Tuesday, October 4, 1994

Ernst Nolte est un exterminationniste de droite


Le 3 octobre 1994, l’hebdomadaire Der Spiegel a publié une longue interview de l’historien Ernst Nolte.


Le même jour, sous la date du 4 octobre, Le Monde se fait l’écho de cette interview. Les extraits qu’il donne de l’interview sont à peu près exacts mais la présentation d’ensemble est tendancieuse tandis que le titre est fallacieux.


E. Nolte semble appartenir à la droite conservatrice. Il est hostile au national-socialisme. Il n’est pas révisionniste mais exterminationniste. Il soutient la thèse selon laquelle le IIIe Reich a pratiqué une politique d’extermination des juifs, notamment par le moyen de chambres à gaz homicides. Il est vrai qu’il défend cette thèse d’une manière qui ne plaît pas aux juifs. Il prétend que la politique d’extermination des juifs par Hitler est une sorte de réponse à la politique d’extermination d’une classe sociale par Staline ! Cette interprétation – plutôt spéculative – tend, pour les juifs, à relativiser le génocide perpétré, disent-ils, par Hitler.


En 1988, l’Américain Fred Leuchter avait rédigé une étude technique sur les présumées chambres à gaz d’exécution à Auschwitz, Birkenau et Majdanek : le «Rapport Leuchter». Dans l’interview du Spiegel, on demande à E. Nolte si, à son avis, ce rapport constitue «une enquête sérieuse et scientifique» (eine seriöse wissenschaftliche Untersuchung). Sa réponse est non [1].


Or, E. Nolte, «historien des idéologies», ne semble pas avoir la moindre connaissance du monde pratique, matériel, technique et scientifique. Il veut bien admettre qu’il se cache dans les écrits des révisionnistes une «once de vérité [2]» et il lui arrive même de rendre hommage à l’étendue des connaissances chez certains révisionnistes mais il tient à se dire personnellement «convaincu qu’il y a eu, sur une grande échelle, de massives exterminations dans des chambres à gaz [3]».


Pourquoi en est-il «convaincu» ? Pour une raison qu’il exprime obscurément et qui est – je le cite : « l’emploi fréquent du mot “humain” dans ce contexte [4]» ! Ce qui paraît signifier que, selon E. Nolte, les nazis ont fréquemment parlé des chambres à gaz homicides comme d’un moyen « humain » de perpétrer de massives exterminations physiques ! E. Nolte ne fournit qu’un exemple, et cela dans un langage allusif que je traduis pour le lecteur. Il dit que, dans l’une de ses toutes dernières déclarations, Adolf Hitler, qui va mourir, se déclare rempli de satisfaction à la pensée que le principal responsable des horreurs de la guerre – le judaïsme international – a expié sa faute «fût-ce de manière plus humaine [5]» que la manière utilisée par les Alliés pour affamer ou massacrer les hommes, les femmes et les enfants européens. Pour E. Nolte, les mots «fût-ce de manière plus humaine» contiendraient une claire allusion à une politique d’extermination des juifs et à l’emploi massif d’abattoirs chimiques appelés chambres à gaz !


Une telle spéculation est arbitraire.


Le texte d’Hitler auquel il fait allusion est le «testament politique» rédigé par le chancelier du Reich le 28 avril 1945, soit l’avant-veille de son suicide. On le trouve dans les documents du procès de Nuremberg [6]. Ce texte est remarquablement commenté par le Dr Wilhelm Stäglich dans Der Auschwitz Mythos [7]. Hitler impute la responsabilité principale de la guerre en Europe au judaïsme international (celui qui règne à l’Est comme à l’Ouest et qui a voulu une croisade en Europe). Il rappelle qu’il avait prévenu les juifs que, si pour leurs intérêts financiers ils voulaient déclencher une guerre en Europe, ils le paieraient cher. Hitler précise que, si des millions d’enfants européens devaient mourir de faim, si des millions d’hommes adultes devaient périr sur les champs de bataille et si des centaines de milliers de femmes et d’enfants devaient brûler et mourir dans l’incendie des villes, le coupable devrait expier sa faute, « fût-ce par des moyens plus humains » (wenn auch durch humanere Mittel).


Hitler n’a pas précisé ces moyens et nous n’avons pas à spéculer là-dessus mais, s’il fallait le faire, pourquoi ne pas commencer par les suppositions les plus simples et les plus probables avant d’en venir aux plus hardies et aux plus improbables (et même, les révisionnistes le savent, aux plus impossibles pour des raisons d’ordre physique et chimique) ? A elles seules, la déportation des juifs et leur mise dans des camps de concentration ou de travail forcé ne pouvaient-elles pas être considérées comme des «moyens plus humains» que l’extermination par la famine, par le fer et par le feu ?


Je saisis l’occasion de cette mise au point pour signaler que dans l’ouvrage qu’il a publié en 1993, Streitpunkte [8], Nolte commet de nombreuses et de graves erreurs à la fois sur le chapitre de ce qu’il appelle l’extermination des juifs et sur celui du révisionnisme. Tout récemment, il a commis d’autres erreurs (notamment en rapportant des chiffres attribués à Jean-Claude Pressac), dans un article publié par la Frankfurter Allgemeine Zeitung du 23 août 1994 (« Ein Gesetz für das Außergesetzliche »).


4 octobre 1994


Notes


[1] E. Nolte, Die Spiegel, 3 octobre 1994, p. 85.


[2] Ibid. : ein Körnschen Wahrheit.


[3] Id., p. 87 : überzeugt, daß es in großem Umfang Massenvernichtungen in Gaskammern gegeben hat.


[4] Ibid. : der häufige Gebrauch des Wortes « human » in diesem Zusammenhang.


[5] Id., p. 90 : wenn auch auf humanere Weise.


[6] TMI, XLI, p. 548-552.


[7] W. Stäglich, Der Auschwitz Mythos, Tübingen, Grabert, 1979 (p. 85-89 et p. 83-87 de la version française, Le Mythe d'Auschwitz, Paris, La Vieille Taupe, 1986).


[8] Dans cet ouvrage (p. 306-307), E. Nolte m'imputait la responsabilité des agressions physiques dont j'avais été l'objet. Il estimait que les juifs pouvaient à bon droit s'estimer offensés notamment par la manière « agressive» dont j'avais, en une phrase de soixante mots, résumé le point de vue révisionniste. Pour commencer, il se rendait coupable d'une fâcheuse omission en reproduisant ma phrase. Enfin, en février 1994, il était à son tour l'objet d'une agression à Berlin en raison de ses écrits, sans doute jugés trop peu conformes à la norme.