Wednesday, May 15, 1996

Au sujet du témoignage Rogerie Lettre à Max Clos responsable de la rubrique «Opinions» du «Figaro»


Dans Le Figaro de ce jour, André Rogerie a signé un étrange témoignage. Il n’a pas le droit d’écrire : « J’ai assisté à la Shoah à Birkenau », ni d’écrire que les juifs non gazés « savaient aussitôt que la famille qu’ils venaient de quitter avait été gazée». Dans Vivre, c’est vaincre, écrit en 1945, imprimé, paraît-il, en 1946, et réédité en 1988 par Hérault-éditions (Maulévrier, Maine-et-Loire), A. Rogerie dit seulement qu’il a entendu parler de chambres à gaz [1]. La description extrêmement succincte qu’il en donne, ainsi d’ailleurs que des fours [2], est contraire à la version aujourd’hui en vigueur à propos de Birkenau : gaz arrivant par les pommes de douches (!) et fours électriques (!). Les photos aériennes prises par l’aviation alliée durant l’été 1944 – quand A. Rogerie se trouvait à Birkenau – prouvent que les cheminées des crématoires n’avaient pas de cette «fumée, noire et épaisse» montant tous les jours «par l’énorme cheminée». Ce qui semble vrai, en revanche, c’est que notre homme bénéficiait, dans ce camp même d’Auschwitz-Birkenau, d’un sort privilégié. Il était installé au bloc des « caïds » [3], bénéficiant d’une « planque royale » dont il garde de «bons souvenirs» [4]. Il y mangeait des crêpes à la confiture et y jouait au bridge [5]. Certes, « il ne se pass[ait] pas que des événements gais » [6] mais, au moment de quitter Birkenau, il a eu cette pensée : «A l’encontre de bien d’autres, j’y ai été moins malheureux que partout ailleurs» [7].


15 mai 1996



[1] A. Rogerie, Vivre, c’est vaincre, Maulévrier, Maine-et-Loire, Hérault-éditions, 1988, p. 70, 85.


[2] Id., p. 75.


[3] Id., p. 82.


[4] Id., p. 83.


[5] Id., p. 84.


[6] Id., p. 84.


[7] Id., p. 87.