Thursday, September 23, 1993

Sur Auschwitz : encore un scoop bidon


L’Express publie quelques articles ou documents à propos d’un ouvrage du pharmacien Jean-Claude Pressac, Les Crématoires d’Auschwitz. La Machinerie du meurtre de masse, éditions du CNRS [1]. On y prétend, une fois de plus, river son clou au révisionnisme historique. Mais, en réalité, une fois de plus, sous le couvert de prétendues révélations et de commentaires tonitruants, on est contraint d’y faire de nouvelles et importantes concessions aux révisionnistes.


Pour commencer, ce livre n’a rien d’une nouveauté, si l’on en juge par les extraits qu’on en a choisis et le résumé qui en est proposé. Il semble qu’il s’agisse seulement de la traduction, de l’adaptation et du résumé en français de l’énorme et grotesque ouvrage que J.-C. Pressac avait publié en 1989, à New York, à l’enseigne de la Beate Klarsfeld Foundation sous le titre prometteur et mensonger de: Auschwitz. Technique and Operation of the Gas Chambers. Selon toute apparence, l’ouvrage fut rapidement retiré de la vente. J’en avais rendu compte dans la RHR n° 3 sous le titre de «Auschwitz. Technique and Operation of the Gas Chambers ou Bricolage et “gazouillages” [2] à Auschwitz et Birkenau selon J.-C. Pressac». J’avais montré que l’auteur parlait surtout des fours crématoires et des chambres à gaz de désinfection. J’avais rappelé que des mots comme «Vergasung», «Gaskammer», «Gasprüfer» [3], en lesquels il croyait voir des «indices», disait-il, et non des «preuves», ajoutait-il, de gazages homicides n’avaient qu’un sens normal et bénin. J’avais montré qu’en passant il avait procédé, de son propre aveu, à une formidable révision des faits et des chiffres de la littérature holocaustique.


Depuis la publication de ce pensum en anglais, l’auteur s’est rendu à Moscou et à Wiesbaden. En a-t-il rapporté des documents bouleversants ? Dans le dossier de l’Express, je n’aperçois nulle trace de tels documents. Ceux que je vois sont connus depuis longtemps. Je constate seulement que, chez J.-C. Pressac, les incertitudes s’aggravent, les spéculations se multiplient, les récits romanesques abondent. La «chambre à gaz» que les touristes visitent à Auschwitz continue de perdre son crédit : elle n’aurait que « très peu » servi (théorie du «gazouillage» chère à l’auteur). Les gazages systématiques de Birkenau n’auraient commencé qu’en juillet 1942. Il y aurait eu beaucoup de «pannes». Himmler aurait, en novembre 1944, donné l’ordre de cesser ces gazages mais cet ordre, présenté jusqu’ici comme écrit (et donc prouvable), est devenu «oral» (et donc improuvable).


Et, surtout, le nombre des morts d’Auschwitz continue sa descente. Il ne serait plus de 9 millions (c’est le chiffre fourni dans Nuit et Brouillard ; il est faux que, comme le dit l’Express, le chiffre donné dans ce documentaire, plein d’erreurs, soit de 4 millions), ni de 4 millions (Tribunal de Nuremberg), ni de 1,2 million (Hilberg), ni de 1,1 million (Piper), ni de 950.000 (Bédarida), mais de... 800.000. Il faudra bien, un jour, parvenir au vrai chiffre qui doit se situer aux environs de 150.000 victimes (la plupart mortes du typhus ou, comme le dit Arno Mayer, de « mort naturelle»).


Nous attendons depuis un demi-siècle un ouvrage technique intitulé non pas Les Crématoires d’Auschwitz mais Les Chambres à gaz homicides d’Auschwitz. Evidemment, cet ouvrage contiendrait ce que nous réclamons depuis si longtemps et qui serait élémentaire: une photographie, un dessin ou une maquette de cet incroyable abattoir chimique avec l’explication de sa technique et de son fonctionnement. Pourquoi cette stupéfiante lacune ?


23 septembre 1993


Notes


[1] L’Express, 23 septembre, p. 76-80, 82-87.


[2] Le mot de « gazouillage(s) » est de Pressac qui l’emploie dans ses conversations privées où il confie volontiers qu’il ne croit pas, en réalité, à la thèse des gazages systématiques et à grande échelle mais seulement à des gazages occasionnels et improvisés que, d’un mot, il appelle des... « gazouillages ».


[3] Le 2 mars 1943, la firme Topf et fils d’Erfurt adresse à la direction des constructions d’Auschwitz une lettre concernant une commande de dix détecteurs de gaz cyanhydrique pour le Krematorium-II d’Auschwitz. Il n’y a là rien d’étrange. La lettre est commerciale et sans aucun caractère secret. Elle porte en toutes lettres «Gasprüfer-Krematorium» (détecteurs de gaz-crématoire). Les appareils sont appelés «Anzeigegeräte für Blausäure Reste» (détecteurs pour restes d’acide cyanhydrique). C’est ce que, dans mon Mémoire en défense..., p. 171, j’ai appelé «appareil de détection du gaz restant », qui est la traduction de « Gasrestnachweisgerät ». Ces appareils se trouvaient partout où s’entreposait le matériel de gazage (Vergasung) et partout où se pratiquaient des désinfections au Zyklon. Vu les ravages exercés par le typhus à Auschwitz et vu l’accumulation des cadavres de typhiques dans les crématoires, l’utilisation de ces détecteurs à papier sensible était normale. Depuis 1922 et encore aujourd’hui, le Zyklon s’emploie à la désinfection des locaux d’habitation, des silos, des bibliothèques, des navires, etc.