Le 1er
décembre 1945, le professeur René Fabre, spécialiste de toxicologie à la
Faculté de pharmacie de l’Université de Paris, a signé une expertise
médico-légale concernant d’abord la supposée « chambre à gaz »
homicide du Struthof, puis les cadavres ou fragments de cadavres d’un certain
nombre de supposés « gazés ». Or, en décembre 1945 comme par la suite,
loin de révéler les conclusions de cette expertise, les autorités du Musée du
Struthof ainsi que les instances universitaires, policières et judiciaires,
jusqu’à ce jour (20 septembre 2018) où je comparais en justice à Cusset, près de Vichy, pour « contestation
de crime contre l’humanité », ont soigneusement veillé à les tenir cachées.
Il n’y a eu là, que je sache, nul complot, nulle conjuration mais une entente
générale et spontanée qui peut aisément s’expliquer par la consternation
générale qui a dû saisir l’ensemble des intéressés en constatant que les conclusions
du professeur Fabre étaient négatives.
Le silence obstiné dans lequel ces autorités et ces instances ont enfoui le
« Rapport Fabre » aura donc à ce jour duré soixante-treize ans.
En 1980,
soit il y a trente-huit ans, j’ai fait, en ce qui concerne le Struthof, une
surprenante découverte dans les archives de la Gendarmerie et de la Justice
militaire transmises par le dépôt central d’archives de la justice militaire, situé
au Blanc (Indre), et consultables, pour la circonstance, au Palais de justice
de Paris. Du 27 mars au 5 juin 1980, au cours de huit séances de travail, j’ai
pu examiner les archives des procès du Struthof avec, à mes côtés, trois
témoins : mon avocat d’alors, Me Eric Delcroix, Jean-Claude
Pressac, pharmacien, et Pierre Guillaume, mon éditeur. J’ai découvert
l’existence d’une pièce d’archive où trois
médecins ou professeurs de médecine
(Simonin, Piédelièvre et Fourcade) associés aux recherches du toxicologue R.Fabre décrivaient le
contenu du rapport Fabre et, à leur façon, en déploraient les conclusions
négatives. Sur le moment, j’ai exigé qu’on retrouve ce rapport et qu’on m’en
communique copie. En vain. Par la suite, soit pendant près de quarante ans, j’ai
inlassablement multiplié les protestations, les études, les articles, les
déclarations publiques pour dénoncer cette anomalie. En vain là encore. Mes
adversaires étaient payés pour savoir que je ne lâcherais pas prise et qu’au
prochain procès qu’on m’intenterait je brandirais à nouveau, avec toujours plus
de force et de conviction, « l’argument Fabre ». C’est peut-être pour
cette raison qu’en pleine préparation d’un nouveau procès qui m’était intenté
par la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) du
Bas-Rhin, Me Simon Burkatzki a reçu le 18 janvier 2016 un fax
provenant du chef du dépôt central d’archives de la justice militaire au Blanc
lui annonçant : « Monsieur le procureur général près la cour d’appel
de Lyon a autorisé la délivrance de la copie du dossier de procédure, par vous
sollicitée ». En conséquence, le 13 avril 2016, mon avocat, Me
Damien Viguier, recevait aussi par fax les huit pages du rapport Fabre.
Personnellement, j’ai décidé d’attendre mon procès de ce jour pour faire état
publiquement de ce que je suis enfin, à la fin des fins, en possession de ce rapport, dont le
contenu confirme pleinement ce que j’en avais auguré. Lors de cette audience,
Me Burkatzki a piteusement tenté de minimiser la signification du
rapport sans nous expliquer un seul instant pourquoi on nous en a bel et bien caché
l’existence depuis le 1er décembre 1945.
J’estime
que le rapport Fabre, que je reproduis ci-après, doit être rendu public à leur tour par
ceux-là mêmes qui l’ont dissimulé pendant tant d’années. Les responsables du
Musée du Struthof nous doivent des explications et doivent nous faire savoir
quelles conséquences ils entendent tirer clairement des conclusions négatives du professeur
René Fabre.
20 septembre 2018







