Saturday, February 23, 2008

Enfants juifs : leur déportation ne signifiait pas leur extermination

Les 11 000 ou 11 400 (en fait, 11 426) enfants juifs déportés de France dont nous entretiennent chaque jour les médias ont été effectivement déportés mais non pas, comme on le dit ou comme on l’insinue un peu partout, déportés et assassinés ou exterminés. Il suffit pour s’en convaincre de lire, entre autres, deux ouvrages de Serge Klarsfeld: 1) La Shoah en France, volume 4, «Le Mémorial des enfants juifs déportés de France», Arthème Fayard, 2001; 2) les différentes éditions du livre intitulé Les 11 400 enfants juifs déportés de France, édité à la fois par «Les Fils et Filles des déportés juifs de France» et par le «Centre national d’information sur les enfants juifs déportés de France» (1ère édition en octobre 1994 et dernière (?) édition en mai 2006). De la même manière, à Paris, au Mémorial de la Shoah, le visiteur est amené à croire que les noms inscrits sur les murs d’entrée sont ceux de juifs morts alors qu’il s’agit en réalité de juifs partis en déportation.

En 1978, S. Klarsfeld avait publié son Mémorial de la déportation des juifs de France. Au moins y faisait-il suivre d’un point (fort discret, il est vrai) les noms de certains rescapés, c’est-à-dire de personnes revenues en France; il en évaluait le nombre à environ 2 500 sur un total de 75 721 déportés. Cette évaluation minimaliste reposait sur des arguments dont j’avais, à l’époque, dénoncé la malhonnêteté. Ici, dans les deux ouvrages susmentionnés, rien de tel pour les enfants: pas le moindre point, aucun signalement systématique, aucune évaluation chiffrée du total des rescapés. C’est de manière tout à fait épisodique, en examinant de près les textes qui accompagnent certaines photographies, que le lecteur peut, par exemple, apprendre que telle personne, déportée dans son enfance, est encore bien vivante de nos jours et milite ardemment pour «la Mémoire». Pourquoi S. Klarsfeld s’est-il abstenu de mentionner systématiquement les enfants rescapés, aujourd’hui souvent appelés «survivants» ou «miraculés», et pourquoi n’en a-t-il pas indiqué le total approximatif? J’ai mon idée là-dessus ainsi que sur l’angoisse manifestée par Simone Veil dans cette affaire, mais je souhaite ne traiter que plus tard de ces sujets.

Ils se comptent encore aujourd’hui par centaines de milliers les «survivants» de la «Shoah». Certains d’entre eux sont connus pour faire profession de «témoigner» dans les écoles et ailleurs, soit par la parole, soit par leurs écrits, de ce qu’a pu être leur enfance à Auschwitz ou dans d’autres camps (certains juifs sont nés à Auschwitz ou dans ces camps). S. Klarsfeld avait toute faculté de consulter des documents, des registres, des photographies concernant le retour soit en France, soit dans leurs pays d’origine, des juifs déportés de France vers l’Est; il s’agissait essentiellement d’étrangers ou d’apatrides précisément originaires de l’Est européen. La France, pour sa part, n’a manqué en 1945 ni d’organisations pour l’accueil des familles juives revenues de déportation, ni de centres d’accueil ou de homes d’enfants juifs. En outre, à elles seules, les archives françaises et, en Allemagne, celles du Service international de recherches d’Arolsen, interdites aux chercheurs révisionnistes, pouvaient fournir à S. Klarsfeld une ample provende.

A l’origine, les Allemands souhaitaient un «refoulement vers l’Est» (Zurückdrängung nach Osten) des seuls juifs âgés de 16 à 45 ans et aptes au travail. Mais les autorités juives, catholiques ou protestantes se sont, parfois avec véhémence, élevées contre la dislocation des familles et ont obtenu que les parents pussent emmener leurs enfants avec eux. Les représentants de l’Etat français («Travail, FAMILLE, Patrie») ont, eux aussi, fait valoir les droits et les besoins de la famille. A l’époque, Pinkney Tuck, chargé d’affaires américain à Vichy, avait demandé à Pierre Laval d’intervenir dans le même sens. Les juifs en question étaient à ce point partagés sur le sujet qu’on a parfois fait voter les parents pour savoir si, dans leur majorité, ils voulaient ou non prendre leurs enfants avec eux (Claude Lévy et Paul Tillard, La Grande Rafle du Vél d’Hiv, Laffont, 1967, p. 131). Selon l’historien Michel Laffitte, «La plupart des familles ne veulent pas courir le risque d’être déportées sans leurs enfants» (Un engrenage fatal : L’UGIF [Union générale des israélites de France] face aux réalités de la Shoah, 1941-1944, Liana Levi, 2003, p. 124). Par «enfants», Klarsfeld entend «enfants jusqu’à dix-huit ans».

Sur ces sujets l’on se reportera, dans l’index de mes Ecrits révisionnistes (1974-1998) (4 volumes), au nom de S. Klarsfeld. On peut également lire, de Jean-Marie Boisdefeu, «Des Enfants rescapés d’Auschwitz» (Akribeia, mars 2000, p. 94-99). Parmi les nombreux témoignages écrits d’anciens enfants juifs d’Auschwitz ou d’autres camps, citons ceux de Simone Veil (longtemps enregistrée comme gazée sous son nom de jeune fille, Simone Jacob), de Samuel Pisar, d’Anna Novak (J’avais 14 ans à Auschwitz, Presses de la Renaissance, 1982), d’Ida Grinspan («J’ai eu quinze ans à Auschwitz», Cahiers Bernard Lazare, février 1994), de Simone Lagrange, de Maurice Kling, de Jacques Zylbermine, de Charles Papiernik (intéressant pour ce qu’il écrit sur un centre de formation de jeunes juifs aux métiers du bâtiment à Auschwitz-Birkenau), d’André Kahn et Charles Zelty, de Raymond Federman, de Charles Baron, … Les dessins sur papier réalisés par des enfants à Auschwitz ou dans d’autres camps ne manquent pas («Dans les camps, des enfants dessinaient», La Déportation, édition FNDIRP, 1967, p. 241-244, avec un dessin signé Hana Grünfeld). Les photographies de mères juives avec leurs nourrissons à la libération des camps sont connues ainsi que celles, en particulier, des enfants sortant d’Auschwitz-Birkenau. A Paris, une exposition a été consacrée aux 426 enfants juifs trouvés à la libération de Buchenwald. Même un Hermann Langbein ne cache pas qu’à Auschwitz chaque nouveau-né était immatriculé et qu’il y avait un jardin d’enfants (Hommes et femmes à Auschwitz, Fayard, 1975, p. 234). S. Veil a écrit qu’à Auschwitz les femmes enceintes recevaient «un supplément de pain que les SS eux-mêmes leur enviaient» («Réflexions d’un témoin», Annales, Armand Colin, mai-juin 1993, p. 693). Il va de soi que ces détails sont enfouis sous un amoncellement de récits évoquant les abominations réelles ou surajoutées de la vie concentrationnaire. Les déportations ont été l’une des horreurs vraies de la guerre. Toutes méritent d’être rappelées, y compris les gigantesques et meurtrières déportations des minorités allemandes de l’Est vers la fin de la guerre et, après l’armistice, au moment de la «libération» (sic) de l’Europe.

Ce 13 février, lors du rituel dîner du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), Nicolas Sarkozy a déclaré qu’il avait «demandé au gouvernement de faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 [âge moyen: dix ans] se voient confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah.» Ces enfants, outre qu’ils étaient pour la plupart étrangers ou apatrides et non français, ne sont pas tous morts et l’on n’a pas vu la preuve qu’ils aient été exécutés comme tend à le laisser entendre, ici, l’expression «victimes de la Shoah». D’ailleurs, à ce même repas du CRIF, ne voyait-on pas figurer, juste à côté de N. Sarkozy, en la personne de Simone Veil, l’un de ces «enfants» déportés en 1944 vers Auschwitz?

Je suggère que dans le droit fil de l’initiative de N. Sarkozy soient prises, sans plus attendre, les deux décisions suivantes: chaque classe d’enfants des écoles juives de France, d’Israël et d’ailleurs prendra en charge la mémoire d’un enfant palestinien assassiné; chaque classe d’enfants anglais ou américains prendra en charge la mémoire d’un enfant allemand phosphorisé ou d’un enfant japonais atomisé.