Tuesday, August 26, 2014

La chutzpah de Claude Lanzmann

L’illusionniste juif Claude Lanzmann, « écrivain et cinéaste », est l’auteur du film Shoah, un gigantesque navet juif de près de neuf heures et demie : un vrai « documenteur » qui ne renferme pas la moindre preuve de ce que les Allemands auraient suivi une politique d’extermination quelconque de ses coreligionnaires. Il ne contient rien que « du rien » ! Et cela à telle enseigne que son auteur a lui-même déclaré : « Il fallait faire ce film avec du rien, sans documents d’archives, tout inventer » (Le Matin de Paris, 29 avril 1985, p. 12), ou encore : « A force de filmer ces pierres de Treblinka, sous tous les angles, elles ont fini par parler » (Libération, 25 avril 1985, p. 22). C. Lanzmann a fait parler les pierres comme d’autres ont fait parler, chanter et pleurer les chaussures ou les brosses à dents de récupération qui, dans les usines et les camps d’une Europe en disette, étaient destinées au recyclage (voyez mon article : « Shoah, film de Claude Lanzmann : Vers un krach du shoah-business… »).

A près de 90 ans, notre homme reste quasiment insurpassable dans le domaine de la chutzpah (en hébreu, un admirable culot, une rare insolence, une merveilleuse outrecuidance). Je ne ne lui connais en la matière que deux rivaux capables de lui damer le pion : Elie Wiesel, le grand et grotesque faux témoin d’Auschwitz, et feu Simon Wiesenthal, lequel avait survécu à onze camps où, à chaque fois, par un miracle répété, les Allemands avaient omis de le tuer.

Ce 21 août, en page 16 du Monde, C. Lanzmann s’est vertueusement encoléré contre quatre juifs qui ont eu le mauvais goût de désapprouver les exploits de Tsahal à Gaza. Titre du factum : « ‘Quatre mousquetaires’ pro-Gaza en croisade contre Israël / MM. Brauman, Debray, Morin et Mme Hessel ont tort ».

Plusieurs passages de la bulle d’excommunication fulminée par C. Lanzmann relèvent, pour ce qui est de la dialectique talmudique, du grand soleil à la barre fixe. Faute de place, je ne citerai que trois extraits :

1) La vérité est que, depuis la Shoah et la mort de six millions de juifs, qu’on a presque honte d’oser rappeler, les Israéliens accordent à la vie de chacun des leurs un prix sans mesure, une valeur telle que ce pays semble autoriser ses ennemis à exercer sur lui un chantage permanent, qui débouche sur des provocations de la pire espèce. – Ce n’est pas le lieu ici de disserter sur la relation unique entre le judaïsme et la vie qui, depuis la Shoah précisément, n’a cessé de croître et de s’approfondir ;

2) Ce n’est pas la première fois que l’armée d’Israël pénètre dans Gaza et, chaque fois, ses pertes sont si lourdes, au trébuchet de l’histoire de ce peuple, qu’on comprend ses réticences à envoyer ses enfants à une mort certaine ;

3) Les gens ne meurent ni de faim ni de soif à Gaza, les magasins regorgent de marchandises, il suffit d’avoir de l’argent et la lutte des classes existe là-bas comme ailleurs. Les riches Gazaouis, qui vivent dans leurs grandes villas des hauteurs, ne font pas la charité aux réfugiés qu’ils entretiennent comme un cancer.

« Il suffit d’avoir de l’argent » : sommes-nous assez bêtes pour n’avoir pas songé à cette vérité première surtout devant les cadavres des enfants palestiniens ? On aura noté que le brave homme « a presque honte d’oser rappeler » ce qu’il ne manque pourtant jamais de nous rappeler partout, toujours et en toute circonstance : la juteuse Shoah. Et puis admirons son grand salto arrière : juste après avoir confessé sa « presque honte » de rappeler la Shoah, il la rappelle à nouveau quatre lignes plus loin. ­– C. Lanzmann passera à la postérité pour avoir été, à la différence de juifs comme Rony Brauman, Régis Debray, Edgar Morin et Christiane Hessel, incroyablement dénué d’intelligence, de sagacité et tout simplement d’humanité.
26 août 2014