Friday, February 7, 2003

Jean Plantin

Certains auront peine à le croire mais l’affaire se passe en France, de nos jours, et non dans quelque Absurdie, « en des temps très anciens ».

Un chômeur d’une trentaine d’années s’avise de lancer une publication historique au tirage confidentiel. Il lui choisit un titre quelque peu recherché : Akribeia, ce qui, en grec ancien, signifie exactitude. Trop modeste pour espérer atteindre ce qu’on appelle la vérité et trop ennemi des notions vagues pour user d’un mot aussi indéfini, il n’aspire qu’à l’exactitude.

Sorte de chartiste et de bénédictin, il est acharné au travail (Labor omnia vicit/ Improbus : opiniâtre, le labeur vient à bout de tout). Méthodique, précis, il vérifie pour ensuite procéder à de nouvelles vérifications. Il écrit peu et parle moins encore. Ses modèles : Champollion ? Littré ? Fustel de Coulanges ? Trop modeste là encore, il n’oserait invoquer de tels patronages. Et pourtant…

Pour son malheur, il a jeté son dévolu sur une période de l’histoire contemporaine toute bardée d’interdits, toute hérissée de tabous. Une insupportable police juive de la pensée monte bonne garde autour de billevesées qu’on croirait tout droit sorties de l’Ancien Testament. Aujourd’hui, cette police, qui inspire une peur infâme (metus Judaeorum), contrôle les usages, crée la vogue, assure le conformisme ambiant et vous force, d’abord et avant tout, à consommer, dès l’école, les produits d’une certaine propagande de guerre à base de récits d’atrocités. Il ne fait pas bon y aller voir de près et, vérification faite, de confier à quelques amis que certains de ces produits cashers sont frelatés.

Notre homme, du jour au lendemain, se trouve au cœur d’une tempête. En sa modeste personne, la police de la pensée vient de débusquer un spécimen de l’espèce la plus abjecte qui se conçoive ; elle le décrète « négationniste » ; en fait, il est révisionniste. Certes, pour notre police, les nazis sont l’abomination de la désolation mais il y a pire engeance car ces assassins, après tout, ne tuaient que des vivants tandis que les « négationnistes », eux, tuent les morts. A la haine ces derniers ajoutent donc la lâcheté. Dans le cas de notre bénédictin du révisionnisme, il y a pire encore : il vit pauvrement, il est effacé, il fuit les médias, et tout cela, c’est bien connu, a le don d’exacerber la colère des riches, des puissants et des batteurs d’estrade. Et puis, on a beau le menacer, il persiste. On se promet de lui faire courber la tête mais c’est à peine s’il a un regard pour les furieux. Il faut savoir que sa tâche l’absorbe et qu’il ne va pas pour si peu lever les yeux de l’établi.

Alors on va contre l’hérétique user des grands moyens. En vue d’une opération « Contre la Haine et pour la Mémoire », on mobilise les médias, l’Université, la police et l’appareil de la justice. Tout ce beau monde répond immédiatement présent. La chasse au cerf est ouverte et il est rare que, dans ce cas, on prenne le parti du cerf. Les chiens courants s’en donnent à gueule que veux-tu contre le pelé, le galeux, celui d’où nous vient tout le mal. Les journalistes vont recueillir dans la sentine les déjections d’une dizaine de justiciers et en faire des slogans de campagne. L’Université se signale par sa pleutrerie coutumière. La police, avec accompagnement de voies de fait, instrumente contre le criminel. Les magistrats retrouvent contre lui les réflexes de l’Epuration. La police juive de la pensée entretient le feu et la flamme par toute la ville, par tout le pays.

Du même coup, le phénomène devient intéressant à observer. En de pareils moments, le fondement des institutions et le tréfonds des âmes se révèlent. Les institutions laissent alors apercevoir qu’elles ne sont que de fragiles échafaudages. Leurs codes ne sont plus que conventions qu’un souffle emporte. Chez les individus, habits, habillages, costumes, coutumes, tout s’envole. C’est la grande mise à nu.

En France, l’Université et la magistrature rivalisent de soumission. Dans l’affaire de notre homme, « l’affaire Plantin », puisqu’il faut l’appeler par son nom, elles vont se surpasser.

Dans sa jeunesse, Jean Plantin avait obtenu en 1990, de l’université Lyon III, une maîtrise d’histoire et, l’année suivante, de l’université Lyon II, un diplôme d’études approfondies (DEA), également en histoire. L’an 2000 voit les Furies se déchaîner contre l’ancien étudiant rétroactivement affligé du stigmate de « négationniste ». L’université Lyon II est mise en demeure par la grande presse, par les responsables politiques, par des officines pratiquant le chantage et la délation d’obéir aux injonctions juives et de retirer à J. Plantin son DEA. Une telle mesure ne s’était jamais vue dans toute l’histoire de l’Université française. Aucun précédent ne peut être invoqué. Qu’importe ! On va inaugurer. Mieux : une fois qu’on aura obtenu de l’université Lyon II l’annulation officielle du DEA et la mise à pied du directeur de recherches responsable (un antirévisionniste notoire !), on exigera également et l’on obtiendra de l’université Lyon III qu’elle annule, à son tour, en 2001 la maîtrise accordée en 1990, circonstance aggravante, avec la mention « Très bien ». A cette occasion, une cérémonie expiatoire est organisée, une mascarade en vérité, où l’on verra des professeurs se renier publiquement. La sueur au front, la carcasse tremblante, ils confesseront qu’ils s’étaient trompés ou qu’on les avait abusés. Le professeur qui avait présidé le jury de maîtrise, sommé de dire pourquoi il était allé jusqu’à décerner la mention « Très bien », répondra que « c’était par humour » et ajoutera que le mémoire de maîtrise était « tellement grotesque ! ».

Incroyable ? Non, tout à fait croyable dès lors qu’un tabou est mis en péril. Plus personne alors ne conserve le sang-froid nécessaire au raisonnement. L’adrénaline a envahi les centres cérébro-spinaux et les paralyse. Un universitaire, censé, par définition, contrôler son langage et sa pensée, devient capable d’expliquer qu’il a dit : « C’est tout blanc ! » parce que, paraît-il, il pensait : « C’est tout noir ! » Quand une peur sacrée tenaille toute une société, elle ne peut secréter d’autres comportements. Tous les enseignants des deux universités, à l’exception d’un seul d’entre eux (il s’appelle Bruno Gollnisch), vont se taire ou ramper. Des universitaires réputés d’extrême droite, qui entretiennent secrètement le culte des nébulosités germaniques, de Heinrich Himmler ou de Joseph Darnand, et qui sont, par la police de la pensée, accusés de sympathie pour le révisionnisme, vont, dans la panique, se rebiffer, protester de leur répugnance pour les révisionnistes, faire valoir devant les tribunaux qu’ils se sentent diffamés par l’imputation de révisionnisme ; ils vont gagner leurs procès et en tirer gloire. En somme, c’est à qui se fera le plus lâche. Il est d’ailleurs à noter que, lors de l’incendie criminel de la bibliothèque inter-universitaire de Lyon II et de Lyon III (350 000 volumes détruits), les universitaires s’étaient déjà tus ; le bruit avait couru que cette bibliothèque abritait des ouvrages révisionnistes ; mieux valait donc épargner les incendiaires (voy. « Silence, on brûle », 28 février 2001).

La magistrature lyonnaise, entrant à son tour dans la danse du scalp, va culbuter les principes du droit. Le 22 janvier 2003, J. Plantin apprend qu’il est condamné à six mois de prison ferme pour l’une de ses publications et il se voit confirmer que, pendant trois ans, il ne pourra plus rien éditer. Réfléchissons : un Français va être jeté en prison parce qu’il ne croit pas à l’existence (jamais prouvée) et au fonctionnement (jamais prouvé) d’abattoirs chimiques (jamais montrés soit en l’état, soit sous la forme d’un dessin ou d’une maquette garantis conformes à l’original). Poussons encore un peu plus loin la réflexion : un tribunal se permet d’interdire des livres ou des articles… à venir ! Alors qu’on se plaît généralement à dénoncer la destruction des livres par le feu, voilà qu’on les détruit avant même leur venue au monde ! On n’aura même pas à les brûler. Lesdits magistrats ont, bien sûr, invoqué des lois mais il suffit de lire le texte de leur jugement pour s’apercevoir qu’à telle de ces lois ils ont fait dire une énormité qui n’y a jamais figuré. Où ont-ils pris que la « loi Fabius » (improprement appelée « loi Gayssot »), du 13 juillet 1990, réprime « le mensonge historique » ? Déjà suffisamment inique en elle-même, cette loi, réclamée et obtenue par la police juive de la pensée, ne réprime, en son jargon, que « la contestation des crimes contre l’humanité » tels que définis et condamnés par le tribunal militaire de Nuremberg en 1945-1946. Où, dans le texte de la loi, les magistrats lyonnais sont-ils allés trouver l’expression de « mensonge historique » ? A l’Ecole de la magistrature, le plus médiocre des étudiants sait, selon la formule consacrée, que « le magistrat ne peut se faire juge de l’histoire » ou encore que « ce n’est pas devant les tribunaux que l’histoire peut trouver ses juges ». Comment trois juges lyonnais, nés respectivement en 1952, 1953 et 1955, ont-ils pu écrire de sang-froid que « le mensonge historique [est] pénalement réprimé » par la loi en question ? Et, par ailleurs, quelle est cette science infuse qui leur permet, s’érigeant en juges de l’histoire, de prononcer qu’ils ont, dans un écrit du très érudit J. Plantin, détecté la présence d’un tel mensonge ? Que savent-ils du sujet ? De quel droit tranchent-ils ? Où sont les exemples, les preuves, la démonstration ?

A franchement parler, la réponse à ces questions est aisée. Quand il s’agit de noyer un chien révisionniste, on l’accuse de la rage et il n’y a plus ni foi, ni loi, ni droit. Les exemples abondent de cette désinvolture.

Le cas de J. Plantin devrait causer quelques scrupules à certains de ses persécuteurs car enfin la cible est vraiment mal choisie. L’homme est, comme on l’a compris, un citoyen des plus paisibles ; il ne recherche ni l’argent, ni les honneurs, ni la gloire. Ses publications font honneur à la tradition universitaire de recherche, d’ouverture et de dialogue même si, par nature, l’homme lui-même restera toujours discret. Il est vrai qu’il a son franc-parler. Est-ce un défaut ?

Un jour viendra où il sera cité en exemple de courage intellectuel. Ce jour-là, personne ne voudra se trouver à la place des enfants ou des petits-enfants de ses persécuteurs, lorsqu’ils découvriront que leurs parents ou leurs aïeux sont, eux aussi, passés à la postérité mais avec, au front, la marque du déshonneur.


NB : Avant-hier, 5 février, lors d’une émission de Télé Lyon Métropole (TLM), dirigée par Franck Nicolas et intitulée : « Faut-il emprisonner les négationnistes ? », on a eu tout loisir de mesurer la distance qui sépare un défenseur des révisionnistes, Me Eric Delcroix, avocat de Jean Plantin, d’un partisan acharné de la répression judiciaire, Me Alain Jakubowicz. La transe de ce dernier offrait un saisissant contraste avec la sérénité du premier.

7 février 2003