Thursday, December 26, 1985

Lettre à M. David McCalden


Vous m’avez demandé mon témoignage en ce qui concerne le reportage d’Annette Lévy-Willard : L’Espion qui venait de l’extrême droite

Voici ce témoignage : 

Du 3 au 5 septembre 1983, s’est tenu à Los Angeles, Californie, exactement au dernier étage du « Grand Hotel » d’Anaheim, le cinquième congrès international de notre « Institute for Historical Review ».

J’étais l’un des conférenciers annoncés, parmi d’autres universitaires ou chercheurs.

La date du congrès, les noms des conférenciers, les sujets de certaines conférences avaient été, comme d’habitude, annoncés plusieurs mois à l’avance. Comme d’habitude aussi, le nom de la ville ou de la région avait été annoncé mais l’emplacement exact avait été tenu caché pour des raisons évidentes de sécurité et pour prévenir toute tentative d’intimidation auprès des responsables des emplacements choisis (universités, hôtels, etc.).

En juin 1983, soit trois mois avant la date de la conférence, une journaliste d’extrême-gauche, Madame Annette Lévy-Willard, cherchait à me joindre au téléphone à mon domicile. On lui indiquait que j’étais alors à Paris chez mon éditeur, Pierre Guillaume. Elle m’y téléphonait ainsi qu’à Pierre Guillaume. Elle nous faisait savoir qu’elle comptait se rendre à Los Angeles à notre conférence avec une équipe de la télévision française. Elle comptait obtenir une interview de moi. Je lui faisais alors, en présence de Pierre Guillaume, la réponse suivante :

– je n’accorderais pas d’interview si la conférence allait être troublée d’une façon quelconque ; 
– j’accorderais peut-être une interview dans le cas contraire, mais ce serait à la fin de la conférence.

Mme L.-W. n’était pas satisfaite de ma réponse. Elle me faisait valoir qu’il lui serait difficile de déplacer toute une équipe de télévision jusqu’à Los Angeles pour une interview hypothétique. Je l’invitais pourtant à venir de toute façon.

Arrivé à Los Angeles, j’apprenais de Tom Marcellus, directeur de notre institut, qu’une équipe de la télévision française désirait m’interviewer. Je tombais d’accord avec T. Marcellus pour révéler à A. L.-W. que la conférence se tenait à Anaheim au dernier étage du « Grand Hotel ».

A la fin de notre conférence, j’apercevais dans le couloir menant à la salle de conférence une équipe de télévision dirigée par une femme. Je m’approchais sans me faire connaître. Je m’apercevais immédiatement, par la nature des questions posées aux personnes sortant de la salle, que la dame (A. Lévy-Willard sans doute) était animée par des sentiments hostiles au révisionnisme historique. J’aurais pu alors rentrer chez moi sans accorder d’interview. Au lieu de cela je décidais de me présenter à cette dame et de lui dire que j’étais « le professeur Faurisson ». Je lui dis que j’avais écouté les questions posées et que je n’étais nullement disposé à répondre à des questions qui n’avaient pas de rapport étroit avec nos recherches historiques. De plus, constatant que son équipe s’efforçait de se glisser sans autorisation dans la salle de conférence et d’y surprendre des conversations privées, je lui notifiais l’interdiction de pénétrer dans cette salle. Cette interdiction était immédiatement confirmée par M. Tom Marcellus.

Une longue discussion allait s’ensuivre entre Mme L.-W., un membre de son équipe et moi-même. Je posais mes conditions : j’acceptais d’être filmé à la condition de pouvoir faire seulement une courte déclaration et à la condition que ce fût dans un endroit neutre de l’hôtel. Je voulais un endroit neutre parce que je sais trop comment il est possible à des cameramen de créer un contexte artificiel (par exemple, filmer une interview avec, en arrière-fond, une vue sur Disneyland qu’on peut apercevoir par les fenêtres du « Grand Hotel »). Je prévenais Mme L.-W. du contenu de ma « déclaration d’une minute ». J’y donnerais aux téléspectateurs français une information dont les avait délibérément privés la télévision française. En France, les médias avaient à maintes reprises présenté le « professeur Faurisson » comme un menteur, un falsificateur de l’histoire. Ils avaient mené grand tapage sur le fait que de nombreuses associations, juives en particulier, m’avaient poursuivi en justice pour « falsification de l’histoire » et pour « dommage à autrui » parce qu’à l’exemple d’un nombre croissant de chercheurs j’avais conclu qu’il n’a pas existé une seule chambre à gaz homicide dans les camps de concentration allemands mais seulement des chambres de désinfection ainsi que des fours crématoires. Je l’avais écrit dans le journal Le Monde. L’émotion suscitée alors avait été de caractère hystérique, non sans de graves conséquences pour ma femme, pour mes enfants et pour moi-même. Dès que les tribunaux ont été saisis de l’affaire, une grande gêne est devenue perceptible chez mes accusateurs. Le procès qu’ils m’intentaient allait tourner à leur confusion. Le jugement rendu en première instance écartait l’accusation de mensonge ou de falsification de l’histoire mais, habilement sollicité, il pouvait apparaître comme un relatif succès pour mes accusateurs. Les médias s’en faisaient l’écho. J’interjetais appel. Le 26 avril 1983, la première chambre (section A) de la cour d’appel de Paris rendait son arrêt. J’avais montré que l’existence des prétendues chambres à gaz homicides se heurtait à des impossibilités physiques, chimiques, médicales et topographiques. Dans son arrêt, la cour, selon ses propres termes, voyait bien qu’il y avait eu là, pour nous autres révisionnistes,

une impossibilité absolue qui suffirait, à elle seule, à invalider tous les témoignages existants ou, à tout le moins, à les frapper de suspicion. 

La cour de Paris allait jusqu’à répondre à mes accusateurs qu’elle n’avait trouvé dans mes écrits (articles et livres) sur la question des chambres à gaz ni mauvaise foi, ni légèreté, ni négligence, ni ignorance délibérée, ni mensonge. Tout en me condamnant pour « dommage à autrui », elle concluait :

La valeur des conclusions défendues par M. Faurisson relève donc de la seule appréciation des experts, des historiens et du public.

En France, la justice avait tranché : les Français avaient désormais le droit, garanti par la prestigieuse première chambre de la cour d’appel de Paris, de nier l’existence de ces affreux abattoirs, née d’une rumeur de guerre et officialisée par les quatre juges de Nuremberg. La justice française avait pris cette décision non en vertu de la défense de la liberté d’opinion mais, ainsi que l’indique sa phrase de conclusion, au vu du sérieux des travaux révisionnistes.

Les médias allait faire le silence sur cet arrêt d’une importance historique, à quelques rares exceptions près, en particulier celle du journal Le Monde. C’est à cause de ce silence que je déclarais à Mme L.-W. et à son équipe :

Je refuse de répondre à des questions. Je ferai une déclaration d’une minute. Pour les téléspectateurs, ce sera une information que vous leur avez cachée. Ils apprendront comment s’est terminé le procès qui m’avait été intenté pour falsification de l’histoire. Ce que vous n’avez pas dit, je le dirai.

Après bien des tergiversations, Mme L.-W. prenait l’engagement formel de se contenter de ma déclaration d’une minute. 

Il nous a ensuite fallu environ un quart d’heure pour trouver un emplacement neutre. Les cameramen voulaient le plus de lumière possible. C’est ainsi que, d’un commun accord, nous avons tous ensemble choisi au rez-de-chaussée de l’hôtel, en un endroit sans trop de passages, un hall d’entrée fermé d’une grande porte de verre. Les techniciens ont fait les préparatifs nécessaires à la prise de vue et à la prise de son. Quand tout a été prêt, Mme L.-W., manquant à son engagement formel, m’a demandé ex abrupto pourquoi je l’avais empêchée d’entrer dans la salle de conférences. Elle m’a posé la question à trois reprises. Mes trois réponses ont été les suivantes :

– Pas de réponse.  
– Pas de réponse. 
– Vous vous répétez.

Et je suis parti en disant que c’était fini. 

Quelque temps plus tard, j’étais dans le lobby de l’hôtel en train de parler avec Tom Marcellus. Un bruit nous a alertés. C’était Mme L.-W. qui, marchant à grand pas et se heurtant à des fauteuils, criait à mon adresse une phrase du genre de :

Vous le paierez cher, M. Faurisson, je me vengerai ; vous verrez, je me vengerai. 

Je traduisais ces propos en anglais à Tom Marcellus et à quelques personnes émues et amusées par la violente colère de la dame. 

La vengeance de cette personne allait prendre la forme de ce reportage télévisé contre les effets duquel encore aujourd’hui il nous faut lutter, Pierre Guillaume et moi-même, avec des moyens disproportionnés par rapport à ceux d’une émission télévisée à une heure de grande écoute. Il est extrêmement grave qu’un reportage aussi mensonger ait été, en plus, diffusé à l’étranger.

Je vous demande de protester en mon nom contre une telle diffusion où vous êtes vous-même calomnié et d’obtenir réparation du préjudice qui nous a été causé et qui continue de nous être causé.

P.J. : « La Télévision par Françoise Giroud : Coup de pied dans un nid de serpents », Le Nouvel Observateur, 4 mai 1984, p. 49. 
Mon texte « en droit de réponse », Le Nouvel Observateur, 21 juin 1984, p. 29.

26 décembre 1985