Thursday, November 20, 2008

Marcel Gauchet en matamore de la revue «Le Débat»

Marcel Gauchet est le rédacteur en chef de la revue bimestrielle Le Débat, fondée et dirigée par Pierre Nora. L’homme n’est pas antipathique mais il frappe par sa candeur d’universitaire et par sa propension à la suffisance.

Si j’en crois un article d’Elisabeth Lévy portant sur l’affaire Siné («Liberté ou délit d’expression?», Le Point, 31 juillet 2008, p. 66-67), Marcel Gauchet souhaite que la presse française jouisse de la même liberté que celle dont, aux Etats-Unis, bénéficie la presse en vertu du premier amendement à la constitution américaine. Devançant l’argument selon lequel ce serait ouvrir la porte aux révisionnistes, notre homme a, paraît-il, lancé: «Je me sens de taille à régler leur compte aux négationnistes et autres fauteurs de haine, par l’argumentation.»

Qu’attend notre matamore pour passer à l’acte? Il pourrait, en principe, le faire dans sa revue même. Voilà plus de trente ans, au moins, que les affirmationnistes attendent un sauveur qui soit enfin de taille à régler leur compte aux révisionnistes non par l’agression physique, le tribunal, la prison ou l’amende, mais «par l’argumentation». Jusqu’à présent les Vidal-Naquet et autres Klarsfeld y ont échoué. Le fiasco de Serge et Beate Klarsfeld a été éclatant: Jean-Claude Pressac, dont ils avaient, à grands frais, cautionné les recherches et les publications, a fini par les envoyer au diable, jugeant que, tout compte fait, la thèse holocaustique était tout juste bonne pour «les poubelles de l’histoire» (Valérie Igounet, Histoire du négationnisme en France, Gallimard, 2000, p. 652).

Mais Marcel Gauchet est un naïf. «Argumenter» en la matière est interdit par la loi Gayssot du 13 juillet 1990 et surtout par la jurisprudence de cette loi. Argumenter, c’est tenter de prouver ou de contester quelque chose par des arguments. Vouloir aujourd’hui prouver l’existence, par exemple, des «chambres à gaz nazies» reviendrait nécessairement, au moins en un premier temps, à paraître contester cette existence ou à faire naître l’idée que la réalité de ces monstrueux abattoirs chimiques n’aurait pas encore été prouvée. Depuis 2006, il est inscrit dans le code pénal (Dalloz, 103e édition, p. 2059) qu’ici la simple contestation est interdite «même si elle est présentée sous une forme déguisée ou dubitative ou par voie d’insinuation». Dans la pratique, des juges en ont conclu que toute approche du «problème» sentait le soufre. Aujourd’hui, répondre à un journaliste vous interrogeant sur les «chambres à gaz»: «Je souhaite que les historiens puissent s’exprimer librement sur le sujet», c’est encourir une lourde condamnation. La loi Gayssot, qui invoque le tribunal de Nuremberg en matière de «crimes contre l’humanité», nous renvoie en quelque sorte à l’article 19 du Statut de ce tribunal qui cyniquement prononçait: «Le Tribunal n’exigera pas que soit rapportée la preuve de faits de notoriété publique mais les tiendra pour acquis.» Depuis 1995/1996, plus aucun auteur holocaustique n’a essayé de prouver «l’Holocauste». Tous posent en principe que le crime et l’arme du crime ont existé. Si un Marcel Gauchet s’avisait soudain de vouloir développer son «argumentation», il subirait les foudres de Claude Lanzmann, de Pierre Nora (son patron!) et de toute la corporation, pour qui pareille entreprise reviendrait à «entrer dans le jeu cher aux négationnistes».

Marcel Gauchet vit dans les nuées. Il ne connaît ni la teneur ni la force des arguments révisionnistes et il ignore que ses propres amis mettraient vite le holà à sa tentative d’affronter les révisionnistes sur le terrain de l’argumentation.