Sunday, March 14, 2004

Altercation avec Bruno Gaccio


avec compléments du 23 octobre 2004 et du 10 mars 2010

Bruno Gaccio est le principal responsable des « Guignols de l’Info », émission satirique de la chaîne de télévision Canal +.

A Paris, boulevard Saint-Germain, en ce dimanche printanier, peu avant midi, je suis attablé à la terrasse du café de Flore, tout près de la porte d’entrée. Surgit B. Gaccio, tenant à la main un très jeune enfant (son fils ?). Sans me lever de mon siège, je le hèle et, sur un ton enjoué, je lui fais compliment de ce qu’à une récente émission de Thierry Ardisson il m’a « volé » (sic) une idée qui m’est chère et qui peut se résumer ainsi : « Tout le monde est pour la liberté d’expression, MAIS … » et ce sont ces MAIS qui, comme on dit, font problème. Personnellement, lorsque je vois un individu se gonfler d’estime pour sa propre ouverture d’esprit parce qu’il se prononce bravement en faveur de la liberté d’expression, je lui demande de me faire grâce de cette balançoire et de me confier, séance tenante, quels peuvent bien être ses « MAIS », c’est-à-dire ses restrictions.

Nous convenons, B. Gaccio et moi, de nous retrouver quelques minutes plus tard. Il se rend à une table où l’attend une personne qu’on me dit être la petite-fille du cinéaste Gérard Oury. Je vais donc le trouver. Il m’invite à m’asseoir à sa table. Je décline l’offre et lui fais comprendre que je préférerais une conversation en tête-à-tête. Nous voici donc debout face à face. Je commence par m’assurer qu’à l’émission de T. Ardisson mon interlocuteur a bien déclaré que, pour sa part, il ne voyait qu’une restriction possible à la liberté d’expression : le cadre. Pour lui, tout dépend du cadre où l’on s’exprime.

Je lui révèle mon identité. Il s’empresse de me faire savoir qu’il est d’accord avec Noam Chomsky sur mon droit à m’exprimer. Un peu plus tard, il ajoutera que j’ai le droit d’exprimer mes « conneries ». Je lui demande ce qu’il a lu de mes écrits ou des écrits des autres révisionnistes. Il prétend savoir nos arguments mais la suite immédiate de notre conversation prouve que ce qu’il sait de nous, il le tient exclusivement de ce que nos adversaires disent que nous disons. Je m’apprête à lui donner succinctement un aperçu de l’un de nos arguments. « Arrêtez, me dit-il, ou je vais vous frapper. » Pour ma part, je m’efforce de conserver un ton fort civil. Il s’échauffe. Il me reproche de me peindre en victime d’une persécution. Je lui rétorque qu’il fait fausse route. Je lui dis que le mot de persécution est impropre vu qu’en réalité ce qui s’exerce, c’est une répression. Je vais pour ajouter que le fort persécute moins qu’il ne réprime. Mais, me coupant la parole, il renouvelle sa menace : « Arrêtez tout de suite ou je vais vous frapper. »

Avec le sourire je lui dis que j’en prends acte. L’entretien m’a paru instructif.

J’ai eu tout loisir d’observer mon interlocuteur et, notamment, les mouvements de sa pomme d’Adam ; chez certains hommes, c’est là que se trahissent les émotions les plus intimes, mieux que dans d’autres indices comme la voix elle-même, les yeux, les plis du front, les mimiques de toute sorte si bien notées dans « Les Guignols de l’info ». B. Gaccio, je crois pouvoir le dire, éprouvait plus de peur que d’indignation. Reste, bien sûr, à savoir de quoi cette peur-là, qui lui nouait la gorge, pouvait bien se composer. J’ai mon idée là-dessus.


Complément du 23 octobre 2004

En septembre 2004, sous le titre Le Guignol et le Magistrat, les éditions Flammarion ont publié des entretiens sur la liberté d’expression entre B. Gaccio et Philippe Bilger, avocat général près la cour d’assises de Paris. L’incident qui m’a opposé à B. Gaccio s’y trouve relaté (p. 257-260).

Deux propos me sont prêtés, lesquels, ni dans le fond ni dans la forme, ne peuvent être de moi : « Je suis un persécuté de la liberté d’expression » et « Laissez-moi vous expliquer mes idées et vous verrez, je vais vous convaincre ». Par ailleurs, B. Gaccio omet de dire qu’il s’est déclaré d’accord avec Chomsky dans sa défense des révisionnistes. Il prétend m’avoir lancé : « La preuve de votre idiotie a été faite » ; s’il avait prononcé une telle phrase, je n’aurais pas manqué de lui demander où, d’après lui, cette preuve avait été apportée. Il s’attribue enfin abusivement une attitude glorieuse et déterminée.

Il ajoute qu’il a rejoint la table où, avant notre rencontre, il s’était fait traiter d’antisémite par Danièle Thompson. « S’assied alors [à notre table] Jorge Semprun, le Semprun rescapé des camps de concentration. Je leur ai raconté ce qui était arrivé et on a ri, tellement c’était énorme… ». Dans l’ouvrage en question, sorte de « livre-magnétophone » sur un sujet rebattu, Ph. Bilger enchaîne alors sur la loi antirévisionniste, qu’il désapprouve, et il ajoute : « Quoi qu’il en soit, je comprends que vous ayez pu rire tous les trois ce jour-là au Flore. » Il ne manifeste pas de réprobation à l’égard de B. Gaccio. A son compère il ne fait pas remarquer la contradiction qu’il y a pour un adepte de la liberté d’expression à menacer de violence physique un « vieux bonhomme » et même à se vanter d’avoir proféré une telle menace. Pour Ph. Bilger, le révisionnisme est dérisoire : « Vous sortez deux photos, trois films, et on n’en parle plus. Je n’ai pas peur des révisionnistes » (p. 342).

B. Gaccio a toute la finesse d’un métallo cégétiste. Devenu à la télévision casseur d’assiettes attitré, il ne casse en fait rien du tout. Il est maintenant très riche et tient à nous le faire savoir. Quand ses patrons froncent le sourcil, il leur répond d’abord qu’il n’en fera qu’à sa tête mais, très vite, il finit par obtempérer et c’est pour cette raison que, depuis douze ans, il conserve son emploi.

Il multiplie les bourdes d’autodidacte. Désireux d’évoquer l’agora, il mentionne « le forum grec antique » (p. 97). Voulant dire « attaque ad hominem », il parle d’ « attaque ad nominem » (p. 154). Il égrène, mais pour n’en rien dire, les noms de Socrate, d’Aristophane, de Platon et d’Aristote (p. 340). A tout coup on le voit ainsi prendre le Pirée pour un homme ou étaler une science d’emprunt.

Subtil comme Jdanov, il vient de changer d’avis sur la liberté d’expression : selon lui, celle-ci n’est plus une affaire de « cadre » mais d’ « outils ». A l’émission télévisée de Thierry Ardisson, « Tout le monde en parle » (23 octobre 2004), on lui a demandé si, à son avis, Bruno Gollnisch devait avoir le droit d’exprimer son opinion sur les « chambres à gaz ». Réponse de l’intéressé : « Oui, s’il a les outils pour ! »


Complément du 8 mars 2010

En mars 2010, un petit ouvrage est paru aux éditions Mordicus (Paris) sous le titre Bruno Gaccio / Dieudonné M’Bala M’Bala, Peut-on tout dire ? Entretiens réalisés par Philippe Gavi et Robert Ménard, 112 p. Il ne s’agit pas d’un entretien entre B. Gaccio et Dieudonné mais de deux entretiens séparés où chacun se voit poser des questions différentes sur la liberté d’expression. Reprochant à Dieudonné d’avoir « fait venir ce vieux con de Faurisson sur la scène du Zénith », B. Gaccio explique : « [Dieudonné] est contaminé – c’est une vraie maladie – par ses nouveaux amis, des gens que je définis, sans bien les connaître, comme profondément antisémites […]. Il permet aux pires des extrémistes sionistes de citer Dieudo comme exemple à tout bout de champ et de détourner un débat nécessaire en brandissant l’antisémitisme en toute occasion. Dieudo, qui fait venir Faurisson à la fin de son spectacle pour faire un coup, bouffe un espace médiatique 100 fois supérieur à ce que peut recueillir un livre intelligent d’Elie Barnavi (p. 38-39). »

B. Gaccio affirme à deux reprises que les Allemands ont poussé les juifs dans des fours (p. 40, 45) et, à trois reprises, qu’ils ont ainsi exterminé six millions de juifs (p. 44, 45, 46).

« Je reste », dit-il, « un interlocuteur courtois, même avec les cons (p. 51) ». Il aime à répéter que Voltaire aurait déclaré : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai pour que vous puissiez le dire librement » (p. 24, 35) et il affirme s’en tenir à cette ligne de conduite. Le malheur pour B. Gaccio est que Voltaire n’a jamais tenu pareil propos et que, le 14 mars 2004, en un lieu public, le même B. Gaccio a deux fois menacé de frapper ce Faurisson qui n’est à ses yeux qu’ « un vieux con » et « un pestiféré complet ». Cette dernière expression, on a pu l’entendre de sa bouche, le 8 mars 2010, sur France 3 (télévision) lors de l’émission de Frédéric Taddeï, « Ce soir (ou jamais !) ».

Il n’est pas « courtois » de traiter un interlocuteur de « vieux con » et de le menacer de coups, en particulier lorsque l’homme en question est « un pestiféré complet », qui a eu notoirement son lot de coups et blessures, d’insultes, d’injures ou de diffamations publiques, de perquisitions, de condamnations judiciaires, et cela sans pouvoir obtenir en 35 ans un seul vrai débat public. Rectifions : le 19 avril 1979, à la Radiotélévision suisse italienne (RSI, Lugano), j’ai obtenu de participer à un tel débat avec, contre moi, un professeur allemand, un professeur italien, une ancienne déportée de Ravensbrück et une ancienne déportée juive d’Auschwitz-Birkenau. Récemment, non sans difficultés et contre le versement, par un ami suisse, de la somme de 360 FS, j’ai obtenu de la RSI un DVD reproduisant ce débat de 135 minutes, mais on m’en a expressément interdit toute diffusion publique. Il faut dire que le débat avait tourné à la déroute de mes opposants, visiblement déconcertés par les documents dont je m’étais muni. J’avais découvert ces documents le 19 mars 1976 dans les Archives du Musée d’Etat d’Auschwitz et j’avais été le premier au monde à les produire : il s’agissait notamment de plans des crématoires d’Auschwitz et de Birkenau, censés contenir des « chambres à gaz » homicides. Ces plans démontraient qu’à la place de prétendus abattoirs chimiques, il n’avait principalement existé que d’inoffensives pièces appelées « Leichenhalle » ou « Leichenkeller » (dépositoires en surface ou semi-enterrés), parfaitement caractéristiques de leur emploi et situées dans des crématoires classiques, visibles de tous, avec, pour certains d’entre eux, leur jardinet qui était tout proche d’un terrain de foot-ball (Sportplatz) ou d’un terrain de volley-ball.

Cela dit, aussi bien dans l’opuscule des éditions Mordicus que lors du débat de FR3, on a traité à perte de vue de la liberté d’expression qui, les potaches le savent, aura toujours forcément des limites mais pas un instant on n’a évoqué la liberté de recherche qui, elle, ne saurait se voir assigner de limitations par un acte législatif comme la loi Fabius-Gayssot du 13 juillet 1990. C’est cette liberté-là qu’invoquent les révisionnistes. C’est de cette liberté qu’il faudra discuter un jour. Le débat devra être public et de libre diffusion. Ainsi se trouvera enfin respectée une décision de la cour d’appel de Paris (1ère chambre, section A, président Grégoire) qui, le 26 avril 1983, constatant le sérieux de mes travaux sur « le problème des chambres à gaz », en avait conclu : « La valeur des conclusions défendues par M. Faurisson relève donc de la seule appréciation des experts, des historiens et du public. »

14 mars et 23 octobre 2004, 8 mars 2010