Monday, May 2, 2005

Bradley Smith, «Confidences d’un révisionniste américain»

Bradley Smith voit le jour en 1930 à Los Angeles au sein d’une famille ouvrière de tradition catholique mais peu pratiquante. Enfant, il aime les histoires que sa mère lui lit ainsi que la pratique personnelle de la lecture. Vers l’âge de 10 ou 11 ans, il découvre La Chanson de Roland. Sa décision est prise: tel Roland, il sera un héros et, cela va de soi, il trouvera la mort pour son peuple sur un champ de bataille. Car si l’on n’est pas tué pour son idéal, c’est qu’on ne lui a pas tout sacrifié ou bien que cet idéal n’en vaut pas la peine.

Dans son adolescence, le jeune Bradley s’enivre d’histoires héroïques tirées de la guerre de Sécession ou des combats contre les Indiens. Bien plus tard, en 2001-2002, à l’âge de plus de 70 ans, au moment de rédiger les confidences qu’on va lire, il se reprochera d’être resté un adolescent de 16 ans. Tour à tour lui en feront grief sa mère, ses femmes ou ses compagnes successives, ses enfants et ses amis, qui tous le chérissent car il est attachant. Il faut dire qu’il a un don particulier pour se lancer dans des batailles perdues d’avance. Doué pour écrire, il publiera des livres qui ne rapporteront aucun argent au foyer mais lui vaudront seulement des ennuis et des ennemis. Ce qui ne l’empêchera pas d’affirmer que son problème, c’est qu’il n’a pas d’ennemis, car tous ceux qui l’ont pris en haine, il persiste à les tenir pour des amis potentiels. Sa vie durant il restera un Américain apparemment incapable de rien comprendre au business ou au dollar.

Dans son enfance et dans son adolescence il a été une sorte de Roland de Roncevaux égaré en Californie du Sud et, plus tard, ainsi qu’on le verra par son récit, il empruntera souvent pour nous les traits d’un Don Quichotte de la Manche dont on croit voir la silhouette se découper sur le fond des montagnes de la Sierra Nevada californienne. Elancé et vigoureux à l’âge adulte, il a ensuite fini par prendre les rondeurs de Sancho Pança.

Dans sa 8e édition, qui date de 1932, le Dictionnaire de l’Académie française proposait du Don Quichotte une définition que je trouve élégante et parlante. Qu’on en juge!


Don Quichotte, nom masculin. Celui qui, comme le héros célèbre de ce nom, se fait à tout propos, et même hors de propos, le redresseur des torts, le défenseur des opprimés ; qui soutient, dans un esprit généreux et chimérique, une cause qu’il n’a pas les moyens de faire triompher. Faire le Don Quichotte. Il s’est fait le Don Quichotte de toutes les causes perdues.


Tandis que l’héroïsme trouve à s’exprimer aussi bien chez l’homme que chez la femme, il est à craindre que le donquichottisme, lui, soit l’apanage de l’homme et que la femme, pour sa part, ne voie là, chez son compagnon, qu’une sorte d’enfantillage, qui la déroute. Chez Bradley Smith, le donquichottisme prend une couleur subtile et touchante, teinté qu’il est de cet humour anglo-saxon si difficile à rendre en français.

Jusqu’à l’âge de 17 ans, le jeune garçon fréquente l’école et le collège. Il ne trouve guère d’intérêt à la messe et à cette école du dimanche où sa mère estimait que tout enfant devait se rendre bien que, pour sa part, elle ne voulût rien avoir à faire avec l’Eglise catholique romaine. Il gagne quelque argent en livrant des journaux, en travaillant au service d’entreprises de produits laitiers ou en vendant des crèmes glacées. A 17 ans, il veut être Marine mais n’a pas l’âge requis. A 18 ans, il s’engage dans l’armée; il y est opérateur radio mais, comme il s’ennuie, le voici qui se porte volontaire pour la Corée en guerre. Il y est deux fois blessé et se retrouve hospitalisé pendant de longs mois au Japon et en Californie. Il quitte l’armée, entre aux chemins de fer en qualité de serre-frein, est blessé dans un accident, devient adjoint de shérif, puis se fait torero au Mexique, participe à de nombreuses corridas, tombe malade, se rend à New York, y exerce divers métiers, travaille, dans Manhattan, à la Bodley Gallery, qui est tenue par deux juifs. Il vit dans des milieux juifs. En 1959, il épouse Pamela, une infirmière d’origine anglo-canadienne. Il retourne à Los Angeles, puis revient au Mexique. Là, se relançant dans les études, il se prend de goût pour l’archéologie précolombienne. Puis il revient à Los Angeles, y ouvre une librairie de livres de poche. Il est poursuivi et condamné pour refus de cesser la vente, interdite, de Tropique du Cancer d’Henry Miller. En 1964, il rompt avec Pamela, qui obtient le divorce. Il est engagé dans un casino de Reno (Nevada). De retour à Hollywood, il exerce un emploi d’ouvrier dans les studios cinématographiques, puis devient docker et ensuite marin sur des caboteurs faisant escale sur les côtes du Japon, des Philippines, du Vietnam et de la Thaïlande. Sa nouvelle compagne, pendant neuf ans, sera Jenny, une juive, mère de deux enfants (un garçon de cinq ans et une fille de trois ans, Marissa). Il se rend au Vietnam pour le compte d’un grand magazine. Il revient à Los Angeles, y ouvre une boutique d’encadrement de photos, la transforme en galerie d’art, fait faillite et, pour finir, travaille, en proche région montagneuse, dans le bâtiment et le béton. En 1978, il épouse une Mexicaine, mère de Marisol. A la suite d’un grave accident du travail dans le ciment, il se retrouve sans emploi, sans argent et avec, à sa charge, sa femme et sa belle-fille. Tous trois vont s’installer dans le petit appartement qu’occupe sa mère, qui est âgée et souffrante. Pendant quinze ans, jusqu’au bout, avec une rare piété filiale et avec l’aide et le dévouement de sa femme, il prendra le plus grand soin de sa mère. Huit mois après sa blessure, il renoue avec son activité dans le bâtiment, mais, à partir de 1984, à l’âge de 54 ans, il n’exerce plus aucun métier et vit des maigres ressources que lui assurent ses écrits. En 1986, naît sa fille, Paloma. Il a 56 ans.

Toute sa vie, ce grand liseur a accumulé les lectures les plus diverses et rédigé des milliers de pages de récits et de mémoires, dont il a détruit une bonne partie. Il a aussi écrit une savoureuse pièce de théâtre, The Man Who Stopped Paying (L’homme qui s’était arrêté de payer); il y protestait contre la politique américaine en matière d’armement nucléaire. Un nouvel échec en dépit d’une bonne réception critique.

Sa vocation de révisionniste a peut-être pris naissance au début des années 1960 lorsque, à l’occasion du procès d’Adolf Eichmann, il a commencé à se poser des questions sur Eichmann et sur Hitler. Il se souvient d’une discussion au cours de laquelle, vers 1964-1965, il en était venu à soutenir qu’aucun peuple dans son ensemble n’est responsable des actes de ses dirigeants. Il considérait que son propre père n’avait eu aucune responsabilité dans le crime d’Hiroshima et que, par conséquent, de son côté, le peuple allemand n’avait pas encouru plus de responsabilité dans «l’extermination des juifs» apparemment voulue par Hitler.

Un jour, en 1979, assistant à un congrès du Libertarian Party, il tombe sur la traduction en anglais de deux articles, de nature révisionniste, publiés par Le Monde sous la signature d’un universitaire français. Il en reçoit comme une décharge électrique, faite d’un mélange d’exaltation et d’appréhension. La même année il découvre le livre magistral de son compatriote Arthur Robert Butz, La Mystification du XXe siècle. Il prend alors la mesure, dans toutes ses dimensions, de l’imposture probable de l’«Holocauste». Constatant que les juifs et les intellectuels en général protègent l’«Holocauste» comme un tabou, il s’interroge sur la responsabilité de la classe intellectuelle en la matière et se demande comment ces gens peuvent ainsi prendre parti contre la liberté d’expression et l’esprit d’examen.

Il a fait la connaissance de révisionnistes tels que Tom Marcellus et David McCalden et, plus tard, il rencontrera Mark Weber; tous trois travaillent ensemble à Los Angeles au sein de l’Institute for Historical Review. Le 4 juillet 1984, apprenant qu’une bombe incendiaire lancée par des juifs de la région a détruit l’Institut de fond en comble, il va trouver les trois hommes et leur propose de se faire le porte-parole de l’Institut auprès des médias. Il recherchera avant tout à obtenir des entretiens radiophoniques et télévisés. L’IHR est d’accord pour financer l’entreprise. Quatre années durant, B. Smith se trouve engagé dans une sorte de croisade révisionniste qui le voit accorder des centaines d’entretiens où il ne cesse d’avancer la simple idée qu’on devrait pouvoir examiner l’histoire de l’ «Holocauste» de la même façon, parfaitement régulière, qu’on étudie tous les autres sujets historiques.

Ce n’est pas que l’argumentation révisionniste retienne trop son attention. Après l’explosion d’enthousiasme des débuts pour le sujet pris dans son ensemble, il se désintéresse assez vite de l’argumentation proprement révisionniste. Ce qui le captive, c’est l’existence du tabou qui interdit l’étude de cette argumentation. Son instinct lui dicte que les révisionnistes ont fort probablement raison; en tout cas, ces rebelles ont manifestement porté le fer sur un point hautement contestable de l’histoire officielle d’un récent passé: l’existence des chambres à gaz nazies. Le tabou régnant lui offre une occasion rêvée de combattre en faveur de la plus noble des causes: celle de la liberté et de l’indépendance de l’esprit.

Durant l’année universitaire 1990-1991, il lance avec la même ingéniosité une seconde entreprise de son invention: une offensive révisionniste en direction du monde des universités américaines. Il l’appelle le «Campus Project». Il faut savoir qu’aux Etats-Unis chaque université possède son propre journal, rédigé et édité par des étudiants, qui ont en général le sens du business médiatique. Ces journaux jouissent d’une large autonomie et se financent grâce, en partie, à la manne publicitaire. En principe, ils ne vont pas refuser des «publicités» payantes où l’auteur exprime son opinion sur un sujet donné. Aussi, par ce biais, la porte du monde académique semble-t-elle ouverte aux révisionnistes et à leur contestation de la religion de l’«Holocauste». Effectivement, avec les encarts publicitaires qu’il fait paraître dans les journaux d’un nombre considérable d’universités, Bradley Smith met le feu à la prairie. Des organisations et des professeurs, surtout juifs, sonnent l’alarme. Des journalistes de la grande presse, surtout juifs, là encore, entrent en scène. Quant aux universitaires qui ne sont pas juifs, ils se comportent avec toute la couardise qu’on est en droit d’attendre d’eux, tant il est vrai que, même dans la libre Amérique, avec son premier amendement à la Constitution, les professeurs ont pour habitude de respecter les pouvoirs en place ou de ne prendre de poses héroïques que pour mieux souffler dans le sens du vent. C’est alors que se déclenche dans ces universités et parfois jusque dans la grande presse un beau tohu-bohu. Bradley Smith fait front avec ce sourire qui ne le quitte guère. Il donne l’impression de rester, à la californienne, relax et zen. Il est efficace. Les organisations juives ne décolèrent pas et leurs appels contre le nouveau Satan vont mobiliser les plus redoutables d’entre elles.

Le briseur de tabous ou, comme aurait dit Albert Paraz, le «basculeur de légendes» donne des centaines d’interviews à des journalistes de la presse écrite et, aussi bien à la radio qu’à la télévision, l’écho s’en accroît. En 1979 il avait lancé son Smith’s Journal, qui traitait de sujets politiques d’un point de vue libertarien. Au début de l’année suivante il y avait abordé le thème du révisionnisme et en avait du même coup vite perdu ses rares diffuseurs. Les années suivantes il avait lancé un petit livre intitulé Confessions of a Holocaust Revisionist, qui n’avait pas trouvé à se vendre. En 1991, sans aucune aide, il commence à publier une lettre mensuelle d’informations, le Smith’s Report, destiné à éclairer le lecteur sur les coulisses du «Campus Project». Quinze ans plus tard le Smith’s Report poursuit sa course. Par ailleurs, en 1988, Bradley Smith avait créé un comité pour un libre débat sur l’«Holocauste» (Committee for Open Debate on the Holocaust ou CODOH) et, quelques années plus tard, il avait lancé sur Internet l’un des plus grands sites révisionnistes au monde. Il commence à travailler en association avec Germar Rudolf, le premier au monde des révisionnistes scientifiques. Et c’est ainsi que, recourant aux moyens les plus modernes de la communication, Bradley Smith sera le premier révisionniste à atteindre des millions d’Américains.

Pourtant, en fin de compte, le bilan ne sera pas à la hauteur des espérances. Soumises à un formidable tir de barrage, les universités cèdent aux pressions juives et les éditeurs des journaux universitaires sont de plus en plus dissuadés d’imprimer ses «articles publicitaires». De leur côté, les donateurs effectifs ou potentiels qui soutenaient la campagne avaient commencé à se retirer dans la crainte d’être «découverts». Le «Campus Project» en perdait toute efficacité. Décidément le révisionnisme pris dans son ensemble paraît voué, sinon à l’échec, du moins à l’insuccès auprès du grand public.

Arrêtons-nous un instant sur cette triste constatation, qui nous permettra de mieux comprendre les tenants et les aboutissants de l’aventure intellectuelle de Bradley Smith.

Les révisionnistes semblent avoir tout essayé. Dans les limites de leurs dérisoires ressources financières, ils ont utilisé tous les moyens concevables de se faire entendre. Ils se sont adressés à tous les publics. Ils ont frappé à toutes les portes. Ils ont publié les ouvrages les plus savants comme les écrits les plus accessibles. On trouve chez eux le langage de l’érudition, mais aussi celui de l’échange familier, la gravité et l’ironie, le traité scientifique et le pamphlet, le document historique et la courbe statistique tout comme la caricature et la bande dessinée, l’exposé et la polémique, le sérieux et le rire, la réflexion et l’action. Pour sa part, le Germano-canadien Ernst Zündel a réussi, pendant des années, à mobiliser dans de nombreux points du monde les énergies et les aptitudes les plus diverses afin de les mettre au service du révisionnisme et pourtant son entreprise a finalement été brisée. En 2003, au prix d’une machination des autorités américaines, il a été livré au Canada par les Etats-Unis où il avait cherché refuge. Le Canada l’a détenu pendant deux ans en prison de haute sécurité. Un juge unique, sans jury, d’un tribunal de création récente, instruisant un moderne procès de sorcellerie, sans possibilité d’appel et avec des témoignages à charge recueillis, pour certains, en secret, l’a condamné en tant que terroriste potentiel, lui, le pacifiste par excellence et le citoyen soucieux d’observer les lois démocratiques. En conséquence de quoi, le Canada, à son tour, a livré à l’Allemagne le terroriste potentiel. Aujourd’hui, dans sa prison de Mannheim, l’héroïque Ernst Zündel est en attente d’un procès où ni son avocat ni l’accusé lui-même n’auront le droit d’exposer pour la défense le moindre argument révisionniste. E. Zündel est devenu un nouveau Rudolf Hess.

La cause de nos défaites réside tout bonnement dans la disproportion des forces en présence. Les juifs ont fait de leur prétendu «Holocauste» le centre d’une religion, d’une industrie et d’un commerce extraordinairement florissants. Grâce à leur emprise sur les médias, cette religion, dominatrice et sûre d’elle-même, s’est acquis un statut quasi universel, plus intouchable que la charte même de l’Organisation des Nations unies. A ce compte, on se demande qui pourrait impunément défier à la fois les lois écrites et non écrites des Etats-Unis d’Amérique, de l’Etat d’Israël, des lobbies juif ou sioniste et de tous ces gouvernements du monde occidental qui ont fait allégeance à l’idéologie dominante. Après le vol de sa terre et de ses biens, la déréliction où, depuis 1948, vit le peuple palestinien illustre cette disproportion entre l’omnipotence des forts et la solitude du faible. Les déchirements au sein du peuple palestinien tout comme les dissensions dans le camp des révisionnistes ne sont pas la cause mais l’effet de cette tyrannie exercée par une superpuissance mondiale qui, pour s’imposer, n’a besoin ni de complots ni de conjurations puisqu’elle règne au vu et au su de tous.

Pour en revenir à Bradley Smith lui-même, quand celui-ci a commencé sa modeste Intifada, toute l’artillerie juive a donné de la voix. Le trublion a été submergé par les accusations habituelles de racisme, d’antisémitisme et de nazisme. Il a été décrit comme un nouveau Satan venu renverser l’ordre du monde. La plus influente des organisations juives («La haine», nous dit-il, «est leur tasse de thé») le classe dans le Top Ten des extrémistes américains. Dans le cas de notre Californien, ces grotesques accusations se trouvaient démenties par les faits. Mais, en pareille circonstance, qui va se préoccuper de la réalité des faits? Bradley Smith était en vérité antiraciste et déplorait d’avoir à constater, selon sa formule, que «le préjugé et le racisme sont aussi répandus en Amérique que la tarte à la citrouille». Il avait vécu en parfaite harmonie avec son entourage juif et, quand il parle d’Adolf Hitler, c’est pour le condamner en termes plutôt expéditifs qui, soit dit en passant, dénotent une certaine méconnaissance du sujet. Au chapitre XIII de son présent ouvrage, il écrit que le problème avec les racistes, c’est non pas qu’ils aient leur théorie sur les races, mais qu’ils cherchent à l’imposer. Il précise par ailleurs: «Je peux vivre avec les racistes, je le fais depuis quinze ans; je peux également vivre avec les antiracistes, je l’ai fait pendant trente ans». Il ajoute qu’il a trouvé dans un groupe comme dans l’autre un degré identique de générosité, d’intelligence, de bonne humeur et d’intolérance: «Les pires de chaque groupe constituent une parfaite symbiose d’intolérance et d’hostilité irrationnelle» et, poursuivant, il écrit: «Je ne crois pas aux crimes de la pensée». On ne voit pas qu’il nourrisse la moindre animosité à l’égard des Chinois, des Vietnamiens, des Japonais, des Noirs et, surtout, des Mexicains; à l’occasion, il dénonce le mal que les Blancs ont pu leur causer. Bradley Smith n’est pas pour autant ce qu’on serait tenté d’appeler un anarchiste, un pacifiste à tout crin ou un non-violent. Il est simplement un esprit ouvert et tolérant avec une propension à s’abuser sur les vertus d’«un idéal de liberté qui n’a nul besoin d’un professeur pour l’expliquer, d’un zélote pour le promouvoir, ou d’un tyran pour le protéger». Pour lui, le 11-Septembre a été un signal fort lancé par les gens d’en bas (les Palestiniens et les Arabes en général) à l’adresse des gens d’en haut (les Américains et les Israéliens). Au chapitre X de son livre on découvre une page particulièrement éclairante sur ce qu’on pourrait appeler l’esprit d’ouverture de l’auteur. On l’y voit opposer la culture d’Etat («State culture») à la culture populaire («pop culture»), qui, certes, a contre elle sa vulgarité et bien d’autres défauts mais qui, aux Etats-Unis, est riche d’infinies ressources humaines.

Bradley Smith ne comprend pas pourquoi il serait mal d’avoir tué des civils vietnamiens mais bien d’avoir tué des civils allemands ou japonais. La mort de ses compatriotes au Vietnam le bouleverse mais guère plus que la dévastation de tout un quartier de Saigon que les Américains ont anéanti au point que le seul bruit qu’on y entende désormais est celui des noix de coco qui, de temps à autre, tombent au sol. Pour lui, le gouvernement américain préconise le massacre des innocents afin de punir les coupables; il s’agit même là, nous dit-il, d’une constante de la politique américaine à l’égard du reste du monde. Il n’est pas dupe pour autant des procédés de la propagande exclusivement antiaméricaine. Il remarque que ceux qui arborent l’image d’une jeune fille devenue unijambiste par la faute présumée des Américains se gardent bien d’exhiber des photos de jeunes filles rendues unijambistes par la faute présumée des guérilleros sandinistes ou du Vietcong. Il note que la propagande juive nous ressasse l’histoire d’une Anne Frank morte de maladie dans un camp de concentration allemand alors qu’on ne pipe mot des jeunes filles délibérément tuées et carbonisées en si grand nombre dans l’holocauste, largement dû aux Américains, des villes allemandes et japonaises. Il a des remarques saisissantes sur l’héroïsme du fantassin allemand des deux guerres mondiales, sur l’absence de haine après la guerre du Vietnam chez l’ancien combattant américain, sur la haine, en revanche, qu’on cherche à entretenir à l’égard des nazis ou des Allemands. Il dénonce cet aveuglement qui fait qu’on écoute avec horreur des récits de toutes sortes sur ces «monstres» sans songer que ces «monstres» avaient eux-mêmes des pères, des mères, des enfants et faisaient partie d’une communauté et d’un peuple. On s’imagine qu’on a bon cœur parce que l’on compatit d’emblée aux récits des «survivants» juifs mais, en réalité, on manque de respect pour ces «survivants». En n’exigeant pas de ces derniers un minimum d’exactitude ou simplement d’honnêteté, on se comporte avec eux comme avec des enfants. Si on les respectait, on les traiterait en adultes, leur faisant clairement comprendre que ce qu’on attend d’eux, c’est qu’ils ne racontent pas n’importe quoi et qu’ils ne portent pas faux témoignage.

Dans son traitement du faux témoignage, Bradley Smith n’a pas son pareil. Je recommande à ce propos ses analyses du mythe du savon juif, de l’imposture des abat-jour en peau humaine, des élucubrations d’Elie Wiesel (qui, comme le dit un ami de Bradley, mériterait «le prix Nobel du vol plané») et, surtout, pour qui voudrait s’initier gaiement au révisionnisme, je suggère de lire l’entier chapitre XV sur le grand témoin de Treblinka, le charpentier Yankiel Wiernik. D’une manière plus générale, le talent particulier de Bradley Smith tient à son art du récit où se combinent le sens de l’observation, le goût de la rêverie et la fine moquerie de l’humour. Les révisionnistes sont, par nécessité, souvent secs et austères et ils se coupent par là de toute cette part de l’humanité qui demande, certes, à réfléchir mais qui voudrait bien aussi qu’on l’amuse ou qu’on la fasse rêver. Bradley Smith n’est pas un écrivain d’imagination, mais une bonne partie de sa vie et donc de ses confidences écrites se nourrit du rêve, du cauchemar et de ce que, non sans quelque ironie, il appelle parfois ses «visions». Au chapitre XVIII, il explique comment une argumentation logique peut donner l’éveil à son esprit mais sans pour autant emporter sa conviction. Chez lui le doute subsistera quelle que soit la force du raisonnement et ce doute ne sera balayé que grâce, par exemple, à l’alchimie du rêve. La démarche intellectuelle ne suffit pas. Le rêve, lui, vous envahit tout entier et vous marque puissamment de son empreinte. Bradley Smith a reçu le choc de sa vie en lisant un texte argumenté sur l’impossibilité d’existence des chambres à gaz nazies. C’était bien mais insuffisant. A la suite de cette lecture, il aura un rêve où il se verra dans une chambre à gaz avec autour de lui les corps des gazés ainsi que les juifs des Sonderkommandos, comme on a l’habitude de nous les décrire, s’apprêtant à sortir les cadavres de là pour leur crémation. Soudainement, il comprendra que la scène est impossible; pendant une bonne partie de son existence il a vécu au milieu de juifs de la classe ouvrière ou de la classe moyenne et maintenant il sait dans son cœur que jamais des juifs n’auraient pu se comporter jour après jour avec cette indifférence à l’égard de leurs morts. C’est ainsi, dit-il assez drôlement, qu’il est devenu un révisionniste de l’«Holocauste» grâce à un rêve. En Bradley Smith, ce n’est pas seulement le sujet pensant qui est devenu révisionniste mais aussi l’artiste. Donc, un beau jour, la résolution en est prise: il mettra ses capacités d’artiste au service du révisionnisme. De fait, quand l’artiste reprend pour nous, ligne à ligne, le témoignage de Yankiel Wiernik, quand il suit à la trace le grand faux témoin Elie Wiesel ou quand il nous fait faire la visite du musée de l’Holocauste à Washington, il nous semble qu’il s’adresse non seulement à notre capacité de jugement mais aussi à notre sensibilité. C’est là que Bradley Smith se distingue des autres révisionnistes.

La médaille a son revers. En laissant ainsi libre cours à l’expression sensorielle et sentimentale, aux émotions, au rêve, au cauchemar, à la prémonition, aux «visions», à l’impulsion ou aux brusques saillies, notre homme en vient parfois à manquer de discernement critique. Faire œuvre d’artiste est bel et bon, mais il ne faudrait pas que ce fût aux dépens du travail de recherche. Bradley Smith répugne à lire les études révisionnistes de caractère technique, scientifique ou trop purement historique. C’est son droit. L’inconvénient est qu’il néglige parfois de se tenir au courant d’arguments ou de découvertes de la littérature révisionniste et qu’il lui arrive, en conséquence, d’annoncer, comme s’il s’agissait d’une nouveauté, un matériau quelquefois simplement recyclé par des amateurs ou de purs bavards.

Le premier des courages est le courage physique. Bradley Smith le possède, tout comme il possède le courage intellectuel. Je me souviens d’un talk-show télévisé où il s’était rendu avec David Cole, jeune juif révisionniste plutôt loquace et démonstratif. Quand, sur le plateau, la tension est sérieusement montée à cause du comportement de certains juifs de l’assistance et de l’arrogance d’un animateur ignorant, David Cole, contrarié, a refusé de revenir pour la seconde partie de l’émission. Bradley Smith est resté seul et, seul, il a fait face aux adversaires avec le plus grand calme et une fort belle attitude de vieux gentleman aux prises avec des voyous. Mais en bien d’autres circonstances il a su manifester le même sang-froid. A ce titre, je recommanderais la lecture du chapitre XVII. Le récit de cette tournée de conférences radiophoniques, qui le mène successivement dans les Etats de Pennsylvanie, du Massachusetts et de l’Ohio, serre le cœur et, mieux que tout autre épisode, illustre combien rude et ingrate, périlleuse et éprouvante pour les nerfs est quelquefois la vie du révisionniste, surtout quand ce dernier a décidé de se montrer au grand jour au lieu de s’enfermer dans les livres, les bibliothèques ou les dépôts d’archives. Notre Américain pense qu’il ne gagnera personnellement jamais le match auquel il a décidé de prendre part; cependant, dit-il, quand on aura compris que les révisionnistes l’ont vraiment emporté dans cette compétition intellectuelle – car, pour lui, ils ont d’ores et déjà gagné – les révisionnistes voudront non seulement être déclarés «vainqueurs» mais aussi être reconnus pour des hommes et des femmes qui ont joué le jeu avec ce sens de l’honneur et ce bon esprit qui devraient être de mise dans tous les «jeux» où il en va des idéaux les plus élevés.

A ceux qui pensent avoir de bonnes raisons de n’aimer ni les Américains ni le révisionnisme, je conseillerais de lire ces peu banales confidences d’un révisionniste californien. Ils auront des surprises. Ils découvriront le révisionnisme sous un jour inattendu et ils rencontreront un Américain pour la forte, courageuse et souriante personnalité duquel ils éprouveront, je le suppose du moins, de l’estime et peut-être même de l’admiration.
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Bradley R. Smith, Break His Bones / The Private Life of a Holocaust Revisionist, 2002. US : $19. Canada : $30. UK : £13. France, Allemagne, Belgique… : €17.
P.O. Box 439016, San Ysidro, CA 92143 (USA).