Sunday, November 16, 2008

Loi Gayssot : Gaby Cohn-Bendit contre Pierre Nora

Le Choc du mois reprend des couleurs. Le directeur en est Jean-Marie Molitor et le rédacteur en chef, Bruno Larebière. Son adresse: 51, Boulevard Garibaldi, 75015 PARIS; tél.: 09 79 04 09 96.

Sa livraison n° 27 (novembre 2008) contient, parmi d’autres articles qui attestent de recherches sérieusement menées, une étude de Patrick Cousteau, intitulée «Halte aux ‘compétitions mémorielles’!»

Pierre Nora et Françoise Chandernagor s’y voient remis à leur place et leur hypocrisie y est dénoncée. Ces bons apôtres ont, dans leur «Appel de Blois», affecté de se présenter en défenseurs de la «liberté pour l’histoire». En réalité, ils sont en faveur de la loi Gayssot et veulent préserver celle-ci de «lois concurrentes». La Shoah bénéficierait ainsi d’un privilège qu’ils jugent mérité. Quant aux révisionnistes, ils seraient, à en croire la romancière Françoise Chandernagor, «des imbéciles».

P. Cousteau nous confirme que Jean-Gabriel Cohn-Bendit, lui, est resté «fidèle à ses convictions». Il écrit:
Aux journées historiques de Blois, [...] seul Gabriel Cohn-Bendit, qui n’avait pas été invité à participer au débat, est bruyamment intervenu depuis le public, pour remettre les choses à l’endroit: «Si on en est arrivé là, c’est parce que, dans les années 1980, nous avons introduit le droit pénal dans le débat historique! Au lieu de punir les révisionnistes, il fallait s’opposer à eux sur leur terrain intellectuel! Au lieu de lois, il fallait asséner des arguments.» Le tonitruant frère de «Dany-le-rouge», fidèle à son engagement libertaire, continue de prôner une liberté d’expression totale, même pour les révisionnistes. «On ne comprend bien que ce qui s’exprime librement!» Et de conclure que, pour sortir de la spirale infernale des compétitions mémorielles, il est désormais indispensable «d’abolir la loi Gayssot».
On aura noté les deux phrases consécutives: «il fallait s’opposer à eux sur LEUR TERRAIN INTELLECTUEL!» et «Au lieu de lois, il fallait asséner des ARGUMENTS».

Il est exact qu’on n’a guère cherché noise aux révisionnistes sur le «terrain intellectuel» et qu’on ne leur a pas vraiment opposé ce qui peut s’appeler des «arguments», c’est-à-dire des «preuves à l’appui ou à l’encontre d’une proposition». Pierre Vidal-Naquet, Serge Klarsfeld et quelques autres s’y sont bien essayés pendant un temps mais leur entreprise a échoué dans de telles proportions que les Claude Lanzmann et autres cinéastes à la Spielberg ont décrété qu’il ne fallait plus ainsi entrer «dans le jeu des révisionnistes»; selon eux, il convenait désormais de laisser parler «la Mémoire» et non «l’histoire». Il fallait de l’émotion, de l’évocation, de l’imagination, des images, des films, du théâtre, des témoignages, des romans historiques, des récits, du story telling, des cérémonies, des pèlerinages «et même du kitch» (sic). Ils ont été entendus et suivis. Quant aux révisionnistes de «l’Holocauste», baptisés «négationnistes», on les a traités de «gangsters de l’histoire» et on les a traînés en justice.

L’inconvénient de cette politique de la Mémoire (qui plus est, une Mémoire à majuscule et à sens unique) réside dans le fait que, pour reprendre le mot d’Alain Finkielkraut, les juifs peuvent apparaître à certains comme «les chouchous de la mémoire» et, à ce titre, susciter animosité ou jalousie (Le Monde, 9 mars 2008).