Wednesday, November 24, 1999

Jean-Marie Le Pen réclame-t-il toujours l’abrogation des lois contre le racisme et le révisionnisme ?


Jean-Marie Le Pen avait pour habitude de réclamer, au nom de la liberté d’expression, l’abrogation de la loi antiraciste de 1972 (loi Pleven) et de la loi antiraciste et surtout antirévisionniste de 1990 (loi Fabius-Gayssot).

Dans un récent supplément spécial de son magazine Français d’abord ! * il ne réclame plus rien de tel, y compris dans les pages consacrées spécifiquement aux « libertés politiques » et aux « propositions du Front National » sur le sujet (p. 13-14). Parmi ces « propositions » ne figure plus que la suivante :

Rétablir la liberté d’expression en protégeant les manifestations du FN. Les auteurs d’agression contre des électeurs, des militants ou des élus FN doivent être poursuivis et punis.

Il faut reconnaître que J.-M. Le Pen a payé un lourd tribut en amendes, en dommages-intérêts, en publications judiciaires forcées (sans compter d’autres frais, dépenses et sanctions de toutes sortes) pour s’être exprimé sur certains sujets avec une liberté qui n’est autorisée qu’aux États-Unis. Par exemple, ses propos sur les chambres à gaz nazies, lesquelles, selon lui, seraient un détail de l’histoire de la seconde guerre mondiale, lui ont déjà valu environ 1 700 000 F, du seul fait de la cour d’appel de Versailles qui l’a condamné, le 18 mars 1991, à payer 1 200 000 F et, le 10 septembre 1999, à verser environ 500 000 F. La réitération de ces propos lors d’un séjour en Bavière vient de lui coûter une condamnation en Allemagne et lui vaudra sans doute en France une nouvelle condamnation.

Un tel flot de poursuites et de condamnations, ajoutées à d’autres sanctions judiciaires pour d’autres motifs, n’aurait-il pas, en définitive, contraint J.-M. Le Pen de réviser à la baisse des exigences pourtant légitimes en matière de liberté d’expression ?


Additif

Dans son édition datée du 26 novembre, Le Monde, à la page 11, annonce :

EXTRÊME DROITE : Le président du Front national, Jean-Marie Le Pen, s’est dit « profondément choqué et vivement indigné », mercredi 24 novembre, par la décision de la Cour de cassation qui confirme notamment sa condamnation à un an d’inéligibilité (Le Monde du 25 novembre). Se référant à l’article 131-27 du code pénal, qui prévoit que « lorsqu’elle est encourue à titre complémentaire », l’inéligibilité « n’est pas applicable à l’exercice d’un mandat électif », M. Le Pen a affirmé qu’il pourra conserver ses mandats de député européen et conseiller régional.


24 novembre 1999

* Rédacteur en chef : Martial Bild ; directeur de publication : Yann Maréchal. Première quinzaine de novembre 1999, 36 pages.