Thursday, April 30, 1992

Chambres à gaz et génocide dans une publication de l’Institut d’histoire du temps présent (1989)


René Rémond préside l’Institut d’histoire du temps présent. Il ne peut donc décliner toute responsabilité dans la publication de François Bédarida, directeur du même institut, intitulée Le nazisme et le génocide. Histoire et enjeux.

Cet ouvrage n’offre pas la moindre représentation de ce que pourrait être une chambre à gaz homicide au Zyklon B. Il parle de génocide ou de décisions d’extermination des juifs mais sans jamais apporter de date précise, de document précis, de source précise.

Il amène à se poser bien des questions. 

– « Selon le dictionnaire Robert, le terme “génocide” désigne, en général, “la destruction méthodique d’un groupe ethnique”. Cette définition se rapproche de celle qui a été utilisée à Nuremberg [1]. » Où et quand le tribunal de Nuremberg a-t-il utilisé et défini le mot de « génocide » ? 

Ce mot ne figure nulle part dans les quarante-deux volumes ! 

– « Quelle est la différence entre camps de concentration et d’extermination [2] ? » Tout au long de l’opuscule on emploie l’expression de « camp d’extermination » comme si les Allemands avaient délibérément créé, à côté de camps appelés « de concentration », des camps appelés « d’extermination » [3]. Où les Allemands ont-ils employé cette expression ? 

Cette expression a été créée par les Alliés : « extermination camps » et elle a été traduite en allemand par « Vernichtungslagern ». 

– « L’expérimentation des chambres à gaz a été faite sur les malades mentaux à partir de 1939 [4]. » Où est la preuve ? 

Elle n’est ni aux pages 21 à 23 ni ailleurs. Tout au plus y a-t-il aux pages 50-51 un récit d’August Becker accusant un collègue d’avoir eu l’idée de gazer des gens dans une fausse douche avec, à dix centimètres du sol, une canalisation percée de petits orifices par où se répandait l’oxyde de carbone, et qui aurait tué... en une minute ! Cet invraisemblable récit-confession dont la date et la source ne sont pas indiquées n’a jamais été vérifié – la référence donnée est celle d’un ouvrage écrit par le journaliste E. Klee : où est la source du journaliste ?

– « Le souci d’effacer toute trace d’extermination explique qu’à l’approche des armées alliées, les nazis aient tenté de détruire les camps [5]. » Preuve de cette tentative ? 

Livrés intacts : camps à chambre à gaz comme Majdanek, Mauthausen, Ravensbrück, Dachau ; à Auschwitz destructions minimes (dues à qui ?) : le Krema-I avec sa « chambre à gaz » intacte ; les Kremas-II et III avec leurs « chambres à gaz » intactes sous les blocs de béton.

– « La rafle du Vel’ d’hiv’ [6]. » A la page 31, il est dit treize mille juifs. Confirmez-vous ? 

Le vrai chiffre a été de huit mille cent soixante [7]. Pourquoi le chiffre est-il à ce point grossi ? Puisque juger, c’est comparer, pourquoi cacher qu’en août 1944 le même Vel’ d’hiv’ a servi à concentrer des collabos (souvent après passage à tabac) au point que les fameuses photos du Vel’ d’hiv’ sont, a fini par le reconnaître Klarsfeld lui-même, des photos de collabos et non de juifs ?

– « [L’Allemagne a] organisé la liquidation physique de millions d’êtres humains de manière calculée, systématique, industrielle [8]. » Ce dernier adjectif n’implique-t-il pas l’existence de « chambres à gaz » et n’est-il pas important au plus haut point de savoir si elles ont existé ou non ?

– Heydrich déclare : « Il faut trouver une solution définitive d’ordre territorial [9]. » Cette phrase ne doit-elle pas nous rendre prudents quand nous parlons de « solution définitive » ? De quel droit affirmer que cette solution est... l’extermination si elle est définie comme « territoriale » ?

– Partie centrale de l’opuscule : « au cours de l’année 1941 sont prises trois décisions capitales [10]. » En résumé, les Einsatzgruppen devront tuer « tous les juifs, hommes, femmes et enfants des territoires conquis [à l’Est] ». Puis, décision de procéder à la liquidation physique de tous les juifs du continent européen. Enfin, « la troisième décision capitale de cette année-tournant concerne la création des camps d’extermination » [11]. Comment se fait-il qu’aucune date précise, qu’aucun document précis ne soient cités ?!

L’ordre donné aux Einsatzgruppen (EG) est inventé de toutes pièces. Le document PS-502, du 17 juillet 1941, auquel il est ici manifestement fait allusion donne pour instruction aux EG de trier parmi les prisonniers soviétiques « tous les fonctionnaires importants de l’État et du Parti » et, en particulier, parmi ceux-ci neuf catégories de gens dont « tous les juifs » (qui arrivent en huitième position), pour voir ceux qui pourront être utiles et ceux qui seront exécutés sous certaines conditions. Les Soviétiques font de même avec leurs prisonniers allemands et sont même plus expéditifs. Cette directive provoquera des protestations des généraux allemands et il semble qu’elle sera rapidement abandonnée.

La décision de procéder à la liquidation physique de tous les juifs européens est attribuée ici à Göring. En réalité, dans sa fameuse lettre du 31 juillet 1941 à Heydrich, il parle de « solution définitive dans le cadre d’une politique d’émigration ou d’évacuation ». Comment M. Bédarida peut-il parler d’« instructions orales et à demi mot quoique avec une signification claire et sans équivoque [12] » ? Comment peut-il parler de « langage codé » ? Détient-il le code ? Assez décodé !

Où est la décision de « création de camps d’extermination » (p. 27) ? 

Où sont les « directives » pour la construction de ces camps, avec, à Chelmno, des « camions à gaz » ? On n’a jamais trouvé ces camions à gaz (Gaswagen signifiait « gazogène »), ni un fragment, ni une photo, ni un plan ! 

– « Première opération d’envergure : l’“opération Reinhard” [...] Trois camps sont équipés et affectés à cet effet : Belzec, Sobibor et Treblinka (c’est à Belzec qu’en août 1942 le sous-lieutenant Gerstein assiste à des séances de gazage [...]) [13]. » Où sont les documents ? Invoquer Gerstein est-il admissible après les révélations apportées par Paul Rassinier et Henri Roques sur les écrits de Gerstein ou attribués à Gerstein ? 

Les historiens ont longtemps osé prétendre qu’il avait existé une « opération Reinhard », du prénom de Reinhard Heydrich ; ! Comme s’il avait pu exister une « opération Adolf » (Hitler) ou « Hermann » (Goering) ou « Albert » (Speer) ! En réalité, il a existé une opération Reinhardt, du nom du secrétaire d’État aux finances Fritz Reinhardt : une opération de « récupération » de biens au profit, par exemple, des populations civiles allemandes bombardées. R. Rémond aurait dû lire l’ouvrage L’Allemagne nazie et le génocide juif (actes du colloque de la Sorbonne de 1982) où, à côté de sa propre communication sur « Les Églises et la persécution des juifs pendant la seconde guerre mondiale », figure une communication de l’historien Uwe Dietrich Adam abusivement intitulée « Les chambres à gaz » et où, dans la note 70 (p. 259), l’historien annonce une mise au point sur « l’opération Reinhardt et non Reinhar». 

Kurt Gerstein : sept à huit cent personnes dans 25 m2 = 28 à 32 personnes au mètre carré et tutti quanti. Léon Poliakov avait substitué 93 m2 ! R. Hilberg, au procès Zündel de Toronto en 1985, a reconnu qu’on ne pouvait accorder de crédit à Kurt Gerstein.

– « [A Auschwitz] 24 000 Juifs hongrois exterminés en une journée [14]. » Comment peut-on porter une aussi grotesque et horrible accusation sans la moindre preuve ? 

« Novembre 1944 (date à laquelle Himmler donne l’ordre de mettre fin aux gazages d’Auschwitz) [15]. » Où est cet ordre ? Quelle est sa date exacte ?

Si cet ordre avait existé, on aurait eu là la preuve des gazages et ce document aurait été partout publié. Il ne l’est nulle part. 

– Sur le bilan de la déportation des juifs de France : « Sur le nombre et la répartition des victimes, on dispose pour la France de statistiques très précises grâce aux rigoureux calculs de Serge Klarsfeld. C’est ainsi que le chiffre total des juifs déportés de France, entre le printemps 1942 et l’été 1944, s’élève à soixante seize mille, dont deux mille cinq cents seulement ont survécu, soit 3 % des partants [16]. » Pourquoi M. Bédarida, qui a hérité des archives du Comité d’histoire de la deuxième guerre mondiale (responsable : Henri Michel) n’a-t-il pas encore publié dans le détail la « statistique de la déportation » ?

Cette statistique a demandé vingt ans de travail. Elle a été achevée à la fin de 1973. Depuis dix-neuf ans, elle est tenue cachée « pour éviter des heurts possibles avec certaines associations de déportés » [17]

Comment peut-on parler des « rigoureux calculs » de S. Klarsfeld quand on sait ceci : de son propre aveu, S. Klarsfeld a enregistré comme morts ou gazés tous les déportés qui ne sont pas venus spontanément se déclarer vivants au ministère des Anciens Combattants et Victimes de guerre au plus tard le 31 décembre 1945 ? C’est ainsi qu’une quantité de survivants ont été comptabilisés comme morts ou gazés. Certains sont célèbres : Simone Jacob, née le 13 juillet 1927 à Nice, devenue Simone Veil ; la mère d’Henri Krasucki ; Gilbert Salomon, « le roi de la viande » ; etc.)

– A propos des juifs dans la collaboration, l’auteur dit qu’ils ont « dû pratiquer la politique du moindre mal [18] ». Pourquoi ne pas être plus précis et pourquoi cet argument ne vaudrait-il pas pour bien d’autres collabos ou pétainistes ?

L’Union générale des Israélites de France, la police juive des camps, y compris de celui de Drancy, collaboraient pleinement avec les Allemands. Elles avaient leur responsabilité dans les arrestations de juifs, dans leur mise en camps, dans la mise au point des listes pour chaque convoi, dans le choix des volontaires pour la déportation. Elles ont même fait voter les parents sur le point de savoir si les enfants seraient déportés ou non [19]

Que pense R. Rémond du fait qu’à la fin de 1944 et au début de 1945, les juifs collabos sont passés à huis clos devant des tribunaux d’honneur juifs et ont tous été acquittés en première instance et en appel ? Tribunaux présidés, par exemple, par Léon Meiss, président du CRIF [20].

Pourquoi F. Bédarida cache-t-il qu’en janvier 1941 les sionistes de l’Irgoun Zwai Leumi ont proposé une alliance militaire à l’Allemagne contre la Grande-Bretagne (document von Henting aux archives de Coblence) ? 

– L’auteur parle beaucoup de « l’ignorance » parmi les juifs au sujet des « camps d’extermination » et de leur scepticisme devant les « rumeurs » [21]. Il dit : « Comment auraient-ils imaginé l’inimaginable ? » Précisément ! Comment peut-on croire à ce qui n’a pas existé ?

Ni Churchill, ni de Gaulle, ni Eisenhower ne parlent dans leurs discours ou mémoires de « chambres à gaz ». Quel est le haut responsable politique qui peut croire aux inventions de ses propres officines de propagande de guerre ? 

– L’auteur parle de « deux jeunes Juifs slovaques, membres d’un Sonderkommando, Vrba et Wetzler, échappés d’Auschwitz en avril 1944 [22] ». Dans sa bibliographie, il citera, du même Rudolf Vrba, Je me suis évadé d’Auschwitz. Comment accorder foi à R. Vrba ?

En 1985, au procès Zündel, à Toronto, il a subi un contre-interrogatoire en règle qui l’a conduit à reconnaître que dans son fameux rapport sur Auschwitz il avait fait grand usage de... la licence poétique. 

– L’auteur cite Hinrich (et non Heinrich) Lohse, commissaire du Reich pour les territoires de l’Est. Il dit : « A propos des massacres en cours [Lohse] écrit cyniquement : imaginez ce qui arriverait si ces événements étaient connus et exploités par l’ennemi. Mais il est très probable qu’une telle propagande resterait sans effet, car ceux qui entendraient ou liraient de telles choses ne voudraient jamais y croire [23]. » Pourquoi cette falsification délibérée ?

La lettre de Lohse (Riga, le 18 juin 1943) est envoyée à Alfred Rosenberg, ministre, à Berlin, pour les territoires occupés de l’Est. Ce n’est pas la lettre d’un cynique. C’est celle d’un homme qui proteste vivement contre le fait suivant : il a appris que, dans la lutte sauvage entreprise contre les partisans, des soldats allemands ont enfermé dans des granges des hommes, des femmes et des enfants et les y ont brûlés vifs. Il dit : « Cette méthode est indigne de la cause allemande et fait le plus grand tort à l’opinion que l’on peut se faire de nous ». Il écrit : « A côté de cela, que restera-t-il de Katyn ? » (Phrase que M. Bédarida se garde bien de reproduire) et Lohse ajoute, indigné : « Supposons que nos adversaires aient vent de telles pratiques et les exploitent dans leur propagande! Celle-ci demeurerait sans doute sans résultat, pour cette bonne raison que le public se refuserait à lui accorder crédit [24]. » Une telle lettre, rétablie dans sa forme d’origine, est loin de confirmer l’usage d’une extermination systématique. En fait, elle l’infirme.

– L’auteur ose citer des extraits du journal du Dr Johann-Paul Kremer et ce qu’il appelle le « témoignage » du même docteur [25]. Pourquoi ne tient-il aucun compte des remarques du professeur Faurisson dont une bonne partie du Mémoire en défense contre ceux qui m’accusent de falsifier l’histoire, paru il y a douze ans, montre comment on a falsifié les textes de Kremer ?

En particulier, F. Bédarida prétend trouver dans le journal de Kremer la phrase : « Ce n’est pas pour rien qu’Auschwitz est appelé un camp d’extermination ». Le texte allemand ne parle nullement de « camp d’extermination » (sous-entendu avec des chambres à gaz) mais dit que le camp d’Auschwitz, où en 1942 règnent, dit-il, le typhus et la fièvre typhoïde, est vraiment « le camp de l’anéantissement [par ces épidémies] ».

– L’auteur invoque la confession de Höss ! Et le livre de M. Nyiszli (Médecin à Auschwitz) [26]. Comment peut-on invoquer de telles preuves ? 

Rappeler les absurdités de cette confession d’un homme torturé (« 3 millions de morts à Auschwitz jusqu’en décembre 1943 », etc.) et que l’ouvrage prêté à M. Nyiszli est totalement discrédité et n’est plus répertorié dans l’Encyclopedia of the Holocaust.

– L’auteur invoque des discours de Himmler sans tenir compte des observations du professeur Faurisson sur le sujet au début de sa Réponse à Pierre Vidal-Naquet (1982). 

– L’auteur en vient à la statistique du génocide des juifs durant la seconde guerre mondiale. Il se contente de reproduire les affirmations de R. Hilberg [27]. Pourquoi ne nous précise-t-il pas qu’il ne peut s’agir que de pures spéculations puisque, aussi bien, R. Hilberg dans son ouvrage sur La Destruction des juifs européens ne fournit pour ses chiffres pas la moindre source ni la moindre référence et ne révèle jamais comment il est parvenu à de tels chiffres !

– L’auteur dit que « le total officiellement adopté par le Tribunal [de Nuremberg] était de 5.700.000 [et non six millions] [28] ». C’est faux. Le Tribunal a prétendu qu’il y avait eu six millions de morts juives et il a eu l’audace d’attribuer ce chiffre à... Eichmann [29]. Pourquoi l’auteur ne cite-t-il pas Gerald Reitlinger qui parle de quatre millions quatre cent mille juifs, sans d’ailleurs plus de justification que tous «les historiens faisant autorité sur le nazisme [30] » ?

– L’auteur recommande Nuit et Brouillard [31]. Comment peut-on recommander un tel film de propagande où il est dit à propos d’Auschwitz-Birkenau : « Neuf millions de fantômes peuplent ce paysage », où il est question du savon juif (un mythe), de peaux humaines tannées (des peaux de chèvre, finalement, comme devait le révéler le général Lucius Clay) et ou ce qui aujourd’hui est présenté enfin à Majdanek comme une simple douche est présenté alors (1956) comme une chambre à gaz ?

– R. Rémond, président de l’Institut d’histoire du temps présent, peut-il continuer à cautionner cet opuscule de F. Bédarida, un opuscule à usage des élèves et des professeurs et rempli d’erreurs extrêmement graves, d’affirmations fantaisistes, d’inventions de la pure propagande de guerre et de haine ?
30 avril 1992

Notes

[1] F. Bédarida, éd., Le nazisme et le Génocide. Histoire et enjeux, Paris, Nathan, 1989, p. 3. 
[2] Id., p. 4. 
[3] Id., p. 5, 27 et surtout p. 38-39, 53. 
[4] Id., p. 21 à 23.
[5] Id., p. 9. 
[6]  Id., p. 10 et 31. 
[7] Voir notamment Nathaniel Herzberg, Le Monde, 18 juillet 1990. 
[8] F. Bédarida, op. cit., p. 14. 
[9] Id., p. 24. 
[10] Id., p. 26. 
[11] Id., p 27.
[12] Id., p. 26-27. 
[13] Id., p. 27.
[14] Id., p. 28. 
[15] Ibid. 
[16] Id., p. 32. 
[17] Bulletin du CHDGM, janvier-février 1974, p. 1. 
[18] F. Bédarida, op. cit., p. 42.
[19] Le Monde juif, juillet-septembre 1980, p. 106. 
[20] Voy. M. Rajsfus, Des juifs dans la collaboration (II). Une Terre promise ? (1941-1944), Paris, L'Harmattan, 1989, p. 339-340 et suivantes. 
[21] F. Bédarida, op. cit., p. 43. 
[22] Id., p. 43. 
[23] Id., p. 44.
[24] Doc. NO-2607 traduit dans Henri Monneray, La Persécution des Juifs dans les pays de l'Est présentée à Nuremberg, Paris, éditions du Centre de documentation juive contemporaine, 1949, p. 143. 
[25] F. Bédarida, op. cit., p. 53.  
[26] Id., p. 54.
[27] Id., p. 58-61. 
[28] Id., p. 61.
[29] TMI, I, p. 266. 
[30] G. Reitlinger, The Final Solution. The Attempt to Exterminate the Jews of Europe, Londres, Vallentine Mitchell, 1953, p. 48. 
[31] Id., p. 64.