Wednesday, May 14, 1980

Lettre à Serge Thion



Je vous remercie de m’avoir fait tenir une copie de la lettre de Pierre Vidal-Naquet. Il y paraît que je viens de me démasquer, que la haine des juifs m’anime, que je trafique l’histoire et que je suis un personnage d’une insigne mauvaise foi. En revanche, il paraît que sur la question du Journal d’Anne Frank « la preuve est apportée » : « il s’agit d’un texte trafiqué. » Malheureusement pour moi, cette question-là serait « sans importance ». 


Voilà vingt ans que mes petites trouvailles du domaine littéraire commencent par être jugées invraisemblables pour être, en fin de compte, considérées comme sans importance. Peut-être est-ce ce qui attend mes petites trouvailles du domaine historique, d’abord sur les « chambres à gaz », puis sur le « génocide ». Cela ne change rien et, d’ailleurs, rien ne change : tel est l’argument essentialiste. Les religions sont friandes de cet argument-là. Elles lui doivent leur survie envers et contre les découvertes de la science et les progrès de l’esprit critique. C’est ainsi qu’autrefois on étripait ceux qui doutaient de la divinité de Jésus ou de la virginité de sa mère. L’Europe s’est ensanglantée longtemps à propos de tels sujets. Il faut croire qu’ils n’étaient pas sans importance. Il était également capital de faire taire Galilée ou Darwin et leurs moindres disciples. Et puis, le temps venant, l’Église a battu lentement en retraite. Que Jésus ait ressuscité ou non, qu’il ait accompli ou non des miracles, quelle importance, je vous le demande ? Le principal n’est-il pas de croire ? Aujourd’hui, en France, ô Fontenelle, on regarde de haut le brave homme qui reprend à son compte les arguments, à mon avis, imparables, des athées de bistrot. Pour moi, l’« Holocauste » n’est qu’une croyance d’esprit religieux. Je précise que je n’aime pas que l’on persécute les gens pour leurs croyances religieuses. Celles-ci me paraissent témoigner d’un désarroi que le plus malin d’entre les hommes ressent, je suppose, plus d’une fois dans sa vie. Laissons cela.

P. Vidal-Naquet me reproche d’avoir écrit que l’insurrection du ghetto de Varsovie s’est produite «juste à l’arrière du front». Il dit que le front était à beaucoup plus de mille kilomètres. Je suppose qu’il a voulu parler de la ligne de front ou de quelque chose d’approchant. Moi, j’ai parlé du front, c’est-à-dire, selon la définition du Petit Larousse, de la zone de combat. En avril 1943, la zone de combat se situait depuis longtemps déjà, ou, plutôt, commençait déjà pour les Allemands aux marais du Pripet ou de Pinsk. P. Vidal-Naquet pense-t-il sérieusement qu’au moment d’écrire ma phrase de Storia je me représentais la ligne de front à cinquante ou cent ou cent cinquante kilomètres de Varsovie ? Je reconnais que le mot de front est équivoque ; on l’applique tout aussi bien, dans l’usage courant d’aujourd’hui, à la ligne de bataille stricto sensu (front de Sedan, front de la Première Armée, etc.) qu’à un formidable ensemble géographique (front russe, front de l’Atlantique, du Pacifique, etc.). Là, comme d’habitude, il convient de se reporter au contexte.

P. Vidal-Naquet dit que cinquante mille morts à Auschwitz, cela revient à trente morts par jour et il demande à quoi pouvaient alors servir ces crématoires et ces chambres froides pour cadavres qui avaient tout de même, selon mes propres dires, une belle taille. Je réponds qu’une moyenne statistique sur plus de quatre ans et demi n’a pas grand sens quand on sait qu’Auschwitz a d’abord été un camp de très modeste dimension avant de devenir un gigantesque ensemble de quarante camps. Ensuite, je ferais remarquer que le petit Krema a fonctionné, semble-t-il, dix-huit mois et que les grands Kremas de Birkenau n’ont commencé à fonctionner qu’en mars-avril-juin 1943 ; ils ont fonctionné de dix-sept à vingt mois avec, semble-t-il, de nombreuses pannes.

L’histoire des Kremas reste à écrire. Je suis le premier à le déplorer. J’ai essayé, mais en vain, d’obtenir communication de documents sur les fournées quotidiennes. Si ces documents étaient accablants pour les Allemands, je crois que le musée d’Auschwitz les publierait sous leur forme originale au lieu de ne nous livrer que de rares chiffres et cela sans spécifier très clairement les laps de temps. Le camp de Birkenau a d’abord été conçu comme un camp de prisonniers de guerre. Sur certains documents, il en porte la dénomination. Les Allemands ont été débordés dès l’été 1941 par l’afflux des prisonniers russes. Rien n’était prévu pour héberger de pareilles foules. D’où des drames affreux. Des Allemands eux-mêmes ont dénoncé cet état de fait. Le typhus a immédiatement commencé ses ravages. En 1942, le nombre des prisonniers a été considérable et l’épidémie de typhus a été horrible. Reportez-vous au témoignage de Johann-Paul Kremer (le professeur de médecine) : Dante, l’enfer, les épidémies, la chaleur tropicale, les mouches. C’est tout cela qui a incité les Allemands à prévoir de brûler les morts, y compris les leurs, dans de vastes crématoires.

Il serait abusif de dire que les chambres froides étaient conçues pour accueillir constamment leur plein de cadavres. Voyez l’exemple des Américains : quand il a fallu rapatrier les corps de Guyana, les autopsier, les embaumer, les mettre en bière, ils n’ont pour cela utilisé qu’un seul centre situé dans une base aérienne qui avait accueilli quelques années auparavant leurs morts ou une partie de leurs morts du Vietnam [1]. Souvent, l’administration militaire prévoit ainsi des installations qui, la plupart du temps, ne sont utilisées qu’en petite partie. 


Ce qui frappe dans les photos aériennes d’Auschwitz, c’est précisément le peu d’activité apparente des Kremas. Il faut lire ce que je considère comme le documentou le témoignage de base sur les morts à Auschwitz. Il s’agit du long texte du Dr Tadeusz Paczula publié en français dans l’Anthologie du Comité international d’Auschwitz [2]. L’inspiration est « officielle » et les chiffres très suspects, mais on y trouve des phrases comme celle-ci : « Il est vrai qu’en 1944, quand la mortalité était très faible, on n’avait à enregistrer que deux morts par jour, mais en revanche les années 1942 et 1943 furent celles d’un travail éreintant pour la chancellerie [3]. » Paczula parle de six cents et même de mille cent morts par jour (y compris, dit-il, les « gazés »). Il dit que, pour une mort naturelle, il fallait vingt et une signatures et pour une mort non naturelle trente-trois [4]. Il dit, p. 45-46, qu’il serait intéressant de retrouver les quinze registres où ont été notées toutes les morts. Il dit qu’il faisait « des signes qui pouvaient permettre de savoir si les détenus avaient été fusillés, gazés ou victimes d’injection de phénol [5].» Personnellement, je serais étonné que le très « officiel » Service de recherches d’Arolsen parvienne à grossir de beaucoup son chiffre des morts d’Auschwitz qui était, en avril 1977, de cinquante mille neuf cent vingt-trois et qui se montait, deux ans plus tard, grâce à des renseignements complémentaires, à cinquante-deux mille trois cent quatre-vingt-neuf. Je répète ici qu’au véritable « procès d’Auschwitz » (le procès Dejaco-Ertl de Vienne, en 1972) on n’a apparemment rien trouvé en fait de crime patent ou d’activité suspecte de la part des deux principaux responsables de la construction et des réparations des Kremas de Birkenau.

J’ai fort probablement commis des erreurs dans mes premiers écrits sur les « chambres à gaz » et le « génocide ». Je ne demande pas mieux qu’on me les signale. Je ne souhaiterais qu’une chose à mes adversaires, c’est que la haine m’ait effectivement animé. La haine aveugle. Elle fait commettre de terribles erreurs. Mes écrits devraient à ce compte fourmiller d’erreurs graves et odieuses. Resterait à expliquer comment, avec la même méthode de travail, inspiré par la même haine, j’aurais discerné la vérité là où tout le monde ne voyait que du feu. J’aurais, en effet, vu clair là où des millions de gens auraient pris le change avec ce trop fameux Journal d’Anne Frank. Ce journal a été vendu à des dizaines de millions d’exemplaires ; il a été traduit en cinquante-quatre langues, je ne parle pas des pièces de théâtre, des émissions de télé, des statues, de l’église Anne-Frank, de l’ « Action Anne Frank », des Homes Anne Frank, de l’étonnante opération politico-financière qui s’est montée autour de ce Journal, de Jean XXIII recevant Monsieur Frank avec un exemplaire de ce Journal à la main, de la reine Juliana, d’Eleanor Roosevelt, de l’empereur Hiro-Hito cautionnant, chacun à sa façon, l’entreprise du sympathique escroc.

On me dira que cela n’a pas d’importance, qu’il y a là un symbole et que, de toute façon, la malheureuse enfant est morte du typhus à Bergen-Belsen. Je sais bien. Je sais ce qu’est la religion et ce qu’est le will to believe. Mais je sais aussi que la vérité prend un rude coup dans ces histoires et qu’il est dégoûtant d’abuser ainsi les jeunes. Je sais aussi qu’il y a eu dans la dernière guerre des millions d’enfants de toutes les nations qui ont souffert autant et plus qu’Anne Frank. J’ai horreur, franchement horreur, des larmes à sens unique. J’ai de l’estime pour la valeur intellectuelle de votre ami, mais il est religieux et c’est ce qui nous sépare.

14 mai 1980

[1] 
Le 18 novembre 1978, le « révérend » Jim Jones, chef d’une secte installée en Guyana (ex-Guyane britannique), ordonna un suicide collectif, pratiqué grâce à un breuvage au cyanure. On comptait, le lendemain, plus de neuf cents morts. [NdÉ]
[2] 
T. Paczula, « L’Organisation et l’administration de l’hôpital d’Auschwitz-I », Anthologie [bleue], Varsovie, 1969, tome II, 1, p. 38-73. 
[3]
 Id., p. 46. 
[4] 
Id., p. 45. 
[5] Ibid.

Saturday, May 3, 1980

Ma correspondance avec Jean Daniel, directeur du "Nouvel Observateur", les 3, 7 et 10 mai 1980




Vichy, le 3 mai 1980

à Monsieur Jean Daniel
Le Nouvel Observateur

Lettre recommandée avec accusé de réception

A PUBLIER
   

Monsieur,

Vous avez laissé sans réponse ma lettre du 21 juin de l’année dernière. Je le regrette.

Dans ma lettre, je vous rappelais une promesse que vous m’aviez faite au téléphone en mars 1979. Vous m’aviez dit connaître des gens qui avaient été les témoins oculaires de gazages dans les « chambres à gaz » allemandes. J’avais insisté pour avoir les coordonnées de ces témoins. Je vous avais dit que j’allais notamment leur demander comment on procédait pour entrer dans la « chambre à gaz » pleine d’acide cyanhydrique et pour en extraire les corps eux-mêmes imprégnés de ce redoutable poison. Vous m’avez répondu que ces gens étaient aux Etats-Unis et que vous ne les verriez pas avant l’été (il s’agissait de l’été 1979). Je vous ai alors dit que j’étais fâché de ce contretemps. J’ai ajouté que je vous enverrais immédiatement une lettre qui ferait état de votre promesse ainsi que de ma contrariété. Vous m’avez répondu que cette lettre était inutile. Puis, comme j’insistais, vous m’avez dit avec fermeté : « Non. Vous ne m’enverrez pas cette lettre ! »

Je crains que, d’une part, mon insistance et, d’autre part, le fait que je vous aie tout de même envoyé une lettre trois mois après notre conversation téléphonique ne vous ait froissé. Ne m’en tenez pas rigueur. Souvenez-vous de mon opiniâtreté dans la recherche des témoignages. Les rares fois où l'on m’a dit connaître des témoins de gazages homicides, j’ai remué ciel et terre pour me mettre en rapport avec ces témoins ou pour trouver trace de leurs écrits.

Dois-je, à ce propos, considérer comme un témoignage de ce genre l’ouvrage que vous signalez à l’attention de vos lecteurs dans votre dernier « document de la semaine » ? Il s’agit de l’ouvrage intitulé Trois ans dans une chambre à gaz (Le témoignage de l’un des seuls rescapés des commandos spéciaux), par Filip Müller, préface de Claude Lanzmann (Paris, Pygmalion / Gérard Watelet, 1980, 252 p.).

Filip Müller est pour moi une vieille connaissance. Il est abusif de prétendre, comme il est dit dans le prière d’insérer, qu’il a « finalement décidé, trente ans après, de se souvenir ». Il a décidé bien avant cela de de « se souvenir ». Il s’est notamment « souvenu », devant le tribunal de Francfort, au procès des « gardiens d’Auschwitz » de 1963-1965. Il a été l’une des vedettes du procès. Une vedette malheureuse. Son ami Hermann Langbein, secrétaire général du Comité international d’Auschwitz, a dû lui-même en convenir dans son livre intitulé Der Auschwitz Prozess (Eine Dokumentation) (Europäische Verlagsanstalt, Vienne, 1965, 1027 p.). L’index de ce livre vous fournira les références qui intéressent notre témoin. Lisez, en particulier, les pages 459-463. Filip Müller était surtout venu à Francfort pour y charger l’accusé Hans Stark dont il parle d’ailleurs longuement dans son livre pour le charger encore plus. Or, l’avocat de Stark n’avait eu aucune peine à démontrer, selon ses propres paroles, que la « déposition (du témoin Müller), de A jusqu’à Z, ne tenait pas debout ». Quant au tribunal, tout montre qu’il était d’une grande complaisance pour les témoins à charge. Il faut rappeler ici qu’en 35 ans de procès pour « crimes de guerre » pas un seul faux témoin n’a été poursuivi pour faux témoignage, du moins à ma connaissance. En dépit de ce parti pris favorable, le tribunal de Francfort a conclu – voyez la page 884 – que la déposition de Filip Müller n’était « pas très claire ». Il s’agissait précisément de « gazages ». Notre prétendu témoin oculaire, malheureusement pour lui, les avait placés, ces « gazages », en un lieu où, selon la vulgate exterminationniste, ils ne pouvaient pas avoir eu lieu.

Le texte original de Filip Müller est paru en allemand sous le titre de Sonderbehandlung. Je ne l’ai pas encore lu. Je ne connaissais jusqu’à présent que la version américaine : Eyewitness Auschwitz / Three Years in the Gas Chambers (Stein and Day, New York, 1979, xiv-180 p.). Je comparerais Filip Müller et Christian Bernadac. Dans le numéro 571 de votre publication (Le Nouvel Observateur du 27 octobre 1975) votre collaborateur Claude Roy avait publié un article intitulé « La Pornographie bien tempérée ». Il y évoquait incidemment la pornographie – non tempérée, à ses yeux, – des livres « historiques » (les guillemets sont de lui) de Christian Bernadac. Je me demande comment Claude Roy qualifierait le livre de Filip Müller. Il s’y déploie un nazisme de sex-shop. Mais l’imagination de Filip Müller ne se limite pas à l’inspiration scabreuse. Tout chez lui me paraît de la même qualité. Si notre témoin avait pris la peine de se renseigner sur le Zyklon, il nous aurait épargné bien des sottises sur le sujet. Comme le Zyklon est un produit qui continue de se vendre aujourd’hui un peu partout dans le monde, y compris dans les pays de l’Est et aux Etats-Unis, il était bien facile à Filip Müller de trouver une information sur le sujet. Je possède plusieurs adresses ; souffrez que je vous confie celle de l’agence parisienne : il s’agit de la société A.N.P.A., 18, rue Goubet, 75019 Paris ; demandez M. Martin au 200-67-01 ou rendez-lui visite : l’endroit se trouve près de la station de métro Ourcq. Sur les crémations, Filip Müller aurait été bien inspiré de consulter quelques spécialistes ; je peux lui recommander son homonyme français, M. Muller, de la société Muller à Montreuil. Notre témoin aurait pu apprendre que ces fournaises en plein air, telles qu’il nous les décrit, sont aussi inconcevables que les performances des fours crématoires qu’il évoque à chaque page. Il est absurde d’édifier des bûchers dans des fosses ; d’une fournaise on n’approche pas comme d’un petit feu de bois ; des cadavres entassés pour être brûlés se carbonisent lentement et la graisse est le premier élément qui va brûler ; les corps ne se rôtissent pas comme des poulets à la broche en laissant couler des flots de graisse bouillante qui court comme de l’eau (p. 180) et qui se ramasse avec des spatules pour être reversée sur le tas (p. 184), à moins que le SS Moll, pour « compléter le répertoire de ses distractions », ne jette « de petits enfants vivants dans la graisse humaine bouillante » (p. 194). A la page 141 du texte anglais, Moll est « sexually excited » pendant qu’on jette dans la fournaise des femmes nues ; quant à son berger allemand, c’est tout haletant qu’il regarde la scène et il en a la queue presque horizontale (« panting, his tail almost horizontal »). Dans le texte français la scène n’apparaît pas, non plus que les « capotes anglaises » (French letters) de la page 143. D’ailleurs, à de très nombreuses pages, le texte anglais et le texte français diffèrent du tout au tout. Les éditeurs français écrivent à la page 19 : « Respectant à la lettre son exceptionnel témoignage, nous nous sommes interdits d’y apporter la moindre modification. Document historique à l’état brut, il nous est apparu essentiel de le publier tel quel, dans sa forme strictement originale. » Les éditeurs américains paraissent tout aussi sûrs de posséder une transcription exacte de l’original allemand. On comprendra avec quelle impatience j’attends cet original allemand ainsi que la première forme sous laquelle, en 1966 déjà, Filip Müller avait tenté de publier son témoignage ; je suppose que je vais découvrir des versions presque aussi inconciliables que les différentes versions du Journal d’Anne Frank. La scène du strip-tease dans la « chambre à gaz » apparaît heureusement dans les deux textes : l’anglais (p. 87) et le français (p. 125), quoique, là encore, sous des formes légèrement différentes. Le texte anglais parle de « a titillating and seductive strip-tease act » ; il est dommage que le texte français décrive la chose sans la qualifier aussi délicatement. Mais le résultat est le même : dans un texte comme dans l’autre les deux voyeurs SS sont au bord de l’extase ; « ils la dévoraient des yeux, les poings aux hanches, la matraque pendant à leur poignet » « They were standing there with arms akimbo, their whips dangling from their wrists, and their eyes firmly glued on the woman »). C’est alors que la belle, levant d’abord très haut la cuisse, décoche au front de l’un des SS rêveurs un coup fantastique du talon de sa chaussure. Elle lui prend alors son revolver et le tue.

Du début à la fin de son livre, Filip Müller accumule ainsi les scènes les plus invraisemblables. Je suppose que certains lecteurs s’en rendent compte. Ils s’en rendraient bien mieux compte s’ils connaissaient la configuration topographique des lieux où ces scènes sont censées s’être déroulées. Quiconque posséderait, comme c’est mon cas, les vrais plans des crématoires d’Auschwitz ou de Birkenau s’esclafferait devant les inventions de Filip Müller. D’ailleurs, celui-ci, pour commencer, n’a fourni aucun plan, ni aucune photo de l’intérieur du crématoire d’Auschwitz ; il est vrai que, s’il avait pris ce risque, tout lecteur attentif aurait constaté qu’il n’y avait aucune porte, par exemple, entre la salle des fours et la chambre froide que les exterminationnistes s’obstinent à faire passer pour une « chambre à gaz ». Quand on sait que le Zyklon est inflammable et explosible, on voie encore plus mal comment il aurait pu être employé à des doses massives près des bouches des fours crématoires… et cela sans que les chauffeurs s’en doutent le moins du monde. Car l’équipe ou les équipes de chauffeurs ignoraient que les corps qu’on leur laissait à brûler étaient ceux des malheureux « gazés ». « A leur arrivée, les corps des gazés qui gisaient nus dans la chambre à gaz, que l’on venait d’aérer, semblaient être tombés du ciel » (p. 75). Filip Müller donne bien les plans des crématoires de Birkenau, mais non sans diverses tricheries et sans livrer les dimensions des pièces et sans indiquer la hauteur des cheminées, par exemple. S’il l’avait fait, le lecteur aurait cru découvrir Lilliput là où, d’après les récits de Filip Müller et de bien d’autres témoins, il imaginait de gigantesques constructions.

Ce livre n’est manifestement qu'une compilation d’ouvrages à grand succès commercial comme ceux de Nyiszli, de Höss ou de Vrba. Filip Müller a été d’une grande prudence commerciale. Il a cité ses sources. Il l’a fait en se présentant comme un héros, un saint, un martyr qui a eu l’occasion de rencontrer à Auschwitz d’autres personnes de sa trempe. Aussi voit-on mal ces survivants ou leurs ayants droit se plaindre d’avoir été pillés. Il s'est habilement prémuni contre la mésaventure arrivée à Sylvain Reiner. En 1969, ce dernier avait publié Et la Terre sera pure (Grands documents contemporains, Fayard, 347 p.). Une partie du livre n’était qu’un démarquage de celle de Nyiszli – Médecin à Auschwitz – qui n’est d’ailleurs qu’un faux avéré comme l’a démontré magistralement Paul Rassinier et comme j’en ai eu, de mon côté, la confirmation. Sylvain Reiner, menacé de graves ennuis à la suite de ce larcin indiscret, avait dû retirer le livre de la vente et remplacer les pages litigieuses par ... un nouveau texte. Le mieux est décidément d’opérer comme Martin Gray qui, pris la main dans le sac, n’essaie même pas de nier (voyez dans New Statesman, 2 novembre 1979, p. 673, ce qu’en dit la journaliste Gitta Sereny qui a enquêté sur la question).

Dans votre « document de la semaine » vous ne reproduisez que la préface de Claude Lanzmann au livre de Filip Müller. Vous ne citez aucun extrait du livre. Je vous comprends. Aucune page du livre ne résisterait à une citation. Il vaut mieux agir avec de pareils témoins des « chambres à gaz » comme certains, qui croient aux Martiens, agissent avec leurs Martiens. Ils les gardent au placard et annoncent à sons de trompe qu’ils possèdent à portée de main un Martien. Il va de soi que ce Martien n’apparaîtra comme un Martien qu’aux yeux de ceux qui ont la foi. Claude Lanzmann est de cette religion-là. Pas moi. Cependant, à sa place, je n’aurais pas donné en introduction au livre de Filip Müller un texte falsifié de Himmler. Une coupure – non signalée – d’une douzaine de lignes, sans compter une brusque interruption du texte de Himmler, sans oublier de détacher complètement ce texte de son contexte, tout cela permet évidemment de faire dire ce que l’on veut au prétendu organisateur d’un prétendu « génocide ».

Il y a certainement du vrai dans le témoignage de Filip Müller, puisque, aussi bien, l’affabulation n’est jamais que l’art d’accommoder la vérité. Pour répondre à ceux qui s’étonnent nettement qu’on puisse affabuler à tout va afin de se faire passer pour un héros, pour un martyr ou pour un saint ou pour gagner de l’argent ou pour assouvir une passion politique ou autre, je conseille de lire les témoignages « d’une vérité criante » qu’ont rendus sur des « gazages » reconnus aujourd’hui comme fictifs des prêtres, des aumôniers, des frères, des évêques ou, dans des procès-verbaux circonstanciés, certains hommes de science. « Last but not least », le texte qui a servi probablement de matrice à tous les textes officiels sur les prétendus « gazages » d’Auschwitz date au 6 mai 1945. C’est le document, de Nuremberg, URSS-008. Il porte, sur cinq signatures soviétiques, deux illustres signatures : celle du généticien Lyssenko, ce fameux académicien quelque peu tricheur, et celle du métropolite Nicolas. Mais qui était donc ce métropolite-là ? Celui-là même, je pense, qui avait signé le rapport de la Commission extraordinaire de l’Etat soviétique qui prouvait admirablement que Katyn était un crime… allemand. Pour un peu, le juge soviétique du Tribunal militaire international allait faire porter la responsabilité de ce massacre au compte des nazis. Son nom était I. T. Nikitschenko. Peut-être, dans un moment de lucidité, les assesseurs américain, britannique et français du juge soviétique ont-ils fait taire leur passion de juges-accusateurs pour se rappeler le brillant passé de leur homologue soviétique. I. T. Nikitschenko avait été juge au premier des procès de Moscou (vous pouvez, sur ce point, consulter à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine de Nanterre la Pravda du 20 août 1936, p 4., lignes 6 et 7 de la première colonne).

Non, voyez-vous, plus les années passent, plus le délire tend à se déconstruire de lui-même. La nouvelle religion est mal partie. Je sais quelles souffrances réelles et quelles illusions il y a derrière la religion de l’« holocauste ». Il ne me semble pas que la tâche du Nouvel Observateur doive être de servir une religion quelconque. Je me rends compte, croyez-le bien, de la panique et du vertige qu’éprouvent les tenants de cette foi quand on vient leur dire qu’ils ont été affreusement trompés. Je comprends jusqu’à un certain point qu’ils cherchent refuge dans l’incantation. Je comprends qu’ils répètent des formules et qu’ils ressassent des slogans dont le vide par moments les affole. Il y a dans la préface de Claude Lanzmann, dans ses formules creuses et hyperboliques, dans son néant rhétorique, un désarroi auquel personne de sensible à la détresse humaine ne peut rester indifférent. J’imagine le premier chrétien à qui la lecture de Fontenelle ou de Voltaire a pu faire entrevoir un jour que le diable n’existait peut-être pas. Il a dû penser : « Mais si le diable n’existe pas, Dieu non plus n’existe pas ! Et s’il en est ainsi, que penser de la divinité de Jésus-Christ, de l’immaculée Conception, des martyrs, des mystères, des dix commandements, des péchés, de la morale ? Il n’y aurait donc plus de morale ! ». Ce chrétien a pu ajouter « C’est intolérable. Seuls des esprits diaboliques peuvent prétendre que le diable n’existe pas. D’ailleurs, il existe. C’est bien prouvé. Mille procès l’ont prouvé. Des magistrats intègres ont rassemblé des milliers de preuves irréfutables. Des milliers d’aveux ont été obtenus. Et l’on voudrait nous faire croire que ces magistrats étaient des menteurs ou des criminels. C’est invraisemblable. C’est trouver du faux partout, et de la vérité nulle part. » Le désarroi de ce chrétien, je le comprends. Ce désarroi, il va essayer d’y remédier par une répétition de plus en plus exacerbée des gestes ou des paroles rituels et, s’il a le pouvoir pour lui, il l’utilisera pour exercer une violence ouverte ou feutrée contre son adversaire et contre tout ce qui, à ses yeux, incarne le diable.

Les tenants de la religion de l’« holocauste » s’affolent de la même façon. Ils imaginent, pour certains d’entre eux, l’Etat d’Israël en train de perdre ainsi l’arme n° 1 de sa propagande mondiale. D’autres voient avec terreur les populations musulmanes ou les étudiants musulmans en train de découvrir qu’ils ont été les victimes non seulement d’une politique de conquête coloniale – quel est l’Etat qui ne s’est pas fondé dans le crime et le sang ? – mais aussi d’une gigantesque filouterie. D’autres pensent aux jeunes Allemands s’avisant de ce qu’ils ont été cruellement trompés par les pouvoirs en place, par leurs professeurs, par leurs hommes politiques, par leurs prêtres et ils se disent : « La plus grande entreprise de diffamation de tous les temps, la plus parfaite, la plus complète a pris place au XXe siècle ; jamais un pays n’a été sali comme Allemagne l’a été, et cela avec son propre consentement, avec sa rage à se punir, à s’humilier à se flageller et… à payer ! ».

Pour ma part, en tant d’années de recherches, croyez bien que j’ai eu devant les yeux des témoignages de cette peur panique ou de cette gêne. J’ai vu les hommes les plus fins me tenir des raisonnements d’enfant paniqué pour me supplier d’abandonner mes recherches. Personnellement, je ne me laisserai pas arrêter par des considérations politiques. Sur ce chapitre, je dirais seulement qu’en politique on ne peut pas faire de prévision. Le chancelier Schmidt doit bien savoir qu’il trompe gravement son peuple, mais, d’un autre côté, peut-il le détromper maintenant ? Serait-il un homme politique si, tout d’un coup, il se mettait à servir la vérité au lieu de servir les intérêts de l’Etat qu’il dirige ? Certainement pas.

Aucun changement brusque ne se produira lorsqu’il apparaîtra que l’« holocauste » est un mensonge historique. Les religions ne disparaissent d’ailleurs que très lentement et pour laisser place à d’autres religions. Il se trouve que personnellement je préfère aller de la foi à la raison.

Bien à vous
R. Faurisson










Vichy, samedi 10 mai 1980

à Monsieur Jean Daniel

Le Nouvel Observateur

Monsieur,
 
Votre lettre du 7 mai, postée le 8, est parvenue à mon domicile de Vichy le 9 mai ; j’étais à Paris, ma femme me l’a lue au téléphone : j’ai immédiatement téléphoné à votre collaboratrice Geneviève Cattan qui m’a promis de vous faire tenir oralement la réponse suivante : Jean Daniel s’est trompé : il a pris pour mienne une pensée que je ne faisais que rapporter.

C’est ce que j’ai l’honneur de vous confirmer par la présente lettre.

Selon vous j’aurais écrit : « les tenants de l’holocauste s’affolent dans la crainte de perdre l’arme n° 1 de la propagande israélienne auprès des Allemands et des Arabes ». Vous allez jusqu’à placer toute cette phrase – qui n’est que de vous – entre des guillemets qui font croire que cette phrase est de moi et que je vous l’aurais écrite. Je considère ce fait comme d’autant plus grave que vous m’écrivez qu’il ne vous reste plus qu’à me « dénoncer » (c’est votre propre terme) et, en P.S., vous ajoutez : « Si je vous envoie cette lettre, c’est pour la transmettre à certains de mes amis que vous avez, dans un diabolique machiavélisme, induits en erreur en leur dissimulant vos arrière-pensées. »

Je vous fais donc remarquer, pour ma part, que non content de déformer très gravement ma pensée, vous allez jusqu’à envisager de répandre le résultat de cette déformation.

A la fin de ma lettre de quatre pages, je vous parlais du « désarroi » de Claude Lanzmann. Perdant tout sang-froid et toute capacité de discernement critique, le malheureux est allé offrir sa caution au prétendu témoignage de Filip Müller sur les prétendus « gazages » d’Auschwitz. Je vous fournissais quelques exemples des élucubrations malodorantes de Filip Müller et des mésaventures que celles-ci lui avaient values de la part du tribunal de Francfort. Je n’aurais pas été en peine d’allonger la liste. Reportez-vous, par exemple, aux pages 154 et 155 de la traduction. Notre héros est dans la « chambre à gaz ». Lui qui, d’habitude, y enfourne les gens, a décidé cette fois-ci d’en finir avec la vie. Il s’est glissé parmi les victimes. Et pourtant il ne mourra pas. Tout à coup quelques jeunes filles nues se pressent autour de Lui ; « elles étaient toutes dans la fleur de l’âge ». Elles s’étonnent de la présence de leur bourreau. Elles lui disent qu’il ne doit pas mourir, lui, mais leur survivre pour ensuite porter témoignage. L’une d’elles demande qu’après sa mort il lui retire une chaîne en or pour la remettre à Sacha de la part de son amie Jana. Et Filip Müller d’ajouter : « J’étais abasourdi par tant de courage et de sang-froid en de telles circonstances. Avant même d’avoir pu réfléchir à ma réponse, les jeunes filles surmontèrent mon opposition. Elles m’empoignèrent par les bras et les jambes et me traînèrent littéralement jusqu’à la porte de la chambre à gaz, malgré ma résistance. Puis elles me relâchèrent et me poussèrent dehors de toute leur force. J’échouai au milieu des SS qui se tenaient en faction. ». Toute la suite du récit est de cette veine-là. On ne sait pas si Filip Müller s’était déshabillé pour entrer dans la « chambre à gaz » et si c’est tout nu qu’à la sortie – manu militari – de la « chambre à gaz » il s’est hâté de reprendre son travail de routine. Au moins sait-on une chose. C’est grâce à de jeunes beautés perspicaces, héroïques et « dans la fleur de l’âge » qu'il a échappé à une mort héroïque. En revanche, on ignore comment en trois ans il est passé à chaque fois au travers des « sélections » qui s’abattaient, paraît-il, chroniquement, sur les membres du « Sonderkommando ».

Je vous disais dans ma lettre qu’à l’instar de Claude Lanzmann : « Les tenants de la religion de l’“holocauste” sont en train de s’affoler. » Je ne parle pas de l’« holocauste », mais de la « religion de l’holocauste » et toute une partie de me lettre insiste sur le caractère religieux du phénomène. Je tiens beaucoup à cette précision. J’y tiens d’autant plus que les fidèles de cette religion trouvent que je suis le diable. Vous-même, vous croyez me découvrir un « diabolique machiavélisme ». Vous vous attribuez à vous-même une « extrême candeur ». Ce sont là vos propres mots. Ils étonnent de la part d’un directeur de magazine parisien. Ils étonnent moins de la part de quelqu’un qui a pris pour argent comptant les inventions de M. Claude Martin sur mon compte. Jean Daniel a accueilli ainsi au début de l’année 1979 un texte où M. Claude Martin, sous le couvert de la simple information, tentait de mener à bien une campagne électorale afin d’être élu président de l’université Lyon-2. Je ne saurais en vouloir à Jean Daniel puisqu’il me fait l’aveu de son « extrême candeur ». Il croit à l’« holocauste ». Il croit aux « six millions ». Il croit même, selon sa propre formule quelque peu redondante, à « l’holocauste de l’extermination de six millions d’entre [les survivants] ». Jean Daniel adopte même le ton du prophète judéo-chrétien et, à l’adresse d’un Faurisson intrinsèquement pervers, il s’écrie : « Rassurez-vous : le temps va venir, probablement, où vous serez entendu par les massacreurs, les racistes et les hérauts de la haine. Le jour où vous sortirez de votre solitude, c’est toute la civilisation judéo-chrétienne qui, une fois encore, sera niée. »

Cher Jean Daniel, permettez-moi de vous taquiner ainsi. N’y voyez pas malice.

Mais vous-même finissez de me prêter des pensées que je n’ai jamais formulées. Je ne vous ai pas dit sur les Arabes ou sur les Allemands ce que vous me faites dire. Même ce qui concerne l’« holocauste » considéré comme l’arme n° 1 de la propagande mondiale de I’Etat d’Israël n’est pas de moi. Si vous m’aviez lu avec un peu de soin, vous auriez vu que je me contente d’énumérer des pensées qui sont celles de la partie adverse. Vous avez commis un contresens. Cette réflexion sur l’arme n° 1, elle n’est pas de moi mais de personnes qui me sont totalement opposées (ce qui d’ailleurs ne veut pas dire que ces personnes me paraissent délirer en la circonstance). Je vais vous donner ma source. La formule que vous croyez mienne est du sociologue australien d’origine juive Dr W.-D. Rubinstein (School of Social Sciences, Deakin University). Vous la trouverez dans Nation Review du 21 juin 1979, p. 639, sous la forme suivante : « were the Holocaust shown to be a hoax, the number one weapon in Israel’s propaganda armoury disappears » (« si l’Holocauste apparaissait comme une imposture, l’arme n° 1 de l’arsenal de la propagande d’Israël disparaît »). Et je vous rappelle que ce sociologue est l’adversaire le plus ardent de John Bennett, cet avocat impavide, secrétaire à Melbourne de l’équivalent, en France, de notre Ligue des droits de l'homme, et qui dénonce l’« holocauste » comme une imposture.

Vous n'aviez pas le droit de vous tromper comme vous l’avez fait. Mes phrases étaient claires jusque dans leur construction. Chacune de mes trois phrases commençait de la même façon ; 1re phrase : « Ils imaginent... » ; 2e phrase : « D’autres voient... » ; 3e phrase : « D’autres pensent... ». A chaque fois il s’agit non pas de moi, mais des tenants de la nouvelle religion, une religion qui, pour moi, est si mal partie.

Mais vous aurez droit a une confidence sur mon opinion en ce qui concerne I’Etat d’Israël : pour moi il devrait appartenir aussi bien aux juifs qu’aux musulmans et toute partie de la terre devrait pouvoir appartenir à tout le monde. Si un Etat musulman succédait à un Etat juif, je ne crois pas qu’il y aurait moins de violence. Les « Etats », cela ne me dit rien qui vaille. Telle est, non pas mon opinion définitive, mais mon humeur présente. Mon heure de « candeur ». D’« extrême candeur » peut-être. Vous voyez bien que nous ne sommes sans doute pas aussi différents l’un de l’autre que vous le croyez.

En attendant de tirer ce point au clair, je vous rappelle mes demandes : soyez assez aimable d’abord pour me donner les noms de ces témoins de « chambres à gaz » que vous m’aviez promis l’année dernière et ensuite pour publier ma lettre du 3 mai. Je vous demande d’envoyer copie de la présente lettre à M. Claude Martin et à tous ces amis auxquels vous avez écrit pour me « dénoncer » auprès d’eux.

Je vous en remercie.

Bien à vous
R. Faurisson