Friday, November 1, 1991

Une censure catholique



L’hebdomadaire La Vie (Groupe des Publications de la Vie catholique) annonçait dans sa livraison du 18 avril 1991 (p. 7) :

A l’occasion du procès Faurisson, L’Actualité religieuse dans le monde, éditée par notre groupe de presse, publie un dossier très complet sur les négateurs des chambres à gaz : qui sont-ils ? que veulent-ils ? quels sont leurs soutiens politiques et religieux ? Pour se procurer ce numéro spécial, daté du 15 avril, écrire à L’ARM, 163, boulevard Malesherbes, 75859 Paris Cedex 17. 35 F, port compris. 

Effectivement, L’ARM du 15 avril 1991 portait en couverture : « Enquête sur les négateurs des chambres à gaz. » En page 2, Jean-Paul Guetny y signait un éditorial intitulé « En parler ou pas... », qui commençait en ces termes :

L’homme, vous l’avez aperçu à la télé, se pavanant sous les flashes. Il s’appelle Robert Faurisson. Il a 67 ans. C’est un spécialiste de littérature française, discipline où il s’est médiocrement illustré. Sa notoriété vient d’ailleurs. Ancien pétainiste, zélateur de l’OAS, qui ne dédaigne pas la compagnie des adeptes du Ku Klux Klan ni des néo-nazis anglais, il a fondé en 1987, à l’occasion du procès Barbie, une revue, les Annales d’histoire révisionniste. 

Suivait un dossier de quinze pages (p. 6-24) sur Les Falsificateurs de l’histoire. Les révisionnistes y étaient vivement pris à partie mais on ne leur accordait pas le droit à la parole. La thèse révisionniste était exposée par les adversaires du révisionnisme. En page 13, figurait une photo de choc ainsi présentée : « Au camp de Dachau : la manette des gaz. » La preuve du crime était là : les Allemands avaient mis au point une machinerie comme il ne s’en rencontre nulle part ailleurs. Et pour cause : selon un procédé assez courant1, on avait reproduit la photo à l’envers ; le sol était au plafond et le plafond, au sol ; entre sol et plafond, deux innocentes canalisations et deux manettes en prenaient un aspect parfaitement diabolique.

Robert Faurisson et Henri Roques, gravement mis en cause, adressaient à la revue, chacun de son côté, un texte en droit de réponse (recommandé avec accusé de réception) dont voici des extraits :

Réponse de R. Faurisson (19 avril 1991) :

Dans votre livraison du 15 avril 1991, vous prétendez soumettre à vos lecteurs le dossier d’une « enquête » sur les révisionnistes. En réalité, vous dressez là un réquisitoire contre les révisionnistes que vous baptisez négateurs des chambres à gaz et ce réquisitoire fourmille d’erreurs.

Je ne me prénomme pas Pierre (p. 14) mais Robert (p. 2) et je n’ai pas 67 ans mais 62 ans. L’âge que vous m’inventez vous permet de me présenter comme un « ancien pétainiste » mais l’âge que j’ai en fait ne vous le permettrait pas ; j’ajoute qu’ainsi que je l’ai relaté dans un écrit que vous ne semblez pas avoir lu, j’ai, en 1942, à l’âge de treize ans, gravé sur mon pupitre d’écolier « Mort à Laval » parce que Laval venait de déclarer qu’il souhaitait la victoire de l’Allemagne plutôt que celle du bolchevisme en Europe. Je n’ai pas été un « zélateur de l’OAS » et je n’ai jamais été « inculpé de coups et blessures pour [mes] prises de position violentes en faveur de l’OAS » (p. 16) mais j’ai cotisé au Comité Maurice Audin contre la torture en Algérie, et cela en un temps où j’étais secrétaire de section du SNES, majoritairement communiste et socialiste.

Ce n’est pas moi qui ai fondé les Annales d’histoire révisionniste mais Pierre Guillaume, responsable de la Vieille Taupe (marxiste) et disciple de Paul Rassinier, lui-même ancien socialiste et ancien déporté résistant. J’aurais ainsi une dizaine d’autres erreurs à corriger sur mes supposées accointances avec le Ku Klux Klan, avec les néo-nazis anglais, etc.

Sur la question de fond, celle du génocide et des chambres à gaz, vous affectez de présenter nos arguments. Mais quand on accuse, c’est à l’accusé lui-même qu’il faut donner la parole, en direct. Ce n’est pas au procureur de présenter la thèse de la défense. A la fin, dans vos conseils de lecture (« Pour en savoir plus »), vous fournissez à vos lecteurs les références précises de huit publications mais aucune d’entre ces publications n’est révisionniste et toutes sont résolument hostiles au révisionnisme.

Nos arguments sont essentiellement d’ordre physique, chimique, topographique, architectural, documentaire et historique. Il faut les connaître à la source ou alors on s’abstient de les juger. 

Vous croyez confondre les révisionnistes en produisant sous le titre « Vérités de l’histoire » (sic) une photographie dont la légende porte : « Au camp de Dachau, la manette des gaz. » Or, vous devriez savoir que, depuis 1960, l’historiographie officielle a soudainement décidé que, contrairement à ce qu’affirmait le tribunal de Nuremberg, photographies et témoignages à l’appui, il n’y avait jamais eu de gazages homicides à Dachau. Aujourd’hui, un panneau en avertit les visiteurs du camp.

Selon un procédé assez courant, votre photographie a été mise sens dessus dessous et n’en paraît que plus bizarre et inquiétante. Remettez-la sur pied et vous constaterez la présence, en tout et pour tout, de deux inoffensives canalisations isolées pour vapeur d’eau ; voyez les manettes, les volants, les axes, les vannes, le contacteur et le dispositif de contrôle.

Vous écrivez : « Les révisionnistes seront-ils un jour condamnés pour délit de presse ? Il faudrait pour cela que la loi Gayssot soit appliquée plus strictement. » Vous écriviez ces lignes durant le délibéré du procès où, à vous en croire, je me « pavanais ». L’athée que je suis demande au chrétien que vous êtes s’il est humain d’en appeler ainsi à la loi contre un homme qui, en onze ans, a subi cinq agressions physiques et une tentative d’assassinat, qui a été accablé de procès et d’amendes, qui a vu saisir son salaire, et dont la vie personnelle, familiale et professionnelle a été bouleversée parce qu’il défend les conclusions de ses recherches. Le 18 avril, nous venons d’être condamnés, mon éditeur (pour le temps d’une simple interview) et moi-même, à une sanction de quatre cent trente mille francs (dont cent mille avec sursis). Professeur à salaire unique, marié, père de trois enfants, dépourvu detoute fortune, j’ai, dès le prononcé du jugement, récidivé, car tel est mon devoir. Ne hurlez pas avec les loups.

*

Réponse de M. Roques (23 avril 1991) :

A la suite de l’entretien que j’ai accordé à deux rédacteurs de votre mensuel, vous avez publié à mon sujet une sorte de biographie tendancieuse, sans me la soumettre au préalable. Je tiens à redresser un certain nombre d’erreurs. [...]

Avec une perfidie certaine, vous signalez que j’ai soutenu ma thèse de doctorat à Nantes devant un jury très « marqué » ; vous citez les noms de deux professeurs qui ont des convictions de droite, ce qui n’enlève rien à leurs compétences professionnelles ; vous avez omis le nom du professeur Pierre Zind, frère mariste, enseignant d’histoire à l’université de Lyon-II ; décédé en 1988, il était connu pour son action en faveur des minorités culturelles, incluses dans les nations européennes, qu’il s’agisse de son Alsace natale, du Val d’Aoste ou du Pays basque. Que penseriez-vous si la valeur d’une thèse de doctorat était contestée pour avoir été soutenue devant un jury très « marqué »... à gauche ? 

Je précise que ma thèse n’a pas été annulée, puisque la délibération d’un jury ne peut être remise en cause ; seule, la soutenance, donc la procédure administrative, a été annulée pour deux prétendues irrégularités. En mars 1988, j’ai déposé un recours devant le conseil d’État ; j’ai entamé la quatrième année de mon instance devant cette juridiction.

Par ailleurs, vous écrivez : « En mai 1990, en plein drame de Carpentras, il lance la Revue d’histoire révisionniste. » On peut parfaitement retourner votre phrase et écrire : « En mai 1990, en plein lancement de la Revue d’histoire révisionniste, survient le drame de Carpentras. » Il y a, certes, un scandale : le fait que les coupables de cette profanation n’aient pas encore été trouvés.

Dans votre article « Vérités de l’Histoire », vous privilégiez la prétendue chambre à gaz de Mauthausen qui, exceptionnellement dites-vous, n’a pas été détruite. C’est la photographie de ce mythique local homicide qui devrait illustrer votre article et non celle de banales canalisations qu’il n’est pas nécessaire d’aller chercher au camp de Dachau.

Je note à la page 12 que, pour « transmettre la mémoire » et convaincre les lycéens de la réalité de l’Holocauste, il suffit de leur faire visiter les plages normandes du Débarquement. C’est inattendu ! [...] 


*

Deux mois plus tard, dans sa livraison du 15 juin, L’ARM consacre quatre pages au courrier reçu à propos de ce dossier [1] :

Notre dossier intitulé : Les falsificateurs de l’histoire [...] a provoqué une avalanche de lettres. Nous en avons sélectionné quelques-unes, les plus caractéristiques. 

Ces quatre pages ne contiennent pas les réponses de R. Faurisson et d’H. Roques. Il n’est fait, pour les lecteurs, aucune allusion à l’existence de ces réponses. Max Gallo (le nègre du faussaire Martin Gray) est cité pour avoir écrit : « Je veux vous féliciter pour le remarquable numéro de l’ARM : un travail tout à fait essentiel. » Est également cité le rabbin Sirat (initiateur de la loi Fabius-Gayssot contre les révisionnistes) : « Permettez-moi de vous féliciter d’avoir le courage de rétablir la vérité contre les négationnistes. » 

Pour ce qui est de la photo, la rédaction s’engage dans de longs commentaires sur une « expertise » de la chambre à gaz de Dachau ; rédigée en 1967, cette « expertise », selon l’ARM, « n’a jamais été publiée ni en Allemagne, ni en France » ; le commentaire s’achève ainsi :

Bien sûr, rien ne prouve qu’une telle chambre à gaz homicide ait servi. Pour cela, une autre expertise serait nécessaire. 

L’ARM omet de dire à ses lecteurs qu’un panneau installé par les autorités du musée de Dachau prévient expressément les touristes que cette prétendue chambre à gaz « N’A JAMAIS SERVI ». 

Quant à l’étrange photo, elle fait l’objet d’un long développement sur son « authenticité » et sur l’absence de toute erreur... dans la légende. Mais, alors que la rédaction de la revue avait été prévenue par le professeur Faurisson que la photo avait été mise sens dessus dessous, on n’en souffle pas mot au lecteur et on se garde bien de lui dire : « Pour comprendre cette photo, il vous suffit de la retourner. »

A en juger par cette affaire, les responsables actuels de L’Actualité religieuse dans le monde se soucient peu du droit (le droit de réponse, par exemple), de l’exactitude des faits rapportés et des obligations du journaliste. 
1er novembre 1991
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[1] Voy. le livre d’Evelyn Le Chêne sur Mauthausen ou la comptabilité de l'horreur, Paris, Belfond, 1974, photo 6a.


[Publié dans la RHR, n° 5, novembre 1991, p. 157-161, qui ne reproduisait que des extraits du texte en droit de réponse du professeur Faurisson.]