes sur la tombe immense de tant de morts. »
En page 31, Bruno Frappat, rendant compte de Shoah, dénonce « les révisionnistes, les exclueurs de tout poil, les fortes têtes du mensonge et de la falsification, les gangsters de l’histoire ». 

• 9 juillet. En page 10 : « Inculpation du directeur des Annales d’histoire révisionniste. »

9 juillet 1987