Monday, December 1, 1986

Don Quichotte chez les juifs


Don Quichotte, n.m. : Celui qui, comme le héros célèbre de ce nom, se fait à tout propos, et même hors de propos, le redresseur des torts, le défenseur des opprimés ; qui soutient, dans un esprit généreux et chimérique, une cause qu’il n’a pas les moyens de faire triompher. Faire le Don Quichotte. Il s’est fait le Don Quichotte de toutes les causes perdues (Dictionnaire de l’Académie française, 8e édition, 1932) [souligné par RF] 
 

Néron n’a pas incendié Rome ; Bonaparte n’a pas fait empoisonner les pestiférés de Jaffa ; le Lusitania n’était pas un paquebot inoffensif ; les Uhlans n’ont pas coupé de mains aux enfants belges ; on ne gazait pas d’hommes à Auschwitz, on n’électrocutait pas de juifs à Belzec, on n’en tuait pas non plus à la vapeur d’eau à Treblinka ; pas de savon juif ou d’engrais juif. Le bombardement de Dresde n’a peut-être pas fait deux cent cinquante mille ou cent trente-cinq mille morts, mais peut-être de trente-cinq à soixante-dix mille morts. Les victimes de l’Épuration en France n’ont pas été cent cinq mille mais peut-être entre dix et quatorze mille. En 1982 la Pologne n’était pas couverte de camps de concentration. Quid de l’URSS ? L’idée selon laquelle les juifs auraient eu une histoire particulièrement tragique tiendrait-elle si on faisait le compte de tous les morts de tous les pogroms et si on comparait ce total au total des morts de tous autres groupements humains qui ont occupé une place dans l’Histoire ? Après tout, on pourrait raconter l’histoire de la France comme celle d’un pays avec lequel tous ses voisins, successivement, à travers les siècles ont été méchants, sans que la France, elle, y fût pour rien. Tous comptes faits, les juifs ne seraient-ils pas à envier plutôt qu’à plaindre ?

1er décembre 1986