Thursday, June 12, 1986

Lettre à Jean Planchais ("Le Monde")


Cher Monsieur, 

Vous avez bien voulu me recevoir avant-hier pendant une heure dans votre bureau du Monde. Je vous en remercie.

Vous avez pu constater que, si je vous ai dit la vérité, il s’est produit, surtout entre 1982 et 1986, une évolution considérable chez les historiens officiels du génocide des juifs. Les principales étapes ont été, en 1982, le colloque de la Sorbonne (29 juin-2 juillet), en 1984, le congrès de Stuttgart (3-5 mai), en 1985, la longue déposition et le contre-interrogatoire de R. Hilberg au procès Zündel de Toronto (7 janvier-26 février). Les historiens officiels – je me permets d’appeler ainsi ceux auxquels les organismes officiels font référence sur le sujet – se sont scindés en intentionnalistes et en fonctionnalistes. Les premiers disent qu’il a exister une volonté et un ordre de Hitler d’exterminer les juifs ; les seconds (Broszat, Mommsen...) disent que l’extermination des juifs a dû se produire, en dehors de tout ordre ou de toute volonté exprimée de Hitler, par le fait d’initiatives locales et individuelles. Il est évident qu’une telle controverse n’existerait pas s’il existait des documents prouvant que Hitler a donné l’ordre d’exterminer les juifs. 

Les historiens officiels en sont venus à concéder aux révisionnistes qu’ils n’ont trouvé ni un ordre de Hitler ou de quiconque, ni un plan, ni trace d’un budget pour l’extermination des juifs. Ils admettent qu’il n’existe non plus aucune expertise de l’arme – privilégiée – du crime : expertise d’un local ou de ruines d’un local baptisé chambre à gaz homicide ou camion à gaz homicide. Ils admettent également qu’aucune des innombrables autopsies conduites sans doute dès 1943 (procès de Kharkov) ne semble avoir déterminé que tel cadavre était le cadavre d’une personne tuée par les Allemands au moyen d’un gaz–poison.

Voilà pour le crime, pour l’arme du crime et pour la victime du crime. 

Entre-temps, les historiens officiels ont publié des ouvrages comme Les Chambres à gaz ont existé (1981), Chambres à gaz, secret d’État (version française en 1984, traduction manipulée de l’originale allemande de 1983), L’Album d’Auschwitz (version française en 1983, extraordinairement manipulée par rapport aux deux versions américaines originales de 1980 et 1981), L’Allemagne nazie et le génocide juif (1985) (ensemble de textes parfois totalement différents de ceux qu’il prétend reproduire du colloque de la Sorbonne en 1982), Der Mord an den Juden in Zweiten Weltkrieg (1985) : ensemble de textes qui prétendent reproduire, peut-être à juste titre, les communications du congrès de Stuttgart de 1984. J’ajouterais la réédition en trois volumes, en 1985, de l’ouvrage de référence par excellence : The Destruction of the European Jews de Raul Hilberg, si profondément remaniée par rapport à la première édition, ce qui serait normal puisque la première datait de 1961, mais ce qui déroute, tant l’auteur a modifié sa position sur certains points. Je ne tiens pas compte de l’édition, lamentable, en français, de Der Staat Hitlers (1970), de Broszat, sous le titre L’État hitlérien (1985), malgré le grand intérêt des maigres pages consacrées au génocide.

Tous ces ouvrages, sans exception, marquent une évolution dans le sens du révisionnisme. Le « procès-verbal de Wannsee », on l’admet, n’impliquait que l’évacuation des juifs vers l’Est ; la date du commencement de l’extermination des juifs n’est pas déterminable non plus que la date de la fin ; l’ « opération Reinhardt » n’était pas une opération d’extermination mais une opération de confiscation des biens ou des terres. Auschwitz n’était que partiellement un camp d’extermination. Le transfert qui s’était opéré des camps de l’Ouest vers celui d’Auschwitz s’opère, surtout depuis le film Shoah, vers les camps de l’extrême-Est, Treblinka, et on renonce tout doucement à Majdanek. 

Les exterminationnistes n’expliquent pas plus qu’auparavant tous les textes qui tendent à prouver qu’il n’y avait pas d’intention d’exterminer les juifs. 

On abandonne peu à peu chambres à gaz ou camions à gaz pour poser des questions du genre de : « Mais que sont alors devenus les juifs ? » Question désarmante parce qu’elle marque le désarroi. Les révisionnistes n’ont cessé de répondre à cette question et on feint de ne pas les entendre parce que c’est peut-être là que se révèle malheureusement le mieux l’aspect le plus fâcheux du mensonge historique : l’escroquerie aux faux morts ; au 31 décembre 1980, 4.340.000 personnes indemnisées (victimes ou ayants cause) dont 40% en Israël, 20% en RFA, 40% dans le reste du  monde ; d’innombrables associations d’anciens déportés : 18 pour Auschwitz et les camps de Haute-Silésie ; les « Candles » dont je vous ai parlé ; les ex-enfants d’Auschwitz dont nous parlons dans nos livres. 

Hitler a traité les juifs en ennemis déclarés. Cette guerre a été pleine de déportations ou de déplacements de populations civiles, de femmes et d’enfants. Dans les deux camps. Que les minorités allemandes aient disparu de Pologne, en grande partie, ne signifie pas qu’elles aient été exterminées. De même pour les juifs : des morts et des survivants. L’État d’Israël n’existait pas en 1945 ! L’émigration polonaise a été considérable. La Bulgarie, qui n’a pas connu une seule déportation des juifs bulgares, avait cinquante mille juifs. Presque dès le lendemain de la guerre il en restait cinq mille. Il n’y avait pas eu quarante-cinq mille exterminés, mais quarante-cinq mille émigrés.

Ce qui est odieux, c’est la création de deux classes de déportés : les juifs et les autres. Les juifs auraient été les victimes d’un crime sans précédent (avec les magiques chambres) et les autres, les résistants, les communistes, les témoins de Jehovah, etc., auraient été les victimes d’un crime banal (sans les magiques chambres ou camions).

L’aveuglement de tous est tel que dans le journal Le Monde on imprime des récits d’atrocités dont même pendant la guerre de 1914 on n’aurait pas voulu, sans que personne en remarque le caractère de complète forgerie. Voyez aujourd’hui Langelier ou Yankovitch. Quand je vous rappelais que Langelier avait raconté à propos de Mengele l’histoire des yeux épinglés comme des papillons, vous avez sursauté. Vous étiez de bonne foi. Vous ne pouviez pas croire que cela avait été : 1/ écrit par un journaliste, 2/ pris en considération par l’ensemble des rédacteurs ou le chef de la rédaction, 3/ imprimé, 4/ probablement suivi d’aucune réaction de lecteur. Eh bien, lisez Le Monde du 10-11 février 1985, p. 4. Cela commence ainsi :

Jérusalem.– Des yeux morts. Plusieurs dizaines d’yeux humains « épinglés comme une collection de papillons » sur un mur du « labo » d’Auschwitz. Ils regardent la petite fille qui tremble d’épouvante et jamais n’oubliera.

Mais lisez la suite. C’est à l’avenant : « Blagues à tabac confectionnés en peau de testicules », « autopsie » sur un gamin encore vivant, « enfant à peine sorti du ventre de sa mère et [jeté] dans un four. » 

Et puis est venue l’affaire Roques.

L’obnubilation a été telle que vous-même – vous avez eu le mérite et la franchise de me le confier – vous avez écrit votre fameux article contre Roques et son jury sans avoir lu la thèse de Roques ! Vous vous étiez fié à des gens « sérieux » de l’Institut d’histoire du temps présent. Vous avez cru qui ? François Bédarida. Vous avez demandé au diable ce qu’il pensait du saint ou du saint ce qu’il pensait du diable. Et vous avez cru. Vous êtes même presque tombé à genoux. Quand, longtemps après, Le Monde a publié un texte du président du jury, ce texte était amputé de toute une partie qui aurait informé le lecteur de bien des points que Le Matin de Paris, lui, a bien vu qu’on ne pouvait pas supprimer sans dénaturer ce texte. 

L’affaire Roques est un révélateur.

Roques a fait un travail de chartiste. Il a pris la deuxième meilleure preuve de nos exterminationnistes : le Rapport Gerstein. Il l’a examiné. Ce n’était pas de l’or, c’était du plomb. Au lieu de lui répondre, on l’a agoni d’injures. Comment voulez-vous que son scepticisme et le scepticisme du Français moyen ne s’accroissent pas, par voie de conséquence, devant ces historiens des chambres à gaz : « Jamais tant de juifs que depuis qu’ils ont été exterminés » (réflexion entendue). Le 23 mai de 18h à 20h sur Europe n° 1 un auditeur attentif pouvait percevoir en direct l’agonie du mythe. Le lendemain matin, un lecteur attentif de certains journaux pouvait avoir, en un saisissant raccourci, en même temps qu’une sorte d’accéléré, le processus de fabrication du mythe. Ce qui le 23 mai au soir était encore un four crématoire vu par Michel Noir à Mauthausen devenait des chambres à gaz le lendemain matin dans une partie de la grande presse, tout comme les cornets de journaux avec de la cendre dedans, vus par le doyen Malvy en 1945 en Pologne, étaient devenus en l’espace d’un jour des chambres à gaz vues par le même doyen Malvy en Pologne en 1945. Des journaux ont publié des photos de salle de bains ou de portes de chambres à gaz de désinfection en disant : chambres à gaz [homicides]. Or, le 26 avril 1985, le Nouvel Observateur avait admis : il n’existe pas de photographies des chambres à gaz. Une date, là encore !

Je vous dis, moi, que la situation de 1986 n’a que peu à voir avec celle de 1978. L’hystérie à répétition, cela use les nerfs, les yeux et les cerveaux. Je considère qu’aujourd’hui, malgré encore certaines apparences contraires, la situation est débloquée. Le charme maléfique est brisé. Les trente-quatre historiens (du moins les survivants) ne répondent plus au numéro où on les appelle. Et Decaux a dit : rien à déclarer. Et Amouroux a dit : je n’ai pas encore lu la thèse de M. Roques. Et il y a les autres. Il y a Michel de Boüard, d’un côté, et, de l’autre côté... Konk. Lisez Aux Voleurs !, Albin Michel, juin 1986. Je vous recommande en particulier les quatre dernières pages.

Il est temps que Le Monde refuse systématiquement la honteuse pornographie du nazisme de sex-shop. Il est temps qu’il tienne compte de la profonde évolution que connaît l’histoire du prétendu génocide et que jamais, plus jamais, il n’insulte les chercheurs qui travaillent pendant que tout autre ne travaille pas. C’est surtout cela : le travail, le bon travail méticuleux, celui qui fait ricaner ceux qui ne savent pas pourquoi on s’acharne à ce point sur son établi.

Les choses ont changé et, en ce moment, les gens changent. Le Monde doit changer, en douceur.

P.S. Tout le monde a peur des mémoires et papiers de Josef Mengele : voilà un témoin à interroger ! Phrase de Konk : « On a été éduqué pour croire d’office à tout ce qui est monstrueux. »

12 juin 1986