Thursday, October 20, 2011

Galilée en révisionniste


(Apologue)

Nous sommes en 1633. Ayant à juger le cas de Galileo Galilei, le président du Tribunal de la Sainte Inquisition s’étonne : « Mais, enfin, Galilée, comment pouvez-vous nier l’évidence ? Il vous suffit de vos yeux pour le constater : le soleil tourne bel et bien autour de notre terre, et la terre est statique. L’Ecriture sainte le confirme. Allez-vous persister à nier ce qui est manifestement visible et ce que professent aussi Nos écrits les plus sacrés ? »
Galilée : « A première vue, oui, le soleil tourne autour de la terre, et la terre est statique. Mais j’ai voulu examiner l’affaire de près et, après avoir vu, j’ai tenu à revoir. Un   premier examen, c’est bien ; un nouvel examen, c’est mieux. La plupart du temps ce nouvel examen peut confirmer notre premier jugement mais il peut aussi nous conduire à le réviser. Dans ce dernier cas notre révision nous conduira à exprimer une vue qui sera soit partiellement contraire, soit totalement contraire à ce que nous pensions d’abord. Pour ce qui est du sujet en question, il se trouve qu’aboutissant à une conclusion diamétralement opposée à mon opinion première j’ai opéré un retournement à 180° et découvert que la terre tourne à la fois sur elle-même et autour du soleil. »
S’adressant à ses juges, Galilée leur dit : « Je vous invite à revoir ce que vous n’avez vu qu’une seule fois. Tenez ! J’ai ma lunette astronomique. Aidez-vous-en pour observer et scruter le ciel. Vous constaterez que j’ai raison. »
Le président : « Non Galilée ! Nous n’allons pas utiliser votre lunette. Le faire impliquerait que les Saintes Ecritures pourraient être mises en doute. Confessez à genoux ce qui dicte votre conduite et ce qui vous pousse à vérifier là où il suffisait de croire. »
Galilée : « Je n’ai nulle idée claire des raisons de ma conduite. Il est probable que j’ai agi en vertu d’une disposition d’esprit qui m’est propre et qui me pousse à examiner de près ce qu’on me montre au loin et ce qu’on veut bien m’en raconter. Certains appellent cela l’esprit scientifique. »
Le président : « Scientifique, vraiment ? Ou diabolique ? Galilée, Nous n’avons peut-être pas vos connaissances en matière d’astronomie mais, s’il est une science où Nous excellons, c’est celle qui permet de sonder les cœurs et les reins. Grâce à cette science-là il Nous paraît clair que ce qui vous inspire, c’est l’esprit du Malin ; vous le savez, il se fait gloire de proclamer : ‘Je suis l’esprit qui toujours nie’. Pourquoi niez-vous, et avec une telle persistance dans l’erreur, ce que dictent à la fois la parole de Dieu et la somme tout entière des écrits inspirés de Sa parole ? A eux seuls, votre hardiesse, votre entêtement, votre mauvais caractère prouvent que ce que vous recherchez, en réalité, c’est à semer le trouble : le trouble dans les esprits, le trouble dans Nos institutions, le trouble partout et toujours. » 
Galilée : « Je vous confesse que je suis hardi, entêté et affligé d’un mauvais caractère ; il m’arrive aussi, bien sûr, d’errer ou de ne pouvoir trouver de réponse à certaines questions d’ordre scientifique, mais je n’aime ni le trouble ni le désordre. Je recherche la clarté, la justesse et la justice. J’y sacrifie mon existence. Pour quelle raison ? Je vous répète que je n’en ai nulle idée claire. Mon épouse, la Signora Galilei, pense que le premier devoir d’un homme est de protéger sa femme et ses enfants et elle me reproche, comme vous le faites, d’aller à contre-courant de ce qu’ont décrété les puissants du jour. Pour ma part, j’ai estimé que le premier devoir d’un homme est d’être un homme. »
« Cela dit, je risque le bûcher. Me pliant à votre bon plaisir, j’abjure donc tout ce qui vous fâche. Je ne suis pas un héros comme Giordano Bruno qui, il y a 33 ans, a été si cruellement condamné : on l’a brûlé au bûcher non sans lui avoir apposé un mors de bois à la langue pour l’empêcher de s’adresser à la foule ou de crier. Je vous rends grâce de m’avoir enseigné les bienfaits et la sagesse du conformisme, du panurgisme, du suivisme et, tout simplement, de la lâcheté. Dieu en soit loué ! »
[C’est la légende qui ajoute que, se relevant, Galilée aurait soupiré « Eppur, si muove ! » (Et pourtant elle tourne)].
Pour récompense de son abjuration il eut droit à une prison dorée.

Ce texte aurait une suite ou son pendant : dans une Allemagne réduite en ruines du fait des bombardements alliés on verrait le généralissime Eisenhower discourant au camp d’Ohrdruf, le 11 mai 1945, devant « les crimes du vaincu » alors que ce qu’il avait sous les yeux était… son œuvre ! Les cadavres de Bergen-Belsen déterrés par les troupes du maréchal Montgomery pour les dénombrer et que repoussait vers de grandes fosses un bulldozer conduit par un Tommy ne témoignaient pas, comme on nous l’enseigne, d’une volonté chez les Allemands d’exterminer leurs détenus. Ces cadavres-là ou encore les cadavres ambulants sortis de leurs couches pour être filmés résultaient surtout d’une situation catastrophique créée par les vainqueurs. Dans leur volonté de s’en prendre systématiquement à la population civile, les Alliés avaient arrosé de phosphore les villes allemandes, tuant ainsi des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants. Les survivants en avaient été réduits, en cette année zéro de l’histoire allemande, à vivre, comme des troglodytes dans leurs trous, en proie au froid et à la faim. Par ailleurs, en désorganisant le système ferroviaire allemand et en mitraillant tout convoi sur les routes ainsi que les cultivateurs dans leurs champs, les Alliés avaient non seulement créé le chaos mais aussi empêché le ravitaillement en nourriture ou en médicaments, ce qui, dans les camps, avait provoqué la famine et favorisé les ravages causés par des épidémies de typhus, de dysenterie et de fièvre typhoïde.
Bravo donc aux cinéastes débarqués de Hollywood ou de la BBC qui, filmant ou photographiant « les horreurs des camps », les ont mises sur le compte des vaincus ! Bravo à l’Agence Tass ! Bravo aux auteurs de ces films sur « les atrocités nazies », dont on abreuve un public instruit depuis l’enfance dans la très sainte religion de la Shoah !   
20 octobre 2011